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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2004041

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2004041

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2004041
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantQUENTEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 21 septembre 2020, 11 avril et 30 mai 2022, Mme A J, représentée par Me Quentel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler de la décision du 23 décembre 2019 par laquelle le président du conseil départemental du Morbihan a refusé de faire droit à sa demande d'agrément, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au département du Morbihan de faire droit à ses demandes tendant, d'une part, à la modification de l'âge de l'enfant à accueillir, et, d'autre part, à la délivrance d'un nouvel agrément, dans un délai de deux semaines à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de condamner le département du Morbihan à lui verser une somme de 50 000 euros en réparation de son préjudice ;

4°) de mettre à la charge du conseil départemental du Morbihan le versement d'une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a jamais été notifiée de la décision du 13 mars 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Morbihan a rejeté son recours gracieux ; ainsi elle est recevable à demander l'annulation de cette décision ;

- sa demande indemnitaire est recevable en ce que l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période a prorogé le délai de recours contentieux ;

- l'auteure de la décision attaquée était incompétente pour prendre la décision litigieuse ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 223-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- la décision attaquée en entachée d'erreurs manifestes d'appréciation.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 18 octobre 2021 11 mars et 24 juin 2022, le président du conseil départemental du Morbihan conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, et à titre subsidiaire, à son rejet.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation et d'indemnisations de Mme J sont tardives et par suite, irrecevables ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures des délais échus pendant cette même période ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. I,

- les conclusions de M. Le Roux, rapporteur public,

- et les observations de Me Quentel représentant Mme J.

Considérant ce qui suit :

1. Mme J, a formé auprès du conseil départemental une demande d'agrément le 22 mars 2008 en vue d'adoption d'un enfant, lequel lui a été accordé par arrêté du président du conseil départemental du Morbihan en date du 6 octobre 2008 pour une durée initiale de 5 ans. L'extension de son agrément lui a été accordé par un arrêté du président du conseil départemental du Morbihan du 30 novembre 2011, jusqu'au 5 octobre 2013. Le renouvellement de son agrément a également été accordé par un arrêté du président du conseil départemental du 10 novembre 2013, pour cinq ans, jusqu'au 5 octobre 2018. Mme J a formé le 20 novembre 2017 une demande de modification d'agrément afin de modifier l'âge de l'enfant à accueillir dans son projet d'adoption. Par une décision en date du 13 février 2018, le président du conseil départemental du Morbihan a procédé au retrait de son agrément. Par un jugement du 1er juillet 2019, le Tribunal administratif de Rennes a annulé cette décision et a enjoint au département du Morbihan de réexaminer la demande Mme J portant sur la modification de l'âge de l'enfant à accueillir, dans un délai de six mois. Par une décision du 23 décembre 2019, le président du conseil départemental du Morbihan a procédé au réexamen de la demande de Mme J, et a rejeté sa demande de modification d'agrément ainsi que sa demande de nouvel agrément. Elle a formé, le 8 février 2020, notifié le 10 février 2020, un recours gracieux de cette décision, et a parallèlement formé le 17 février 2020, notifié le 18 février 2020, une demande indemnitaire préalable de ses préjudices. Sa demande indemnitaire a été rejetée par une décision implicite intervenue le 18 avril 2020.

Sur la recevabilité :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé, contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la décision attaquée (). " L'article R. 421-5 du même code dispose : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. Si le président du conseil départemental du Morbihan produit une décision en date du 13 mars 2020 par laquelle il a rejeté le recours gracieux de Mme J, toutefois, il n'apporte pas la preuve qui lui incombe, de la régulière notification et de la date de réception

par la requérante de cette décision. Dès lors, les délais de voie de recours de la décision du

13 mars 2020 ne peuvent être opposables à Mme J, qui a déposé sa requête auprès du tribunal le 21 septembre 2020, laquelle est recevable à en demander l'annulation.

En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :

4. Aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception () ". Aux termes de l'article R. 112-5 de ce code : " L'accusé de réception prévu par l'article

L. 112-3 comporte les mentions suivantes : / 1° La date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ; () Il indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision. Dans le second cas, il mentionne la possibilité offerte au demandeur de se voir délivrer l'attestation prévue à l'article L. 232-3 ". Aux termes de l'article

L. 112-6 de ce code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation () ". Aux termes de l'article 4 de la loi du 22 mars 2020 : " L'état d'urgence sanitaire est déclaré pour une durée de deux mois à compter de l'entrée en vigueur de la présente loi ". L'article 1er de de l'ordonnance 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période prévoit que : " Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expirés ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et l'expiration d'un délai d'un mois à compter de la date de cessation de l'état d'urgence sanitaire déclaré dans les conditions de l'article 4 de la loi du 22 mars 2022 ". L'article 2 prévoit que : " Tout acte, recours, action en justice () qui aurait dû être accompli pendant la période mentionnée à l'article 1er sera réputé avoir été fait à temps s'il a été effectué dans un délai qui ne peut excéder, à compter de la fin de cette période, le délai légalement imparti pour agir dans la limite de deux mois. " Il résulte de ces dispositions, que tout recours juridictionnel expirant entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 sont prorogés de deux mois maximum, soit jusqu'au 23 août 2020.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme J a exercé le 10 février 2020 un recours gracieux à l'encontre de la décision du 23 décembre 2019 refusant de modifier l'âge de l'enfant à accueillir et refusant de lui délivrer un nouvel agrément d'adoption, qui n'a, toutefois, pas fait l'objet d'un accusé de réception dans les formes prévues par l'article R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le délai de recours contentieux n'a, ainsi, pas commencé à courir. Du silence gardé sur cette demande par le département pendant quatre mois, ce délai a été suspendu entre le 12 mars et le 23 août 2020 en application des dispositions précitées de l'ordonnance du 25 mars 2020, si bien qu'aucune décision implicite de rejet n'était encore née le 21 septembre 2020, lors de l'enregistrement de la présente requête. D'autre part, le département ne justifie ni de l'envoi, ni de la notification de la décision du 13 mars 2020 par laquelle il aurait rejeté le recours gracieux du 10 févier 2020. Il s'ensuit qu'en l'absence de délai de recours opposable, la requête enregistrée le 21 septembre 2020 n'était pas tardive et la fin de non-recevoir opposée par le département doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 225-1 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne qui sollicite l'agrément prévu aux articles L. 225-2 et L. 225-15 doit en faire la demande au président du conseil départemental de son département de résidence. ". Aux termes de l'article R. 225-5 du même code : " La décision est prise par le président du conseil départemental après consultation de la commission d'agrément prévue à l'article R. 225-9. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 23 décembre 2019 a été signée par Mme D H, directrice de l'enfance et de la famille. Il ressort de l'article 2 de l'arrêté du président du conseil départemental du Morbihan du 29 août 2019, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département, le 26 septembre 2019 : " Délégation permanente de signature st donnée à Mme F C, à l'effet de signer, dans le cadre des attributions et compétences de la direction générale des interventions sanitaires et sociales () à l'exclusion ()". Et aux termes de l'article 3 du même arrêté : " En cas d'absence ou d'empêchement de Mme F C, la délégation de signature définie à l'article 2 est donnée () à () / Mme D H, pour les affaires relevant des attributions et compétences de la direction de l'enfance et de la famille. ".

8. Dans ces conditions, Mme D H, était compétente pour signer la décision attaquée du 23 décembre 2019, qui relevait des attributions et compétences de la direction générale des interventions sanitaires et sociales et n'entrait pas dans la liste des exclusions prévue à l'article 2 précité de l'arrêté du président du conseil départemental du Morbihan du 29 août 2019. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de la décision contestée doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 225-3 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes qui demandent l'agrément bénéficient des dispositions de l'article

L. 223-1. Les conseils généraux proposent aux candidats des réunions d'information pendant la période d'agrément. Elles peuvent demander que tout ou partie des investigations effectuées pour l'instruction du dossier soient accomplies une seconde fois et par d'autres personnes que celles auxquelles elles avaient été confiées initialement. Elles sont informées du déroulement de ladite instruction et peuvent prendre connaissance de tout document figurant dans leur dossier dans les conditions fixées aux articles 3 et 4 de la loi n° 78-753 du 17 juillet 1978 portant diverses mesures d'amélioration des relations entre l'administration et le public et diverses dispositions d'ordre administratif, social et fiscal. ". Aux termes de l'article L. 223-1 du même code : " Toute personne qui demande une prestation prévue au présent titre ou qui en bénéficie est informée par les services chargés de la protection de la famille et de l'enfance des conditions d'attribution et des conséquences de cette prestation sur les droits et obligations de l'enfant et de son représentant légal. Elle peut être accompagnée de la personne de son choix, représentant ou non une association, dans ses démarches auprès du service. Néanmoins, celui-ci a la possibilité de proposer également un entretien individuel dans l'intérêt du demandeur ". Aux termes de l'article

R. 225-4 de ce code : " Les évaluations sociale et psychologique donnent lieu chacune à deux rencontres au moins entre le demandeur et le professionnel concerné. Pour l'évaluation sociale, une des rencontres au moins a lieu au domicile du demandeur. Le demandeur est informé, au moins quinze jours avant la consultation prévue à l'article R. 225-5, qu'il peut prendre connaissance des documents établis à l'issue des investigations menées en application des alinéas précédents. Les erreurs matérielles figurant dans ces documents sont rectifiées de droit à sa demande écrite. Il peut, à l'occasion de cette consultation, faire connaître par écrit ses observations sur ces documents et préciser son projet d'adoption. Ces éléments sont portés à la connaissance de la commission ". Enfin aux termes de l'article R. 225-5 dudit code : " La décision est prise par le président du conseil général après consultation de la commission d'agrément prévue à l'article R. 225-9. Le demandeur est informé de la possibilité d'être entendu par la commission sur sa propre demande et dans les conditions fixées au deuxième alinéa de l'article L. 223-1. Il peut également, dans les mêmes conditions, être entendu par la commission sur la demande d'au moins deux de ses membres ".

10. Si ces dispositions combinées prévoient d'informer le pétitionnaire de la possibilité de se faire accompagner par une personne de son choix lors de son audition par la commission, il n'en résulte pas l'obligation pour le département de l'informer de cette possibilité dans ses seules démarches auprès du service. Par suite, si Mme J se plaint de n'avoir pas été informée de la possibilité de recourir à l'assistance d'une personne de son choix au cours de l'instruction de leur demande, ce moyen ne peut être qu'écarté.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 225-4 du code de l'action sociale et des familles : " Avant de délivrer l'agrément, le président du conseil départemental doit s'assurer que les conditions d'accueil offertes par le demandeur sur les plans familial, éducatif et psychologique correspondent aux besoins et à l'intérêt d'un enfant adopté. / A cet effet, il fait procéder, auprès du demandeur, à des investigations comportant notamment : / - une évaluation de la situation familiale, des capacités éducatives ainsi que des possibilités d'accueil en vue d'adoption d'un enfant pupille de l'Etat ou d'un enfant étranger ; cette évaluation est confiée à des assistants de service social, () / - une évaluation () du contexte psychologique dans lequel est formé le projet d'adopter, (). "

12. Le président du conseil départemental s'est fondé, pour motiver son refus de faire droit aux demandes de Mme J et notamment celle de modification de l'âge de l'enfant à accueillir, sur " L'absence de projection réelle de [sa] part sur l'adoption d'un enfant grand, notamment au regard de ses besoins affectifs spécifiques ". Sur ce point, le rapport psychiatrique du 2 novembre 2019 du docteur E mentionne que Mme J : " () n'a pas de perception mûrie des problèmes liés à l'apparentement d'un enfant grand, venant de l'étranger, [et] n'aborde du lien à l'enfant que des problèmes concrets voire pratiques : le retard vraisemblable de l'enfant au plan des acquisitions (). ", et que Mme J " n'a guère de représentation de ce que représente une affiliation au plan du vécu, à la fois pour elle et pour l'enfant. Le rapport du 15 novembre 2019 de l'assistante sociale Mme G indique que " [ni] Les années passées, [ni] les différents temps d'évaluation qui sont des temps de réflexion sur les spécificités de la parentalité et de la filiation adoptive ainsi que la journée de formation à l'AFA n'ont () permis à Madame [J] de cheminer suffisamment sur l'accueil d'un enfant en vue d'adoption pour véritablement cheminer dans son projet ". Par ailleurs, l'évaluation sociale du 20 novembre 2019 qui relève notamment le manque de distanciation de la requérante conclut par une contre-indication à l'adoption d'un enfant. Enfin, les membres de la commission d'agrément ont émis le 7 janvier 2020 un avis défavorable. Dans ces conditions, la seule production du rapport d'expertise rédigé, le 14 septembre 2020, à la demande de la requérante par le docteur B, médecin psychiatre, lequel conclut à ce qu'" Il n'y a pas chez Mme J [d'] élément de nature à faire considérer qu'elle ne serait pas en mesure d'exercer une fonction parentale dans le cadre d'une filiation adoptive ", ne permet pas d'établir, eu égard à la convergence d'avis contraires des autres professionnels intervenus dans la procédure, que le département aurait commis une erreur d'appréciation en rejetant les demandes de Mme J.

13. En quatrième lieu, pour refuser la nouvelle demande d'agrément présentée par Mme Le Guelennec le président du conseil départemental a estimé que son cheminement personnel sur l'adoption était insuffisant, car il ne lui avait pas permis une avancée significative de ses réflexions sur les spécificités de la parentalité adoptive et que depuis 11 ans, malgré une situation professionnelle nécessairement évolutive, elle ne s'était nullement interrogée sur son avenir professionnel, alors qu'elle allait nécessairement être emmenée à prendre sa retraite dans un avenir proche. Egalement, il a estimé que le désir d'enfant de la requérante " apparaît comme uniquement motivé par un manque sans que l'enfant adopté soit réellement pris en compte et différencié dans toute sa singularité et ses spécificités. ".

14. En cinquième lieu, Mme J reproche au département de s'être fondé sur son âge pour prendre la décision du 23 décembre 2019 en s'appuyant sur le rapport d'expertise précité du docteur E qui a relevé que son âge la " [privait] () de toute cohérence, même au profit d'un enfant de 8 ans ". Toutefois, d'une part, Mme J, célibataire depuis le 11 décembre 1997, alors âgée de 61 ans, et exerçant normalement la profession de socio-esthéticienne, percevait des indemnités chômage. Si elle disposait d'une épargne de plus de 70 000 euros, lui permettant d'accueillir un enfant, elle n'a pas été en mesure de fournir aux services l'estimation de sa pension de retraite ce qui a donc empêché l'administration d'évaluer la perte de revenus occasionnée par son départ prochain en retraite. D'autre part, l'appréciation de l'âge des personnes demandant un agrément pour adopter un enfant fait partie de la vérification que les conditions d'accueil offertes par le demandeur sur les plans familial, éducatif et psychologique correspondent aux besoins et à l'intérêt d'un enfant adopté. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision du 23 décembre 2019 serait entachée d'une discrimination en fonction de l'âge doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 23 décembre 2019 du président du conseil départemental du Morbihan, et, par voie de conséquence, de la décision de rejet du recours gracieux de Mme J doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de Mme J présentées à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

17. D'une part, la décision du 23 décembre 2019 du président du conseil départemental du Morbihan refusant à Mme J de faire droit à sa demande d'agrément, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux constituant la cause des préjudices dont Mme J demande réparation. Dès lors, en l'absence d'illégalité fautive commise par le département du Morbihan de nature à engager sa responsabilité à son égard, les conclusions indemnitaires présentées par Mme J à ce titre doivent être rejetées.

18. D'autre part, si la décision du 13 février 2018 par laquelle le président du conseil général du Morbihan a retiré son agrément à Mme J en vue d'une adoption, a été annulée par jugement du tribunal du 1er juillet 2019, n° 1802459,1804465, en raison de ce que cette autorité avait commis une erreur d'appréciation en estimant que les conditions d'accueil offertes par l'intéressée sur les plans familial, éducatif et psychologique ne correspondaient pas aux besoins et à l'intérêt d'un enfant adopté, et que, par voie de conséquence la décision du 20 juillet 2018 par laquelle le département avait informé Mme J que sa demande d'agrément ne seraitpas instruite a également été annulée, pour autant, compte tenu de tout ce qui vient d'être exposé, le département du Morbihan aurait pu refuser le bénéfice de l'agrément en cause en se fondant également sur les motifs de la décision du 23 décembre 2019 qui n'est pas entachée d'illégalité. Il n'existe donc pas de lien de causalité direct entre les préjudices invoqués par la requérante et l'illégalité fautive des décisions des 13 février et 20 juillet 2018. Par suite les conclusions indemnitaires présentées également à ce titre doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme J, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme J est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A J et au département du Morbihan.

Copie en sera adressée à la Commission d'accès aux documents administratifs.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Moulinier, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

G. I

L'assesseur le plus ancien,

signé

Y. Moulinier La greffière,

signé

L.Garval

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2004041

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