jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2004493 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS ADDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 octobre 2020, 17 février et 14 mai 2021, 11 avril 2022 et 16 février 2024, M. A B et Mme E D, représentés par la SELARL Martin Avocats, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner la société Eiffage Rail Express et la société SNCF Réseau, solidairement ou l'une à défaut de l'autre, à leur verser la somme de 234 961,48 euros en réparation de leurs préjudices de toute nature, assortie des intérêts et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de la société Eiffage Rail Express et de la société SNCF Réseau, solidairement ou l'une à défaut de l'autre, une somme de 2 000 euros à leur verser à chacun en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner la société Eiffage Rail Express et la société SNCF Réseau, conjointement et solidairement, ou l'une à défaut de l'autre, aux entiers dépens qui comprendront le coût de l'expertise de M. C et de son sapiteur.
Ils soutiennent qu'ils ont subi des préjudices temporaires consécutifs aux travaux de réalisation de la ligne à grande vitesse (LGV) Bretagne-Pays de la Loire et des préjudices permanents résultant de l'existence et du fonctionnement de cet ouvrage à proximité de leur propriété.
Par des mémoires, enregistrés les 7 avril 2021, 28 février 2022, 10 juillet 2023 et 8 février 2024, la société SNCF Réseau, représentée par Me Nahmias, conclut ;
1°) au rejet de la requête en tant qu'elle est dirigée contre elle ;
2°) au rejet de l'ensemble des demandes indemnitaires de M. B et Mme D et de la demande de prise en charge des dépens et à ce qu'il soit mis à la charge des intéressés la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle ne dispose pas de la qualité de maître d'ouvrage de la LGV Bretagne-Pays
de Loire ;
- l'ensemble des demandes indemnitaires de M. B et Mme D sont infondées, faute pour les requérants de démontrer le caractère certain, spécial et anormal des préjudices qu'ils estiment subir.
Par un mémoire, enregistré le 8 décembre 2021, la société Eiffage Rail Express, représentée par Me Di Francesco, conclut :
1°) au rejet de la requête en tant qu'elle est dirigée contre elle et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B et Mme D la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
2°) à titre subsidiaire, au rejet de l'ensemble des demandes des requérants et à ce qu'il soit mis à leur charge la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance n° 1800333 du 2 juin 2000 du président du tribunal administratif de Rennes portant taxation et liquidation des frais de l'expertise de M. C ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 2004-559 du 17 juin 2004 ;
- le décret n° 2011-917 du 1er août 2011 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Tourre, première conseillère,
- les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public,
- les observations de Me Santos-Pires, représentant M. B et Mme D,
- les observations de Me Di Francesco, représentant la société Eiffage Rail Express,
- et les observations de Me Baud, représentant la société SNCF Réseau.
Deux notes en délibéré, présentées par M. B et Mme D, ont été enregistrées les 12 et 13 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B et Mme D sont propriétaires d'une maison à usage d'habitation sur une parcelle de 6 815 m² située au lieu-dit Jumelle à Domagné (Ille-et-Vilaine). Estimant subir des préjudices du fait de l'implantation et de la mise en exploitation de la ligne à grande vitesse (LGV) Bretagne-Pays-de-Loire, située à environ 75 mètres de leur propriété, M. B et Mme D ont demandé au tribunal que soit ordonnée une expertise, dont le rapport a été déposé le 7 janvier 2020. Ils demandent au tribunal la condamnation solidaire et conjointe, ou l'une à défaut de l'autre, de la société Eiffage Rail Express et de la société SNCF Réseau à leur verser la somme de 234 961,48 euros en réparation des préjudices temporaires consécutifs aux travaux de réalisation de la ligne à grande vitesse et des préjudices permanents résultant de l'existence et du fonctionnement de cet ouvrage à proximité de leur propriété.
Sur la détermination de la personne publique responsable :
2. Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 17 juin 2004 sur les contrats de partenariat, applicable au litige : " I. - Le contrat de partenariat est un contrat administratif par lequel l'État ou un établissement public de l'État confie à un tiers, pour une période déterminée en fonction de la durée d'amortissement des investissements ou des modalités de financement retenues, une mission globale ayant pour objet la construction ou la transformation, l'entretien, la maintenance, l'exploitation ou la gestion d'ouvrages, d'équipements ou de biens immatériels nécessaires au service public, ainsi que tout ou partie de leur financement à l'exception de toute participation au capital. / Il peut également avoir pour objet tout ou partie de la conception de ces ouvrages, équipements ou biens immatériels ainsi que des prestations de services concourant à l'exercice, par la personne publique, de la mission de service public dont elle est chargée. /
II. - Le cocontractant de la personne publique assure la maîtrise d'ouvrage des travaux à réaliser. Après décision de l'État, il peut être chargé d'acquérir les biens nécessaires à la réalisation de l'opération, y compris, le cas échéant, par voie d'expropriation. () La rémunération du cocontractant fait l'objet d'un paiement par la personne publique pendant toute la durée du contrat. Elle est liée à des objectifs de performance assignés au cocontractant. () ". Aux termes de l'article 11 de cette ordonnance : " Un contrat de partenariat comporte nécessairement des clauses relatives : / a) A sa durée ; / b) Aux conditions dans lesquelles est établi le partage des risques entre la personne publique et son cocontractant ; / c) Aux objectifs de performance assignés au cocontractant, () / d) A la rémunération du cocontractant () ".
3. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'un contrat de partenariat conclu sur le fondement des dispositions de l'ordonnance du 17 juin 2004, d'une part, a pour effet de confier la maîtrise d'ouvrage des travaux à réaliser au titulaire de ce contrat, d'autre part, détermine le partage des risques liés à cette opération entre ce titulaire et la personne publique.
4. D'une part, par un contrat de partenariat approuvé par décret du 1er août 2011, l'établissement public industriel et commercial Réseau ferré de France, aux droits duquel est venue la société SNCF Réseau, et conclu pour une durée de 25 ans, a confié à la société Eiffage Rail Express la conception, la construction, le fonctionnement, l'entretien, la maintenance, le renouvellement et le financement de la ligne ferroviaire à grande vitesse Bretagne-Pays de la Loire entre Connerré et Cesson-Sévigné et des raccordements au réseau existant, ainsi que cela est précisé à l'article 2.1 du contrat. L'article 5.1 de ce contrat, qui porte sur le champ des obligations contractuelles générales de la société Eiffage Rail Express au titre de la réalisation de la ligne ferroviaire, prévoit qu'" en qualité de maître d'ouvrage de la Ligne, le titulaire réalise l'ensemble des opérations nécessaires à la réalisation de la Ligne, et notamment les acquisitions foncières, les études de conception et l'exécution des travaux dans les conditions prévues au Contrat et dans le respect de la réglementation et des Règles de l'art ".
5. D'autre part, ce contrat de partenariat, conclu en avril 2011, prévoit en son article 36 relatif aux responsabilités que " le titulaire [la société Eiffage Rail Express] est responsable des dommages causés aux tiers, ainsi que des frais et indemnités qui en résultent, survenus à l'occasion de l'exécution, par le titulaire ou sous sa responsabilité, des obligations mises à sa charge au titre du contrat, à l'exclusion des dommages liés aux activités de gestion du trafic et des circulations imputables à RFF [Réseau Ferré de France]. () / () / Le titulaire supporte seul les conséquences pécuniaires de ces dommages. Il ne peut exercer d'action contre RFF à raison de ces dommages et garantit RFF contre toute action ou réclamation des tiers et toute condamnation susceptible d'être prononcée à son encore pour de tels dommages ou préjudices ".
6. M. B et Mme D demandent à être indemnisés de divers préjudices inhérents à l'existence et au fonctionnement de la LGV Bretagne-Pays de la Loire située à proximité immédiate de leur propriété, survenus à l'occasion de l'exécution par la société Eiffage Rail Express de la mission globale qui lui a été confiée par l'article 2.1 du contrat de partenariat, et donc à l'occasion de " l'exécution des obligations mises à sa charge au titre du contrat ". Ils ne sauraient s'analyser en un dommage lié " aux activités de gestion du trafic et des circulations ". Dès lors, en application des stipulations de l'article 36.1 du contrat de partenariat la responsabilité des préjudices invoqués par les requérants du fait de la présence et du fonctionnement de l'ouvrage public que constitue la LGV Bretagne-Pays de la Loire ne peut être recherchée qu'auprès de la société Eiffage Rail Express sans que cette société ne puisse utilement invoquer la circonstance que le tracé de la ligne a été décidé avant la signature du contrat et lui a été imposé. Dans ces conditions, et compte tenu notamment des termes précités de l'article 11 de l'ordonnance du 17 juin 2004 relatif au partage des risques entre l'attributaire du contrat de partenariat et la personne publique co-contractante et de l'article 36 de ce contrat, les requérants sont fondés à rechercher la responsabilité de la société Eiffage Rail Express au titre de la maîtrise d'ouvrage, y compris après l'achèvement des travaux, au titre des dommages permanents inhérents à la présence et au fonctionnement de l'ouvrage public.
Sur les dommages occasionnés par les travaux de construction de la ligne à grande vitesse Bretagne-Pays-de-Loire :
7. Il appartient à une personne qui s'estime victime d'un dommage de travaux publics de rapporter la preuve du lien de cause à effet entre ces travaux et le dommage dont elle se plaint ainsi que la réalité de celui-ci. Même en l'absence de faute, le maître d'ouvrage est responsable à l'égard des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'exécution d'un travail public, qui présentent un caractère anormal et spécial. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages sont imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime.
8. La maison principale d'habitation de M. B et Mme D a été affectée par les travaux de construction de la ligne ferroviaire située à environ 75 mètres de leur propriété. Les requérants soutiennent, sans être contredits, que la construction de la ligne et l'aménagement de ses abords se sont étalés sur une période allant de juillet 2013 à décembre 2014. Il ressort des constatations faites par un huissier de justice dans son procès-verbal de juillet 2013, des échanges de mail entre les requérants et la société Eiffage Rail Express et des photographies versés au dossier que, durant cette période, les requérants ont subi diverses nuisances liées à la circulation des engins de chantier près de leur habitation, en particulier lors des travaux
de terrassements, les engins étant présents sur le chantier entre 6 heures 30 à 19 heures. Les requérants établissent également que l'envol de poussières provoqué par les travaux a encrassé les bâtiments, toitures, véhicules, terrasses, huisseries et la végétation, malgré l'affirmation de la société Eiffage Rail Express selon laquelle il a été procédé à des arrosages réguliers pour éviter la dispersion de poussière. Si les requérants font enfin valoir que le chemin d'accès à leur maison était peu praticable compte tenu de nids-de-poule, d'une boue abondante, d'une signalétique défaillante et de fermetures inopinées, ce qui n'est pas contesté par la société Eiffage Rail Express qui indique qu'il a été demandé au conducteur de travaux de retirer l'excédent de terre de la traversée et de procéder à un arrosage, une voie latérale au chantier a toutefois été créée facilitant la circulation des véhicules. Dans ces conditions, M. B et Mme D ont subi d'importantes nuisances notamment sonores, visuelles et de poussière, faisant obstacle à ce qu'ils puissent jouir normalement de leur bien au cours de la période de réalisation des travaux.
Eu égard à la nature, à la durée et à l'importance des travaux entrepris, les nuisances subies caractérisent un préjudice anormal excédant les sujétions susceptibles d'être, sans indemnité, normalement imposées, dans l'intérêt général, aux riverains des ouvrages publics.
9. Compte tenu de l'intensité et de la durée des troubles occasionnés par les travaux durant une période significative, M. B et Mme D justifient de préjudices temporaires liées à l'exécution des travaux de nature à ouvrir droit à réparation. Dans les circonstances de l'espèce, il convient d'estimer à 10 000 euros le montant du préjudice subi à ce titre.
Sur les dommages permanents du fait de la présence et du fonctionnement de la ligne à grande vitesse Bretagne-Pays-de-Loire :
En ce qui concerne la perte de valeur de la propriété des requérants :
10. Le préjudice résultant de la perte de valeur vénale du bien appartenant aux requérants à raison de l'existence et du fonctionnement de la LGV Bretagne-Pays de la Loire ne peut faire l'objet d'une indemnisation par le maître de l'ouvrage au titre de la responsabilité sans faute que si, excédant les sujétions susceptibles d'être normalement imposées, dans l'intérêt général, aux riverains des ouvrages publics, il revêt un caractère grave et spécial.
11. Il résulte de l'instruction que la propriété de M. B et Mme D, constituée notamment d'une maison d'habitation rénovée de facture traditionnelle en moellons et pisé de 210 m² habitables et d'un hangar, est située à environ 75 mètres au droit de la ligne à grande vitesse, dont elle est séparée par des terrains cultivés et une haie arbusive à feuillage caduque non persistant. La ligne ne fait l'objet d'aucun aménagement acoustique. Il ressort de l'étude acoustique réalisée par l'expert que la projection sonore sur cette propriété ne dépasse pas les seuils règlementaires mais que les niveaux sonores générés par la ligne à grande vitesse, avec des pics autour et dépassant 70 dB(A) conjugués au nombre d'occurrences de passage de train, empêchent ou bouleversent l'usage initial des lieux de vie des requérants, de nuit comme de jour, et dégradent en particulier significativement la jouissance de la terrasse et des zones d'agrément extérieures compte tenu de l'environnement calme préexistant. Il ressort du tableau de passage des trains que le trafic est de 48 passages de trains entre 6 heures et 22 heures et de 3 passages entre 22 heures et 6 heures. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la ligne à grande vitesse constitue une nuisance visuelle notable par rapport à l'environnement paysager préexistant à son implantation dès lors qu'outre la vue sur l'ouvrage, celui-ci fait écran à la perspective particulièrement dégagée sur la campagne et les bois dont les requérants jouissaient auparavant. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la proximité de la ligne à grande vitesse, eu égard au niveau maximal des pics de bruit lors du passage des trains et à la nuisance visuelle, a entraîné une dégradation significative de l'environnement de cette propriété, qui se trouvait auparavant dans un environnement particulièrement calme, et par suite une diminution de la valeur vénale de celle-ci, dont il sera fait une juste appréciation, compte tenu de ses caractéristiques permettant l'estimation de sa valeur, de la configuration des lieux et de l'estimation des nuisances subies par les occupants, en l'évaluant à la somme de 90 000 euros.
En ce qui concerne les troubles dans les conditions d'existence :
12. M. B et Mme D font état de nuisances sonores anormales. La circonstance que les seuils prévus par l'arrêté du 8 novembre 1999 relatif au bruit des infrastructures ferroviaires ne sont pas méconnus ne suffit pas à exclure l'existence d'un préjudice grave et spécial liés à des nuisances sonores susceptibles d'engager la responsabilité, même sans faute, de la société Eiffage Rail Express. En outre, alors que les seuils fixés par cet arrêté rendent compte du niveau moyen d'énergie acoustique reçu par le tympan sur une durée déterminée, il y a lieu de prendre également en compte, pour l'appréciation du préjudice de jouissance subi par les requérants, l'importance des émergences sonores générées par le passage des trains, tenant à la fois au niveau maximal des pics de bruit (LAmax) et leur répétition. Si, en l'espèce, les nuisances sonores n'excèdent pas les seuils fixés par l'arrêté du 8 novembre 1999 de jour et de nuit, en revanche, s'agissant des émergences sonores, les requérants sont exposés à l'extérieur de leur habitation comme à l'intérieur à une fréquence rapprochée correspondant au passage répété des TGV à des niveaux d'émergence sonore significatifs et perturbants. Par ailleurs, ainsi qu'il a été exposé, la présence de la ligne LGV à proximité immédiate de la maison de M. B et Mme D constitue une nuisance visuelle notable. Il résulte ainsi de l'instruction, et compte tenu de ce qui précède, que le fonctionnement de la ligne ferroviaire occasionne un préjudice sonore et visuel dont le niveau excède la gêne que peuvent normalement être appelés à subir, dans l'intérêt général, les riverains d'un tel ouvrage. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation des troubles de jouissance que causent aux requérants la ligne à grande vitesse en les évaluant à 30 000 euros.
En ce qui concerne le préjudice moral :
13. M. B et Mme D soutiennent que les travaux ont été à l'origine d'inquiétudes, de démotivation, d'incompréhension, dès lors qu'ils ont acquis et rénové leur maison d'habitation pour son environnement calme et que dès 2009 ils ont souhaité que les maîtres d'ouvrage du projet l'acquièrent afin de ne pas subir les nuisances qu'ils pressentaient comme inévitables compte tenu de sa localisation à proximité immédiate de la ligne, ce qui a été refusé. Ils produisent une attestation dans laquelle le médecin traitant de Mme D relate son ressenti de fatigue et de troubles du sommeil. Les travaux réalisés entre 2013 et juin 2015 ont été pour les intéressés, eu égard à leur importance et leur durée, à l'origine d'un préjudice moral dont ils sont fondés à demander réparation. Il sera fait en l'espèce une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à 4 000 euros.
En ce qui concerne le préjudice de frais d'avocats :
14. M. B et Mme D demandent que soit mise à la charge de la société Eiffage Rail Express et de la société SNCF Réseau la somme de 11 761,48 euros au titre des frais d'avocat exposés au cours des opérations d'expertise. Ils justifient, par la production de factures et d'un récapitulatif émis par leur conseil, avoir acquitté la somme globale de 11 761,48 euros correspondant au coût total des frais exposés au cours des opérations d'expertise et qui ont été utiles à la solution du litige. Ils sont, par suite, fondés à demander la condamnation de la société Eiffage Rail Express à leur rembourser cette somme qu'il y a lieu d'arrondir à 11 761 euros.
15. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la société Eiffage Rail Express à verser aux requérants une somme de 145 761 euros en réparation des préjudices imputables aux travaux, à l'existence et au fonctionnement de la LGV Bretagne-Pays de la Loire. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 18 août 2020, date de réception de la réclamation préalable des requérants par la société Eiffage Rail Express. La capitalisation de ces intérêts, demandée par la requête, prend effet à compter du 18 août 2021, date à laquelle les intérêts étaient dus pour une année entière, et à chaque échéance annuelle ultérieure.
Sur les frais liés au litige :
16. D'une part, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".
17. Les circonstances de l'affaire ne justifient pas que les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 13 921,40 euros TTC par une ordonnance du 2 juin 2000 du président du tribunal, soient partagés entre les parties. Par suite, il y a lieu de les mettre en totalité à la charge de la société Eiffage Rail Express, sous réserve de la somme de 5 421,40 euros déjà mise à la charge de cette société par l'ordonnance du 2 juin 2000.
18. D'autre part, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
" Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne permettent pas d'en faire bénéficier la partie tenue aux dépens. Par suite, les conclusions présentées sur ce fondement par la société Eiffage Rail Express ne peuvent être accueillies. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de mettre à la charge de la société Eiffage Rail Express le versement d'une somme de 1 500 euros à verser à M. B et Mme D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens et de rejeter les conclusions présentées par SNCF Réseau à ce même titre.
D É C I D E :
Article 1er : La société Eiffage Rail Express est condamnée à verser à M. B et Mme D la somme de 145 761 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 18 août 2020. Les intérêts échus à la date du 18 août 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : La somme de 13 921,40 euros TTC au titre des dépens est mise à la charge définitive de la société Eiffage Rail Express, sous réserve de la somme de 5 421,40 euros déjà mise à la charge de cette société par l'ordonnance du 2 juin 2000.
Article 3 : La société Eiffage Rail Express versera la somme de 1 500 euros à M. B et Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme E D, à la société Eiffage Rail Express et à la société SNCF Réseau.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
Mme Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
L. TourreLe président,
Signé
G. Descombes
Le greffier,
Signé
J-M. Riaud
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
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