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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2005016

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2005016

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2005016
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDOUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 14 novembre 2020, 16 novembre 2021 et le 20 avril 2022, Mme A D, représentée par Me Douard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 juillet 2020 par laquelle le jury d'attribution du diplôme d'Etat d'infirmier de la région Bretagne a prononcé son ajournement, ensemble la décision confirmative du 15 septembre 2020 de la préfète de la région Bretagne ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 11 105,36 euros au titre des préjudices subis du fait de ces deux décisions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jury s'est prononcé sur un dossier incomplet car ne comprenant pas sa réponse au rapport circonstancié dont elle a fait l'objet ;

- les décisions litigieuses sont entachées d'erreur de fait, dans la mesure où sa scolarité a été exemplaire ;

- le rapport circonstancié du 29 juin 2020 du stage réalisé en unité de dermatologie fait état d'éléments erronés, dans le seul but de l'empêcher d'obtenir son diplôme ;

- ce rapport n'a pas été signé par les professionnels de proximité et a été réalisé sur la base de quatre jours travaillés, sans concertation avec Mme D ;

- ses conclusions, au demeurant imprécises, entrent en contradiction avec les appréciations rendues lors de ses précédents stages ainsi que celles de son bilan de stage du

15 juin 2020 ;

- Mme D n'a pas été reçue par sa maître de stage pour un entretien permettant d'aborder les difficultés qui lui ont été reprochées ;

- les décisions attaquées sont entachées d'un détournement de pouvoir, son maître de stage ayant informé le service des ressources humaines du centre hospitalier universitaire (CHU) de Rennes de ce qu'elle n'obtiendrait pas son diplôme avant même la réunion du jury ;

- le jury s'est estimé lié par les appréciations portées par le maître de stage ;

- elle a dénoncé les difficultés humaines existantes au sein du service de dermatologie, qui l'ont conduites à être en congé maladie ;

- en l'absence de diplôme, Mme D n'a pu être recrutée par le CHU de Rennes pour un contrat à durée déterminée à temps complet d'une durée de six mois, du 15 juillet 2020 au 31 janvier 2021, représentant une perte de rémunération de 9 105,36 euros ;

- son préjudice moral s'élève à la somme de 2 000 euros.

Par trois mémoires en défense, enregistrés le 16 juin 2021, le 7 février 2022, et le

25 avril 2022, le préfet de la région Bretagne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- aucun des moyens soulevés n'est fondé ;

- en l'absence d'une faute commise par le jury, Mme D ne peut prétendre à une indemnisation.

La requête a été communiquée, pour observations, à l'Institut de formation en soins infirmiers du centre hospitalier universitaire de Rennes qui n'a pas produit d'observation.

Les parties ont été informées le 1er juin 2022, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par Mme D en l'absence de demande préalable adressée au préfet de la région Bretagne.

Mme D a présenté ses observations à ce courrier par un mémoire enregistré le même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- l'arrêté du 31 juillet 2009 relatif au diplôme d'Etat d'infirmier ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Rémy, rapporteur public,

- et les observations de Me Douard, représentant Mme D, et celles de

M. C, représentant le centre hospitalier universitaire de Rennes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D était inscrite en dernière année à l'Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) du centre hospitalier universitaire (CHU) de Rennes. Par une décision du

7 juillet 2020, la président du jury d'admission l'a ajournée. Par courrier du 3 septembre 2020, l'intéressée a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, lequel a été expressément rejeté par une décision du 15 septembre 2020 de la préfète de la région Bretagne. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler ces deux décisions et de condamner l'Etat à lui verser la somme de 11 105,36 euros au titre du préjudice en découlant.

Sur la légalité des décisions attaquées :

2. Aux termes de l'article 35 de l'arrêté du 31 juillet 2009 : " Les étudiants ayant validé les cinq premiers semestres de formation soit 150 crédits et ayant effectué la totalité des épreuves et des stages prévus pour la validation du semestre 6 sont autorisés à se présenter devant le jury régional d'attribution du diplôme d'Etat d'infirmier. ". Aux termes de l'article 36 du même arrêté : " Le jury régional se réunit trois fois par an et se prononce au vu de l'ensemble du dossier de l'étudiant et d'une synthèse réalisée par l'équipe pédagogique. Les dates du jury régional sont fixées entre les mois de février et mars, au mois de juillet et entre les mois de novembre et décembre. / Le dossier comporte : / 1° La validation de l'ensemble des unités d'enseignement ; / 2° La validation de l'acquisition de l'ensemble des compétences en situation. ". Suivant l'article 38 de cet arrêté : " Le président du jury est responsable de la cohérence et du bon déroulement de l'ensemble du processus, de la validation des unités d'enseignement à la délivrance du diplôme. Il est responsable de l'établissement des

procès-verbaux. / Le jury délibère souverainement à partir de l'ensemble des résultats obtenus par les candidats et la délivrance du diplôme est prononcée après la délibération du jury. Le procès-verbal de délibération est élaboré sous la responsabilité du président du jury et signé par lui. / Après proclamation des résultats, le jury est tenu de communiquer les notes aux étudiants. Les étudiants ont droit, en tant que de besoin et sur leur demande, dans les deux mois suivant la proclamation des résultats, à la communication de leurs résultats et à un entretien pédagogique explicatif. ".

3. Il n'appartient pas au juge administratif de contrôler l'appréciation portée par le jury sur les prestations des candidats à un examen sauf s'il apparaît que les notes attribuées sont fondées sur d'autres considérations que la seule valeur de ces prestations.

4. En premier lieu, Mme D soutient que le jury régional du diplôme d'Etat d'infirmier s'est prononcé sur la base d'un dossier incomplet, celui-ci ne comprenant pas sa réponse au rapport circonstancié établi le 29 juin 2020 par la maître et la tutrice de son dernier stage effectué en unité de dermatologie. Or, cette réponse ne constitue pas une des pièces obligatoires du dossier de l'étudiant, telles que fixées par les dispositions citées au point 2 du présent jugement. Par suite, le moyen présenté à l'encontre de la décision du jury du

7 juillet 2020, prononçant l'ajournement de la requérante, et tiré de la méconnaissance de ces dispositions, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le dernier stage de

Mme D a été accompli en fin de formation du 13 mai au 28 juin 2020 dans une unité de dermatologie du CHU de Rennes. Contrairement à ce que soutient la requérante, la circonstance que ses précédents stages aient fait l'objet d'appréciations positives ne suffit pas à établir l'inexactitude des appréciations contenues dans le rapport du 29 juin 2020 relatif à ce dernier stage. De plus, il ressort des pièces du dossier que ce stage a également donné lieu à deux bilans du 6 juin 2020 et du 15 juin 2020, qui faisaient déjà état de huit puis trois points à améliorer. Mme D n'apporte aucun élément permettant d'établir que les appréciations relatives à sa réticence à accepter des remarques constructives, l'impossibilité de gérer quatre patients en charge, de réaliser un aérosol et d'avoir une maîtrise encore fragile des soins techniques, reposeraient sur des faits inexacts, alors que le rapport du 29 juin 2020 apparaît suffisamment circonstancié à cet égard et qu'il a d'ailleurs suscité de la part de la requérante une réponse détaillée. Alors que ce rapport qui concluait à la nécessité de réaliser un complément de stage soulignait également sa capacité à faire évoluer de façon positive ses apprentissages, l'exigence dont elle a fait preuve, la cohérence de son projet et ses dispositions pour le métier d'infirmière, la requérante ne démontre pas que le jury, qui disposait de son dossier complet, aurait fondé son appréciation sur des faits inexacts ou aurait méconnu l'étendue de ses compétences. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 30 de l'arrêté du 31 juillet 2009 : " L'acquisition des compétences en situation et l'acquisition des activités de soins se font progressivement au cours de la formation. / [] En cas de difficulté d'apprentissage durant le stage, un entretien entre le tuteur ou le maître de stage, le formateur de l'institut de formation et l'étudiant est réalisé. ".

7. Mme D fait valoir que l'absence d'organisation d'un entretien, tel que prévu par les dispositions citées au point précédent, constitue la preuve qu'elle ne rencontrait pas de difficultés d'apprentissage et que, par suite, le rapport circonstancié du 29 juin 2020 est entaché d'erreur de fait. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et n'est pas contesté par la requérante, qu'à l'occasion du bilan final du 15 juin 2020 des ajustements ont été proposés à l'intéressée, de même que le 18 juin 2020, et que celle-ci a été placée en arrêt maladie à compter du 19 juin 2020 et ce jusqu'à la fin de son stage. Il apparaît dès lors, comme le fait valoir le préfet de la région Bretagne en défense, qu'aucun entretien ne pouvait être organisé compte-tenu du déroulement de la fin du stage de Mme D. Si cette dernière soutient qu'un entretien aurait pu se tenir, en cas de difficultés d'apprentissage avérées, entre la fin de son stage, soit le 28 juin 2020, et la décision du jury du diplôme d'Etat, soit le 7 juillet 2020, il résulte toutefois des dispositions citées au point précédent, qu'un tel entretien s'inscrit dans un processus d'apprentissage en cours et qu'une fois le dernier stage achevé, il n'a plus lieu d'être. Dès lors, l'absence d'organisation d'un entretien ne saurait caractériser une erreur de fait susceptible d'avoir une incidence sur la légalité de la décision du 7 juillet 2020 par laquelle le jury a prononcé l'ajournement de

Mme D.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 37 de l'arrêté du 31 juillet 2009 : " Le jury régional, nommé par arrêté du préfet de région, sur proposition du directeur régional de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale, comprend :/ 1° Le directeur régional de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale ou son représentant, président ; / 2° Le directeur général de l'agence régionale de santé ou son représentant ; / 3° Le directeur des soins exerçant la fonction de conseiller pédagogique régional ou de conseiller technique régional ; / 4° Deux directeurs d'institut de formation en soins infirmiers ; / 5° Un directeur de soins titulaire d'un diplôme d'Etat d'infirmier ; / 6° Deux enseignants d'instituts de formation en soins infirmiers ; / 7° Deux infirmiers en exercice depuis au moins trois ans et ayant participé à des évaluations en cours de scolarité 8° Un médecin participant à la formation des étudiants ; / 9° Un enseignant-chercheur participant à la formation. / Si le nombre de candidats le justifie, le préfet de région peut augmenter le nombre de membres du jury. ".

9. Si Mme D fait valoir, sans l'établir, que son maître de stage au sein de l'unité de dermatologie aurait contacté les services des ressources humaines du CHU de Rennes pour leur indiquer qu'elle ne serait pas diplômée et ce avant même la réunion du jury du diplôme d'Etat d'infirmier, cette circonstance, à la supposer avérée, serait sans incidence sur la légalité de la décision du jury dont il n'est au demeurant pas davantage soutenu ni même allégué qu'il aurait lui-même été défavorablement prévenu.

10. En cinquième lieu, Mme D soutient que le jury s'est considéré à tort en situation de compétence liée à l'égard de l'appréciation tenue dans le rapport circonstancié du

29 juin 2020. En l'espèce, comme il a été dit au point 4 du présent jugement, le jury régional disposait du dossier complet de la requérante pour se prononcer, lequel comportait notamment ce rapport circonstancié, ainsi que l'avis du directeur de l'IFSI sur son parcours global. [0]S'il ressort des pièces du dossier que le jury a effectivement pris position au regard de ce rapport, la requérante ne démontre pour autant pas qu'il aurait méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. En sixième et dernier lieu, Mme D ne peut utilement faire valoir à l'encontre de la décision du 7 juillet 2020 que les difficultés rencontrées avec une infirmière lors de son stage au sein de l'unité de dermatologie n'ont pas été prise en compte. De même, les attestations produites par une autre infirmière ayant rencontré des difficultés similaires dans cette même unité sont sans incidence sur la légalité des décisions attaquées.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de ces décisions doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

13. Les décisions attaquées n'étant pas entachées d'illégalité, Mme D n'est pas fondée à demander l'indemnisation des préjudices qu'elle impute à la faute que constituerait une telle illégalité et ces conclusions tendant à la condamnation de l'Etat à ce titre doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

14. L'Etat n'étant pas partie perdante à l'instance, les conclusions présentées par

Mme D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et à la ministre de la santé et de la prévention.

Copie en sera adressée au préfet de la région Bretagne et au directeur de l'Institut de formation en soins infirmiers du centre hospitalier universitaire de Rennes.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Kolbert, président,

Mme Thalabard, première conseillère,

Mme Barbaste, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

M. BarbasteLe président,

Signé

E. Kolbert

La greffière,

Signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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