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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2005271

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2005271

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2005271
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBLANQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 26 novembre 2020 et 28 juillet 2023, M. T K, Mme AA K, Mme W N, Mme G L et M E O, Mme AC X, M. AB X, M. P I, M. S V, M. Z H, Mme U M, M. et Mme A et R J, M. et Mme B et F C, M. AD AE, Mme Q et M. Y D, représentés par Me Blanquet, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2020 par lequel le maire de La Ville-ès-Nonais a accordé un permis de construire au Groupement Agricole d'Exploitation en Commun (GAEC) de La Haute Motte pour la construction de quatre bâtiments agricoles (poulaillers), développant une surface de plancher de 1 652 mètres carrés, sur un terrain situé La Haute Motte, cadastré section ZD n° 42 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de La Ville-ès-Nonais une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt à agir en qualité de voisins immédiats, dès lors qu'ils vont subir des nuisances sonores et olfactives générées par les poulaillers troublant nécessairement les exposants dans la jouissance de leur bien, outre que ces volailles donneront lieu à l'utilisation d'insecticides susceptibles d'incommoder les riverains ;

- la décision en litige méconnait les dispositions de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme ;

- elle méconnaît les dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-26 du même code ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du même code ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 121-8 et L. 121-10 du même code ;

- il méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2021, la commune de La Ville-ès-Nonais, représentée par Me Donias, conclut au rejet de la requête et à ce que le versement d'une somme de 3 000 euros soit mis à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle fait valoir que les requérants n'ont pas tous produit leur titre de propriété, qu'ils n'ont pas tous intérêt à agir et, qu'au fond, aucun des moyens n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2021 le GAEC de La Haute Motte, représenté par Me Boulais, conclut au rejet de la requête et à ce que le versement d'une somme de 3 000 euros soit mis à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le GAEC fait valoir que les requérants n'ont pas tous produit leur titre de propriété, qu'ils n'ont pas tous intérêt à agir et, qu'au fond, aucun des moyens n'est fondé.

Par un mémoire enregistré le 11 février 2021, le GAEC de la Haute Motte, représenté par Me Boulais, demande au tribunal de condamner les requérants à lui verser la somme de 4 641 euros par mois (soit 55 692 euros annuels) correspondant à la perte d'excédent brut d'exploitation générée par le retard engendré par le recours, sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de justice administrative.

Il fait valoir que le recours introduit par les consorts K et autres est abusif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Terras, rapporteur ;

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public,

- et les observations de Me Blanquet, représentant M. K et autres et de Me Donias, représentant la commune de La Ville-ès-Nonais.

Une note en délibéré présentée pour les requérants a été enregistrée le 5 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Le Groupement Agricole d'Exploitation en Commun (GAEC) de La Haute Motte a déposé le 30 mars 2020 en mairie de La Ville-ès-Nonais une demande de permis de construire portant sur la construction de quatre bâtiments agricoles (poulaillers), développant une surface de plancher de 1 652 mètres carrés sur un terrain situé La Haute Motte, cadastré section ZD n° 42. Par une décision du 30 juillet 2020, le maire de la commune a accordé le permis sollicité. M. K et d'autres voisins du projet ont formé le 24 novembre 2020 à l'encontre de cette décision un recours gracieux, qui a été rejeté. Par la présente requête M. T K, Mme AA K, Mme W N, Mme G L et M. E O, Mme AC X, M. AB X, M. P I, M. S V, M. Z H, Mme U M, M. et Mme A et R J, M. et Mme B et F C, M. AD AE, Mme Q et M. Y D demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Doivent également être motivées les décisions administratives individuelles qui dérogent aux règles générales fixées par la loi ou le règlement ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. S'il résulte de ces dispositions qu'un permis de construire, qui comporte une dérogation aux règles d'urbanisme applicable, doit être motivé, cette obligation de motivation ne peut être opposée en l'espèce ni à la dérogation du 17 juillet 2020 accordée par le préfet d'Ille-et-Vilaine qui constitue un acte préparatoire, ni au permis de construire du 30 juillet 2020 dès lors qu'il n'accorde pas lui-même la dérogation en cause. Le moyen doit être ainsi écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet aurait pour effet la création ou la modification d'un accès à une voie publique dont la gestion ne relève pas de l'autorité compétente pour délivrer le permis, celle-ci consulte l'autorité ou le service gestionnaire de cette voie, sauf lorsque le plan local d'urbanisme ou le document d'urbanisme en tenant lieu réglemente de façon particulière les conditions d'accès à ladite voie. ".

5. Si les requérants soutiennent que le permis litigieux a été accordé sans que le département d'Ille-et-Vilaine, gestionnaire de la voie, soit consulté, il ressort des pièces du dossier que ce vice a été purgé par l'obtention du permis de construire modificatif délivré le 8 décembre 2020. Le moyen doit ainsi être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation ou leurs dimensions, sont de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique ".

7. Si les requérants soutiennent que le volume de volailles généré par le projet va nécessiter un important trafic routier de camions, ils ne l'établissent pas alors qu'il est soutenu en défense que, d'une part, l'activité ne représentera au mieux qu'un camion par semaine et, d'autre part et surtout, que la route départementale est d'une largeur comprise entre 4 ,50 et 5,50 mètres et que l'accès à la ferme a été agrandi à 18 mètres. Le moyen doit être par suite écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme : " Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable doit respecter les préoccupations d'environnement définies aux articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l'environnement. Le projet peut n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si, par son importance, sa situation ou sa destination, il est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement. Ces prescriptions spéciales tiennent compte, le cas échéant, des mesures mentionnées à l'article R. 181-43 du code de l'environnement. ". Pour l'application de ces dispositions, s'il n'appartient pas à l'autorité municipale d'assortir le permis de construire délivré pour une installation classée de prescriptions relatives à son exploitation et aux nuisances qu'elle est susceptible d'occasionner, il lui incombe, en revanche, le cas échéant, de tenir compte des prescriptions édictées au titre de la police des installations classées ou susceptibles de l'être.

9. Les requérants se bornent à invoquer le volume de déjections généré par les 70 000 volailles susceptibles d'être élevées annuellement ainsi que la topographie naturelle des lieux, pour affirmer l'existence d'un risque de pollution des milieux naturels par le ruissellement des eaux pluviales, et n'apportent aucun élément sérieux et probant permettant d'estimer que les normes et prescriptions auxquelles le projet est soumis dans le cadre de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement seraient insuffisantes et qu'il serait ainsi porté atteinte, par ce projet, à la salubrité publique. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales.". Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel au sens des dispositions précitées, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

11. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, bien que situé à proximité du site inscrit du littoral de l'estuaire de la Rance, du site classé de l'estuaire de la Rance, de la zone Natura 2000 de l'estuaire de la Rance, du Mont Garrot et d'un vestige de camp viking situé dans la Rance, n'est inclus dans le périmètre d'aucun secteur protégé ni sauvegardé, mais dans un secteur à vocation agricole ne présentant pas d'intérêt paysager particulier. Il consiste en la réalisation de quatre bâtiments de 400 mètres carrés chacun, de plain-pied et bardés de bois, dont les toitures ne dépasseront pas les quatre mètres de haut. Enfin, tant la parcelle en cause que les constructions projetées seront entourées de haies végétales et d'arbres, permettant d'assurer l'insertion dans le paysage agricole et de limiter leur visibilité. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que les constructions projetées soient de nature, par leur architecture, leurs dimensions ou leur aspect extérieur, à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doit être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants () ". Aux termes de son article L. 121-10 : " Par dérogation à l'article L. 121-8, les constructions ou installations nécessaires aux activités agricoles ou forestières ou aux cultures marines peuvent être autorisées avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'État, après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites et de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers. / Ces opérations ne peuvent être autorisées qu'en dehors des espaces proches du rivage, à l'exception des constructions ou installations nécessaires aux cultures marines. / L'accord de l'autorité administrative est refusé si les constructions ou installations sont de nature à porter atteinte à l'environnement ou aux paysages () ". Aux termes de son article L. 121-13 : " L'extension limitée de l'urbanisation des espaces proches du rivage () est justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme, selon des critères liés à la configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau. Toutefois, ces critères ne sont pas applicables lorsque l'urbanisation est conforme aux dispositions d'un schéma de cohérence territoriale ou d'un schéma d'aménagement régional ou compatible avec celles d'un schéma de mise en valeur de la mer. En l'absence de ces documents, l'urbanisation peut être réalisée avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'État après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites appréciant l'impact de l'urbanisation sur la nature. Le plan local d'urbanisme respecte les dispositions de cet accord () ". Pour déterminer si un terrain constitue un espace proche du rivage au sens des dispositions précitées, il convient de prendre en compte les critères de distance séparant le terrain d'assiette du rivage de la mer en tenant compte des éléments du relief et du paysage, le fait d'en être ou non séparé par une zone urbanisée, et l'inter-visibilité entre ce terrain et le rivage.

13. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet se situe en secteur agricole, à une distance du rivage comprise entre 700 et 1 000 mètres, selon le point de l'estuaire de la Rance servant de référence, n'est visible d'aucun point du littoral et ne dispose d'aucune vue sur lui, en étant séparé par différentes lignes de crêtes, notamment celles que constituent le Mont Garrot et le hameau de la Baguais, ainsi que cela ressort des relevés altimétriques et des photographies du secteur produits, la parcelle en cause n'étant au demeurant pas incluse dans les espaces proches du rivages identifiés dans le règlement graphique du plan local d'urbanisme de La Ville-ès-Nonais. Il ne ressort, en revanche, pas de ces pièces, et notamment des photographies produites, que le terrain en cause s'insère dans une unité paysagère littorale caractérisée. En se bornant à exposer que le terrain d'assiette du projet est situé dans le périmètre du parc régional de la Rance en cours de création, et à proximité du site inscrit du littoral de l'estuaire de la Rance, du site classé de l'estuaire de la Rance, de la zone Natura 2000 de l'estuaire de la Rance, du Mont Garrot et d'un vestige de camp viking situé dans la Rance, sans autre précision ni argumentation, les requérants n'établissent ni que le projet est de nature à porter atteinte à l'environnement ou aux paysages ni que l'accord du préfet, donné après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites et de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen doit par suite être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'intérêt à agir des requérants, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 30 juillet 2020 présentées par les consorts K et autres doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées par le GAEC de la Haute-Motte sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de justice administrative :

15. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel ".

16. Si les gérants du GAEC soutiennent que le maintien du recours par les requérants est abusif et va entrainer, par le retard qu'il génère, une perte d'excédent brut d'exploitation qu'ils estiment à 4 641 euros par mois, il résulte toutefois de l'instruction que les poulaillers autorisés par le permis en litige sont construits et en activité, ne générant ainsi aucun retard d'activité. Ces conclusions doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de La Ville-ès-Nonais et le GAEC de la Haute-Motte, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, versent aux consorts K et autres la somme que ceux-ci demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

18. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge des consorts K et autres le versement d'une somme de 500 euros au GAEC de la Haute-Motte et la même somme à la commune de La Ville-ès-Nonais au titre des mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête des consorts K et autres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le GAEC de la Haute-Motte sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Les consorts K et autres verseront une somme de 500 euros au GAEC de la Haute-Motte et la même somme de 500 euros à la commune de La Ville-ès-Nonais au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. T K, représentant unique des requérants en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, au GAEC de la Haute-Motte et à la commune de La Ville-ès-Nonais.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.

Le rapporteur,

signé

F. Terras

Le président,

signé

F. Etienvre

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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