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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2005344

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2005344

vendredi 13 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2005344
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 1er décembre 2020, le 21 décembre 2021 et le 3 mars 2022, Mme C D, représentée par Me Christian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2020 par lequel la présidente du centre communal d'action sociale (CCAS) d'Arzano l'a licenciée pour insuffisance professionnelle en cours de stage ;

2°) d'enjoindre au CCAS d'Arzano de réintégrer Mme D dans ses fonctions et de la titulariser, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du CCAS d'Arzano la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué n'est pas signé ;

- la saisine de la commission administrative paritaire comporte l'intitulé " licenciement en cours de stage ", ce qui implique que le CCAS a anticipé la décision de licenciement ;

- la décision de saisine de la commission administrative paritaire ne comporte pas la qualité de son auteur ;

- le rapport communiqué à la commission administrative paritaire à l'occasion de sa saisine ne comporte pas de signature ;

- le rapport de saisine évoque des formations antérieures à sa nomination qui ne sauraient être considérée comme constituant les formations d'intégration prévues par l'article 5 du décret n° 2012-1420 du 18 décembre 2012 ;

- elle n'a pas été informée préalablement à la saisine de la commission administrative paritaire ainsi que de son droit à la communication de l'intégralité de son dossier de sorte que la décision méconnait les droits de la défense ;

- l'arrêté attaqué vise une commission administrative paritaire du 29 septembre 2020 ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le CCAS a refusé de lui faire suivre un stage d'intégration ;

- l'arrêté est illégal en ce que le CCAS ne l'a pas mise à même d'acquérir une expérience professionnelle et de faire la preuve de ses capacités avant de prononcer son licenciement pour insuffisance professionnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le CCAS avait décidé de procéder au licenciement dès le mois de mai 2020, soit avant la fin de la période probatoire de son stage ;

- le CCAS aurait dû l'informer en cours de stage qu'il était susceptible de prononcer son licenciement pour insuffisance professionnelle ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreurs de fait en ce qu'elle n'a pas fait l'objet de mesures de la part de sa hiérarchie en raison de son incompatibilité avec le rôle d'infirmière coordinatrice, qu'aucune information s'agissant de dégradation des relations professionnelles n'a été portée à sa connaissance avant le début de la procédure de licenciement, que sa gestion des admissions des nouveaux résidents était satisfaisante, qu'elle n'a fait montre d'aucune insuffisance dans la gestion de l'épidémie de Covid-19 ainsi que dans la réalisation des protocoles, qu'elle a contribué au travail sur le circuit du médicament, et qu'aucune insuffisance relative à la participation à des temps de travail, à l'évaluation de la dépendance et du soin des résidents, à la gestion du temps de travail ne peut être constatée ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation

- elle a fait l'objet d'une sanction déguisée et l'arrêté est entaché d'un détournement de pouvoir et de procédure.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 juin 2021, le 7 janvier et le 18 mars 2022, le CCAS d'Arzano, représenté par Me Gourvennec, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 92-1194 du 4 novembre 1992 ;

- le décret n° 2008-512 du 29 mai 2008 ;

- le décret n° 2012-1408 du 18 décembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- les observations de Mme D et celles de Me Morean Verger, représentant le CCAS d'Arzano.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, titulaire du diplôme d'Etat d'infirmier depuis le 26 avril 2012, a été nommée infirmière en soins généraux stagiaire par un arrêté du 2 décembre 2019 du CCAS d'Arzano et affectée au sein de l'EHPAD d'Arzano en qualité d'infirmière coordinatrice. Par un arrêté du 7 octobre 2020, la présidente du centre communal d'action sociale (CCAS) d'Arzano l'a licenciée pour insuffisance professionnelle en cours de stage. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique :

2. Aux termes de l'article 46 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions relatives à la fonction publique territoriale : " L'agent peut être licencié au cours de la période de stage en cas d'insuffisance professionnelle ou de faute disciplinaire et après avis de la commission administrative paritaire compétente. ". Aux termes de l'article 5 du décret du 4 novembre 1992 portant dispositions communes applicables aux fonctionnaires de la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire territorial stagiaire peut être licencié pour insuffisance professionnelle lorsqu'il est en stage depuis un temps au moins égal à la moitié de la durée normale du stage. ". Aux termes de l'article 5 du décret du 18 décembre 2012 portant statut particulier du cadre d'emploi des infirmiers territoriaux en soins généraux : " Les candidats inscrits sur la liste d'aptitude prévue à l'article 4 et recrutés sur un emploi d'une des collectivités ou établissements publics mentionnés à l'article 2 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée sont nommés infirmiers en soins généraux stagiaires pour une durée d'un an par l'autorité territoriale investie du pouvoir de nomination. / Au cours de leur stage, ils sont astreints à suivre une formation d'intégration, dans les conditions prévues par le décret du 29 mai 2008 susvisé, pour une durée totale de dix jours. ". Aux termes de l'article 7 du décret du 29 mai 2008 relatif à la formation statutaire obligatoire des fonctionnaires territoriaux : " Les statuts particuliers des cadres d'emplois définissent la durée de la formation d'intégration prévue à l'article précédent qui est dispensée au cours de la première année qui suit la nomination du fonctionnaire dans son cadre d'emplois et les conditions dans lesquelles elle peut être fractionnée. ".

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, sous réserve d'un licenciement intervenant en cours de stage et motivé par ses insuffisances ou manquements professionnels, tout fonctionnaire stagiaire a le droit d'accomplir son stage dans des conditions lui permettant d'acquérir une expérience professionnelle et de faire la preuve de ses capacités pour les fonctions auxquelles il est destiné. S'il est loisible à l'autorité administrative d'alerter, en cours de stage, l'agent sur ses insuffisances professionnelles et, le cas échéant, sur le risque qu'il encourt de ne pas être titularisé s'il ne modifie pas son comportement, la collectivité employeur ne peut, avant l'issue de la période probatoire, prendre d'autre décision que celle de licencier son stagiaire pour insuffisance professionnelle dans les conditions limitativement définies à l'article 5 du décret du 4 novembre 1992.

En ce qui concerne la légalité externe :

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des documents produits par le CCAS d'Arzano que l'arrêté attaqué a été signé par la présidente du CCAS d'Arzano. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée ne serait pas signée manque en fait.

5. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient Mme D, la mention " licenciement en cours de stage " portée dans le courrier de saisine de la commission administrative paritaire, ne saurait être regardée comme une décision anticipée du CCAS d'Arzano mais comme se bornant à indiquer à la commission le motif de cette saisine. En outre, ce courrier du 31 août 2020 est signé par le maire et président du CCAS d'Arzano de sorte que l'identité de son auteur était facilement identifiable pour Mme D. Par suite, ces moyens d'irrégularité ne peuvent qu'être écartés.

6. En troisième lieu, il n'est pas contesté que le rapport circonstancié annexé au courrier de saisine de la commission administrative paritaire a été établi par Mme Borry, présidente du CCAS et M. A, directeur de l'EHPAD de sorte que la circonstance que ce rapport n'est pas signé est sans incidence sur la régularité de la procédure de licenciement pour insuffisance professionnelle. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme D a été nommée infirmière stagiaire pour une durée d'un an à compter du 1er décembre 2019 et que la procédure de licenciement pour insuffisance professionnelle en cours de stage a été engagée par un courrier de saisine de la commission administrative paritaire du 31 août 2020 et achevée par un arrêté en date du 7 octobre 2020 portant licenciement. Ce dernier étant ainsi intervenu postérieurement à la moitié de la durée du stage et alors même que l'intéressée n'avait pas encore réalisé le stage d'intégration mentionné au point 2 ci-dessus, Mme D ne saurait utilement soutenir que cette mesure revêtirait un caractère prématuré.

8. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas sérieusement contesté que Mme D s'est vu remettre un courrier du 23 septembre 2020 du directeur de l'EHPAD par lequel celui-ci lui indiquait, conformément à ce qui lui avait été dit lors de la réunion du 16 septembre 2020, que la commission administrative paritaire allait être saisie par le CCAS afin de procéder à son licenciement en cours de stage. En outre, le courrier indique que Mme D bénéficiait du droit de consulter son dossier. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait été mise dans l'impossibilité de procéder à cette consultation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.

9. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que si l'arrêté attaqué mentionne une séance de la commission administrative paritaire du 29 septembre 2020 alors que celle-ci a eu lieu le 25 septembre 2020, cette erreur de plume est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

En ce qui concerne la légalité interne :

S'agissant de l'inexactitude matérielle des faits :

10. En premier lieu, en se bornant à soutenir que son insuffisance professionnelle et la dégradation de ses relations professionnelles n'auraient pas fait l'objet d'avertissements ou de mesures correctrices, Mme D ne démontre pas que l'arrêté attaqué serait à cet égard entaché d'une inexactitude matérielle des faits alors au demeurant qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle a fait l'objet de trois entretiens de suivi de stage les 16 juin, 8 juillet et 21 août 2020 au cours desquels il lui avait été indiqué que des améliorations étaient possibles sur le plan du management vis-à-vis de l'équipe IDE notamment, Par suite, le moyen doit être écarté.

11. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué retient que " la manière de gérer les admissions des arrivants au sein de l'EHPAD a révélé des défauts de supervision, de coordination et de coopération avec l'équipe administrative et médicale ". Si Mme D conteste la matérialité de ces faits et soutient qu'elle ne prenait aucune décision en matière d'admission, celle-ci relevant de la compétence du médecin coordinateur, il ressort également des pièces du dossier, notamment du rapport de saisine de la commission administrative paritaire et des attestations produites par le CCAS d'Arzano, dont il peut être tenu compte alors même qu'elles ne répondraient pas au formalisme requis par l'article 202 du code de procédure civile, qu'il appartenait à Mme D, s'agissant de la gestion des admissions, de prendre des renseignements sur les dossiers médicaux étudiés par le médecin coordinateur, qu'elle devait étudier les dossiers pour l'hébergement temporaire et coordonner les équipes en interne. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite du décès d'un résident, Mme D a proposé une admission qui a été refusée en raison de son caractère tardif, et que le 23 juillet 2020 elle était affectée à la gestion des médicaments. Par ailleurs, Mme D ne saurait être regardée comme contestant sérieusement les dysfonctionnements entourant la prise en charge d'un résident le 23 juillet 2020 en faisant valoir qu'elle était en " journée de médicament ". Enfin, il ressort des pièces du dossier que si Mme D soutient qu'elle n'a pas commis d'insuffisances dans la prise en charge d'un résident de l'EHPAD qui présentait d'importants signes de désorientations de nature à remettre en cause le bien-fondé de son admission, elle n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause ce point. A ce titre, il ressort des pièces du dossier que le médecin coordinateur de l'EHPAD a, par un courrier du 5 août 2020 transmis à la commission administrative paritaire, fait part de ses inquiétudes quant à la gestion par la requérante des préadmissions. En outre, ces difficultés ont été mentionnées à Mme D lors des entretiens réalisés au cours de son stage le 16 juin, 8 juillet et le 21 août 2020. Les attestations produites par Mme D ne sauraient permettre de contester utilement ces constatations dès lors qu'elles ont été principalement établies par d'anciennes collègues, s'agissant de la période antérieure à sa nomination au CCAS d'Arzano, et rédigées après son licenciement pour insuffisance professionnelle. Il résulte de ce qui précède que cette branche du moyen doit être écartée

12. En troisième lieu, dès lors que l'arrêté attaqué ne se fonde pas sur des insuffisances en lien avec l'épidémie de Covid-19 et la préparation du circuit du médicament, le moyen tiré de que ce motif serait entaché d'une inexactitude matérielle présente un caractère inopérant.

13. En quatrième lieu, l'arrêté attaqué retient qu'il a été " demandé à Mme D de réaliser des protocoles permettant de mettre en œuvre des méthodes de travail communes mais que sa lenteur et son retard dans l'exécution des tâches, son manque d'organisation et d'intérêt au travail ont été de nature à perturber le service ". Il ressort des pièces du dossier que le médecin coordinateur a, dans son courrier du 5 août 2020, fait part de ses inquiétudes quant à la réalisation par Mme D de protocoles. En outre, le rapport de saisine de la commission administrative paritaire note que seulement quatre protocoles rédigés par Mme D ont été validés au cours de son stage. Si Mme D soutient que le CCAS a omis de noter trois protocoles qu'elle aurait rédigés et qu'elle n'a pas été soutenue dans la préparation de ces protocoles, elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer avoir rédigé ces protocoles. De plus, il ressort des pièces du dossier qu'elle pouvait s'appuyer sur les protocoles établis par le centre Alzheimer afin de rédiger les protocoles dont la rédaction lui était confiée. Dans ces conditions, le moyen pris en cette branche doit être écarté.

14. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que si Mme D n'a pas assisté aux réunions des 12 et 19 août 2020, a refusé dans un premier temps de participer à la réunion du 2 avril 2020 et a participé avec du retard à la réunion du 5 août 2020, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle était en repos hebdomadaire le 12 août 2020. En outre, elle soutient sans être contredite s'être présentée devant le bureau du directeur de l'EHPAD qui ne l'a pas accueillie le 19 août 2020 au moment de la réunion. Il en résulte qu'en tant qu'il repose sur ces éléments pour en déduire un manque d'intérêt au travail, l'arrêté attaqué doit être regardé comme partiellement entaché d'une erreur de fait.

15. En sixième lieu, l'arrêté retient que Mme D a démontré des défauts d'organisation et une manière de servir manifestement insuffisante et qui auraient été susceptibles de présenter un grave danger pour les résidents, notamment sur l'évaluation de leur dépendance. Mme D soutient que l'EHPAD ne disposait pas de référent GIR, qu'elle a proposé des agents afin de réaliser cette mission, qu'elle a réalisé l'enregistrement et la transmission des informations relative à la dépendance des résidents. Il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment des attestations produites par le CCAS en défense que des insuffisances dans l'établissement des dossiers médicaux et des référentiels de dépendances des patients ont été constatées, ce qui a notamment justifié la réalisation d'un bilan sur la dépendance de 67 résidents avec le médecin coordinateur. Par suite, cette branche du moyen doit être écartée.

16. En septième lieu, il ressort du rapport de saisine de la commission administrative paritaire que la gestion par Mme D de son temps de travail a été entachée d'insuffisance et que celle-ci ne produit aucun élément permettant de sérieusement contester cette constatation. Par suite, cette branche doit être écartée.

17. En huitième lieu, ainsi qu'il a déjà été dit, il ressort des pièces du dossier que la requérante a fait l'objet de trois entretiens de suivi de stage les 16 juin, 8 juillet et 21 août 2020 et qu'ainsi, elle ne peut sérieusement soutenir qu'elle n'aurait jamais fait l'objet d'évaluation ou d'un entretien d'accompagnement dans ses nouvelles fonctions.

S'agissant des autres moyens :

18. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 8, Mme D ne peut utilement soutenir que la décision est entachée d'une erreur de droit au motif que le CCAS d'Arzano a procédé à son licenciement avant la tenue du stage d'intégration et a refusé de lui faire suivre ce stage. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

19. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le CCAS d'Arzano a engagé la procédure de licenciement pour insuffisance professionnelle après la fin de la période probatoire de son stage, le 2 mai 2020 et la seule circonstance que le recueil d'attestations auprès de ses collègues aurait débuté au cours de mois de mai 2020, ne suffit pas à démontrer que la décision aurait été prise avant cette date du 2 mai 2020. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

20. En troisième lieu, il résulte des dispositions citées au point 2 que, sous réserve d'un licenciement intervenant en cours de stage et motivé par ses insuffisances ou manquements professionnels, tout fonctionnaire territorial stagiaire a le droit d'accomplir son stage dans des conditions lui permettant d'acquérir une expérience professionnelle et de faire la preuve de ses capacités pour les fonctions auxquelles il est destiné.

21. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a été nommée à compter du 1er décembre 2019 infirmière en soins généraux de classe normale stagiaire par le CCAS d'Arzano afin d'exercer les fonctions d'infirmière coordinatrice au sein de l'EHPAD géré par le CCAS et que si elle n'a pas suivi une formation aux fonctions de coordinatrice au cours de sa période de stage, elle a bénéficié de la présence de l'infirmière coordinatrice en poste avant sa nomination pour la période de décembre 2019 à février 2020 à l'exception de quinze jours et, d'autre part, de la tenue d'une rencontre hebdomadaire avec le médecin coordinateur de l'EHPAD. A ce titre, si Mme D soutient que ces réunions ont fréquemment été remplacées par des réunions sur la gestion de la crise de la Covid-19, elle n'apporte pas d'élément au soutien de cette affirmation. En outre, ainsi qu'il a été dit, elle a fait l'objet de trois entretiens de suivi de stage les 16 juin, 8 juillet et 21 août 2020 au cours desquels lui ont été indiqués les points d'amélioration sur sa manière d'exercer ses fonctions d'infirmière coordinatrice ainsi que la possibilité de se rapprocher de l'infirmière coordinatrice du Centre Alzheimer géré par le CCAS afin de bénéficier de son retour d'expérience. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D ait été, à cet égard, dans l'incapacité de procéder à ces prises de contact. Par ailleurs, si elle soutient que son stage ne lui a pas permis d'acquérir une expérience professionnelle et de faire la preuve de ses capacités en l'absence de formations, il ne ressort pas des comptes rendus d'entretiens de suivi de stage qu'elle aurait alors manifesté le souhait d'en bénéficier. Enfin, la circonstance, à la supposer établie, que les services auraient fonctionné en mode dégradé en raison de nombreuses absences, ne suffit pas à démontrer qu'elle avait été ainsi privée de la possibilité d'acquérir une expérience professionnelle ou de faire la preuve de ses capacités pour les fonctions d'infirmière coordinatrice. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit doit être écarté.

22. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit, notamment aux points 11 à 18, que la décision attaquée n'est entachée d'inexactitude matérielle des faits que s'agissant des motifs de l'absence de Mme D aux réunions des 12 et 19 août 2020. Il ne résulte pas de l'instruction que la présidente du CCAS d'Arzano n'aurait pas pris la même décision si elle n'avait retenu que les nombreux autres motifs qui, ainsi qu'il a été dit, ne sont pas entachés d'erreur de fait et qui suffisaient à caractériser l'insuffisance professionnelle de Mme D de telle sorte que l'arrêté attaqué n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 2 en prononçant son licenciement.

23. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme D a été licenciée pour insuffisance professionnelle en raison de manquements professionnels qui ont été de nature à perturber le service, de difficultés relationnelles avec les membres du service ainsi que de plusieurs négligences dans la gestion des dossiers médicaux des résidents. Il ressort des pièces du dossier que si le rapport de constatation établi le 31 août 2020 et communiqué à la commission administrative paritaire mentionne divers incidents et mentionne des faits de " pression " ou encore de " harcèlement ", cette seule circonstance ne saurait permettre de regarder la décision contestée comme une sanction déguisée justifiée par les faits reprochés à Mme D. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait une sanction déguisée doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens de détournement de pouvoir et de procédure doivent être écartés.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme D tendant à l'annulation de l'arrêté du 7 octobre 2020 par lequel la présidente du centre communal d'action sociale (CCAS) d'Arzano l'a licenciée pour insuffisance professionnelle en cours de stage doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

25. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

26. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du CCAS d'Arzano au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du CCAS d'Arzano, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le CCAS d'Arzano au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au centre communal d'action sociale d'Arzano.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Kolbert, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2023.

Le rapporteur,

signé

C. B

Le président,

signé

E. KolbertLa greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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