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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2005828

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2005828

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2005828
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantQUENTEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 23 décembre 2020, le 19 août 2021, et le 28 février 2022, Mme D C, représentée par Me Quentel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2020 par lequel le maire de la commune de La Trinité-sur-Mer ne s'est pas opposé à la déclaration préalable présentée par la SCI (société civile immobilière) Thillaye pour la réalisation d'un élargissement d'un portail et la modification d'une clôture sur un terrain situé 6 place de l'Église ;

2°) d'annuler la décision rejetant son recours gracieux ;

3°) de mettre à la charge de la commune de La Trinité-sur-Mer le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UA 11.3 du plan local d'urbanisme en ce qui concerne le type de clôture autorisées ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UA 11.3 du plan local d'urbanisme en ce qui concerne la hauteur des clôtures autorisées ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UA 11.3 du plan local d'urbanisme en ce qui concerne l'aspect extérieur des clôtures autorisées ;

- la décision a été frauduleusement obtenue.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2021, la commune de La Trinité-sur-Mer, représentée par le cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme C le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par deux mémoires, enregistré le 24 janvier et le 14 mars 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la SCI Thillaye, représentée par la SCP Zurfluh-Lebatteux-Sizaire et Associés, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à l'application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de Mme C le versement de la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en ce que Mme C ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le jugement du tribunal n° 1900458 en date du 1er octobre 2021.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Quentel, représentant Mme C, de Me Hauuy, du cabinet Coudray, représentant la commune de La Trinité-sur-Mer, et de Me Laffont, de la SCP Zurfluh-Lebatteux-Sizaire et Associés, représentant la SCI Thillaye.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI (société civile immobilière) Thillaye est propriétaire d'une parcelle cadastrée section AI n° 767, située 6 place de l'Église à La Trinité-sur-Mer. Le 28 septembre 2018, la SCI Thillaye a déposé une demande de permis de construire en vue de la " réhabilitation et extension d'une maison individuelle ". Le maire de la commune de La Trinité-sur-Mer a délivré le permis de construire sollicité le 26 novembre 2018. Mme C, propriétaire d'une maison d'habitation située 33 rue des Frères Kermorvant dans le centre-bourg de La Trinité-sur-Mer, implantée sur les parcelles cadastrées section AI nos 469, 470 et 817, demande l'annulation de cette décision. Par un jugement n° 1900458 en date du 1er octobre 2021, le tribunal a annulé le permis de construire du 26 novembre 2018 en tant qu'il concerne le projet d'extension. Le 13 juin 2020, la SCI Thillaye a déposé à la mairie de La Trinité-sur-Mer une déclaration préalable de travaux portant, d'une part, sur l'élargissement de l'accès de la parcelle cadastrée section AI n° 767 au chemin de l'Église au nord, mais également sur la pose de lisses de 35 cm de hauteur sur son mur de clôture. Par un arrêté en date du 7 juillet 2020, le maire de La Trinité-sur-Mer ne s'est pas opposé au projet. Par une lettre du 26 août 2020, Mme C a saisi le maire d'un recours gracieux tendant au retrait de la décision du 7 juillet 2020, qui a été implicitement rejeté. Mme C demande l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2020, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune et la société pétitionnaire :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces produites à l'appui de la requête que Mme C est propriétaire d'une maison d'habitation située en face du terrain d'assiette du projet litigieux et qu'elle justifie ainsi de la qualité de voisin immédiat du projet.

5. En outre, eu égard aux caractéristiques du projet, notamment à son implantation, la construction aura des conséquences sur la vue et le cadre de vie de Mme C, celle-ci ayant une vue directe sur le projet litigieux. Il est dès lors établi que le dispositif envisagé est de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune et la société pétitionnaire tirée de l'absence d'intérêt à agir de Mme C ne peut être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 11.3 du plan local d'urbanisme en ce qui concerne le type de clôture autorisées :

6. Aux termes de l'article Article R*421-12 du code de l'urbanisme : " Doit être précédée d'une déclaration préalable l'édification d'une clôture située : / a) Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable classé en application de l'article L. 631-1 du code du patrimoine ou dans les abords des monuments historiques définis à l'article L. 621-30 du code du patrimoine ; / b) Dans un site inscrit ou dans un site classé ou en instance de classement en application des articles L. 341-1 et L. 341-2 du code de l'environnement ; / c) Dans un secteur délimité par le plan local d'urbanisme en application de l'article L. 151-19 ou de l'article L. 151-23 ; / d) Dans une commune ou partie de commune où le conseil municipal ou l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de plan local d'urbanisme a décidé de soumettre les clôtures à déclaration. ".

7. Aux termes du préambule de l'article 11 de la zone UA du règlement du plan local d'urbanisme de La Trinité-sur-Mer : " Rappel : Le document d'orientations d'aménagement et de programmation relatif au Patrimoine détaille les caractéristiques des différentes catégories de constructions présentes sur la commune. Il établit pour chacune des catégories de constructions identifiées dans le document des orientations à prendre en compte dans le cadre de travaux de rénovation ou d'extensions de constructions existantes. Les projets pourront être refusés s'ils sont incompatibles avec ces orientations. / Les dispositions suivantes sont également applicables à l'ensemble des projets, qui devront être conformes avec elles. / Enfin, les dispositions de l'article R. 111-21 en vigueur à la date de l'instruction du projet, demeurent applicables : "Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales." ".

8. Aux termes de l'article UA 11.3 de ce règlement relatif aux clôtures : " Les clôtures existantes en pierre doivent être conservées ou reconstituées dans un aspect identique. ". S'agissant des clôtures sur rue, " Les clôtures nouvelles doivent être constituées : lorsqu'elles sont réalisées dans le prolongement d'une construction ou d'un mur existant, d'un mur plein en appareillage de type pierres apparentes y compris sur la couvertine, / ou d'un mur bahut en appareillage de type pierres apparentes d'une hauteur entre 0,60 et 0,90 m, surmonté ou non d'un dispositif à claire-voie. / La hauteur totale de la clôture ne peut excéder 1,80 m, sauf dans le cas du prolongement d'un mur existant. Cette hauteur est mesurée par rapport au terrain naturel en limite d'emprise des voies. ". S'agissant des clôtures en limite séparative, " La hauteur de la clôture ne peut excéder 2 m en tout point du terrain naturel. / Les matériaux destinés à être recouverts ne peuvent être utilisés à nu (parpaing, etc.). / En lisière d'une zone naturelle ou agricole, les clôtures doivent prendre la forme de haies bocagères. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que, par l'adoption du plan local d'urbanisme de la commune, et en particulier des dispositions générales et particulières de son règlement relatives aux clôtures existantes et nouvelles, le conseil municipal de La Trinité-sur-Mer a décidé de soumettre à déclaration préalable tous travaux sur des clôtures.

10. En l'espèce, le projet en litige consiste à remplacer un portillon vétuste par un nouveau en bois " red cedar " à 2 ventaux et à poser, en surélévation du mur en pierre existant, des lisses verticales de bois naturel d'une hauteur de 35 cm, portant la hauteur de la clôture à 1,80 m.

11. Une telle modification de l'apparence, résultant de l'ajout d'un matériau différent générant une rupture dans l'unité d'aspect extérieur, de la consistance ainsi que de la hauteur de la clôture préexistante, même partielles, doit être regardée comme présentant un caractère substantiel et peut être assimilée à l'édification d'une nouvelle clôture au sens de l'article R. 421-12 du code de l'urbanisme, et à défaut de toute autre définition contenue dans le plan local d'urbanisme.

12. Ainsi, le maire de La Trinité-sur-Mer devait se fonder sur les dispositions du paragraphe UA 11.3 " Clôtures nouvelles " du règlement du plan local d'urbanisme de la commune pour apprécier la conformité du projet aux dispositions du document d'urbanisme.

13. Par ailleurs, si la commune et la société pétitionnaire font valoir que les dispositions relatives aux " clôtures sur rue " ne pouvaient être appliquées en l'espèce dès lors que la ruelle de l'Église ne serait pas ouverte à la circulation publique, du fait notamment de son étroitesse, et qu'elle ne constituerait pas une voie au sens du plan local d'urbanisme, il ressort de la définition issue des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme que la notion de " voie " ne vaut qu'" au sens des articles 3 et 6 " des règlements de zone et n'a donc pas vocation à s'appliquer au titre du contrôle de conformité à l'article 11 du règlement de la zone UA.

14. Au surplus, l'article UA 11.3 n'opère qu'une distinction entre les clôtures en limite séparative et les clôtures " sur rue " et ne renvoie pas à un critère supplémentaire d'ouverture à la circulation, l'article ayant plus certainement pour objet de définir deux catégories de clôtures, l'une concernant les séparations entre deux propriétés et l'autre concernant la limite entre les espaces privés et ouverts au public.

15. Dans ces conditions, dès lors que le projet de clôture, dans le prolongement d'une construction existante, ne consiste pas à réaliser un " mur plein en appareillage de type pierres apparentes " ni même d'ailleurs, en tout état de cause, un " mur bahut en appareillage de type pierres apparentes d'une hauteur entre 0,60 et 0,90 m, surmonté ou non d'un dispositif à claire-voie ", il méconnaît l'article UA 11.3 du règlement du plan local d'urbanisme.

En ce qui concerne les moyens tirés de la fraude et de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 11.3 du plan local d'urbanisme en ce qui concerne la hauteur des clôtures autorisées :

16. L'autorité administrative saisie d'une déclaration préalable peut relever les inexactitudes entachant les éléments du dossier de demande relatifs au terrain d'assiette du projet, notamment sa surface ou l'emplacement de ses limites séparatives, et, de façon plus générale, relatifs à l'environnement du projet, pour apprécier si ce dernier respecte les règles d'urbanisme qui s'imposent à lui. En revanche, un arrêté de non-opposition à déclaration préalable n'ayant d'autre objet que d'autoriser la construction conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire, elle n'a à vérifier ni l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance du projet à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joint à la demande tels que limitativement définis par les dispositions du code de l'urbanisme, ni l'intention du demandeur de les respecter, sauf en présence d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date à laquelle l'administration se prononce sur la demande de non-opposition à déclaration préalable. La fraude est caractérisée lorsqu'il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire a eu l'intention de tromper l'administration pour obtenir une décision indue.

17. En l'espèce, il ressort du document graphique joint à la déclaration préalable, relatif au mur existant, que celui-ci présente une hauteur de 1,45 m. Le schéma après travaux indique une hauteur des lisses, au demeurant confirmée dans le formulaire Cerfa, de 35 cm, l'ensemble totalisant une hauteur de 1,80 m soit la hauteur maximale autorisée par les dispositions du plan local d'urbanisme, à l'exception des clôtures prolongeant un mur existant.

18. Par ailleurs, un procès-verbal de constat en date du 24 avril 2020, certes établi non contradictoirement mais non sérieusement contesté en défense, atteste que la hauteur du mur existant avant travaux était de 1,65 m. A en résulte que le projet porte la hauteur totale du mur à 2 m au minimum. La commune comme la société pétitionnaire ne peuvent valablement soutenir qu'il y aurait lieu de mesurer cette hauteur côté jardin, à l'intérieur de la parcelle AI n° 767 dès lors, d'une part, que les lisses sont fixées sur le mur et, d'autre part, que les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme prévoient que la " hauteur est mesurée par rapport au terrain naturel en limite d'emprise des voies ", soit nécessairement au droit du mur et depuis son pan donnant sur la ruelle de l'Église.

19. Cette approximation, de l'ordre de 14 %, de la hauteur du mur existant ne concerne pas l'exécution de la décision de non-opposition dès lors qu'il n'est pas même contesté que les lisses finalement réalisées seraient d'une hauteur supérieure aux 35 cm annoncés dans le dossier de déclaration préalable. Elle relève d'une information inexacte concernant un mur existant et qui a été de nature à fausser l'appréciation du service instructeur, entachant ainsi la légalité de l'arrêté en litige. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que le projet méconnaît les dispositions de l'article UA 11.3 en ce qui concerne les règles de hauteur des clôtures.

20. Enfin, la commune et la société pétitionnaire ne peuvent faire valoir qu'une hauteur supérieure serait autorisée en cas de prolongement d'un mur existant dès lors que la clôture sous forme de lisse surmontant le mur en pierre ne prolonge pas un mur mais des constructions ou bâtiments ainsi qu'il ressort des documents photographiques versés aux débats.

21. En revanche, contrairement à ce que soutient la requérante, il n'est pas établi que la société pétitionnaire ait fourni volontairement des indications erronées dans l'intention de tromper l'administration en vue d'obtenir une autorisation à laquelle elle ne pouvait pas légalement prétendre.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 11.3 du plan local d'urbanisme en ce qui concerne l'aspect extérieur des clôtures autorisées :

22. Ainsi qu'il a été dit, le mur existant sur lequel est installée la palissade horizontale est bordé en son extrémité est par un bâtiment. Il s'ensuit que le projet doit être regardé comme étant situé dans le prolongement d'une construction ou d'un mur existant au sens du plan local d'urbanisme et qu'il devait ainsi revêtir l'aspect d'un mur plein en appareillage de type pierres apparentes y compris sur la couvertine. La requérante est ainsi fondée à soutenir que la réalisation d'une surélévation du mur en pierre sous forme de lisses en bois n'est pas conforme aux dispositions de l'article UA 11.3 du plan local d'urbanisme.

23. En revanche, dans l'hypothèse d'un palissage à claire-voie, à supposer que celui-ci aurait pu être autorisé, la pose de lisses pouvait être indifféremment verticale ou horizontale dès lors qu'une " claire-voie " est un ouvrage composé d'éléments qui laissent passer le jour sans autre précision et que le règlement du plan local d'urbanisme n'a pas ajouté d'obligation en ce qui concerne la disposition de ces éléments. Dans ces conditions, Mme C est seulement fondée à soutenir que la clôture aurait dû présenter l'aspect d'un mur plein.

24. Enfin, la requérante soutient que s'agissant de l'aspect extérieur des dispositifs de claire-voie, les dispositions de l'article 11.3 du règlement de zone ne prévoient pas d'exigence particulière mais que les lisses du dispositif à claire-voie, eu égard à la hauteur qu'elles confèrent à la clôture, leur longueur, leur mode de pose et leur aspect extérieur en " bois naturel red cedar ", portent atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants.

25. Cependant, d'une part, des clôtures à claire-voie sont présentes à proximité du projet et, d'autre part, il ressort également des photographies les plus récentes produites à l'instance que l'aspect " neuf " et la teinte rougeoyante du bois employé s'est très largement estompée pour emprunter désormais une coloration de bois vieilli de teinte grise se rapprochant de celle du mur en pierre. Cette branche du moyen doit ainsi être écartée.

26. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 7 juillet 2020, ensemble la décision de rejet du recours gracieux de Mme C, doivent être annulés.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

27. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".

28. Les vices relevés aux points 15, 19, 22 et 23 sont insusceptibles d'être régularisés sans que cela implique d'apporter au projet en cause un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Sur les frais liés au litige :

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme C, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la commune de La Trinité-sur-Mer et à la SCI Thillaye les sommes que celles-ci demandent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

30. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de La Trinité-sur-Mer le paiement d'une somme de 1 500 euros à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 juillet 2020, ensemble la décision de rejet du recours gracieux de Mme C, sont annulés.

Article 2 : La commune de La Trinité-sur-Mer versera à Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de La Trinité-sur-Mer et par la SCI Thillaye au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à la société civile immobilière Thillaye et à la commune de La Trinité-sur-Mer.

Délibéré après l'audience du 17 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

Mme Plumerault, première conseillère.

M. Bozzi, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

F. B

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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