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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2100371

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2100371

jeudi 14 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2100371
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS CASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 janvier 2021 et le 8 mars 2022, Mme A B, représentée par la SELAFA Cabinet Cassel, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2020 par lequel le préfet du Morbihan l'a placée en congé de longue durée du 19 mars 2019 au 24 juin 2019 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service du 19 mars 2019 au 24 juin 2019 ou, en toute hypothèse, de procéder au réexamen de sa situation administrative, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits, au motif que Mme B aurait dû être placée en congé de maladie imputable au service et non en congé de longue durée pour la période du 19 mars 2019 au 24 juin 2019.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2021, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- Mme B ne peut utilement se prévaloir des dispositions du II de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, relatives aux accidents de travail ;

- il appartient à Mme B de démontrer que sa maladie, non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale, est essentiellement et directement causée par l'exercice de ses fonctions dès le

19 mars 2019 ;

- aucun élément ne lui permettait de reconnaître l'existence du lien entre la maladie de Mme B et l'exercice de ses fonctions au 19 mars 2019, la date de la première constatation médicale du caractère professionnel de sa maladie ayant été fixée au 25 juin 2019.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes,

- et les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, qui est fonctionnaire d'Etat depuis le 1er septembre 1982, est affectée à la préfecture du Morbihan depuis le 1er mai 1992. Du 1er mai 1992 au 17 février 2003, elle

exerce les fonctions de rédactrice juridique au sein du bureau des étrangers et de la nationalité.

Du 17 février 2003 au 13 février 2012, elle est affectée au poste de rédactrice juridique au sein du bureau de la réglementation et de la vie citoyenne. Depuis le 13 février 2012, Mme B est assistante administrative de direction auprès du chef du service interministériel et départemental des systèmes d'information et de communication. A la suite du recrutement d'un nouveau directeur intervenu en 2015, elle estime que ses conditions de travail ont été dégradées. Elle a alors sollicité

une expertise de sa situation professionnelle qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet.

Le 1er novembre 2017, elle a été placée en arrêt de travail et en congé de longue maladie puis en congé de longue durée à compter du 19 septembre 2017 et du 18 mars 2020. Par une requête enregistrée le 22 octobre 2019, elle a demandé au tribunal d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté sa demande du 25 juin 2019 tendant à reconnaître sa maladie comme étant imputable au service, ensemble l'arrêté du 24 novembre 2020 en tant

que le préfet du Morbihan n'a reconnu sa maladie comme étant imputable au service qu'à

compter du 25 juin 2019. Par un jugement n° 1905231 du 12 mai 2022, le tribunal a rejeté

sa requête. Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du

24 novembre 2020 par lequel le préfet du Morbihan l'a placée en congé de longue durée du

19 mars 2019 au 24 juin 2019.

Sur les conclusions d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis

aux II, III et IV du présent article [] IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article 34 de la loi n° 84-16 du

11 janvier 1984 : " Le fonctionnaire en activité a droit : [] 4° A un congé de longue durée, en cas de tuberculose, maladie mentale, affection cancéreuse, poliomyélite ou déficit immunitaire grave et acquis, de trois ans à plein traitement et de deux ans à demi-traitement. Le fonctionnaire conserve ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. / Sauf dans le cas où le fonctionnaire ne peut être placé en congé de longue maladie à plein traitement, le congé de longue durée n'est attribué qu'à l'issue de la période rémunérée à plein traitement d'un congé de longue maladie. Cette période est réputée être une période du congé de longue durée accordé pour la même affection. Tout congé attribué par la suite pour cette affection est un congé de longue durée. /Sur demande de l'intéressé, l'administration a la faculté, après avis du comité médical, de maintenir en congé de longue maladie le fonctionnaire qui peut prétendre à l'octroi d'un congé de longue durée ". Il résulte de ces dispositions qu'une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service. Dès lors que sa maladie est reconnue comme imputable au service, l'agent a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service.

3. Mme B soutient que le syndrome d'épuisement professionnel dont elle

souffre depuis le 1er novembre 2017 est imputable au service et, partant, que l'arrêté litigieux du 24 novembre 2020 ne pouvait légalement la placer en congé de longue durée du 19 mars 2019 au 24 juin 2019 sans commettre une erreur dans la qualification juridique des faits. Elle demande donc l'annulation de l'arrêté du 24 novembre 2020 par lequel le préfet du Morbihan n'a reconnu sa maladie comme étant imputable au service qu'à compter du 25 juin 2019. Or, par un jugement n° 1905231 du 12 mai 2022, le tribunal a rejeté sa requête tendant à l'annulation de cet arrêté.

En effet, il ressort des pièces du dossier que si la requérante est bien en arrêt de travail depuis le

1er novembre 2017 en raison d'un épuisement global et d'une tendinite à l'épaule gauche, et qu'elle a été placée en congé longue durée à compter du 19 septembre 2017, le premier certificat médical l'arrêtant pour maladie professionnelle date en revanche seulement du 25 juin 2019. En l'absence de transmission de tout certificat médical ou arrêt de travail mentionnant une maladie professionnelle avant le 25 juin 2019, ou de tout autre élément de nature à contredire utilement l'avis de la commission de réforme qui, le 12 novembre 2020, après avoir notamment examiné la contre-expertise réalisée par le docteur C le 28 septembre 2020, a donné un avis favorable à la reconnaissance en maladie professionnelle des pathologies de la requérante à compter seulement du 25 juin 2019, Mme B n'établit pas que sa maladie serait imputable au service antérieurement à cette date. Par suite, ce moyen doit être écarté. Il en résulte que Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait inexactement qualifié les faits en la plaçant en congé de longue durée du 19 mars 2019 au 24 juin 2019.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Le présent jugement, qui rejette les conclusions d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme B tendant

à ce qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service du 19 mars 2019 au 24 juin 2019 ou de procéder au réexamen de sa situation administrative sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme de 3 000 euros dont Mme B sollicite le paiement au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 31 août 2023, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

G. Descombes

L'assesseur le plus ancien,

Signé

P. Le Roux

Le greffier,

Signé

J.-M. Riaud

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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