jeudi 16 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2100373 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | QUENTEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 janvier 2021 et 17 novembre 2022, Mme B D, représenté par Me Quentel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er septembre 2020 par laquelle le ministre de l'agriculture et de l'alimentation a retiré l'arrêté du 1er juillet 2020 la plaçant en congé pour invalidité temporaire imputable au service, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'agriculture et de l'alimentation de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie ou, à défaut de réexaminer sa demande de reconnaissance en maladie professionnelle ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- aucun des médecins généralistes de la commission de réforme ne l'a examinée ;
- l'avis défavorable de la Commission de réforme a été voté à quatre voix contre deux, sans que l'on sache si les deux voix favorables à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie correspondaient aux voix des deux médecins de la commission ou à celles des autres membres ;
- l'affirmation selon laquelle le taux règlementaire ne serait pas atteint n'est assortie d'aucune précision ;
- la circonstance qu'une maladie ne figure pas aux tableaux des maladies professionnelles annexées au code de la sécurité sociale n'empêche pas le fonctionnaire de démontrer qu'il existe un lien direct entre sa maladie et l'exercice de ses fonctions ;
- le ministre de l'agriculture et de l'alimentation a commis une erreur d'appréciation en se fondant sur l'avis défavorable de la commission de réforme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2022, le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;
- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;
- l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés longue maladie ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de M. Le Roux, rapporteur public,
- et les observations de Me Quentel, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, attachée d'administration hors classe, occupait les fonctions
de secrétaire générale de l'établissement public local et de formation professionnelle agricole (EPLEFPA) de Pontivy du 1er avril 1987 au 17 novembre 2019. Elle a fait l'objet le
16 octobre 2019 d'un arrêté portant mutation dans l'intérêt du service en qualité de secrétaire générale à l'EPLEFPA de Quimper Brehoulou à compter du 18 novembre 2019. Elle est placée en congé de maladie depuis le 9 octobre 2019. Le 9 décembre 2019, elle a formulé une demande de reconnaissance de maladie professionnelle à compter du 16 mars 2019, auprès de la direction régionale de l'alimentation de l'agriculture et de la forêt (DRAAF) de Bretagne et a été placée,
à titre provisoire, en congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS) à compter du 16 mars 2019 et jusqu'au 10 juillet 2020. Toutefois, la commission de réforme, dans sa séance du 9 juillet 2020, a émis un avis défavorable à la reconnaissance d'une maladie professionnelle imputable au service. Le 1er septembre 2020, le ministre chargé de l'agriculture l'a informé qu'à la suite de l'avis de la commission de réforme, l'arrêté la plaçant en CITIS provisoire était retiré et qu'elle était placée en congé de maladie ordinaire à compter du 25 février 2019. Mme D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er septembre 2020 par lequel le ministre de l'agriculture et de l'alimentation a retiré l'arrêté du 1er juillet 2020 la plaçant en congé pour invalidité temporaire imputable au service, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. () Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par
décret en Conseil d'Etat. () ". Selon l'article 13 du décret du 14 mars 1986 : " La commission de réforme est consultée notamment sur : () 4. La reconnaissance et la détermination du taux de l'invalidité temporaire ouvrant droit au bénéfice de l'allocation d'invalidité temporaire prévue à l'article 8 bis du décret du 26 octobre 1947 modifié susvisé ;/ 5. La réalité des infirmités résultant d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle, la preuve de leur imputabilité au service et le taux d'invalidité qu'elles entraînent, en vue de l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité instituée à l'article 65 de la loi du 77 janvier 1984 susvisée () ". Aux termes de l'article 47-8 de ce même décret : " Le taux d'incapacité permanente servant de seuil pour l'application du troisième alinéa du même IV est celui prévu à l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale. / Ce taux correspond à l'incapacité que la maladie est susceptible d'entraîner.
Il est déterminé par la commission de réforme compte tenu du barème indicatif d'invalidité annexé au décret pris en application du quatrième alinéa de l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite. ". Selon article 47-9 du même décret : " Au terme de /'instruction, l'administration se prononce sur l'imputabilité au service et, () Lorsque l'administration ne constate pas l'imputabilité au service, elle retire sa décision de placement à titre provisoire en congé pour invalidité temporaire imputable au service et procède aux mesures nécessaires au reversement des sommes indûment versées. () ".
3. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. La mission confiée à l'expert peut viser à concilier les parties ". Tous les droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
5. Mme D produit d'une part un grand nombre de témoignages de ses collègues attestant de sa souffrance réelle au travail, provoquée par le comportement de son proviseur, souffrance également reconnue par son administration à la suite du rapport d'inspection de la direction générale de l'enseignement et de la recherche du ministère de l'agriculture et de l'alimentation du 12 avril 2018 et souligné par le médecin de prévention. Les différents
procès-verbaux des auditions de gendarmerie à la suite de sa plainte pour harcèlement moral à l'encontre du proviseur précité relèvent également cet état de souffrance au travail. Si la commission de réforme du Finistère lors de sa séance du 9 juillet 2020 a émis un avis
défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie de la requérante à quatre voix contre deux, l'expert ayant procédé à l'expertise préalable à la commission de réforme, le docteur A, dans son rapport du 17 mars 2020, conclue toutefois que : " nous sommes au regret de constater qu'il nous est impossible, aujourd'hui et malgré l'importance des documents transmis, d'affirmer, ni d'exclure, un lien de causalité direct, unique et certain, entre la survenue de la dépression de Mme D et des facteurs professionnels précis qui auraient pu favoriser la survenue de cet état pathologique. ". Par ailleurs, l'ensemble des pièces médicales souligne l'état dépressif profond de la requérante, ainsi que le lien entre celui-ci et l'environnement professionnel de Mme D.
6. Au regard de ces éléments contradictoires, l'état du dossier ne permet pas au tribunal de se prononcer sur l'imputabilité au service des soins et arrêts de travail de la requérante. Il y a donc lieu d'ordonner avant-dire droit une expertise aux fins qui sont indiquées à l'article 1 du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme D, procédé à une expertise médicale confiée à un médecin spécialiste en psychiatrie avec mission de :
- examiner Mme D, décrire son état, se faire communiquer tous les documents médicaux et toutes pièces relatives à son état de santé qu'il estimera utiles.
- donner au tribunal tous les éléments de nature à apprécier si sa pathologie, est en rapport direct avec ses conditions de travail habituelles ;
- déterminer, le cas échéant, la part d'incapacité permanente due à une maladie dégénérative et celle liée à l'activité professionnelle ;
- indiquer si l'état de Mme D est consolidé.
Article 2 : L'expert prendra connaissance du présent jugement et accomplira sa mission dans
les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il se fera communiquer l'intégralité du dossier médical de Mme D. Il prêtera serment par écrit devant la greffière en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par le président du tribunal dans sa décision le désignant.
Article 3 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés en fin d'instance.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Moulinier, premier conseiller,
M. Grondin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.
Le rapporteur,
SIGNE
Y. C
Le président,
SIGNE
G. Descombes
Le greffier,
SIGNE
J-M. Riaud
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026