vendredi 8 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2100953 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BUSSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 février 2021 et 6 avril 2023, l'association Les amis des chemins de ronde du Finistère, représentée par le Cabinet Busson, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Finistère a implicitement rejeté sa demande du 19 octobre 2020 tendant à l'abrogation de l'arrêté du 30 décembre 2019 abrogeant l'arrêté du 17 décembre 1981 du même préfet, en ce qu'il modifie la servitude de passage longitudinale de la commune de Plougonvelin au droit de la parcelle cadastrée section D n° 130 ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère d'abroger l'arrêté du 30 décembre 2019 et d'engager la procédure de modification du tracé de la servitude après enquête publique, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ; notamment elle a intérêt pour agir ;
- l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions de l'article L. 121-32 du code de l'urbanisme imposant que la modification de la servitude n'intervienne qu'après consultation de la commune et qu'après la tenue d'une enquête publique ;
- l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions de l'article R. 121-13 du code de l'urbanisme dès lors qu'il ne justifie pas du caractère exceptionnel de la suspension de la servitude, ni ne démontre l'absence de solutions alternatives ;
- de tels moyens, qui résultent d'une nouvelle jurisprudence du Conseil d'Etat (29 juin 2020, nos 433662 et 433665), sont fondés sur une circonstance de droit postérieure à l'édiction de l'arrêté litigieux, et justifient ainsi son abrogation.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 29 octobre 2021 et 2 mai 2023, le préfet du Finistère, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive dès lors que les délais de recours à l'encontre de l'arrêté du 30 décembre 2019 sont expirés depuis le 7 mars 2020 ; le courrier de l'association requérante du 21 octobre 2020 n'a pu avoir pour effet de proroger les délais de recours ; l'association requérante a eu connaissance de l'arrêté litigieux au plus tard le 30 mars 2020 ;
- les illégalités dont l'association requérante se prévaut ne constituent pas des changements de circonstance de droit ou de fait postérieures à l'édiction de l'arrêté litigieux et, partant, ne peuvent justifier une demande d'abrogation ; la décision du Conseil d'Etat qu'elle invoque ne constitue pas un changement des circonstances de droit, alors en tout état de cause que les dispositions dont la décision fait application ne constituent pas la base légale de l'arrêté litigieux ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 22 novembre 2021, Mme B A, représentée par le Cabinet Saout, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'association requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les illégalités dont l'association requérante se prévaut ne constituent pas des changements de circonstance de droit ou de fait postérieures à l'édiction de l'arrêté litigieux et, partant, ne peuvent justifier une demande d'abrogation ; l'association requérante n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité du refus d'abrogation par voie d'exception de la légalité de l'arrêté du 30 décembre 2019 ;
- les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu l'arrêt nos 433662 et 433665 du Conseil d'Etat du 29 juin 2020.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Grondin,
- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,
- et les observations de Me Troude, substituant le Cabinet Saout, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 17 décembre 1981, le préfet du Finistère a approuvé la modification du tracé de droit de servitude de passage des piétons sur le littoral de la commune de Plougonvelin, et en a suspendu un tronçon. En 2016, la chute d'un arbre a provoqué l'effondrement d'une falaise au niveau de la parcelle cadastrée section D n° 130 appartenant à Mme A, entravant la circulation sur la servitude de passage longitudinale. Les 9 juin et 20 octobre 2017, Mme A a saisi les services de la préfecture du Finistère en vue de suspendre puis de modifier la servitude de passage au droit de son terrain. Le 28 novembre 2019, elle a demandé au préfet du Finistère d'abroger l'arrêté du 17 décembre 1981 au droit de sa parcelle. Le préfet ayant, par un arrêté du 30 décembre 2019, abrogé l'arrêté du 17 décembre 1981 en ce qu'il modifie la servitude par la parcelle cadastrée section D n° 130, Mme A s'est désistée de sa requête tendant à l'annulation des décisions rejetant implicitement ses deux premières demandes. Par la présente requête, l'association Les amis des chemins de ronde du Finistère demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le préfet du Finistère a implicitement rejeté sa demande du 19 octobre 2020 tendant à l'abrogation de l'arrêté du 30 décembre 2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout intéressé de demander à l'autorité compétente de procéder à l'abrogation d'une décision illégale non réglementaire qui n'a pas créé de droits, si cette décision est devenue illégale à la suite de changements dans les circonstances de droit ou de fait postérieurs à son édiction.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-32 du code de l'urbanisme : " L'autorité administrative compétente de l'Etat peut, par décision motivée prise après avis de la ou des communes intéressées et au vu du résultat d'une enquête publique () : 1° Modifier le tracé ou les caractéristiques de la servitude, afin, d'une part, d'assurer, compte tenu notamment de la présence d'obstacles de toute nature, la continuité du cheminement des piétons ou leur libre accès au rivage de la mer, d'autre part, de tenir compte des chemins ou règles locales préexistants. Le tracé modifié peut grever exceptionnellement des propriétés non riveraines du domaine public maritime ; 2° A titre exceptionnel, la suspendre ". L'article R. 121-13 de ce code dispose que : " A titre exceptionnel, la servitude de passage longitudinale peut être suspendue, notamment dans les cas suivants : () 5° Si le maintien de la servitude de passage est de nature à compromettre soit la conservation d'un site à protéger pour des raisons d'ordre écologique ou archéologique, soit la stabilité des sols () ".
4. Il est constant que la présente requête est dirigée contre un refus du préfet du Finistère d'abroger son arrêté du 30 décembre 2019 abrogeant les dispositions de l'arrêté du 17 décembre 1981 approuvant, modifiant et suspendant la servitude longitudinale de la commune de Plougonvelin, en tant seulement qu'il approuvait une modification de la servitude sur la parcelle cadastrée section D n° 130 appartenant à Mme A. Une telle décision, qui n'est ni un acte réglementaire, ni un acte individuel, doit être regardée comme étant un acte non réglementaire non créateur de droits au sens des dispositions de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration.
5. Pour justifier d'un changement dans les circonstances de droit postérieurement à l'édition de l'arrêté litigieux et qui serait de nature à entraîner son abrogation, l'association Les amis des chemins de ronde du Finistère se prévaut d'un arrêt du Conseil d'Etat du 29 juin 2020 enregistré sous les nos 433662 et 433665 précisant l'office du juge lorsqu'il apprécie la légalité d'une décision de suspension de servitude en application du e) de l'article R. 160-12 du code de l'urbanisme, devenu le 5° de l'article R. 121-13 de ce code. Toutefois si, en principe, une nouvelle interprétation d'une norme législative ou règlementaire intervenant postérieurement à une décision de l'administration est susceptible de constituer une circonstance nouvelle de droit nature à permettre son abrogation, cet arrêt ne constitue aucunement une évolution notable ou un revirement de jurisprudence, ni ne modifie l'ordonnancement juridique applicable au régime de la suspension et de la modification des servitudes. Il vient simplement préciser l'office de l'administration et du juge du fond dans son appréciation du caractère exceptionnel de la suspension d'une servitude le long du littoral, laquelle doit désormais s'assurer que la réalisation de travaux pour assurer le libre passage et la sécurité des piétons ne permet pas de modifier prioritairement le tracé de la servitude plutôt que de la suspendre, en tirant les conséquences de ce que la suspension de la servitude n'est possible qu'à titre exceptionnel, quand toutes les autres pistes permettant de maintenir la continuité du cheminement ont été explorées sans succès. Dans ces conditions, l'arrêt du Conseil d'Etat invoqué par l'association requérante ne peut être regardé comme assurant une nouvelle interprétation d'une norme législative ou règlementaire de nature à constituer un changement dans les circonstances de droit, alors même que cette jurisprudence peut être applicable à la situation examinée par le préfet du Finistère dans son arrêté du 30 décembre 2019. Par suite, dès lors que l'arrêté du préfet du Finistère du 30 décembre 2019 ne peut être regardé comme devenu illégal à la suite du changement dans les circonstances de droit que constituerait l'arrêt du Conseil d'Etat du 29 juin 2020, l'association requérante n'est pas fondée à demander au préfet d'abroger cet arrêté.
6. Par ailleurs, l'arrêté du préfet du Finistère 30 décembre 2019 étant devenu définitif, les moyens présentés par l'association requérante pour le contester ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de l'association Les amis des chemins de ronde du Finistère tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Finistère a implicitement rejeté sa demande d'abrogation de l'arrêté du 30 décembre 2019.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'association Les amis des chemins de ronde du Finistère, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
9. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme de 1 800 euros sollicitée par l'association Les amis des chemins de ronde du Finistère au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
10. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'association Les amis des chemins de ronde du Finistère, partie perdante dans la présente instance, la somme de 3 000 euros sollicitée par Mme A au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'association Les amis des chemins de ronde du Finistère est rejetée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de l'ensemble des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Les amis des chemins de ronde du Finistère, à Mme B A et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 16 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Bozzi, premier conseiller,
M. Grondin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mars 2024.
Le rapporteur,
signé
T. Grondin
Le président,
signé
C. Radureau
Le greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne au préfet du Finistère, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026