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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2101123

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2101123

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2101123
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mars 2021, M. C B, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 décembre 2020 en tant que le directeur départemental des territoires et de la mer des Côtes-d'Armor lui a alloué une somme de 250 euros au titre de son complément indemnitaire annuel (CIA) 2020 ;

2°) d'enjoindre au directeur départemental des territoires et de la mer des Côtes-d'Armor de lui allouer une somme minimale de 410 euros au titre de son CIA 2020 ;

Il soutient que la décision litigieuse est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de son évaluation professionnelle et qu'il aurait dû bénéficier d'un CIA d'un montant moyen de 410 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2022, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens d'annulation soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;

- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. le Roux, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, fonctionnaire d'état, est inspecteur du permis de conduire et de la sécurité routière affecté au département des Côtes-d'Armor. A ce titre il bénéficie, depuis le 1er janvier 2016, du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP). Par une décision du 23 décembre 2020, le directeur départemental des territoires et de la mer des Côtes-d'Armor lui a alloué une somme de 250 euros au titre de son complément indemnitaire annuel (CIA) 2020. Estimant ce montant insuffisant, il a présenté, les 26 janvier et 25 février 2021, des recours gracieux à l'encontre de cette décision qui ont été rejetés par une décision du 25 janvier 2022. Par la présente requête, il doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 23 décembre 2020 en tant qu'elle lui alloue une somme de 250 euros au titre de son (CIA) 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 1er du décret n°2014-513 du 20 mai 2014 : " Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier, d'une part, d'une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et, d'autre part, d'un complément indemnitaire annuel lié à l'engagement professionnel et à la manière de servir, dans les conditions fixées par le présent décret ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " Les fonctionnaires mentionnés à l'article 1er peuvent bénéficier d'un complément indemnitaire annuel qui tient compte de l'engagement professionnel et de la manière de servir, appréciée dans les conditions fixées en application de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. / Il est compris entre 0 et 100 % d'un montant maximal par groupe de fonctions fixé par arrêté du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé. / Le complément

indemnitaire fait l'objet d'un versement annuel, en une ou deux fractions, non reconductible automatiquement d'une année sur l'autre ". L'article 55 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 dispose que : " () l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct ". Aux termes de l'article 16 du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 : " Lorsque des régimes indemnitaires prévoient une modulation en fonction des résultats individuels ou de la manière de servir, ces critères sont appréciés par le chef de service au vu du compte rendu de l'entretien professionnel ". Il résulte de ces dispositions que le CIA est un élément de rémunération variable et personnel, modulé en fonction de la manière de servir de chaque agent, dont le montant est fixé chaque année sur la base de l'évaluation professionnelle de l'agent concerné effectuée dans le cadre de l'entretien professionnel annuel.

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment du compte rendu de l'entretien professionnel (CREP) de M. B, réalisé au titre de l'année 2019 le 4 août 2020, que l'intéressé a atteint les trois objectifs qui lui ont été assignés et qu'il maitrise ou est expert

de l'ensemble des critères d'évaluation de ses capacités professionnelles et du savoir-être, à l'exception de l'un d'entre eux pour lequel il a été noté " pratique ". Par ailleurs, sa manière de servir a été évaluée de " très satisfaisante " s'agissant de l'ensemble des critères pris en compte,

à l'exception du critère esprit d'initiative, noté " satisfaisant ". Cela est corroboré par les appréciations écrites de son supérieur hiérarchique qui font état de son professionnalisme, de sa rigueur, de son engagement élevé et d'une activité dédiée aux examens bien supérieure à la moyenne nationale, avant de conclure que son dévouement a été déterminant. En outre, la note du 31 juillet 2020 déterminant le montant du CIA 2020 pour les agents du corps des inspecteurs du permis de conduire et de la sécurité routière précise en son annexe I que le montant moyen alloué est de 410 euros. Enfin, si l'administration se prévaut d'une part de ce que la modulation à la hausse du CIA d'un agent nécessite d'être compensée par des modulations à la baisse d'autres agents d'un montant équivalent, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse et, d'autre part, de ce que le montant en cause se justifie par l'absence d'investissement supplémentaire par rapport à 2019 et à la faible activité réalisée au cours de l'année 2020, cela n'a pas été relevé dans le CREP 2019 du requérant qui seul évalue son mérite. Dans ces conditions, compte tenu de la manière de servir de M. B, l'administration a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui attribuant un CIA de 250 euros au titre de l'année 2020.

4. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'il y a lieu d'annuler la décision du 23 décembre 2020 en tant que le directeur départemental des territoires et de la mer des

Côtes-d'Armor a alloué la somme de 250 euros au titre du CIA 2020 de M. B.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. En exécution du présent jugement, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de procéder à un nouvel examen de la situation administrative de M. B et de lui attribuer un nouveau montant de CIA tenant compte de sa manière de servir, dans un délai d'un mois à compter de sa notification.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 23 décembre 2020 est annulée en tant que le directeur départemental des territoires et de la mer des Côtes-d'Armor a alloué la somme de 250 euros au titre du CIA 2020 de M. B.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Côtes-d'Armor de procéder à un nouvel examen de la situation de M. B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des

Côtes-d'Armor.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Moulinier, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le rapporteur,

signé

T. A

Le président,

signé

G. Descombes

Le greffier,

signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne à la ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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