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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102124

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102124

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102124
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 avril et le 19 octobre 2021, M. B et Mme D A C, demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du maire de la commune de Pont-Scorff du 16 septembre 2020 portant délivrance du permis de construire au bénéfice de la commune, pour la construction d'une médiathèque et d'une école de musique sur un terrain situé 34 place de la Maison des Princes.

Ils doivent être regardés comme soutenant que :

- les plans et modalités techniques de réalisation du projet, s'agissant de la toiture, ont été substantiellement modifiés sans donner lieu à délivrance d'un nouveau permis de construire, modificatif ;

- l'architecte des Bâtiments de France n'a pas été consulté après les modifications apportées au projet ;

- l'avis qu'il a rendu est dépourvu de motivation ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article Ub.11 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'arrêté préfectoral du 29 septembre 1997 portant création d'une zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager de Pont-Scorff ;

- le projet est susceptible de générer des nuisances sonores et une perte d'ensoleillement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 novembre 2021, la commune de Pont-Scorff, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. et Mme A C de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par lettre du 15 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de ce que l'instruction était susceptible d'être close par l'émission d'une ordonnance de clôture à compter du 7 octobre 2022.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée le 5 décembre 2022.

Un mémoire présenté par M. et Mme A C a été enregistrée le 13 novembre 2023, après la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

V l'ordonnance n° 2104626 du 27 septembre 2021 du juge des référés du tribunal.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code du patrimoine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bozzi,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de M. A C, et de Me Maccario, de la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, représentant la commune de Pont-Scorff.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Pont Scorff a déposé le 24 juin 2020 une demande de permis de construire un pôle culturel constitué d'une médiathèque et d'une école de musique sur un terrain situé 34 place de la Maison des Princes. Par un arrêté en date du 16 septembre 2020, le maire de la commune de Pont-Scorff a délivré le permis de construire sollicité. M. et Mme A C, voisins du terrain d'assiette du projet, ont saisi le 26 décembre 2021 la maire d'un recours gracieux contre cet arrêté. Le 26 février 2021, une décision implicite de rejet est intervenue suite au silence gardé par la commune et, par une requête enregistrée au greffe du tribunal le 25 avril 2021, M. et Mme A C demandent l'annulation de l'arrêté du 16 septembre 2020 autorisant la construction de la médiathèque et de l'école de musique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence de délivrance d'un permis de construire modificatif :

2. Il ressort des pièces du dossier que, dans sa réponse au recours gracieux dont il avait été saisi par M. et Mme A C, le maire de Pont-Scorff a indiqué que le projet avait fait l'objet, ultérieurement à l'arrêté du 26 septembre 2020 contesté, de modifications ayant été favorablement reçues par l'architecte des Bâtiments de France. Si la mise en œuvre de ces modifications doit être précédée d'une demande de permis de construire modificatif, la légalité de l'arrêté accordant le permis de construire initial le 16 septembre 2020 doit être appréciée au regard de la consistance du projet présenté à la date de délivrance de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité d permis de construire du 16 septembre 2020 en raison des changements apporté au projet intervenus postérieurement doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence de motivation et de l'incohérence de l'avis de l'architecte des Bâtiments de France :

3. Aux termes de l'article L. 632-1 du code du patrimoine : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis. / Sont également soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des éléments d'architecture et de décoration, immeubles par nature ou effets mobiliers attachés à perpétuelle demeure, au sens des articles 524 et 525 du code civil, lorsque ces éléments, situés à l'extérieur ou à l'intérieur d'un immeuble, sont protégés par le plan de sauvegarde et de mise en valeur. Pendant la phase de mise à l'étude du plan de sauvegarde et de mise en valeur, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties intérieures du bâti. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du site patrimonial remarquable. ". Aux termes de l'article L. 632-2 du même code : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. Il s'assure, le cas échéant, du respect des règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur ou du plan de valorisation de l'architecture et du patrimoine. Tout avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France rendu dans le cadre de la procédure prévue au présent alinéa comporte une mention informative sur les possibilités de recours à son encontre et sur les modalités de ce recours. / Le permis de construire, le permis de démolir, le permis d'aménager, l'absence d'opposition à déclaration préalable, l'autorisation environnementale prévue à l'article L. 181-1 du code de l'environnement ou l'autorisation prévue au titre des sites classés en application de l'article L. 341-10 du même code tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du présent code si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, dans les conditions prévues au premier alinéa du présent I. () En cas de silence de l'architecte des Bâtiments de France, cet accord est réputé donné. / L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation peut proposer un projet de décision à l'architecte des Bâtiments de France. Celui-ci émet un avis consultatif sur le projet de décision et peut proposer des modifications, le cas échéant après étude conjointe du dossier. ".

4. Aux termes de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord ou, pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France. ".

5. En premier lieu, aucun texte ni aucun principe n'impose la motivation de l'avis de l'architecte des bâtiments de France.

6. En second lieu, il est constant que le terrain d'emprise du projet se situe dans le périmètre de la zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager de Pont-Scorff, créée par arrêté préfectoral du 29 septembre 1997, devenue site patrimonial remarquable.

7. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, ainsi que le font valoir les requérants, que l'architecte des Bâtiments de France a rendu sur le projet modifié après l'obtention du permis du 16 septembre 2020 en litige, un avis favorable le 30 novembre 2020, portant la mention " annule et remplace l'avis du 11 août 2020 ".

8. Or, la commune était déjà titulaire du permis de construire qu'elle avait sollicité le 16 septembre 2020, à l'issue d'une consultation de l'architecte des Bâtiments de France, qui a rendu un avis favorable assorti de prescriptions, de sorte que celui-ci n'avait pas à être saisi d'une nouvelle demande d'avis sur le dossier de permis de construire présenté le 24 juin 2020. Par suite, l'architecte des Bâtiments de France se trouvait dessaisi et ne pouvait valablement émettre, plus de deux mois après la délivrance du permis de construire initial le 16 septembre 2020 un nouvel avis, le 30 novembre 2020, encore favorable au demeurant, qui aurait valu retrait du précédent avis. Par suite, ce moyen en toutes ses branches doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, de l'article Ub.11 du règlement du plan local d'urbanisme et des dispositions du site patrimonial remarquable :

9. Aux termes des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Aux termes de l'article Ua11 du règlement du plan local d'urbanisme de Pont-Scorff : " () Dans les secteurs inclus dans le périmètre de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP), les règles édictées dans le cahier des prescriptions et de recommandations (Chapitre 3) devront être respectées. / Les constructions doivent s'intégrer à leur environnement. Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou leur aspect extérieur sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () ". Le règlement de la zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager dispose, en son chapitre 3 portant prescriptions et recommandations par secteurs, que, s'agissant des bâtiments nouveaux, " Aucun style architectural n'est imposé. / Les projets seront conçus en cohérence avec les constructions voisines existantes, notamment dans le cas où celles-ci présentent un caractère d'ordonnancement ou d'homogénéité architecturale. / Les architectures d'expression contemporaines seront conçues en harmonie avec la typologie architecturale dominante du secteur. () ".

10. Dès lors que les dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme ont le même objet que celles d'un article du code de l'urbanisme posant des règles nationales d'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité d'une décision délivrant ou refusant une autorisation d'urbanisme.

11. Il résulte par ailleurs des dispositions précitées que si la construction projetée porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente doit refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

12. Si le secteur d'implantation du projet en litige présente un caractère remarquable, la place de la Maison-des-Princes constituant le cœur architectural et patrimonial de la commune de Pont-Scorff, il ressort également des pièces du dossier comme des données issues des sites Géoportail et Google street view que les constructions existantes présentent une hétérogénéité s'agissant tant de leur qualité que des procédés architecturaux mis en œuvre.

13. En outre, alors que les requérants n'indiquent pas précisément quelles dispositions du règlement du site patrimonial remarquables seraient méconnues, il résulte des dispositions citées au point 9 les architectures d'expression contemporaines ne sont pas interdites dès lors qu'elles sont conçues en harmonie avec la typologie architecturale dominante du secteur.

14. Enfin, il ressort notamment des plans joints à la demande de permis de construire comme de la notice de présentation du projet et de la note sur les choix architecturaux rédigée par le maître d'œuvre le 20 septembre 2021 et produite par la commune en cours d'instance, que le projet a volontairement été scindé en plusieurs bâtiments afin d'éviter qu'il ne s'impose dans un environnement remarquable, notamment du fait de la présence de la Maison des Princes. L'architecte a ainsi pris soin de " dissocier les différents programmes du projet pour le ramener à une échelle adaptée au site et à la commune ". La volumétrie simple de plan carré s'inspire des toitures en pentes des bâtiments avoisinants, comme la toiture à double pente de l'école de musique jouxtant la maison des requérants, et la forme contemporaine réinterprète, au même titre que les aménagements publics et les sculptures modernes existantes, le caractère des lieux sans porter atteinte aux constructions vernaculaires et sans dénaturer le paysage de la commune qui conserve ses repères patrimoniaux. Ainsi, la construction nouvelle, par le contraste architectural mesuré qu'elle produit, contribue également à mettre en valeur le secteur et notamment son bâti vernaculaire. Dans ces conditions, les moyens tirés du défaut d'insertion du projet au regard de l'environnement existant et de la méconnaissance des dispositions règlementaires applicables au périmètre dans lequel il se situe doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré des nuisances générées par le projet :

15. Aux termes de l'article A. 424-8 du code de l'urbanisme : " Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme. ".

16. En invoquant les nuisances sonores et la perte d'ensoleillement causées par la construction et en faisant valoir ainsi des atteintes portées à leur droit de propriété au sens de l'articles 544 du code civil, les requérants ne contestent pas utilement la légalité du permis de construire qui a été délivré. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

17. En tout état de cause, il est constant que l'activité musicale a vocation à être pratiquée uniquement dans les salles de cours insonorisées, de sorte qu'elle n'est pas susceptible de provoquer des nuisances significatives pour les requérants. Ceux-ci n'apportent, à cet égard, aucune étude acoustique appropriée, aucun élément de nature à laisser présumer que l'école de musique pourrait fonctionner à des horaires particulièrement tardifs. S'agissant de la perte d'ensoleillement, aucun élément ne vient attester d'un tel préjudice alors que l'école de musique présente une hauteur équivalente, voire inférieure, à celle de la maison des requérants et que les jardins d'agrément situés en recul du front bâti comportent de nombreux arbres réduisant l'ensoleillement et que des constructions annexes situées sur la limite latérale de la parcelle des requérants assombrissent déjà la propriété de M. et Mme A C.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. et Mme A C à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme A C le paiement d'une somme à verser à la commune de Pont-Scorff au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Pont Scorff au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et Mme D A C et à la commune de Pont Scorff.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

F. Bozzi

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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