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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102138

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102138

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102138
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LAURENT-DARY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 avril 2021, et des mémoires enregistrés les 25 février 2022, 16 janvier 2024 et 1er août 2024, M. B A, représenté par la Selarl Laurent Dary, demande, dans le dernier état de ses écritures, au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 8 899,91 euros au titre du supplément familial de traitement qu'il estime lui être dû à raison de ses trois enfants à charge issus de l'union avec son ex-épouse ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 005,65 euros au titre du supplément familial de traitement qu'il estime lui être dû à raison de son enfant à charge, né en mai 2018, issu de sa relation avec sa nouvelle compagne ;

3°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Rennes, sous un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, de procéder au partage, depuis le 15 mai 2015, du supplément familial de traitement avec son ex-épouse ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- le recteur de l'académie de Rennes a fait une inexacte application des dispositions régissant l'octroi des avantages familiaux dès lors que le refus de versement de la moitié du supplément familial de traitement méconnaît les dispositions de l'article 20 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, des articles L. 513-1 et L. 521-2 du code de la sécurité sociale et des articles 10, 11, 11 bis et 11 ter du décret n° 85-1148 du 24 octobre 1985 ;

- le supplément familial de traitement peut faire l'objet d'un partage entre les ex-époux lorsque l'enfant est en résidence alternée au domicile de chacun d'eux ;

- il a droit à la moitié du supplément familial de traitement depuis le 10 mai 2015, date de sa séparation avec son ex-épouse, dès lors que les enfants sont en résidence alternée au domicile de chacun des parents une semaine sur deux et qu'il en assume ainsi la charge effective et permanente depuis cette date, ainsi que cela ressort de l'ordonnance de non-conciliation du 10 décembre 2015 du juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Vannes et du jugement de divorce du 7 mars 2019 du juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Vannes ;

- il a sollicité le bénéfice du supplément familial de traitement dès l'année 2015, ainsi qu'en atteste l'ordonnance de non-conciliation du 10 décembre 2015 ;

- la somme qui lui est due au titre du supplément familial de traitement à raison de ses trois enfants à charge issus de l'union avec son ex-épouse s'élève à 8 899,11 euros ;

- la somme qui lui est due au titre du supplément familial de traitement à raison de son enfant à charge, né en mai 2018, issu de la relation avec sa nouvelle compagne s'élève à 5 005,65 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2021, et un mémoire enregistré le 22 juillet 2024, le recteur de l'académie de Rennes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 ;

- le décret n° 85-1148 du 24 octobre 1985 ;

- le décret n° 2020-1366 du 10 novembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ambert,

- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,

- et les observations de Me Pataou, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est maître contractuel de l'enseignement privé depuis le 1er septembre 2007 et affecté au lycée Notre-Dame Le Ménimur à Vannes. Il a été marié à une professeure certifiée avec laquelle il a eu trois enfants. Le divorce a été prononcé par un jugement du 7 mars 2019 du juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Vannes. Par un courrier du 13 janvier 2019, M. A a sollicité la perception à hauteur de la moitié du supplément familial de traitement au titre de l'entretien des trois enfants issus de l'union avec son ex-épouse ainsi que la perception de l'intégralité du supplément familial de traitement au titre de l'entretien de sa fille issue de sa relation avec sa nouvelle compagne. Par un courrier du 18 janvier 2021, M. A a adressé à l'administration une demande de paiement des sommes qu'il estime lui être dues. Par la présente requête, M. A demande de condamner l'État à lui verser la somme de 8 899,91 euros au titre du supplément familial de traitement dû à raison de ses trois enfants à charge issus de l'union avec son ex-épouse et la somme de 5 005,65 euros au titre du supplément familial de traitement dû à raison de son enfant à charge, né en mai 2018, issu de sa relation avec sa nouvelle compagne.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable entre le 15 mai 2015 et le 8 août 2019 : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. / () Le droit au supplément familial de traitement est ouvert en fonction du nombre d'enfants à charge au sens du titre Ier du livre V du code de la sécurité sociale, à raison d'un seul droit par enfant. En cas de pluralité de fonctionnaires assumant la charge du ou des mêmes enfants, le fonctionnaire du chef duquel il est alloué est désigné d'un commun accord entre les intéressés. () ". Aux termes du même article, dans sa rédaction applicable entre le 8 août 2019 et le 1er mars 2022 : " " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. / () Le droit au supplément familial de traitement est ouvert en fonction du nombre d'enfants à charge au sens du titre Ier du livre V du code de la sécurité sociale, à raison d'un seul droit par enfant. En cas de pluralité de fonctionnaires assumant la charge du ou des mêmes enfants, le fonctionnaire du chef duquel il est alloué est désigné d'un commun accord entre les intéressés. En cas de résidence alternée de l'enfant au domicile de chacun des parents telle que prévue à l'article 373-2-9 du code civil, mise en œuvre de manière effective, la charge de l'enfant pour le calcul du supplément familial de traitement peut être partagée par moitié entre les deux parents soit sur demande conjointe des parents, soit si les parents sont en désaccord sur la désignation du bénéficiaire. () ". Aux termes de l'article L. 513-1 du code de la sécurité sociale : " " Les prestations familiales sont, sous réserve des règles particulières à chaque prestation, dues à la personne physique qui assume la charge effective et permanente de l'enfant. ".

3. Aux termes de l'article 10 du décret du 24 octobre 1985 relatif à la rémunération des personnels civils et militaires de l'Etat, des personnels des collectivités territoriales et des personnels des établissements publics d'hospitalisation : " Le droit au supplément familial de traitement, au titre des enfants dont ils assument la charge effective et permanente à raison d'un seul droit par enfant, est ouvert aux magistrats, aux fonctionnaires civils, aux militaires à solde mensuelle ainsi qu'aux agents de la fonction publique de l'Etat, de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière dont la rémunération est fixée par référence aux traitements des fonctionnaires ou évolue en fonction des variations de ces traitements, à l'exclusion des agents rétribués sur un taux horaire ou à la vacation. / La notion d'enfant à charge à retenir pour déterminer l'ouverture du droit est celle fixée par le titre Ier du livre V du code de la sécurité sociale. / Lorsque les deux membres d'un couple de fonctionnaires ou d'agents publics, mariés ou vivant en concubinage, assument la charge du ou des mêmes enfants, le bénéficiaire est celui d'entre eux qu'ils désignent d'un commun accord. Cette option ne peut être remise en cause qu'au terme d'un délai d'un an. () ". Aux termes de l'article 11 du même décret : " En cas de divorce, de séparation de droit ou de fait des époux ou de cessation de vie commune des concubins, dont l'un au moins est fonctionnaire ou agent public tel que défini au premier alinéa de l'article 10, chaque bénéficiaire du supplément familial de traitement est en droit de demander que le supplément familial de traitement qui lui est dû soit calculé : / - soit, s'il est fonctionnaire ou agent public, de son chef, au titre de l'ensemble des enfants dont il est le parent ou a la charge effective et permanente ; / - soit, si son ancien conjoint est fonctionnaire ou agent public, du chef de celui-ci au titre des enfants dont ce dernier est le parent ou a la charge effective et permanente. / Le supplément familial de traitement est alors calculé au prorata du nombre d'enfants à la charge de chaque bénéficiaire et sur la base de l'indice de traitement du fonctionnaire ou de l'agent public du chef duquel le droit est ouvert. ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées d'une part, que le supplément familial de traitement étant destiné à l'entretien des enfants, il doit être versé à la personne qui assume leur charge effective et permanente à la date à laquelle il doit être payé et que, d'autre part, nonobstant le fait que le supplément familial de traitement n'est pas une prestation familiale, en cas de séparation de droit ou de fait des époux, si les parents exercent conjointement l'autorité parentale et bénéficient d'un droit de garde ou de résidence alternée sur leurs enfants mis en œuvre de manière effective, l'un et l'autre des parents doivent être considérés comme assumant la charge effective et permanente de leurs enfants au sens de l'article L. 513-1 du code de la sécurité sociale. Dès lors, ainsi que le prévoit d'ailleurs l'article 20 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version modifiée par l'article 41 de la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique, en cas de résidence alternée de l'enfant au domicile de chacun des parents telle que prévue à l'article 373-2-9 du code civil, mise en œuvre de manière effective, la charge de l'enfant pour le calcul du supplément familial de traitement peut être partagée par moitié entre les deux parents soit sur demande conjointe des parents, soit si les parents sont en désaccord sur la désignation du bénéficiaire.

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les trois enfants de M. A issus de l'union avec son ex-épouse sont en résidence alternée au domicile de chacun des parents une semaine sur deux pendant les périodes scolaires ainsi que pendant les petites vacances scolaires, et à hauteur de la moitié des vacances scolaires d'été, ainsi que cela ressort de l'ordonnance de non-conciliation du 10 décembre 2015 du juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Vannes et du jugement du 7 mars 2019 du juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Vannes. Il n'est pas contesté que M. A assume la charge effective et permanente de ces trois enfants selon les modalités fixées par ces deux décisions du juge judiciaire. S'il a été fait droit à sa demande de perception du supplément familial de traitement à raison de ces trois enfants à compter du 12 novembre 2020, date d'entrée en vigueur du décret du 10 novembre 2020 modifiant le décret n° 85-1148 du 24 octobre 1985 relatif à la rémunération des personnels civils et militaires de l'Etat, des personnels des collectivités territoriales et des personnels des établissements publics d'hospitalisation, pris en application de la loi du 6 août 2019 précitée, le requérant est néanmoins fondé à soutenir qu'il pouvait prétendre au versement à hauteur de la moitié du supplément familial de traitement dès le 10 décembre 2015, date de l'ordonnance de non-conciliation fixant les modalités de la résidence alternée. M. A a ainsi droit à la moitié du supplément familial de traitement au titre de la période du 10 décembre 2015 au 11 novembre 2020 inclus, à raison des trois enfants, dont il a la charge, issus de son union avec son ex-compagne.

6. En second lieu, M. A soutient qu'il a également une fille, née le 1ermai 2018, issue de sa relation avec sa nouvelle compagne. Il résulte de l'instruction que le supplément familial de traitement lui a, à ce titre, été versé à compter du mois de février 2020, avec effet rétroactif au 1er septembre 2019. Il est constant que M. A assume la charge effective et permanente de sa fille depuis sa naissance. Il est ainsi fondé à demander la perception de l'intégralité du supplément familial de traitement au titre de la période du 1er mai 2018 au 31 août 2019 inclus, à raison de son enfant à charge, née le 1er mai 2018, issue de sa relation avec sa nouvelle compagne.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution du présent jugement n'implique pas de mesure d'exécution supplémentaire. Les conclusions à fin d'injonction doivent ainsi être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme correspondant à la moitié du supplément familial de traitement au titre de la période du 10 décembre 2015 au 11 novembre 2020 inclus, à raison des trois enfants, dont il a la charge, issus de son union avec son ex-compagne.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme correspondant à l'intégralité du supplément familial de traitement au titre de la période du 1er mai 2018 au 31 août 2019 inclus, à raison de son enfant à charge, née le 1er mai 2018, issue de sa relation avec sa nouvelle compagne.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera délivrée pour information au recteur de l'académie de Rennes.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

Le rapporteur,

signé

A. AmbertLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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