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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102173

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102173

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102173
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS MAIRE TANGUY SVITOUXHKOFF HUVELIN GOURDIN NIVAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 avril 2021, M. B C, représenté par la SELARL Maire Tanguy Svitouxhkoff Huvelin Gourdin Nivault Gombaud, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 50 000 euros, au titre de son préjudice résultant du harcèlement et de la discrimination subis ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de lui accorder la protection fonctionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- aucun agent n'a vocation à subir des agissements répétés de harcèlement moral, ni à vocation à faire l'objet d'une discrimination ;

- il a été privé de son emploi d'origine de dessinateur pour être affecté, à compter de 2003, sur des postes de technicien préparation du travail au sein de différentes directions ;

- malgré ses différentes demandes et les formations qualifiantes suivies, il n'a jamais pu réintégrer un poste de dessinateur alors même que des postes disponibles existaient et n'a ainsi pas pu bénéficier de l'évolution de carrière à laquelle il aurait pu prétendre s'il était resté sur un poste de dessinateur ; cette situation l'a gravement fragilisé psychologiquement si bien qu'in fine, il a été placé en congé sans salaire à compter du 28 décembre 2019 ;

- il est donc fondé à solliciter la protection fonctionnelle de l'Etat, à engager la responsabilité pour faute- voire sans faute - de ce dernier et à réclamer le paiement de la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices moral, de perte de chance d'obtenir un avancement et de perte de rémunération qu'il a subi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2023, le ministre des armées conclut à la minoration de l'indemnisation.

Il fait valoir que :

- l'Etat n'ayant plus la qualité d'employeur depuis le 1er juin 2003, il ne peut voir sa responsabilité engagée à compter de cette date au titre des faits de harcèlement moral et de discrimination qu'aurait subis M. C ;

- pour les mêmes raisons, M. C ne peut bénéficier de la protection fonctionnelle de l'administration.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de sécurité sociale ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le décret n° 77-949 du 17 août 1977 modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes ;

- et les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public.

Le ministre des armées n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a intégré le ministère de la Défense à compter du

15 septembre 1977. En sa qualité d'ouvrier d'Etat, il a travaillé d'abord en qualité d'ouvrier ajusteur mécanicien puis, à compter de juin 1984, en qualité de dessinateur mécanicien après avoir suivi et réussi les trois formations qualifiantes du cursus complet de dessinateur

mécanicien, à la demande de son employeur. A compter de la privatisation de la direction des constructions navales, services à compétence nationale, le 1er juin 2003, M. C, en sa qualité d'ouvrier d'Etat mis à disposition, a été affecté sur des postes de technicien de préparation du travail, sans lien avec sa formation de dessinateur. De ce fait, il s'est senti en difficulté dans l'exercice de ses missions et isolé par rapport à ses collègues dessinateurs. Fragilisé psychologiquement, il a connu, à compter de 2012, plusieurs arrêts maladie, puis a été placé en absence longue durée à compter du 28 décembre 2016, et enfin, en congé sans salaire à compter du 28 décembre 2019. Il a finalement démissionné de l'entreprise, en sollicitant un départ au titre de l'amiante, à partir du 1er avril 2020. Par la présente requête, il doit être regardé comme demandant la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 50 000 euros à titre de dommages et intérêts en réparation des préjudices subis du fait d'une pratique de harcèlement moral et de discrimination à son encontre.

2. En application de l'article 78 de la loi du 28 décembre 2001, les ouvriers de l'Etat affectés aux établissements du service à compétence nationale DCN à la date de réalisation des apports des droits, biens et obligations de l'Etat relatifs à ce service à l'entreprise nationale DCN, devenue DCNS, ont été mis à la disposition de cette entreprise, soit au

1er juin 2003. Aux termes de l'article 1er du décret du 3 mai 2002 relatif à la situation des personnels de l'Etat mis à la disposition de l'entreprise nationale prévue à l'article 78 de la loi de finances rectificative pour 2001 : " Les () ouvriers de l'Etat () mis à la disposition de l'entreprise nationale () sont en position d'activité. Dans cette position, ils demeurent soumis aux dispositions statutaires et réglementaires les régissant et bénéficient de celles du présent décret. ". Il résulte de la combinaison des articles 3, 10 et 13 du même décret que, si les mesures générales de gestion et d'administration des ouvriers de l'Etat mis, à compter du 1er juin 2003, à la disposition de l'entreprise nationale DCN, devenue DCNS puis Naval Group, continuent de relever de la compétence du ministre de la défense, les décisions individuelles les concernant relèvent en revanche de la compétence du président de l'entreprise Naval Group, exploitante des sites d'activité. A cet égard, le ministre de la défense n'exerce, depuis le 1er juin 2003, aucune responsabilité opérationnelle dans la gestion des postes de travail des ouvriers de l'Etat, chefs d'équipe et techniciens à statut ouvrier qui ont été mis à la disposition de cette entreprise nationale, responsable de la mise en œuvre effective des mesures de sécurité et d'hygiène, en particulier des équipements de protection individuelle, pour ces salariés qui exercent leurs fonctions sur ses différents sites. Ainsi, l'Etat ne peut être regardé comme ayant conservé sa qualité d'employeur de ces derniers après le 31 mai 2003.

3. En l'espèce, M. C soutient qu'à compter de juin 2003, il a été privé de son emploi de dessinateur et affecté sur des postes sans lien avec sa formation professionnelle, que cette situation l'aurait mis en difficulté sur ses postes, qu'il n'aurait alors bénéficié d'aucun avancement de carrière et que cette situation révélerait une gestion discriminatoire de sa carrière, à l'origine d'un préjudice moral et financier. Toutefois, comme exposé au point 2, l'Etat n'ayant plus la qualité d'employeur depuis le 1er juin 2003, il ne peut voir sa responsabilité engagée à compter de cette date au titre des faits de harcèlement moral et de discrimination qu'aurait subis l'intéressé. Pour les mêmes raisons, il ne peut bénéficier à ce titre de la protection de l'administration.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. C doivent être rejetées y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

G. Descombes

L'assesseur le plus ancien,

Signé

P. Le Roux

Le greffier,

Signé

J.M. A

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2102173

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