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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102418

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102418

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102418
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS COUDRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires, enregistrés les 12 mai 2021, 11 octobre 2021, 22 novembre 2022 et 5 janvier 2023, M. B A, représenté par la SELARL Cabinet Coudray, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 mars 2021 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a retiré la décision implicite de rejet du recours hiérarchique de la société d'exploitation des aéroports de Rennes et Dinard (SEARD) dirigé à l'encontre de la décision de l'inspecteur du travail du 1er septembre 2020 refusant d'autoriser son licenciement pour motif économique, d'une part, et a annulé la décision de l'inspecteur du travail du 1er septembre 2020 et a autorisé son licenciement, d'autre part ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision litigieuse :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est irrégulière dès lors que la demande d'autorisation de licenciement ne fait pas état de l'ensemble de ses mandats, et notamment pas de son mandat de membre du Comité d'hygiène et de sécurité ;

- est entachée d'un vice de procédure dès lors que le comité social et économique (CSE) s'est prononcé sans que l'ensemble de ses mandats ne soient mentionnés ;

- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'y a pas eu communication de l'avis du CSE sur son licenciement, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 2421-10 du code du travail ;

- est irrégulière en l'absence de toute autorisation ou homologation du plan de sauvegarde de l'emploi ;

- est irrégulière dès lors que le motif économique du licenciement n'est pas établi et n'a pas été apprécié au niveau du secteur d'activité du groupe dont dépend la SEARD, la réalité des difficultés économique qui n'a pas été appréciée sur les 3 ou 4 derniers trimestres précédant la décision attaquée, n'est pas établie, enfin il n'occupe pas le poste supprimé ;

- est irrégulière dès lors qu'aucune proposition de reclassement ne lui a été adressée, que les recherche de reclassement ont été déloyales et n'ont pas été menées au sein du groupe Vinci Airport auquel appartient la SEARD, et que la ministre n'a pas apprécié les efforts de reclassement à la date à laquelle elle a statué ;

- est irrégulière dès lors qu'il existe un lien entre le licenciement et le mandat qu'il détient.

Par quatre mémoires en défense, enregistrés les 11 août 2021, 16 novembre 2021, 16 décembre 2022, et 16 janvier 2023, la SEARD, représentée par le Cabinet De Pardieu Brocas Maffei, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés et notamment que :

- les mandats attachés au Comité d'hygiène et de sécurité n'ont pas été transférés à la SEARD qui est une personne morale de droit privée ; à supposer que M. A bénéficie d'une protection de 6 mois à compter de sa réintégration au titre d'un ancien mandat au Comité d'hygiène et de sécurité, elle aurait pris fin le 15 avril 2019 ; en tout état de cause, l'administration était au courant de cet ancien mandat et en a tenu compte ;

- le CSE n'avait pas à être consulté sur le projet de licenciement litigieux ; l'obligation de consultation ne concerne que les élus du personnel au CSE en fonction ;

- dès lors que le licenciement en cause repose sur un motif économique individuel, le ministre n'a pas à vérifier l'existence d'une décision de validation ou d'homologation d'un plan de sauvegarde de l'emploi ;

- le motif économique est bien fondé ; la SEARD n'appartient pas au groupe Vinci Airport ; son chiffre d'affaire connaît une baisse significative sur 5 trimestres consécutifs ; le ministre du travail a fondé sa décision sur les données les plus récentes disponibles ; la mesure de licenciement est cohérente avec la situation économique de la société ;

- les recherches de reclassement ont été sincères et sérieuses et ont été adressées à la SEARD en interne, puis à la chambre de commerce et d'industrie, puis à Vinci Airport, puis à l'union des aéroports français ;

- il n'y a pas de lien entre le licenciement de M. A et le mandat de conseiller du personnel qu'il détient.

La procédure a été communiquée au ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion et à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Bretagne, qui n'ont pas produit d'écritures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grondin,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Dufour, de la SELARL Cabinet Coudray, représentant M. A, et de Me de Rincquesen, du Cabinet De Pardieu Brocas Maffei, représentant la SEARD.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été recruté à compter du 1er août 2000 par la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Saint-Malo, concessionnaire de l'aéroport de Dinard-Pleurtuit-Saint-Malo, au sein duquel il a été affecté en qualité de responsable/chef d'exploitation. En 2008, alors qu'il était élu au Comité d'hygiène et de sécurité (CHS), il a fait l'objet d'une procédure de licenciement pour insuffisance professionnelle. Le 28 décembre 2009 une convention de délégation de service public, portant sur l'exploitation des aéroports de Dinard-Pleurtuit et de Rennes Saint-Jacques, a été conclue entre la région Bretagne et la société d'exploitation des aéroports de Rennes et Dinard (SEARD). Le transfert d'exploitation entre la CCI et la SEARD est intervenu au 1er mars 2010. Après l'annulation du licenciement de M. A, celui-ci a été réintégré au sein des effectifs de la SEARD au sein de laquelle il a été élu conseiller du personnel. Toutefois, à la suite de difficultés économiques, la SEARD a de nouveau souhaité licencier M. A. Après consultation du Comité social et économique (CSE), il a ainsi été convoqué à un entretien préalable au licenciement qui s'est déroulé le 15 juin 2020. Par décision du 1er septembre 2020, l'inspecteur du travail a refusé d'autoriser son licenciement au motif que la suppression de l'emploi de l'intéressé n'était pas établie. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 18 mars 2021 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a retiré la décision implicite rejetant le recours hiérarchique de la SEARD contestant la décision de l'inspecteur du travail, d'une part, et a annulé la décision de l'inspecteur du travail du 1er septembre 2020 et a autorisé son licenciement, d'autre part.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de la validation ou l'homologation du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 1233-61 du code du travail : " Dans les entreprises d'au moins cinquante salariés, lorsque le projet de licenciement concerne au moins dix salariés dans une même période de trente jours, l'employeur établit et met en œuvre un plan de sauvegarde de l'emploi pour éviter les licenciements ou en limiter le nombre. () ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 1233-24-1 à L. 1233-24-4, L. 1233-57-2 et L. 1233-57-3 du code du travail que l'accord d'entreprise ou, à défaut, la décision unilatérale de l'employeur qui fixe ce plan de sauvegarde de l'emploi doit être validé ou homologué par l'autorité administrative.

3. Par ailleurs, le premier alinéa de l'article L. 1235-10 du code du travail, applicable aux licenciements collectifs dans les entreprises d'au moins cinquante salariés qui ne sont pas en redressement ou en liquidation judiciaire, dispose que : " () le licenciement intervenu en l'absence de toute décision relative à la validation ou à l'homologation ou alors qu'une décision négative a été rendue est nul ".

4. Il résulte des dispositions citées aux deux points précédents que, lorsque le licenciement pour motif économique d'un salarié protégé est inclus dans un licenciement collectif qui requiert l'élaboration d'un plan de sauvegarde de l'emploi, il appartient à l'inspecteur du travail saisi de la demande d'autorisation de ce licenciement, ou au ministre chargé du travail statuant sur recours hiérarchique, de s'assurer de l'existence, à la date à laquelle il statue sur cette demande, d'une décision de validation ou d'homologation du plan de sauvegarde de l'emploi, à défaut de laquelle l'autorisation de licenciement ne peut légalement être accordée. En revanche, dans le cadre de l'examen de cette demande, il n'appartient à ces autorités, ni d'apprécier la validité du plan de sauvegarde de l'emploi ni, plus généralement, de procéder aux contrôles mentionnés aux articles L. 1233-57-2 et L. 1233-57-3 du code du travail, qui n'incombent qu'au directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi compétemment saisi de la demande de validation ou d'homologation du plan.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a d'abord fait l'objet d'une procédure de licenciement pour motif économique à titre individuel, initiée par sa convocation à un entretien préalable au licenciement le 28 mai 2020. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, par une décision du 1er septembre 2020, l'inspecteur du travail a rejeté la demande de licenciement de M. A présentée par la SEARD. Le recours hiérarchique présenté par cette société a fait l'objet d'une décision de rejet implicite du ministre du travail. Avant que le ministre ne se prononce expressément sur le recours hiérarchique, et alors que M. A était ainsi encore salarié de l'entreprise, la société requérante a décidé de l'inclure dans un projet de licenciement économique collectif de 19 salariés, pour lequel l'élaboration d'un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) était requise en vertu des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 1233-61 du code du travail. Un courriel de la directrice de la SEARD du 11 mars 2021 et le procès-verbal de la réunion de la commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT) du 16 mars 2021 établissent que si la société requérante avait bien engagé une procédure de licenciement individuel à l'encontre de M. A, elle a par la suite décidé de l'intégrer dans les effectifs du projet de licenciement collectif. Dans ces conditions, la SEARD, qui ne pouvait licencier M. A au titre d'un licenciement individuel pour motif économique avant la décision expresse du ministre, doit être regardée comme ayant intégré le requérant dans la procédure de licenciement collectif pour motif économique, nécessitant l'élaboration d'un PSE. Il en résulte que l'existence d'une décision de validation ou d'homologation du plan de sauvegarde de l'emploi était au nombre des conditions à respecter pour que ce licenciement puisse être légalement autorisé. Par suite, et dès lors que le ministre statue sur recours hiérarchique selon les circonstances de droit et de fait à la date à laquelle il rend sa décision, l'administration aurait dû s'assurer de l'existence d'une décision de validation ou d'homologation du plan de sauvegarde de l'emploi.

6. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que, conformément aux dispositions de l'article L. 1235-10 du code du travail, le licenciement de M. A est nul. Par suite, il est fondé, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, à solliciter l'annulation de la décision litigieuse du 18 mars 2021 du ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion.

Sur les frais liés au litige :

7. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme de 2 500 euros, sollicitée par la SEARD au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens, soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

8. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SEARD la somme de 2 500 euros sollicitée par M. A au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 18 mars 2021 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de l'ensemble des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la société d'exploitation des aéroports de Rennes et Dinard, à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

Le rapporteur,

signé

T. Grondin

Le président

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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