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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102713

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102713

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102713
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS PAMLAW

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mai 2021, la société Free Mobile, représentée par le Cabinet Pamlaw-Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Brech s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 4 mars 2021 pour la construction d'un pylône de radiotéléphonie mobile d'une hauteur de 36 mètres supportant six antennes et trois faisceaux hertziens ainsi qu'une zone technique et une clôture sur un terrain situé lieudit Stankeu, cadastré section ZE n° 70 ;

2°) d'enjoindre au maire de délivrer la décision de non-opposition qu'elle a sollicitée dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Brech le versement de la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ainsi que celles de l'article A 11 du plan local d'urbanisme de la commune de Brech.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2021, la commune de Brech, représentée par la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Free Mobile le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu l'ordonnance n° 2102960 du 6 juillet 2021 du juge des référés du tribunal.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bozzi,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Idlas, de la SELARL Lexcap, représentant la commune de Brech.

Considérant ce qui suit :

1. La société Free Mobile a déposé à la mairie de Brech, le 4 mars 2021, une déclaration préalable déposée le 4 mars 2021 pour la construction d'un pylône de radiotéléphonie mobile d'une hauteur de 36 mètres supportant six antennes et trois faisceaux hertziens ainsi qu'une zone technique et une clôture sur un terrain situé lieudit Stankeu, cadastré section ZE n° 70. Par un arrêté du 30 mars 2021, le maire de la commune de Brech s'est opposé au projet. La société Free Mobile demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté en date du 2 juin 2020 régulièrement publié et transmis au contrôle de légalité, le maire de la commune de Brech a délégué à M. A, signataire de l'arrêté en litige, " l'étude et le suivi des demandes d'application du droit des sols ". Par suite, dès lors que cette délégation impliquait nécessairement la signature des actes valant autorisation de construire, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, pour s'opposer à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile, le maire de Brech s'est fondé sur le double motif tiré de la contrariété du projet avec les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisle d'une part, et celles des articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et A 11 du règlement du plan local d'urbanisme d'autre part.

4. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

5. Les dispositions l'article A 11 du règlement du plan local d'urbanisme ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.

6. Il résulte de ces dispositions, reprises par l'article A 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Brech que, si la construction projetée porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente doit refuser de délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée ou l'assortir de prescriptions spéciales.

7. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus d'une autorisation d'urbanisme ou les prescriptions spéciales accompagnant sa délivrance, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

8. Il ressort en l'espèce des pièces du dossier que le secteur d'implantation du projet est constitué de vastes espaces agricoles ou boisés, au sein desquels sont présentes quelques constructions éparses, sans que ces lieux avoisinants ne présentent un caractère et un intérêt particulier. Une ligne électrique supportée par des pylônes d'une hauteur importante traverse par ailleurs ces mêmes paysages. Dans ces conditions, l'implantation d'un pylône d'une hauteur de 36 mètres coloré dans une teinte verte de manière à atténuer son impact visuel par rapport à la haie d'arbres située à proximité n'est pas de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. Il en résulte que ce motif erroné doit être neutralisé.

9. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise soit en continuité avec les agglomérations et villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs ".

10. Il résulte des articles L. 121-8, L. 121-10, L. 121-11 et du premier alinéa de l'article L. 121-12 du code de l'urbanisme que le législateur a entendu ne permettre l'extension de l'urbanisation dans les communes littorales qu'en continuité avec les agglomérations et villages existants et a limitativement énuméré les constructions, travaux, installations ou ouvrages pouvant néanmoins y être implantés sans respecter cette règle de continuité. L'implantation d'une infrastructure de téléphonie mobile comprenant une antenne-relais et ses systèmes d'accroche ainsi que, le cas échéant, les locaux ou installations techniques nécessaires à son fonctionnement n'est pas mentionnée au nombre de ces constructions. Par suite, elle doit être regardée comme constituant une extension de l'urbanisation soumise au principe de continuité avec les agglomérations et villages existants au sens de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Il en va de même dans la rédaction qu'a donnée la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 au premier alinéa de cet article, qui dispose depuis lors que : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants ".

11. Il résulte également de ces dispositions que, dans les communes littorales, ne peuvent être autorisées que les constructions réalisées en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions ou, sous certaines conditions, au sein des secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, se distinguant des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. En revanche, aucune construction ne peut être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages ou de ces secteurs déjà urbanisés.

12. Il ressort des pièces du dossier, notamment des photographies et vues aériennes produites par les parties, que le terrain d'emprise du projet est inclus au centre d'une vaste étendue de parcelles faisant l'objet d'une exploitation agricole, et jouxtant dans son quart nord-ouest un large espace boisé. A l'exception d'un hangar agricole situé à environ 150 mètres au sud-est du terrain d'emprise du projet, il n'existe aucune autre construction dans un périmètre de 350 mètres autour du site d'implantation projeté. Ce site est distant du village de Bonnerfaven de plus de 450 mètres, et de l'agglomération constituée par le bourg de Brech de plus d'un kilomètre. Il s'ensuit que l'installation de téléphonie envisagée par la société Free Mobile doit être regardée comme une opération de construction isolée, constitutive d'une extension de l'urbanisation pour n'être pas réalisée en continuité d'une agglomération ou d'un village existant. Dans ces circonstances, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le projet en litige ne constitue pas une extension de l'urbanisation, ni, en tout état de cause, qu'elle serait réalisée en continuité avec une agglomération.

13. Par suite, le projet en litige ne pouvait légalement être autorisé au regard des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Ce motif est, à lui seul, de nature à fonder légalement l'arrêté attaqué.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la société Free Mobile à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la société Free Mobile, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Brech qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que la société Free Mobile demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Free Mobile le paiement d'une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Brech au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société Free Mobile est rejetée.

Article 2 : La société Free Mobile versera à la commune de Brech la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Free Mobile et à la commune de Brech.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

F. Bozzi

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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