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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102865

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102865

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102865
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS COUDRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juin 2021, M. A B, représenté par la SELARL Polythetis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Daoulas a accordé à l'Établissement public foncier de Bretagne un permis de démolir une maison et ses annexes situées sur la parcelle cadastrée section AE n° 112 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Daoulas le versement de la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté litigieux a été signé par une autorité incompétente ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 452-1 du code de l'urbanisme dès lors qu'il n'a pas été notifié au pétitionnaire ;

- il est fondé sur un arrêté du 19 février 2020 déclarant d'utilité publique le projet de construction de quatre logements locatifs sociaux et dont la légalité est contestée devant le tribunal administratif de Rennes.

Par un mémoire, enregistré le 15 juillet 2021, l'Établissement public foncier de Bretagne, représenté par la SELARL Cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce que le versement d'une somme de 2 500 euros soit mis à la charge de M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que le requérant n'est plus propriétaire du terrain d'assiette du projet litigieux ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2021, la commune de Daoulas conclut au rejet de la requête et à ce que le versement d'une somme de 1 000 euros soit mis à la charge de M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que le requérant n'est plus propriétaire du terrain d'assiette du projet litigieux ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grondin,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de M. B, et de Me Hauuy, de la SELARL Cabinet Coudray, représentant l'Établissement public foncier de Bretagne.

Considérant ce qui suit :

1. M. B était propriétaire de la parcelle cadastrée section AE n° 112, située sur le territoire de la commune de Daoulas, sur laquelle une maison d'habitation et des annexes sont construites. Estimant que cette parcelle était abandonnée et de nature à générer un risque pour la sécurité publique, la commune de Daoulas a, sur le fondement des dispositions des articles L. 2243-1 à L. 2243-4 du code général des collectivités territoriales, engagé, par procès-verbal du 3 juillet 2018, une procédure de déclaration d'état d'abandon manifeste qui s'est achevée par une délibération du conseil municipal du 20 mai 2019 déclarant cette parcelle en état d'abandon manifeste et décidant d'en poursuivre l'expropriation au profit de l'Établissement public foncier (EPF) de Bretagne, à laquelle la liait une convention opérationnelle d'action foncière, dans le but d'y faire réaliser la construction de quatre logements locatifs sociaux. Par un arrêté du 19 février 2020, le préfet du Finistère a déclaré d'utilité publique ce projet assorti de l'aménagement paysager des rives du Lohan, a autorisé l'EPF de Bretagne à acquérir les terrains nécessaires à l'exécution de ce projet et a déclaré cessible à son profit la parcelle de M. B. Par arrêté du 6 avril 2021, le maire de Daoulas a accordé à l'EPF de Bretagne un permis de démolir la maison d'habitation implantée sur la parcelle cadastrée section AE n° 112 ainsi que ses annexes. Alors qu'il avait déjà saisi le tribunal d'une requête dirigée contre l'arrêté préfectoral du 19 février 2020, M. B lui demande, par la présente requête, d'annuler également l'arrêté du 6 avril 2021 du maire de Daoulas portant permis de démolir. Depuis lors, sa requête dirigée contre l'arrêté du 19 février 2020 a été rejetée par jugement du 9 septembre 2021, confirmé par un arrêt du 3 février 2023 de la cour administrative d'appel de Nantes.

Sur les conclusions d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ".

3. Il est en l'espèce constant que la commune de Daoulas était couverte, à la date de l'arrêté de permis de démolir litigieux, par le plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté d'agglomération du pays de Landerneau-Daoulas, adopté le 28 février 2020 et entré en vigueur le 8 juin 2020. Dans ces conditions, le maire de cette commune était compétent pour signer, ainsi qu'il l'a fait, le permis de démolir attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 452-1 du code de l'urbanisme : " En application de l'article L. 424-9, le permis de démolir devient exécutoire : a) En cas de permis explicite, quinze jours après sa notification au demandeur et, s'il y a lieu, sa transmission au préfet ; b) En cas de permis tacite, quinze jours après la date à laquelle il est acquis ".

5. Les dispositions précitées, relatives au caractère exécutoire du permis de démolir, instituent une formalité postérieure à celui-ci et leur méconnaissance est donc sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que le permis de démolir attaqué n'aurait pas été notifié au pétitionnaire doit être écarté comme inopérant.

6. En dernier lieu, l'arrêté préfectoral du 19 février 2020 déclarant d'utilité publique le projet de construction de quatre logements locatifs sociaux d'utilité publique ne constitue pas la base légale du permis de démolir litigieux. Dans ces conditions et eu égard à l'indépendance des législations en matière d'urbanisme et d'expropriation pour utilité publique, la circonstance que M. B ait contesté l'arrêté du 19 février 2020 devant le tribunal administratif de Rennes est sans incidence sur la légalité. Par ailleurs, présente également un caractère inopérant la circonstance selon laquelle ce permis aurait, selon le requérant, été accordé " dans la précipitation ", dès lors qu'une telle demande émanant de l'EPF de Bretagne, dont il n'est ni établi ni allégué qu'il n'avait pas qualité pour la formuler, n'était enfermée, une fois les parcelles déclarées cessibles à son profit, dans aucun délai.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, la requête de M. B tendant à l'annulation du permis de démolir du 6 avril 2021 doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Daoulas, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à M. B de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

9. Par ailleurs il y a lieu, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de M. B, partie perdante, le versement à l'EPF de Bretagne d'une somme de 1 000 euros au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens. En revanche, et dès lors qu'elle ne justifie d'aucun frais exposé pour défendre à l'instance et n'est pas représentée par un avocat, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées aux mêmes fins par la commune de Daoulas.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera une somme de 1 000 euros à l'Établissement public foncier de Bretagne au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'Établissement public foncier de Bretagne et à la commune de Daoulas.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2024 à laquelle siégeaient :

M. Kolbert, président,

M. Grondin, premier conseiller,

Mme Villebesseix, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

T. Grondin

Le président,

signé

E. Kolbert

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2102865

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