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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103114

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103114

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103114
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantTERRIOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 juin 2021 et 15 mars 2023, Mme B A, l'association Canis Ethica et le cabinet conseil Humanesens, représentés en dernier lieu par Me Terrioux (cabinet Arca Avocats), demandent au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 19 février 2021 du préfet d'Ille-et-Vilaine portant prescriptions spécifiques à déclaration au titre de l'article L. 214-3 du code de l'environnement pour un projet d'aménagement d'un complexe hôtel-thalassothérapie aux Nielles à Saint-Malo ;

2°) à titre subsidiaire, de réformer l'arrêté du 19 février 2021 du préfet d'Ille-et-Vilaine afin d'imposer la réalisation d'une étude d'impact complète du projet sur le milieu marin et une étude d'incidences sur les sites Natura 2000 les plus proches ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur intérêt pour agir est établi ;

- l'arrêté attaqué a été édicté à l'issue d'une procédure irrégulière au regard de l'article R. 214-35 du code de l'environnement, dès lors que le préfet a invité la société exploitante à formuler ses observations sur les prescriptions spécifiques envisagées au-delà du délai de deux mois qui lui était imparti pour ce faire à compter du récépissé du dossier de déclaration ;

- le récépissé de déclaration est illégal, dès lors que le projet a été soumis à déclaration et non à autorisation, alors que la société exploitante ne justifie pas que le montant des travaux en lien avec le milieu marin est inférieur au seuil de 1 900 000 euros à partir duquel cette autorisation est requise selon la rubrique 4.1.2.0 de la nomenclature des installations, ouvrages, travaux et activités (IOTA) soumis à autorisation ou à déclaration ;

- l'arrêté a été édicté à l'issue d'une procédure irrégulière au regard de l'annexe à l'article R. 122-2 du code de l'environnement, dès lors qu'il porte sur un projet qui n'a pas fait l'objet d'un examen au cas par cas alors que les volumes des prélèvements des eaux de mer et des rejets sont supérieurs aux seuils fixés par les rubriques 18 et 19 de la nomenclature des IOTA soumis à autorisation ou à déclaration ;

- l'arrêté attaqué est illégal par voie d'exception de l'illégalité de l'arrêté du préfet de la région Bretagne du 20 octobre 2017 dispensant de la réalisation d'une étude d'impact en ce que cet arrêté n'a pas pris en compte la sensibilité environnementale du site et que le préfet ne

disposait pas de la description des incidences du projet avec les projets existants ou

approuvés ;

- les rejets d'eau en mer prévus au sud du rocher du Grand Davier augmentent le

risque d'eutrophisation de l'eau de mer et exposent le milieu marin à des substances

dangereuses ;

- les rejets d'eau en mer porteront atteinte à la préservation des herbiers de zostères situés à l'est de la pointe de la Varde, des bancs de maërls situés au nord-ouest de cette dernière et au Grand Dauphin, espèce protégée ;

- les travaux en lien avec le milieu marin, relevant de la rubrique 4.1.2.0 de la nomenclature des IOTA, méconnaissent les dispositions des articles L. 121-23 et R. 121-4 du code de l'urbanisme en ce qu'ils portent atteinte à la faune et à la flore ainsi qu'aux herbiers de zostères, aux bancs de maërls et au Grand Dauphin ;

- le dossier d'incidences est insuffisant quant à l'évaluation des incidences sur le site Natura 2000 " Côte de Cancale à Paramé " ;

- l'arrêté attaqué méconnaît le principe de gestion équilibrée de la ressource en eau prévue par les dispositions de l'article L. 211-1 du code de l'environnement ;

- l'arrêté attaqué n'est pas compatible avec les orientations 5B, 10A, 10B et 10F du schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux Loire-Bretagne 2016-2021 ;

- l'arrêté est entaché d'un détournement de procédure, dès lors que la société exploitante a utilisé la procédure du permis d'aménager pour obtenir une dispense d'étude d'impact au titre des rubriques 18, 19 et 39 de la nomenclature des installations, ouvrages, travaux et activités (IOTA) soumis à autorisation ou à déclaration.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 novembre 2022 et 23 janvier 2024, la SAS Groupe Raulic Investissements, représentée par Me Le Derf-Daniel (selarl Ares), conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit mis à la charge des requérantes une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à ce qu'il leur soit infligé une amende de 30 000 euros pour recours abusif au titre des dispositions de l'article

R. 741-12 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors que les requérants ne justifient pas de leur intérêt pour agir ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er décembre 2022 et 23 janvier 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors que les requérants ne justifient pas de leur intérêt pour agir :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée le 19 mars 2024 par une ordonnance du même jour en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

Par un courrier du 2 avril 2024, le tribunal a invité, en application de l'article

R. 613-1-1 du code de justice administrative, le préfet d'Ille-et-Vilaine à produire des pièces en vue de compléter l'instruction.

Des pièces produites par le préfet d'Ille-et-Vilaine ont été enregistrées le 4 avril 2024 et communiquées le 5 avril 2024.

Par un courrier du 7 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué.

Le préfet d'Ille-et-Vilaine a présenté des observations en réponse au moyen relevé d'office par un mémoire du 7 mai 2024.

Par deux mémoires, enregistrés les 13 et 14 mai 2024, la SAS Groupe Raulic Investissements, représentée par Me Le Derf-Daniel (selarl Ares), a présenté des observations en réponse au moyen relevé d'office et a conclu, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente de la régularisation de ce vice en application de l'article L. 181-18 du code de l'environnement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin,

- les conclusions de Mme Thalabard, rapporteure publique,

- les observations de Me Le Derf-Daniel, représentant la SAS Groupe Raulic Investissements,

- et les observations de Mme C, représentant la préfecture d'Ille-et-Vilaine.

Une note en délibéré, enregistrée le 16 mai 2024, a été présentée par le préfet d'Ille-et-Vilaine.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre de la réhabilitation du camping de Nicet situé dans le secteur des Nielles à Saint-Malo, sur les parcelles cadastrées H 101 et 799, le conseil municipal de la commune de Saint-Malo, par une délibération du 31 mars 2016, a retenu le projet de la SAS Groupe Raulic Investissements portant sur la construction d'un complexe hôtel-thalassothérapie composé de deux hôtels, d'un centre de thalassothérapie et d'une résidence de tourisme avec piscine situé 47-49 avenue du Président John Fitzgerald Kennedy. Par un arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 20 octobre 2017, la SAS Groupe Raulic Investissements a été dispensée de produire une étude d'impact portant sur ce projet. Un permis d'aménager portant sur la construction d'une prise et de rejet d'eau de mer nécessitant la pose de canalisations sur la parcelle cadastrée H 101 appartenant au domaine public maritime lui a également été délivré par un arrêté du maire de Saint-Malo du

5 mars 2020, ainsi qu'un permis de construire par un arrêté du maire de Saint-Malo du

11 mars suivant. Le 15 mai 2020, la SAS Groupe Raulic Investissements a déposé une déclaration relative à l'aménagement d'un complexe hôtel-thalassothérapie au titre de la loi sur l'eau et a obtenu, le 25 mai suivant, la délivrance du récépissé de déclaration y afférent. Par un arrêté du

19 février 2021, dont Mme A, l'association Canis Ethica et le cabinet conseil Humanesens demandent l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine a édicté des prescriptions spécifiques à déclaration au titre de l'article L. 214-3 du code de l'environnement pour un projet d'aménagement d'un complexe hôtel-thalassothérapie aux Nielles à Saint-Malo.

Sur les fin de non-recevoir opposées en défense :

En ce qui concerne l'intérêt pour agir de Mme A :

2. Pour pouvoir contester une décision prise au titre de la police des installations classées pour la protection de l'environnement, les tiers personnes physiques doivent justifier d'un intérêt suffisamment direct leur donnant qualité pour en demander l'annulation, compte tenu des inconvénients et dangers que présente pour eux l'installation en cause, appréciés notamment en fonction de la situation des intéressés et de la configuration des lieux.

3. Il résulte de l'instruction que Mme A résidait à Saint-Malo à la date d'introduction de la requête et qu'elle se prévaut notamment de l'impact potentiel du projet en litige sur le milieu marin et sur sa santé. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'à la date d'introduction de la présente requête à laquelle la qualité donnant intérêt pour agir doit être appréciée, l'intéressée résidait dans le secteur du Havre de Rothéneuf qui se situe à l'opposé du site du projet. En outre, si Mme A fait état de sa qualité d'usager du site Natura 2000 " Côtes de Cancale à Paramé ", elle ne justifie de cette allégation par aucune pièce versée au dossier alors que ce site est éloigné de son lieu de résidence et également distant de plus d'un kilomètre du point de rejet d'eau de mer en litige. Enfin, si Mme A relève qu'elle a présidé par le passé l'association Rotheneuf Environnement qui a pour objet de protéger l'environnement du site d'implantation du projet en litige, cette circonstance n'est pas de nature à établir son intérêt pour agir en tant que personne physique. Ainsi, Mme A n'établit pas que l'arrêté attaqué présente des inconvénients et dangers au regard de sa situation et de la configuration des lieux. Dans ces conditions, Mme A ne justifie pas d'un intérêt suffisamment direct avec l'arrêté attaqué lui donnant qualité pour en demander l'annulation. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt pour agir de Mme A doit être accueillie.

En ce qui concerne l'intérêt pour agir de l'association Canis Ethica :

4. Aux termes de l'article L. 141-1 du code de l'environnement : " Lorsqu'elles exercent leurs activités depuis au moins trois ans, les associations régulièrement déclarées et exerçant leurs activités statutaires dans le domaine de la protection de la nature et de la gestion de la faune sauvage, de l'amélioration du cadre de vie, de la protection de l'eau, de l'air, des sols, des sites et paysages, de l'urbanisme, ou ayant pour objet la lutte contre les pollutions et les nuisances et, d'une manière générale, œuvrant principalement pour la protection de l'environnement, peuvent faire l'objet d'un agrément motivé de l'autorité administrative. ". Selon l'article L. 142-1 du même code : " Toute association ayant pour objet la protection de la nature et de l'environnement peut engager des instances devant les juridictions administratives pour tout grief se rapportant à celle-ci. / Toute association de protection de l'environnement agréée au titre de l'article L. 141-1 ainsi que les fédérations départementales des associations agréées de pêche et de protection du milieu aquatique et les associations agréées de pêcheurs professionnels justifient d'un intérêt pour agir contre toute décision administrative ayant un rapport direct avec leur objet et leurs activités statutaires et produisant des effets dommageables pour l'environnement sur tout ou partie du territoire pour lequel elles bénéficient de l'agrément dès lors que cette décision est intervenue après la date de leur agrément. ".

5. Aux termes de l'article 1er des statuts de l'association Canis Ethica du

17 octobre 2017, relatif à l'objet statutaire de l'association : " L'association dénommée " Canis Ethica " a pour but de promouvoir au profit des Animaux : l'éthique dans les rapports homme-Animal dont l'élevage, l'amélioration de leur bien-être, la préservation en amont de leur patrimoine génétique, la prévention de toutes pratiques cruelles à leur égard par tous les moyens qui sont en son pouvoir ; de veiller à ce que soient respectées les dispositions législatives et réglementaires qui les protègent, et de participer en ce sens à la sensibilisation de l'opinion publique. Sa devise est : " Pour une éthique dans la relation Homme-Animal " (). ".

6. Il résulte de l'instruction que l'arrêté attaqué a pour objet d'assortir de prescriptions spécifiques la déclaration de projet du groupe Raulic Investissements qui porte sur des travaux de rejet d'eaux pluviales dans les eaux douces superficielles ou sur le sous-sol ou dans le sous-sol, des travaux en contact avec le milieu marin et des travaux relatifs à la qualité des eaux générées par l'activité de thalassothérapie et de piscine dans le milieu marin. Pour justifier de son intérêt pour agir, l'association requérante, qui ne détient pas un agrément au titre de l'article L. 141-1 du code de l'environnement, soutient que le projet en litige est susceptible de porter atteinte aux espèces animales dont le Grand Dauphin ainsi qu'à leurs habitats. Or, l'objet statutaire de cette association défini au point précédent porte sur les animaux de compagnie ou d'élevage et non sur les animaux sauvages. En tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que l'arrêté attaqué, relatif à des rejets d'eaux dans la mer, porterait atteinte aux rapports homme-animal, que l'association a vocation à défendre. Dans ces conditions, l'objet social de l'association requérante n'a pas de rapport direct avec l'objet de l'arrêté attaqué. Dès lors, l'association Canis Ethica ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour présenter des conclusions qui lui sont propres. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt pour agir de l'association Canis Ethica doit être accueillie.

En ce qui concerne l'intérêt pour agir de la société Humanesens :

7. Il résulte de l'instruction que la société Humanesens, crée le 22 mai 2020, dont la gérante est Mme A, exerce une activité de conseil des organismes publics et privés dans le développement de projets " en tenant compte de la place et du rôle du vivant ". L'absence de détermination précise de l'activité de cette société ne permet pas d'établir un lien avec l'objet de l'arrêté attaqué. Dès lors, la société Humanesens ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour présenter des conclusions qui lui sont propres. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt pour agir de la société Humanesens doit être accueillie.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme A et autres doit être rejetée comme irrecevable.

Sur la demande de la société Groupe Raulic Investissements d'infliger une amende pour recours abusif :

9. La faculté prévue par les dispositions de l'article R. 741-12 du code de justice administrative constituant un pouvoir propre du juge, les conclusions de la société Groupe Raulic Investissements tendant à ce que les requérants soient condamnés à une amende pour recours abusif ne sont, en tout état de cause, pas recevables et doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance le versement d'une somme au titre des frais exposés par Mme A et autres et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A et autres, le versement d'une somme au titre des frais exposés par la société Groupe Raulic Investissements et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B A et autres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Groupe Raulic Investissements sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 741-12 du code de justice administratives sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, représentante unique des requérants, à la société SAS Groupe Raulic Investissements et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Une copie du présent jugement sera adressée au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Plumerault, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

signé

C. Pellerin

La présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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