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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103148

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103148

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103148
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBUORS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juin 2021, M. A C, représenté par Me Buors, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 juin 2021 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, l'ensemble dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire, enregistré le 16 juin 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant congolais, est entré régulièrement en France le 21 avril 2005 puis s'y est maintenu irrégulièrement. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 26 décembre 2012 puis d'un refus de titre de séjour en date du 10 janvier 2018. M. C a déposé une seconde demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par une décision du 8 juin 2021, le préfet du Finistère a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Par un arrêté du 24 août 2020, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Finistère a donné délégation à M. Christophe Marx, secrétaire général de la préfecture et signataire de la décision attaquée, aux fins de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet à l'exclusion de certains d'entre eux au nombre desquels ne figure pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. La décision attaquée mentionne l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application. Elle indique que M. C, qui est père de deux enfants français, ne fournit que très peu d'éléments concernant sa participation à leur entretien et leur éducation et qu'il est défavorablement connu des services de police et a fait l'objet de diverses condamnations. Ainsi, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C est père de trois enfants, dont deux français, nés de trois mères différentes, et avec lesquelles il n'a plus de vie commune. Toutefois, les attestations et divers justificatifs d'achats datant pour l'essentiel de la fin de l'année 2020 sont insuffisants pour établir une contribution effective de M. C à l'entretien de ses enfants. Par ailleurs, si l'intéressé fait état d'un jugement en date du 16 janvier 2014 lui octroyant un droit de visite pour son deuxième enfant, il n'établit pas assurer des visites auprès de cet enfant dans les conditions prévues. Dès lors, M. C n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants français depuis leur naissance ou depuis au moins deux ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. C est entré sur le territoire français le 21 avril 2005. Ainsi qu'il a été dit au point 5, l'intéressé n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants ni disposer d'attaches particulières en France à titre familial. Si M. C établit avoir exercé une activité professionnelle entre le 1er mars 2021 et le 31 mai 2021 et soutient disposer d'attaches amicales en France, ces éléments sont insuffisants pour caractériser une insertion dans la société française et la réalité des attaches dont il fait état. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. C a fait l'objet de diverses condamnations pour, notamment, des faits de conduite sous l'empire d'un état alcoolique, d'usage et de transport illicite de stupéfiants, et d'usage de faux documents. L'intéressé ne démontre pas, par ailleurs, être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à ses 22 ans. Dès lors, M. C n'établit pas que le préfet du Finistère aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 8 juin 2021 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. C, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par l'intéressé.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentées sur ce fondement.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme Gourmelon, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

O. BL'assesseur le plus ancien,

signé

F. Pottier

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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