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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103332

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103332

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103332
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantHENOUSSENE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juin 2021, M. A D et Mme B D, représentés par Me Henoussene, demandent au tribunal :

1°) de condamner, conjointement et solidairement, la commune de Brest, le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) du Finistère et l'Etat à leur verser la somme de 100 000 euros à chacun, assortie des intérêts au taux légal ainsi que la somme de

474 893,65 euros au titre de la valeur de leur habitation ;

2°) d'ordonner le sursis à statuer eu égard à la procédure engagée à l'encontre de la société Axa France Iard devant le tribunal judiciaire de Nanterre portant sur sa responsabilité contractuelle à leur encontre ;

3°) de mettre à la charge des défendeurs le versement à chacun d'eux de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité pour faute de la commune est engagée en raison de la carence du maire à mettre en œuvre des pouvoirs de police générale pour empêcher l'accès à l'immeuble dont ils sont propriétaires, la présence de squatteurs et assurer la sécurité publique, la prévention et la lutte contre les accidents tels que les incendies dans sa commune ;

- les services des sapeurs-pompiers qui ont été contraints de détruire le portail du garage pour éteindre l'incendie, n'ont rien fait pour en interdire les accès, après leur mission en méconnaissance de l'article 2 des dispositions générales du règlement opérationnel ;

- la responsabilité de l'Etat est engagée, d'une part en tant qu'autorité de tutelle pour carence fautive en raison de l'absence de diligences prises par le SDIS pour sécuriser les lieux après son intervention lors du premier incendie du 17 août 2019, d'autre part pour carence dans l'exercice de ses missions de police pour ne pas avoir informé en temps utile les coindivisaires de l'incendie du 17 août 2019, ce qui les a empêchés de faire réaliser les travaux de sécurisation par une entreprise qui aurait été désignée par la société Axa France Iard ;

- la responsabilité contractuelle de la société AXA France Iard est engagée, cette compagnie leur devant encore des indemnités au titre d'un dégât des eaux et d'un vol par effraction et de vandalisme, réglés très partiellement en 2018 et des indemnités pour les incendies de 2019 et 2020, à due concurrence, en raison des responsabilités soulevées à l'encontre de la commune, du SDIS du Finistère et du préfet du Finistère ;

- ils sont fondés à demander l'indemnisation de l'occupation illégale de leur maison pour la période du 1er septembre 2016 au mois de septembre 2020 à hauteur de 60 000 euros, de la perte de valeur vénale de l'habitation à hauteur de 474 893,65 euros, de l'évacuation des biens mobiliers sans valeur à hauteur de 6 955 euros, des frais de référé préventif à hauteur de 15 000 euros, de la destruction immobilière et de son évacuation à hauteur de 50 000 euros, de la perte locative de septembre 2018 à septembre 2020 à hauteur de 92 640 euros, des frais de reconstruction à hauteur de 300 000 euros, des meubles pillés ou saccagés, sous réserves, à hauteur de 60 000 euros, de leur préjudice moral à hauteur de 75 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2022, la commune de Brest, représentée par Me Collet (Selarl Ares), conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que les prétentions des consorts D soient ramenées à de plus justes proportions et, en toute hypothèse, à ce que soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire,

- sa responsabilité ne saurait être engagée en lien avec la décision du

23 octobre 2020 enjoignant aux consorts D de sécuriser leur propriété et mettant à leur charge des travaux exécutés d'office par la commune ;

- les services départementaux d'incendie et de secours, établissements publics départementaux, sont responsables des conséquences dommageables imputables à l'organisation ou au fonctionnement défectueux des services et matériels concourant à l'exercice de la mission de lutte contre les incendies ;

- la responsabilité pour faute en raison de la carence du maire à exercer ses pouvoirs de police administrative générale en raison de la présence de squatteurs dans la propriété des requérants et des dégâts causés par ces derniers ne saurait être engagée en l'absence de trouble à l'ordre public ;

- les désordres dont il est demandé réparation trouvent leur origine dans les négligences des propriétaires à faire procéder, depuis 2011, aux opérations de gestion, d'entretien et de réparation qui étaient à leur charge et ne sont pas la conséquence directe d'une éventuelle carence de l'autorité de police ;

- l'inertie des consorts D dans la gestion de leur bien est constitutive d'une faute de nature à l'exonérer de toute responsabilité ;

- à titre infiniment subsidiaire,

- la somme de 60 000 euros au titre de l'occupation illégale de la maison pour la période allant du 1er septembre 2016 au mois de septembre 2020 n'est pas justifiée ;

- les requérants ne justifient pas de leur préjudice moral ;

- les autres demandes ne sont pas justifiées alors que la maison était inhabitable depuis 2015.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2022, le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) du Finistère, représenté par la SCP Cabinet Gosselin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge solidaire des requérants la somme de

1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- sur la responsabilité :

- il n'a commis aucune faute et les requérants ne rapportent pas la preuve que les dégradations commises dans leur immeuble seraient en relation avec l'intervention du

17 août 2019 ;

- la fracturation de la porte de garage était parfaitement proportionnée à l'urgence de la situation et à la nécessité de pénétrer dans la maison pour maîtriser le sinistre et après avoir éteint l'incendie, il lui appartenait seulement de prévenir tout nouveau départ d'incendie ;

- il ne lui appartient pas de pallier la carence des propriétaires et de gérer leur bien à leur place ;

- subsidiairement, sur le préjudice :

- en leur qualité de coindivisaires, les requérants ne peuvent prétendre être indemnisés qu'à hauteur de leur part dans l'indivision ;

- les requérants ne produisent aucune pièce à l'appui de leurs prétentions indemnitaires ;

- les requérants ne rapportent aucunement la preuve d'un préjudice indemnisable au titre de la perte de loyers ;

- le préjudice moral n'est pas établi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la responsabilité pour carence fautive de l'Etat en raison de l'absence de diligences du SDIS ne peut être retenue :

- le SDIS a effectué sa mission dans les règles de l'art pour circonscrire l'incendie du 17 août 2019 et les requérants ne rapportent pas la preuve que les dégradations commises à l'intérieur du bâtiment seraient en relation avec cette intervention ;

- il n'existe aucun lien de causalité entre une éventuelle carence fautive et les dommages subis dans la mesure où l'immeuble en cause était déjà dans un état de détérioration avancé avant l'incendie ;

- la responsabilité pour carence fautive de l'Etat dans l'exercice de sa mission de police en raison du retard mis à informer les coindivisaires de l'incendie du 17 août 2019 ne peut être retenue ;

- le comportement fautif des requérants, qui ont commis des négligences, est à l'origine des dommages ;

- sur les préjudices ;

- les requérants ne peuvent prétendre qu'à être indemnisés chacun à hauteur de leur part dans l'indivision ;

- la valeur vénale de la maison ne tient pas compte de sa vétusté liée à son abandon depuis 2011 ;

- les requérants n'apportent aucun justificatif des sommes demandées au titre de leurs différents préjudices matériels ;

- les requérants n'établissent pas de lien de causalité entre les supposées carences de l'Etat et leur préjudice moral.

Par une ordonnance du 4 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

20 mars 2024.

Un mémoire, présenté pour la commune de Brest, a été enregistré le 20 mars 2024 postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme Plumerault ;

- les conclusions de Mme Thalabard, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Kerrien, représentant la commune de Brest et de Me Gosselin, représentant le service départemental d'incendie et de secours du Finistère.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, M. A D et M. C D sont propriétaires d'une maison d'habitation en indivision située 55, rue Victor Eusen à Brest. Depuis le décès de leur mère en août 2011, la maison est restée inhabitée et a connu plusieurs sinistres, dont l'installation de squatteurs et des vols et dégradations pour lesquels Mme D a déposé plainte les 24 juillet et 11 septembre 2018. Le 17 août 2019, un premier feu a pris naissance dans le garage de l'habitation. Le 26 septembre 2020, un second incendie s'est déclaré détruisant en grande partie la toiture et la charpente de la maison. Le maire de Brest a alors, par courrier du 8 octobre 2020, demandé à Mme D de mettre en œuvre toutes mesures utiles pour sécuriser l'immeuble dont elle est propriétaire à la suite de cet incendie en raison du risque de chute sur l'espace public d'éléments de la toiture et/ou de la charpente et de le tenir informé, dans un délai de dix jours, des actions entreprises. En l'absence de réponse à ce courrier, le maire a mis en demeure les coindivisaires, par courrier du 23 octobre 2020, de sécuriser leur propriété dans un délai de cinq jours. Finalement, la commune a réalisé d'office, en novembre 2020, les travaux de fermeture des accès à la propriété. Estimant que tant la commune de Brest que le service départemental d'incendie et de secours du Finistère, l'Etat et la société Axa France, leur assureur, avaient commis des fautes de nature à engager leur responsabilité en lien avec les différents préjudices matériels subis,

Mme B D et M. A D demandent au tribunal leur condamnation à leur verser la somme de 100 000 euros à chacun, assortie des intérêts au taux légal ainsi que la somme de 474 893,65 euros au titre de la valeur de leur habitation.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le cadre juridique applicable :

2. Aux termes de l'article L. 1424-2 du code général des collectivités territoriales :

" Les services d'incendie et de secours sont chargés de la prévention, de la protection et de la lutte contre les incendies. / Ils concourent, avec les autres services et professionnels concernés, à la protection et à la lutte contre les autres accidents, sinistres et catastrophes, à l'évaluation et à la prévention des risques technologiques ou naturels ainsi qu'aux secours d'urgence. / Dans le cadre de leurs compétences, ils exercent les missions suivantes : / 1° La prévention et l'évaluation des risques de sécurité civile ; / 2° La préparation des mesures de sauvegarde et l'organisation des moyens de secours ; / 3° La protection des personnes, des animaux, des biens et de

l'environnement ; / 4° Les secours et les soins d'urgence aux personnes ainsi que leur évacuation, lorsqu'elles : / a) Sont victimes d'accidents, de sinistres ou de catastrophes (). ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 1424-3 du même code : " Les services d'incendie et de secours sont placés pour emploi sous l'autorité du maire ou du préfet, agissant dans le cadre de leurs pouvoirs respectifs de police. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 1424-4 du même code : " Dans l'exercice de leurs pouvoirs de police, le maire et le préfet mettent en oeuvre les moyens relevant des services d'incendie et de secours dans les conditions prévues par un règlement opérationnel arrêté par le préfet après avis du conseil d'administration du service d'incendie et de secours. ".

3. L'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales prévoit que : " Le maire est chargé () de la police municipale (). " et son article L. 2212-2 dispose que : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / () 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les rixes et disputes accompagnées d'ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique, les attroupements, les bruits, les troubles de voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique ; / () 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux ainsi que les pollutions de toute nature, tels que les incendies, les inondations, les ruptures de digues, les éboulements de terre ou de rochers, les avalanches ou autres accidents naturels, les maladies épidémiques ou contagieuses, les épizooties, de pourvoir d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours et, s'il y a lieu, de provoquer l'intervention de l'administration supérieure (). ".

4. Aux termes de l'article L. 2216-2 du code général des collectivités territoriales : " Sans préjudice des dispositions de l'article L. 2216-1, les communes sont civilement responsables des dommages qui résultent de l'exercice des attributions de police municipale, quel que soit le statut des agents qui y concourent. Toutefois, au cas où le dommage résulte, en tout ou partie, de la faute d'un agent ou du mauvais fonctionnement d'un service ne relevant pas de la commune, la responsabilité de celle-ci est atténuée à due concurrence. / La responsabilité de la personne morale autre que la commune dont relève l'agent ou le service concerné ne peut être engagée que si cette personne morale a été mise en cause, soit par la commune, soit par la victime du dommage. S'il n'en a pas été ainsi, la commune demeure seule et définitivement responsable du dommage. ". L'article L. 1424-8 de ce code dispose : " Sans préjudice des dispositions de l'article L. 2216-2, le transfert des compétences de gestion prévu par le présent chapitre au profit du service départemental d'incendie et de secours emporte transfert de la responsabilité civile des communes ou des établissements publics de coopération intercommunale au titre des dommages résultant de l'exercice de ces compétences. ".

En ce qui concerne la responsabilité contractuelle de la société Axa France Iard :

5. Il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement des sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé nées de sa relation contractuelle avec son assuré. Il suit de là qu'à supposer que les requérants aient entendu engager la responsabilité contractuelle de leur assureur, la société Axa France Iard, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Brest :

6. Il résulte de l'instruction qu'un premier incendie a détruit le garage de la maison d'habitation appartenant aux consorts D le 17 août 2019 et qu'un second incendie s'est déclaré le 26 septembre 2020 détruisant partiellement la toiture et la charpente de l'immeuble.

7. Les requérants soutiennent que la responsabilité de la commune de Brest doit être engagée en raison de la carence du maire dans l'exercice des pouvoirs de police qu'il tient des dispositions précitées des articles L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, faute d'avoir mis en œuvre les mesures nécessaires pour faire cesser les atteintes au bon ordre, à la sûreté et à la salubrité publiques résultant des occupations illicites de l'immeuble leur appartenant. Il est toutefois constant que l'agent de proximité de la mairie de quartier de la commune de Brest a informé Mme D par courriel, dès le 27 mai 2019, d'une suspicion de squat en lui indiquant qu'il avait prévenu les services de police du commissariat de quartier. Ce même agent a de nouveau contacté Mme D par mail le 17 juin 2020 pour l'informer que la maison n'était plus occupée par des squatteurs tout en lui demandant de clôturer l'accès. Les requérants n'établissent pas qu'à la suite du premier signalement, ils auraient entrepris des démarches en particulier pour obtenir devant le tribunal judiciaire l'expulsion des occupants sans droit ni titre de leur propriété, ni qu'ils auraient, à la suite du second mail du 17 juin 2020, pris des mesures appropriées pour sécuriser leur bien afin d'éviter de nouvelles intrusions ni davantage qu'ils auraient attiré l'attention du maire de la commune sur d'éventuels troubles à l'ordre public résultant de l'occupation irrégulière de leur habitation. Dans ces conditions, et alors que le bien appartenant aux consorts D était à l'abandon depuis 2011, le maire de Brest ne peut être regardé comme ayant fait preuve de carence dans l'exercice des pouvoirs de police qu'il détient de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, qui serait à l'origine de l'occupation irrégulière de l'immeuble appartenant aux consorts D, et partant du second sinistre. La circonstance que le maire de Brest n'aurait pas informé Mme D du premier sinistre intervenu le 17 août 2019, dont au demeurant lui-même n'avait pas connaissance, ne saurait davantage caractériser une carence fautive dans l'exercice de ses pouvoirs de police générale. Par suite, la responsabilité de la commune de Brest sur le fondement de la carence de son maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police n'est pas de nature à être engagée.

En ce qui concerne la responsabilité du service départemental d'incendie et de secours du Finistère :

8. Il résulte des dispositions précitées que la responsabilité du service départemental d'incendie et de secours est susceptible d'être engagée dans l'hypothèse d'une faute commise dans le fonctionnement du service ou dans la gestion des moyens humains ou matériels mis en œuvre pour lutter contre un incendie ayant contribué à l'aggravation des conséquences dommageables de celui-ci, alors même que les autorités de police communales peuvent avoir recours, pour exercer leur compétence de police générale, à des moyens et des personnels relevant de ces établissements publics et que la responsabilité des communes demeure susceptible d'être engagée, dès lors que les dommages en cause trouvent, en tout ou partie, leur origine dans une faute commise par les autorités de police communales dans l'exercice de leurs attributions.

9. Il résulte de l'instruction qu'après réception d'un appel à 17 h 24 le 17 août 2019 mentionnant que de la fumée sortait du garage de la propriété des consorts D, le SDIS du Finistère a engagé les secours à 17h 25. Le feu a été éteint et l'opération s'est terminée à 19 h 05. Il est constant que la maison étant inhabitée, les pompiers ont dû, pour mener à bien leur intervention, fracturer la porte du garage. Les consorts D, qui ne se prévalent d'aucun retard qui aurait affecté l'extinction de l'incendie de l'habitation dont ils sont propriétaires ni d'un défaut de surveillance du site qui aurait conduit à une reprise de feu, font grief au SDIS du Finistère de ne pas avoir sécurisé les lieux après son intervention rendant ainsi possible l'installation de squatteurs. Toutefois, les dommages provoqués par l'intervention du SDIS ne révèlent aucun dysfonctionnement dans l'organisation ou la mise en œuvre des opérations de secours, lesquelles ont été strictement motivées par l'état de nécessité de son intervention. Les requérants ne peuvent ainsi utilement se prévaloir de ce que les pompiers n'ont pas, après leur départ, mis en place une sécurisation des lieux, laquelle ne se rattache pas à l'exercice de leurs missions de lutte contre les incendies. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction que le SDIS du Finistère a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'aucune défaillance fautive du SDIS du Finistère dans la prise en charge de l'incendie du 17 août 2019 n'est établie. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à engager la responsabilité de l'Etat en sa qualité d'autorité de tutelle du SDIS.

11. En second lieu, il résulte de l'instruction, notamment du procès-verbal de police rédigé le 17 août 2019 à la suite de l'incendie d'origine criminelle qui s'est déclaré dans le garage de la propriété des consorts D, qu'aucun des accès de la maison n'était à cette date sécurisé, que la maison se trouvait dans un état d'insalubrité avancée et qu'après recherche dans leurs fichiers, les services de police ont effectivement tenté de contacter téléphoniquement

Mme D sans succès. Dans ces circonstances, aucune carence fautive de l'Etat dans l'exercice de ses missions de police n'est de nature à engager sa responsabilité.

12. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il y ait lieu d'ordonner le sursis à statuer et qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Brest, les conclusions indemnitaires des consorts D doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par les requérants doivent, dès lors, être rejetées.

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire des défendeurs le versement à la commune de Brest de la somme globale de 750 euros et au SDIS du Finistère de la somme globale de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions présentées par les consorts D tendant à engager la responsabilité contractuelle de la société Axa France Iard sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête des consorts D est rejeté.

Article 3 : M. D et Mme D verseront solidairement à la commune de Brest la somme globale de 750 euros et au service départemental d'incendie et de secours du Finistère la somme globale de 750 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et Mme B D, à la commune de Brest, à la société Axa France Iard, au service départemental d'incendie et de secours du Finistère et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie du présent jugement sera adressée au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Plumerault, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

signé

F. Plumerault

La présidente,

signé

C. Grenier

La greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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