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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103333

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103333

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103333
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBLANQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 juin 2021, le 18 avril 2023 et le

15 mai 2023, M. B G, représenté par Me Ronan Blanquet, avocat, demande au

tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 novembre 2020 par laquelle le doyen de la faculté de médecine de l'université de Rennes a refusé de valider son stage d'interne en 3e cycle des études médicales pour la période allant du 1er juin au 1er novembre 2020, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de prescrire, par mesures d'instruction, la communication des éléments complémentaires nécessaires pour que le tribunal forme sa conviction et de surseoir à statuer dans l'attente des résultats de ces mesures d'instruction ;

3°) d'enjoindre au président de l'université de Rennes, à titre principal, de valider le stage effectué, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de procéder à un réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'université de Rennes le paiement d'une somme de

3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée, alors qu'il existe des incohérences entre la fiche d'évaluation de son stage et le courrier du Pr H du 27 octobre 2020 sur lequel le doyen de la faculté de médecine s'est fondé ;

- la décision n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire, en méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le doyen de la faculté de médecine a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, en ce qu'il a dénaturé les appréciations portées dans la grille d'évaluation de son stage, a procédé à une évaluation globale incluant les stages antérieurement effectués et s'est fondé sur l'appréciation du Pr H, lequel n'a pu faire preuve d'impartialité, compte tenu de l'animosité qu'il entretient à son égard ;

- compte tenu du contexte contentieux, il est incompréhensible que le Pr H ait pu continuer à encadrer M. G et ait pu conserver un pouvoir hiérarchique sur lui ;

- ne parvenant pas à obtenir du centre hospitalier universitaire (CHU) de Rennes la communication des pièces permettant de démontrer le manque d'impartialité dans son évaluation de stage, il appartient au tribunal de faire usage de son pouvoir d'instruction pour obtenir la production de l'ensemble des échanges par courriels et papier le concernant entre le Pr I et les agents de la direction des affaires médicales du CHU de Rennes, les agents de l'université de Rennes 1, les agents de la direction des affaires médicales du CHU de Rennes, et tout autre agent, médecin, étudiant, ainsi que les échanges entre le Dr D et le Pr H, entre le

Pr H et le Pr F, entre le Pr H et M. A, entre le Pr H et le

Dr E C, ou, à défaut, des attestations que de tels échanges, y compris oraux, n'ont pas eu lieu, la production des procès-verbaux des auditions réalisées dans le cadre de l'enquête administrative diligentée par le CHU de Rennes, de l'ensemble des échanges intervenus concernant la réalisation de cette enquête administrative et des réponses ou apports écrits émis dans le cadre de cette enquête administrative.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 mars 2023 et le 30 mai 2023, l'université de Rennes, venant aux droits de l'université de Rennes 1, représentée par Me Gaël Collet, avocat de la SELARL ARES, conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de M. G le paiement d'une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. G n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- le décret n°2004-67 du 16 janvier 2004 relatif à l'organisation du troisième cycle des études médicales ;

- le décret n°2016-1597 du 25 novembre 2016 relatif à l'organisation du troisième cycle des études de médecine et modifiant le code de l'éducation ;

- l'arrêté interministériel du 22 septembre 2004 fixant la liste et la réglementation des diplômes d'études spécialisées de médecine ;

- l'arrêté du 4 février 2011 relatif à l'agrément, l'organisation, le déroulement et la validation des stages des étudiants en 3e cycle des études médicales ;

- l'arrêté du 27 juin 2011 relatif aux stages effectués dans le cadre de la formation dispensée au cours du 3e cycle des études de médecine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thalabard,

- les conclusions de M. Rémy, rapporteur public,

- et les observations de Me Meurdra, substituant Me Blanquet, représentant M. G, et de Me Marie, représentant l'université de Rennes.

Considérant ce qui suit :

1. Inscrit en 3ème cycle des études médicales auprès de la faculté de médecine de l'université de Rennes, M. G demande l'annulation de la décision du 6 novembre 2020 par laquelle le doyen de la faculté de médecine a refusé de valider le stage semestriel hospitalier qu'il a effectué en tant qu'interne au sein du service d'ophtalmologie du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Rennes pour la période du 1er juin au 1er novembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 632-15 du code de l'éducation, dans sa version applicable au litige compte tenu de la circonstance que le requérant s'est inscrit pour la première fois en troisième cycle des études de médecine avant l'entrée en vigueur du décret du

25 novembre 2016 : " Les internes en médecine reçoivent à temps plein une formation théorique et pratique de trois à cinq ans selon le diplôme d'études spécialisées envisagé. Pour chaque diplôme d'études spécialisées, le temps de préparation, le programme des enseignements, la durée et la nature des fonctions pratiques qui doivent être exercées dans les stages hospitaliers ou extrahospitaliers, notamment le nombre de semestres à valider par spécialité, ainsi que les règles de validation applicables constituent la maquette de formation. Ces maquettes sont fixées par arrêté des ministres chargés de l'enseignement supérieur et de la santé. ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article 25 de l'arrêté du 4 février 2011 relatif à l'agrément, à l'organisation, au déroulement et à la validation des stages des étudiants en 3e cycle des études médicales: " I. - Sous réserve de l'application de l'article R. 6153-20 du code de la santé publique, un stage est validé, après avis du responsable médical du lieu de stage agréé ou du praticien agréé-maître de stage des universités responsable du stage dans lequel ou auprès duquel a été affecté l'étudiant, par le directeur de l'unité de formation et de recherche ou le président du comité de coordination des études médicales en cas de pluralité d'unités de formation et de recherche de médecine. Les raisons qui motivent une décision de non-validation du stage sont précisées. () ".

4. Contrairement à ce que soutient M. G, il ne ressort pas des termes des dispositions précitées de l'arrêté du 4 février 2011 qu'une motivation en droit de la décision de non-validation du stage s'impose. En l'espèce, M. G a été suffisamment informé des raisons ayant motivé la décision contestée du doyen de la faculté de médecine de Rennes par la communication de la fiche d'évaluation du stage suivi du 1er juin au 1er novembre 2020 dans le service d'ophtalmologie du CHU de Rennes, laquelle comporte une grille d'évaluation, selon des lettres allant de A à E, de dix aptitudes professionnelles ainsi que des observations littérales sur les aspects positifs du stage et les difficultés rencontrées. En outre, il ressort des pièces du dossier que le doyen de l'université de Rennes a communiqué à M. G, en réponse à sa demande, le courrier du 27 octobre 2020 par lequel le Pr H, chef du service d'ophtalmologie du CHU de Rennes, exposait les motifs de sa proposition de ne pas valider le stage effectué par l'intéressé dans son service. Au regard de ces éléments, M. G ne saurait sérieusement prétendre ne pas avoir été mis en mesure de connaître l'ensemble de considérations sur lesquelles le doyen de la faculté de médecine de Rennes s'est fondé pour refuser de valider son stage d'internat pour la période du 1er juin au 1er novembre 2020. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision contestée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article

L. 121-2 du même code : " () Les dispositions de l'article L. 121-1, en tant qu'elles concernent les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents. ".

6. La décision par laquelle le doyen de la faculté de médecine de Rennes a refusé de valider le stage effectué par M. G au titre de sa formation universitaire est une décision à caractère pédagogique, qui ne peut être regardée comme prise en considération de sa personne au sens des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et qui n'est donc pas au nombre des décisions qui ne peuvent légalement intervenir sans que l'intéressé ait été mis en mesure de faire valoir ses observations. Pour autant, l'administration soutient, sans être contestée, que M. G a été reçu en entretien s'agissant du déroulement et de la validation de son stage d'internat, tant par les responsables du stage que par le doyen de la faculté de médecine. L'intéressé a d'ailleurs mentionné sur la fiche d'évaluation de stage avoir pris connaissance, le 26 octobre 2020, de l'avis du responsable médical, en exprimant son désaccord. Dès lors, et en tout état de cause, le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire préalable doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ressort de la lecture de la fiche d'évaluation du stage effectué par M. G pour la période du 1er juin au 1er novembre 2020 que, s'il a obtenu la lettre A quant à l'évaluation de ses connaissances théoriques et sa participation aux staffs, ainsi que la lettre B concernant les acquisitions au cours du stage, l'évaluateur ayant constaté une progression au cours des deux derniers mois, la lettre C lui a été attribuée pour les quatre critères " interprétation des données ", " utilisation des données ", " prise en charge globale " et " relations humaines, disponibilité " et la lettre D pour les critères du " recueil de données " et de " l'efficacité en cas d'urgence ". En outre, le critère " gestes pratiques " n'a pas pu être évalué. Même en l'absence de toute lettre E, correspondant à la qualification de " mauvais ", ces mentions de la grille d'évaluation suffisent à démontrer un niveau insuffisant s'agissant du douzième semestre de stage d'internat réalisé par M. G, sans que celui-ci puisse utilement reprocher au doyen de la faculté de médecine de porter une appréciation sur la progression attendue au titre de cette formation pratique en milieu hospitalier. Dans son courrier au doyen du 27 octobre 2020, le chef du service ophtalmologie du CHU de Rennes dans lequel M. G a effectué le stage litigieux souligne notamment que celui-ci ne maîtrise pas l'examen clinique de base ainsi que la pratique d'examens paracliniques, qu'il rencontre des difficultés importantes dans l'apprentissage chirurgical et qu'il a pu formuler des prescriptions médicales inadéquates. Il est également fait état d'un déficit d'auto-analyse, ce qui perturbe la progression de M. G dans ses apprentissages. Plusieurs des difficultés ainsi identifiées ressortaient déjà de précédentes évaluations de stage. Si M. G conteste les erreurs qui lui ont été reprochées au cours de son stage et soutient qu'elles révèlent une pratique discriminatoire à son égard, ses allégations sont directement contredites par la lecture du rapport remis à l'issue de l'enquête administrative diligentée à la suite du signalement effectué par le requérant concernant des accusations de délation et d'iniquité dans le traitement dont il ferait l'objet. Aux termes des conclusions de ce rapport, il est considéré que le Pr H et son équipe ont adopté une attitude pédagogique appropriée en tenant compte des difficultés manifestes rencontrées par M. G, lequel aurait quant à lui montré " une tendance à l'interprétation de son environnement de travail, et présenterait des difficultés d'adaptation, notamment des difficultés à entendre la critique ou les observations sur son exercice d'étudiant en formation ". L'auteur du rapport ajoute que " s'il ne ressort pas de cette enquête administrative interne l'existence d'une discrimination dont aurait été victime M. G, il est cependant ressorti que l'intéressé présente une fragilité conduisant les professionnels entendus à évoquer une inquiétude à son sujet sur ce plan ". L'ensemble des professionnels du service ont, en effet, estimé que l'intéressé était dans une " distorsion de la réalité " et qu'il a pu adopter un comportement ayant un caractère obsessionnel sur certains sujets. La circonstance que des appréciations plus favorables ont pu être émises concernant les stages effectués postérieurement par M. G ne saurait suffire à remettre en cause l'appréciation portée sur le stage effectué pour la période du 1er juin au 1er novembre 2020, d'autant que le chef du service d'ophtalmologie du CHU de Nice, qui a accueilli le requérant en stage du 2 mai au 1er novembre 2021, fait également état de difficultés rencontrées pour la pratique chirurgicale ainsi que pour certaines connaissances théoriques. Au regard de ces éléments, M. G n'établit pas que le doyen de la faculté de Rennes aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de valider le stage effectué du 1er juin au 1er novembre 2020 dans le service d'ophtalmologie du CHU de Rennes.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il y ait lieu d'ordonner les suppléments d'instruction sollicités par le requérant et de surseoir à statuer dans cette attente, que les conclusions présentées à fin d'annulation de la décision du doyen de la faculté de Rennes du 6 novembre 2020 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision contestée du doyen de la faculté de médecine de Rennes, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. G ne peuvent dès lors être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de M. G, partie perdante, le versement à l'université de Rennes d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les conclusions présentées au même titre par M. G ne peuvent, en revanche, qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : M. G versera à l'université de Rennes la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B G et à l'université de Rennes.

Une copie en sera adressée au centre hospitalier régional universitaire de Rennes.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vergne, président,

Mme Thalabard, première conseillère,

M. Blanchard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

M. Thalabard

Le président,

signé

G.-V. VergneLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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