mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2103393 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS GUILLOTIN LE BASTARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er juillet 2021 et le 10 février 2023, M. et Mme C et D A, représentés en dernier lieu par la SELARL d'Avocats Guillotin - Le Bastard et Associés, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Alban s'est opposé à la déclaration préalable qu'ils avaient présentée en vue de la réalisation d'une piscine sur un terrain situé lieudit Cariguen ;
2°) d'annuler la décision rejetant leur recours gracieux ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Alban le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article N6 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- l'arrêté est illégal pour être fondé sur un plan local d'urbanisme méconnaissant les dispositions des articles L. 151-12 et R. 151-25 du code de l'urbanisme.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 8 septembre 2021 et le 28 février 2023, la commune de Saint-Alban, représentée par la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. et Mme A le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de la voirie routière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bozzi,
- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,
- et les observations de Me Poilvet de la SELARL d'Avocats Guillotin - Le Bastard et Associés, représentant M. et Mme A, et E, F, représentant la commune de Saint-Alban.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A sont propriétaires d'un terrain cadastré section F n° 691 situé lieudit Cariguen sur le territoire de la commune de Saint-Alban. Le 6 avril 2021, ils ont présenté à la mairie de Saint-Alban, une déclaration préalable pour la réalisation d'une piscine. Par un arrêté en date du 30 avril 2021, le maire de la commune de Saint-Alban s'est opposé au projet des époux A. Ces derniers ont alors saisi le maire d'une recours gracieux tendant au retrait de cette décision, qui a été rejeté par une décision du 10 mai 2021. M. et Mme A demandent l'annulation de l'arrêté du 30 avril 2021, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Le maire de Saint-Alban s'est opposé au projet de M. et Mme A aux motifs, d'une part, que le projet consiste en la création d'une piscine située sur une parcelle identifiée en zones N et Nh au document graphique du plan local d'urbanisme selon lesquelles " Sont interdites les occupations et utilisations du sol non prévues à l'article N 2, et notamment toute construction à usage d'habitation. " et, d'autre part, que les dispositions de l'article N6 prévoyant un retrait minimum de 6 mètres calculés perpendiculairement à compter de l'alignement de la voie ne permettaient pas la réalisation de la construction telle que prévue dès lors qu'elle est implantée à 4 mètres de l'alignement de la voie.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence du signataire :
3. D'une part, les époux A ne peuvent utilement se prévaloir des vices propres dont la décision de rejet de leur recours gracieux serait entachée.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme (). ". Or, la commune est couverte par un plan local d'urbanisme approuvé le 6 juin 2005. Dans ces conditions, Mme B, maire de la commune de Saint-Alban, était compétente pour signer l'arrêté en litige. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article N6 du règlement du plan local d'urbanisme :
5. Aux termes de l'article N6 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Alban, applicable au terrain d'assiette du projet : " Les constructions éventuellement autorisées au titre du présent chapitre, s'implanteront en retrait minimum de 6 m calculés perpendiculairement à compter de l'alignement de la voie. ".
6. Aux termes de l'article L. 112-1 du code de la voirie routière : " L'alignement est la détermination par l'autorité administrative de la limite du domaine public routier au droit des propriétés riveraines. Il est fixé soit par un plan d'alignement, soit par un alignement individuel. ".
7. Selon le lexique du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Alban : " l'alignement correspond à la limite du domaine public au droit des parcelles privées ". Ce même lexique précise que " les dispositions de l'article 6 des règlements de zones déterminent l'ordonnancement des constructions par rapport aux lieux publics ouverts à la circulation ".
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la piscine envisagée, qui constitue une construction au sens du code de l'urbanisme, est implantée à 4 mètres de la limite entre la parcelle cadastrée section F n° 691 et les accotements de la voie communale correspondant à la limite du domaine public au droit du terrain d'emprise du projet. Dans ces conditions, le maire de Saint-Alban était fondé à s'opposer à la déclaration préalable de M. et Mme A au motif de la méconnaissance des dispositions de l'article N6 du plan local d'urbanisme.
9. Au surplus, dans leur mémoire en réplique, les requérants soutiennent que le règlement de la zone N ne serait pas opposable à leur projet compte tenu de l'imprécision de la délimitation de la zone N par le règlement graphique du plan local d'urbanisme, liée à l'épaisseur du trait définissant la limite entre les zones N et Nh. Il ressort cependant de la consultation du document graphique du règlement du plan local d'urbanisme sur le site public Géoportail de l'urbanisme, accessible tant au juge qu'aux parties, qu'il permet de voir aisément la délimitation précise des deux zones et de s'apercevoir que l'implantation de la piscine est bien prévue au moins pour partie en zone N.
10. Par ailleurs, le projet ne respecte pas davantage les dispositions de l'article Nh6 du règlement du plan local d'urbanisme prévoyant l'implantation des extensions ou constructions nouvelles dans le respect de l'implantation dominante des constructions contiguës ou avoisinantes ou à défaut en retrait minimum de 7 mètres à compter de l'alignement.
11. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré, par voie d'exception, de ce que le plan local d'urbanisme méconnaît les dispositions des articles L. 151-12 et R. 151-25 du code de l'urbanisme :
12. Aux termes de l'article L. 151-12 du code de l'urbanisme : " Dans les zones agricoles, naturelles ou forestières et en dehors des secteurs mentionnés à l'article L. 151-13, les bâtiments d'habitation existants peuvent faire l'objet d'extensions ou d'annexes, dès lors que ces extensions ou annexes ne compromettent pas l'activité agricole ou la qualité paysagère du site. / Le règlement précise la zone d'implantation et les conditions de hauteur, d'emprise et de densité de ces extensions ou annexes permettant d'assurer leur insertion dans l'environnement et leur compatibilité avec le maintien du caractère naturel, agricole ou forestier de la zone. / Les dispositions du règlement prévues au présent article sont soumises à l'avis de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime. ".
13. Aux termes de l'article L. 151-12 du code de l'urbanisme, issu des trois modifications successives des dispositions du 14° de l'article L. 123-1-5 du code de l'urbanisme, créées par l'article 19 de la loi du 12 juillet 2010 : " Dans les zones agricoles, naturelles ou forestières et en dehors des secteurs mentionnés à l'article L. 151-13, les bâtiments d'habitation existants peuvent faire l'objet d'extensions ou d'annexes, dès lors que ces extensions ou annexes ne compromettent pas l'activité agricole ou la qualité paysagère du site. / Le règlement précise la zone d'implantation et les conditions de hauteur, d'emprise et de densité de ces extensions ou annexes permettant d'assurer leur insertion dans l'environnement et leur compatibilité avec le maintien du caractère naturel, agricole ou forestier de la zone () ". Alors que le V de l'article 19 de la loi du 12 juillet 2010 prévoyait, dans ses versions successives, que les plans locaux d'urbanisme approuvés avant le 12 janvier 2011 demeuraient applicables et qu'ils n'intégreraient les dispositions de la loi que lors de leur prochaine révision, aucune autre disposition des trois lois ayant modifié le 14° de l'article L. 123-1-5 du code de l'urbanisme n'a prévu que ces dernières dispositions étaient d'application immédiate.
14. La mise en œuvre de ces dernières dispositions législatives implique donc nécessairement que le plan local d'urbanisme de la commune fasse l'objet d'une révision afin d'y intégrer les conditions émises par le législateur pour déroger aux dispositions de son document d'urbanisme relatives aux annexes de bâtiments existants en zone naturelle. En l'absence d'une telle révision, ces dispositions sont inapplicables.
15. En l'espèce, à défaut d'une telle révision approuvée à la date de la décision attaquée, comme c'est le cas en l'espèce, les dispositions invoquées étaient inopposables au plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Alban. Par suite, les dispositions de l'article L. 151-12 du code de l'urbanisme ne sont donc pas applicables au projet, de sorte que les requérants ne peuvent utilement faire valoir l'illégalité des dispositions de la zone N du règlement du plan d'urbanisme. Ainsi, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du règlement du plan local d'urbanisme en méconnaissance des dispositions de l'article L. 151-12 du code de l'urbanisme doit être écarté comme étant inopérant.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles N1 et N2 du règlement du plan local d'urbanisme :
16. Aux termes de l'article N1 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Alban : " Sont interdites les occupations et utilisations du sol non prévues à l'article N 2, et notamment toute construction à usage d'habitat. ". Aux termes de l'article N2 du règlement du même plan local d'urbanisme : " Sont admis sous réserve de préserver les paysages et l'environnement, dans le sens d'une intégration rigoureuse dans le site et en veillant particulièrement à la qualité architecturale, aux perspectives et aux composantes paysagères ; ainsi que de ne pas compromettre l'activité agricole et forestière, et que le risque d'inondation soit pris en compte : / 2.1. - Les chemins piétonniers et les objets de mobilier urbain destinés à l'accueil ou à l'information du public, lorsqu'ils sont nécessaires à la gestion ou à l'ouverture au public de ces espaces ou milieux. / 2.2 - La restauration de tout élément intéressant du point de vue du patrimoine local, du type puits, four, croix et calvaires, / 2.3. - Les constructions (sauf celles destinées au logement) et les installations liées et nécessaires à l'exploitation forestière ; / 2.4 - Les constructions, installations et équipements nécessaires au fonctionnement des services publics ou d'intérêt collectif (bassin d'orage, assainissement, eau potable, électricité, gaz, télécommunications, () dès lors que toute disposition est prévue pour leur stricte insertion paysagère, et en dehors des espaces boisés classés. ".
17. En l'espèce, si les requérants soutiennent que la piscine constituerait une extension d'une construction à usage d'habitation, une telle implantation est interdite en zone N, que ce soit pour la réalisation d'une construction nouvelle ou l'aménagement d'une construction existante, le projet n'entrant par ailleurs dans aucune des autres catégories d'occupation et d'utilisation du sol, limitativement énumérées, admises en zone N.
18. En tout état de cause, la piscine se situe à une dizaine de mètres de l'habitation des requérants, en contrehaut de celle-ci. Elle est accessible par des escaliers et une terrasse qui, selon les affirmations non contestées de la commune, n'a jamais bénéficié d'aucune autorisation d'urbanisme. Dans ces conditions, la piscine ne présente pas de lien fonctionnel avec la maison, dont elle ne constitue pas une extension horizontale, et ne forment pas avec celle-ci un ensemble architectural.
19. Par suite, le maire de Saint-Alban était tenu de s'opposer au projet de M. et Mme A, la circonstance que la piscine en cause pourrait être qualifiée d'extension de leur maison d'habitation étant sans incidence sur la décision d'opposition attaquée du 30 avril 2021.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. et Mme A à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Saint-Alban, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. et Mme A une somme que ceux-ci demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme A le paiement d'une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Saint-Alban au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : M. et Mme A verseront à la commune de Saint-Alban la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et D A et à la commune de Saint-Alban.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Bozzi, premier conseiller,
M. Grondin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
F. Bozzi
Le président,
signé
C. Radureau
Le greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026