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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103526

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103526

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103526
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBUORS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Buors, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 avril 2021 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, l'ensemble dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'appréciation des faits en ce qui concerne son identité ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire, enregistré le 24 juin 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien déclarant être né le 29 décembre 2000, est entré irrégulièrement sur le territoire français en janvier 2016. Il a bénéficié de l'aide sociale à l'enfance. A sa majorité, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des 2 bis et 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 octobre 2019, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Rennes du 16 janvier 2020 et un arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 22 janvier 2021, le préfet du Finistère a refusé d'admettre M. A au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Il a alors présenté une nouvelle demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 23 avril 2021, le préfet du Finistère a refusé de faire droit à cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Par un arrêté du 24 août 2020, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Finistère a donné délégation à M. Christophe Marx, secrétaire général de la préfecture et signataire de la décision attaquée, aux fins de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet à l'exclusion de certains d'entre eux au nombre desquels ne figure pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision cite le 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et indique que M. A est entré irrégulièrement en France en janvier 2016 et a fait l'objet d'un placement auprès de l'aide sociale à l'enfance, que la comparaison de ses empreintes avec les données biométriques de la base de données Visabio lors de l'instruction de sa première demande de titre de séjour en janvier 2019 a toutefois fait apparaître que l'intéressé avait sollicité la délivrance d'un visa auprès du consulat de France à Abidjan le 17 octobre 2013 et produit un passeport n° 13AD09909 au vu duquel il serait né le 23 avril 1992 à Abobo en Côte-d'Ivoire. La décision précise que l'analyse par les services de la direction zonale de la police aux frontières Ouest des documents d'identités révèle que le passeport actuel de l'intéressé a été édité sur la base d'un acte d'état-civil irrégulier et ne peut donc être regardé comme valable. Ainsi, cette décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ; () ". Aux termes de l'article R. 311-2-2 du même code alors en vigueur : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité et, le cas échéant, de ceux de son conjoint, de ses enfants et de ses ascendants. () ". Aux termes de l'article L. 111-6 du même code alors en vigueur : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. () " Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a produit, à l'appui de sa demande de titre de séjour, un passeport n° 17AL64977 valide jusqu'au 18 juillet 2022 au vu duquel il serait né le 29 décembre 2000 à Bouaké en Côte-d'Ivoire. La comparaison des empreintes digitales de M. A avec les données biométriques de la base de données Visabio, dont les mentions sont présumées exactes, a toutefois permis au préfet du Finistère de constater, lors de l'instruction de la première demande de titre de séjour de l'intéressé, que celui-ci avait présenté, le 17 octobre 2013, une demande de visa auprès du consulat de France à Abidjan à l'occasion de laquelle il avait déclaré être né le 23 avril 1992 à Abobo en Côte-d'Ivoire et produit un passeport n° 13AD09909. Par ailleurs, l'analyse par les services de la direction zonale de la police aux frontières Ouest et a révélé que l'extrait d'acte de naissance produit par M. A au soutien de sa demande de titre de séjour ne comportait pas l'ensemble des mentions exigées par le code civil ivoirien. Enfin, le nouvel acte de naissance établi le 23 décembre 2020 dont la cour administrative de Nantes a jugé qu'il ne remédiait qu'incomplètement aux anomalies relevées par la police aux frontières, n'est pas de nature à établir l'authenticité des actes d'état civil produits antérieurement ou l'inexactitude des mentions figurant dans la base de données Visabio. Par suite, le préfet du Finistère n'a commis aucune erreur de droit ou erreur d'appréciation en qualifiant de frauduleux les documents produits par M. A et en lui refusant, pour ce motif, la délivrance d'un titre de séjour.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est présent sur le territoire français depuis janvier 2016. Si M. A a pu suivre sa scolarité en France et fait aujourd'hui état d'une promesse d'embauche, il n'a toutefois bénéficié de l'aide sociale à l'enfance et du système scolaire français qu'en se prévalant frauduleusement de la qualité de mineur et ne peut, par suite, se prévaloir d'une insertion dans la société française. Par ailleurs, si M. A établit être le père d'un enfant français né le 27 octobre 2020 et vivre en concubinage avec la mère de l'enfant, ces éléments sont sans incidence sur la légalité de la décision qui n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer l'intéressé de son enfant. Au demeurant, M. A n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté.

8. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

9. Ainsi qu'il a été dit au point 7, la décision de refus de titre de séjour n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer M. A de son enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 23 avril 2021 portant refus de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de M. A à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentées sur ce fondement.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme Gourmelon, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

O. CL'assesseur le plus ancien,

signé

F. Pottier

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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