vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2103871 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | DUBREUIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 juillet 2021, 30 mai 2022 et
15 août 2023, M. C B, représenté par Me Dubreuil, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite née le 25 mai 2021 par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de mettre en demeure, sur le fondement de l'article L. 171-7 du code de l'environnement, l'EARL Golfostrea de suspendre les travaux éventuellement en cours sur le terre-plein n° 65231 et le bassin n° 07201281 situé au lieu-dit " Le Gohen " sur le territoire de la commune de Sainte-Hélène et de remettre en état les lieux ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Morbihan de mettre en demeure l'EARL Golfostrea sur le fondement de l'article L. 171-7 du code de l'environnement de remettre les lieux dans leur état antérieur avant décembre 2020 ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Morbihan de mettre en demeure l'EARL Golfostrea sur le fondement de l'article R. 923-40 du code rural et de la pêche maritime de remettre les lieux dans leur état antérieur avant décembre 2020 ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son intérêt pour agir est établi, dès lors que les travaux réalisés en décembre 2020 modifient de manière substantielle la configuration du chantier ostréicole situé à proximité directe de son habitation et lui bloque fréquemment la vue depuis sa terrasse située sur la façade nord/est ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 171-7 du code de l'environnement, dès lors que les travaux réalisés en décembre 2020, sans autorisation préfectorale modificative, méconnaissent l'article 5.3 de l'arrêté du préfet du Morbihan du 31 mai 2007 portant autorisation d'exploitation des cultures marines ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 171-7 du code de l'environnement, dès lors que l'absence de déclaration des travaux réalisés en décembre 2020 dans le dossier de demande d'examen au cas par cas déposé le 17 février 2020 relatifs aux travaux d'extension du terre-plein de 70 m² et du bassin de 115 m² a induit en erreur l'appréciation du préfet du Morbihan sur la décision de les dispenser d'une étude d'impact et que leur soumission à une évaluation environnementale impliquait qu'ils fassent l'objet de l'autorisation environnementale supplétive prévue par les dispositions de l'article L. 122-1-1 du code de l'environnement ; la réalisation des travaux de décembre 2020 sans cette autorisation caractérise une infraction au code de l'environnement commise par l'EARL Golfostrea ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article R. 923-40 du code rural et de la pêche maritime, dès lors que les travaux réalisés en 2020, qui constituent une " modification des ouvrages permanents ", devaient faire l'objet d'un arrêté préfectoral modificatif en application de l'article 5.3 de l'arrêté du 31 mai 2007 portant autorisation d'exploitation des cultures marines et que leur implantation en zone NDs du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Hélène, dédiée aux espaces remarquables, méconnaît les dispositions des articles L. 121-3 et R. 121-5 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2022, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le requérant ne justifie pas de son intérêt pour agir, dès lors qu'il n'établit pas que les travaux réalisés sont susceptibles d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien compte tenu de l'implantation de son bien dans la zone AC du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Hélène laquelle constitue avec la zone AO, le secteur dédié aux activités aquacoles et qu'il s'est installé dans cette zone en toute connaissance de cause ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2023, l'EARL Golfostrea, représentée par Me Guillou, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le requérant ne justifie pas de son intérêt pour agir, dès lors que l'impact visuel du projet dont il se prévaut résulte de la création illégale des baies vitrées et d'un balcon sur la façade de son habitation ainsi que de l'implantation illégale du bâtiment sur le domaine public maritime ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
En vertu des dispositions combinées des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction a été fixée au 10 janvier 2024, par une ordonnance du même jour.
Par un courrier du 17 juin 2024, le tribunal a invité, en application de l'article
R. 613-1-1 du code de justice administrative, le préfet du Morbihan et l'EARL Golfostrea à produire une pièce en vue de compléter l'instruction.
La pièce produite par le préfet du Morbihan a été enregistrée le 17 juin 2024 et communiquée le même jour.
Par un courrier du 1er août 2024, le tribunal a invité, en application de l'article
R. 613-1-1 du code de justice administrative, le préfet du Morbihan et l'EARL Golfostrea à produire des pièces en vue de compléter l'instruction.
Les pièces produites par le préfet du Morbihan ont été enregistrées le 1er août 2024 et communiquées le même jour.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré du non-lieu-à statuer sur la requête en raison de la régularisation des travaux contestés par deux arrêtés n° 578 et n° 579 du préfet du Morbihan du 7 septembre 2022 portant autorisation d'exploitation des cultures marines.
Par un mémoire, enregistré le 27 août 2024 et communiqué le même jour, M. B, représenté par Me Dubreuil, a produit des observations en réponse au moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pellerin,
- les conclusions de Mme Thalabard, rapporteure publique,
- les observations de Me Dubreuil pour M. B ;
- et les observations de Me Gicquel pour l'EARL Golfostrea.
Considérant ce qui suit :
1. Par deux arrêtés des 23 octobre 1985 et 5 décembre 1990, le préfet du Morbihan a autorisé M. A D, ostréiculteur, à exploiter une concession de bassin n° 07201281 et un terre-plein n° 65231 d'une superficie de 2 577 m² sur le domaine public maritime de la commune de Sainte-Hélène, au lieu-dit " Le Gohen ". Par un arrêté du 31 mai 2007, le préfet du Morbihan a autorisé le GAEC Golfostrea, constitué par MM. A et Benjamin D, à exploiter le terre-plein précité d'une superficie de 2 577 m² jusqu'au 5 décembre 2025. Dans le cadre d'un projet d'extension de son exploitation, l'EARL Golfostrea, anciennement GAEC Golfostrea, a déposé deux demandes d'autorisation d'exploiter des cultures marines AY 19/0038 et AY 19/0039 portant respectivement sur la création en remblai d'un terre-plein de 70 m² sur l'estran ainsi que sur l'agrandissement sur l'estran d'un bassin ostréicole submersible de 115 m². Par un arrêté du 23 avril 2020, le préfet de la région Bretagne a dispensé ce projet d'une étude d'impact. Le
5 août 2021, l'Earl Golfostrea a renoncé à ce projet. En décembre 2020, l'EARL Golfostrea a entrepris des travaux qui ont consisté à édifier des murs en blocs de béton pour délimiter le bord extérieur du terre-plein et des bassins existants et à combler partiellement le bassin submersible. Par deux arrêtés n°s 578 et 579 portant autorisation d'exploitation des cultures marines du
7 septembre 2022, le préfet du Morbihan a procédé à la régularisation cadastrale de ces travaux. Par un courrier du 22 mars 2021, reçu le 25 mars suivant, M. B a demandé au préfet du Morbihan de mettre en demeure l'EARL Golfostrea de suspendre les travaux éventuellement en cours et de remettre les lieux dans leur état antérieur. Le silence gardé par l'administration a fait naître une décision implicite de rejet le 25 mai 2021. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 171-7 du code de l'environnement : " I. Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, () requis en application du présent code, (), l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, (). Elle peut, par le même acte ou par un acte distinct, suspendre le fonctionnement des installations ou ouvrages, () la poursuite des travaux, opérations, activités ou aménagements jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la déclaration ou sur la demande d'autorisation, d'enregistrement, d'agrément, d'homologation ou de certification, à moins que des motifs d'intérêt général et en particulier la préservation des intérêts protégés par le présent code ne s'y opposent. () ".
3. Pour demander l'annulation de la décision attaquée, prise sur le fondement des dispositions rappelées au point précédent, M. B fait valoir que les travaux réalisés par l'exploitant en décembre 2020 le privent de la vue dont il disposait jusqu'alors sur la rivière d'Etel en raison du stationnement des camions de l'exploitant devant sa terrasse et les fenêtres des pièces à vivre de sa maison ainsi que des manœuvres des bateaux qui s'effectuent désormais sur le terre-plein situé devant sa maison et non plus au nord-est de sa propriété. Il invoque également la circonstance que les inconvénients qu'il subit tiennent au fait que ces travaux ont modifié substantiellement les lieux, qui étaient auparavant majoritairement naturels, mais sans apporter de précision sur ce point. Il se prévaut donc principalement d'un trouble de jouissance et non de ce que les travaux en cause auraient porté atteinte à un intérêt protégé par le droit de l'environnement. Dans ces conditions, M. B ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour demander l'annulation de la décision attaquée par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de mettre en œuvre les pouvoirs de police qu'il tire des dispositions de l'article L. 171-7 du code de l'environnement. Il y a lieu, par suite, d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Morbihan et par l'EARL Golfostrea.
4. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B est irrecevable.
Sur les frais liés au litige :
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance le versement d'une somme au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros à verser à l'EARL Golfostrea au titre des mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera à l'EARL Golfostrea une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à l'EARL Golfostrea et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Une copie du présent jugement sera adressée au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Berthon, président,
Mme Plumerault, première conseillère,
Mme Pellerin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
C. PellerinLe président,
signé
E. BerthonLa greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026