jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2103933 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BOISSET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 juillet 2021 et 3 juillet 2023, Mme D A et M. C B, représentés par Me Guillois (Selarl Kovalex), demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 janvier 2021 du maire de la commune de Pontivy portant sur l'élimination d'office d'épaves de véhicules et autres déchets sur un terrain situé 57, rue des déportés au lieudit Stival ;
2°) de prononcer un non-lieu à statuer sur leur demande d'injonction aux fins de restitution du véhicule immatriculé DG 842 LB du fait de sa destruction et de condamner la commune de Pontivy à leur verser la somme de 3 742 euros en remboursement de la valeur de ce véhicule ;
3°) d'enjoindre à la commune de Pontivy de leur restituer les objets contenus dans le véhicule immatriculé DG 842 LB, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de condamner la commune de Pontivy à leur verser la somme de 21 163,78 euros en remboursement de la valeur des objets contenus dans ce véhicule ;
4°) de condamner la commune de Pontivy, en tout état de cause, à leur verser la somme de 10 000 euros en réparation de leur préjudice moral ;
5°) de mettre à la charge de la commune de Pontivy la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Ils soutiennent que :
- M. B a intérêt à agir en sa qualité de propriétaire du véhicule enlevé et détruit ;
- la motivation de l'arrêté litigieux est erronée en droit et insuffisante en fait ;
- les conditions légales pour édicter la mesure de police n'étaient pas réunies : le véhicule enlevé n'était pas privé des éléments indispensables à son utilisation normale et n'était pas techniquement irréparable, ce véhicule n'était pas de nature à constituer une atteinte grave à la santé ou à la salubrité publiques ;
- ils ont subi un préjudice matériel en lien avec la destruction du véhicule effectuée sans l'accord de M. B et sans mise en demeure faite de retirer son véhicule évalué à 3 742 euros, outre la perte de plusieurs biens mobiliers à l'intérieur de ce véhicule, à savoir du matériel professionnel à hauteur de 12 713,79 euros, une montre connectée d'une valeur de 449,99 euros, du mobilier d'une chambre d'enfant d'une valeur de 500 euros et de deux vasques d'une valeur de 7 500 euros ainsi qu'un préjudice moral évalué à hauteur de 10 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2023, la commune de Pontivy, représentée par Me Boisset, conclut au non-lieu à statuer en ce qui concerne la demande d'injonction tendant à la restitution du véhicule immatriculé DG 842 LB et des objets qui y étaient contenus, au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge solidaire de Mme A et de M. B la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- M. B n'a pas intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 19 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 février 2024.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juin 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle ont été entendus :
- le rapport de Mme Plumerault ;
- les conclusions de M. Martin, rapporteur public ;
- et les observations de Me Quimerch, représentant Mme A et M. B, et de Me Boisset, représentant la commune de Pontivy.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A est locataire d'une maison d'habitation située au lieudit " Stival " sur le territoire de la commune de Pontivy. M. B, son compagnon, qui exerce une activité d'entretien et de réparation de véhicules automobiles légers en qualité d'autoentrepreneur sur la commune de Ploerdut, y stationne régulièrement, avec son accord, de nombreux véhicules. Par un courrier du 3 décembre 2020, la maire de la commune de Pontivy a mis en demeure Mme A de procéder à l'enlèvement des véhicules présents sur le terrain dans un délai de quinze jours. Cette mise en demeure étant restée sans effet, elle a, par arrêté du 6 janvier 2021, décidé de faire procéder d'office à l'élimination des épaves et autres objets aux frais de M. B. Le 18 janvier 2021, les services de la police municipale ont procédé à l'enlèvement d'un véhicule immatriculé DG 842 LB, lequel a été détruit le 22 janvier suivant. Par un courrier du 2 mars 2021, reçu le 4 mars suivant à la mairie de Pontivy, Mme A et M. B ont demandé à la commune de les indemniser des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de cette destruction. La maire de la commune de Pontivy ayant implicitement rejeté leur demande, Mme A et M. B demandent au tribunal d'une part d'annuler l'arrêté du 6 janvier 2021, d'autre part de condamner la commune de Pontivy à les indemniser des préjudices subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 541-1-1 du code de l'environnement : " () on entend par : / Déchet : toute substance ou tout objet, ou plus généralement tout bien meuble, dont le détenteur se défait ou dont il a l'intention ou l'obligation de se défaire. () ". Aux termes de l'article L. 541-21-4 du même code : " Lorsqu'il est constaté qu'un véhicule stocké sur une propriété privée semble être privé des éléments indispensables à son utilisation normale et semble insusceptible de réparation immédiate à la suite de dégradations ou de vols, et que ce véhicule peut constituer une atteinte grave à la santé ou à la salubrité publiques, notamment en pouvant servir de gîte à des nuisibles susceptibles de générer une telle atteinte, peut contribuer à la survenance d'un risque sanitaire grave ou peut constituer une atteinte grave à l'environnement, le maire met en demeure le maître des lieux de faire cesser l'atteinte à l'environnement, à la santé ou à la salubrité publiques, notamment en remettant le véhicule à un centre de véhicules hors d'usage agréé, dans un délai qui ne peut être inférieur à dix jours, sauf en cas d'urgence. / La décision de mise en demeure peut prévoir que le titulaire du certificat d'immatriculation du véhicule est redevable d'une astreinte par jour de retard en cas de non-exécution des mesures prescrites. / II. - Si la personne concernée n'a pas obtempéré à cette injonction dans le délai imparti par la mise en demeure, le titulaire du certificat d'immatriculation du véhicule est considéré comme ayant l'intention de se défaire de son véhicule et le maire peut avoir recours aux sanctions prévues à l'article L. 541-3 pour faire enlever et traiter ledit véhicule aux frais du maître des lieux. () ". Aux termes du I de l'article L. 541-3 du même code : " I.-Lorsque des déchets sont abandonnés, déposés ou gérés contrairement aux prescriptions du présent chapitre et des règlements pris pour leur application (), l'autorité titulaire du pouvoir de police compétente avise le producteur ou détenteur de déchets des faits qui lui sont reprochés ainsi que des sanctions qu'il encourt et, après l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations, écrites ou orales, dans un délai de dix jours, le cas échéant assisté par un conseil ou représenté par un mandataire de son choix, peut lui ordonner le paiement d'une amende au plus égale à 15 000 € et le mettre en demeure d'effectuer les opérations nécessaires au respect de cette réglementation dans un délai déterminé. / Au terme de cette procédure, si la personne concernée n'a pas obtempéré à cette injonction dans le délai imparti par la mise en demeure, l'autorité titulaire du
pouvoir de police compétente peut, par une décision motivée qui indique les voies et délais de recours : / () 2° Faire procéder d'office, en lieu et place de la personne mise en demeure et à ses frais, à l'exécution des mesures prescrites. () ".
3. En premier lieu, une omission ou une erreur dans les visas d'un acte administratif ne sont pas de nature à en affecter la légalité. Dès lors, la circonstance que l'arrêté en litige viserait l'article L. 541-3-3 du code de l'environnement, qui est inexistant, au lieu de l'article L. 541-3 de ce même code, est sans incidence sur sa légalité. Par ailleurs, l'arrêté rappelle les faits, à savoir que de nombreux objets et épaves sont déposés par son compagnon sur le terrain du domicile de Mme A, reprend la teneur de la mise en demeure adressée précédemment à Mme A, expose que la police municipale a constaté, à l'expiration du délai qui lui avait été imparti, pour procéder à leur évacuation, qu'il demeurait sur site un certain nombre d'épaves et autre objets, indique en outre que ces déchets provoquent des nuisances sur l'environnement et la salubrité publique. Dès lors, la décision contestée, qui est dépourvue de toute ambiguïté sur les considérations de droit l'ayant fondée et qui comporte l'ensemble des éléments de fait permettant de la contester, est suffisamment motivée, quand bien même les requérants ne se seraient pas vu communiquer le rapport de la police municipale de Pontivy établi le 21 décembre 2020. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation, doit être écarté dans toutes ses branches.
4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des photographies produites par la commune à l'appui de ses écritures, que sont entreposés depuis plusieurs années, sur la propriété louée à Mme A, plusieurs véhicules en très mauvais état ainsi que de nombreux objets hétéroclites. Les requérants, en se bornant à alléguer que le seul véhicule utilitaire qui a été enlevé le 18 janvier 2021 puis détruit, n'aurait pas été à l'état d'épave, n'apportent aucun élément tendant à démontrer qu'ils n'auraient pas stocké de nombreux véhicules sur le terrain à l'état d'épaves ainsi qu'il est relevé dans la mise en demeure adressée à Mme A. Ces véhicules hors d'usage doivent ainsi être regardés comme des biens dont leur détenteur s'est effectivement défait et présentent, dès lors, le caractère de déchets au sens des dispositions de l'article L. 541-1-1 du code de l'environnement. La simple présence de nombreuses épaves justifiait, à elle seule, l'arrêté litigieux. S'agissant plus particulièrement du véhicule utilitaire immatriculé DG 842 LB, qui est le seul qui a fait l'objet d'un enlèvement à la suite de l'arrêté en litige, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la main courante dressée le 18 janvier 2021 par les services de la police municipale, que ses roues étaient bloquées par des parpaings et que plusieurs objets volumineux étaient posés autour, que sa carrosserie était rouillée par endroits et que des planches de bois et d'autres objets étaient entreposés à même le toit sans galerie. Par ailleurs, le délai de validité du contrôle technique de ce véhicule était dépassé depuis le 2 février 2018 et M. B n'apporte aucun élément sur les réparations qu'il aurait pu effectuer sur ce fourgon, de nature à en permettre le bon fonctionnement, alors qu'il indique l'avoir acquis près de deux ans auparavant le 27 avril 2019. Les requérants, pour soutenir que ce véhicule n'était pas techniquement irréparable, ne sauraient se prévaloir utilement de l'arrêté du 29 avril 2009 fixant les modalités d'application des dispositions du code de la route relatives aux véhicules endommagés pour les voitures particulières et les camionnettes, qui ne concerne que les véhicules accidentés, ni davantage de ce qu'il aurait été nécessaire de solliciter l'avis d'un expert automobile conformément aux dispositions du II de l'article L. 541-21-3 du code de l'environnement, lesquelles ne s'appliquent qu'aux véhicules stockés sur la voie publique ou sur le domaine public. La commune fait enfin valoir que M. B, alors même qu'il exerce son activité de garagiste sur la commune de Ploerdut, effectue des travaux et réparations sur le site en cause sans aucune protection pour éviter une pollution du sol ou du cours d'eau situé à proximité et que les huiles et autres produits s'infiltrent directement dans le sol recouvert d'herbes, ce que l'intéressé ne conteste pas sérieusement, se prévalant même de ce qu'il aurait d'ores-et-déjà effectué des travaux de réparation sur le fourgon utilitaire qui a été enlevé de nature à en accroître la valeur, alors même que ce fourgon est immobilisé sur le terrain loué par Mme A. Dans ces conditions, la commune de Pontivy doit être regardée comme établissant que la présence de nombreuses épaves et déchets sur la parcelle concernée est susceptible de porter une atteinte grave à l'environnement et à la salubrité publique. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions rappelées au point 2 doit donc être écarté.
5. Il résulte de ce qui précède que Mme A et M. B ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté par lequel la maire de Pontivy a décidé de faire procéder d'office à l'élimination des épaves et autres déchets présents sur le terrain loué par Mme A.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par les intéressés.
Sur les conclusions indemnitaires :
7. Il résulte de ce qui a été exposé aux points précédents que l'enlèvement et la destruction du véhicule immatriculé DG 842 LB appartenant à M. B ne sont entachés d'aucune illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de la commune de Pontivy. Si M. B invoque également les dispositions de l'article L. 352-7 du code de la route pour soutenir qu'il n'a pas été mis en demeure de retirer son véhicule préalablement à sa destruction, celles-ci ne sont pas applicables au cas d'espèce, l'enlèvement puis la destruction du véhicule du requérant relevant des seuls articles du code de l'environnement cités au point 2. Par suite, les conclusions présentées par les intéressés tendant à ce que la commune les indemnise de leur préjudice matériel et moral résultant de la destruction d'un véhicule et des objets qui y auraient été stockés, ce dont au demeurant ils n'apportent aucune preuve par les pièces produites, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par les parties à l'instance tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A et M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Pontivy présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et M. C B et à la commune de Pontivy.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Berthon, président,
Mme Plumerault, première conseillère,
Mme Pellerin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
F. Plumerault
Le président,
signé
E. Berthon
La greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026