lundi 26 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2104015 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | DOUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 août 2021 et 11 avril 2022, Mme E D, représentée par Me Douard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2021 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 600 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence, faute pour son signataire de justifier avoir disposé d'une délégation exécutoire ;
- il est entaché d'une erreur de droit, le motif de l'entrée irrégulière sur le territoire français ne pouvant être opposé au titre de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur de droit à défaut pour le préfet d'avoir tenu compte de l'intérêt supérieur de son enfant B C en méconnaissance de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché de plusieurs erreurs de fait ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires, enregistrés les 5 novembre 2021 et 19 avril 2022, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le certificat de scolarité de l'enfant Kamana C doit être écarté des débats dès lors qu'il ne lui a pas été communiqué au cours de l'instruction de la demande de titre de séjour de Mme D ;
- les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. H ;
- et les observations de Me Peneau, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante de la République démocratique du Congo, a sollicité son admission au séjour dans le cadre des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle demande au tribunal d'annuler la décision du 16 juin 2021 par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été signé par Mme G F, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité. Celle-ci disposait d'une délégation de signature, accordée par arrêté du préfet du Morbihan du 7 juin 2021 publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département du Morbihan, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de carte de séjour temporaire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le seul fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 423-23 du même code. Bien qu'elle a indiqué, dans sa demande, que l'un de ses deux enfants présents sur le territoire français a un père français, elle n'a cependant pas formulé sa demande en qualité de parent d'enfant français sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 devenu l'article L. 423-7. Par suite, d'une part, pour examiner si Mme D pouvait bénéficier du titre de séjour sollicité, le préfet du Morbihan n'était pas tenu d'examiner sa situation dans les conditions prévues aux articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, alors même que certains des motifs retenus par le préfet sont erronés, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Morbihan n'aurait pas tenu compte de l'intérêt supérieur des enfants de A D avant d'adopter l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit commise en méconnaissance de l'article L. 423-8 pour défaut d'examen de l'intérêt supérieur de l'enfant Kamana C doit être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
5. Si, pour examiner la demande de Mme D présentée sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Morbihan a notamment indiqué que celle-ci est entrée irrégulièrement sur le territoire français, il n'a pas pour autant fait de la régularité de l'entrée sur le territoire français une condition de la délivrance du titre mentionné à cet article L. 423-23. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet du Morbihan pour avoir exigé une entrée régulière sur le territoire français doit être écarté.
6. Ainsi que l'a relevé le préfet du Morbihan, Mme D ne conteste pas être entrée irrégulièrement sur le territoire français munie d'un passeport d'emprunt et s'être soustraite à l'exécution de trois mesures d'obligation de quitter le territoire français entre 2013 et 2016, alors, d'une part, que sa demande d'asile avait été rejetée le 31 août 2015 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et que cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 20 avril 2016, et alors, d'autre part, que la dernière mesure d'éloignement qui lui a été notifiée a été confirmée par la juridiction administrative. En dépit de la durée de sa présence sur le territoire français, soit neuf ans et quatre mois à la date de la décision attaquée, Mme D ne justifie avoir travaillé qu'au cours de l'année 2019 et, ainsi, ne fait pas état d'une particulière intégration par le travail sur le territoire français. Si l'intéressée soutient avoir démarré une relation de concubinage avec un compatriote congolais depuis juillet 2018, soit presque trois ans à la date de l'arrêté attaqué, elle ne fait état d'aucune démarche en vue d'officialiser leur couple auprès des autorités de l'état civil et ne justifie dès lors pas d'une relation suffisamment ancienne et stable. Les deux derniers enfants de A D issus de cette relation, ne lui confèrent aucun droit particulier au séjour et le premier enfant de la requérante demeure, pour ce qui le concerne, en République démocratique du Congo, son pays d'origine. Bien que la requérante soit également mère d'un enfant français dont elle est présumée contribuer à l'entretien et à l'éducation, la décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de l'éloigner du territoire français et de la séparer de son enfant. La requérante ne justifie enfin d'aucune relation établie en France en dehors de son cercle familial qui présenterait un caractère suffisamment ancien, intense et stable. Dans ces conditions, il ne ressort des pièces du dossier, ni que les erreurs de fait commises par le préfet du Morbihan auraient influencé le sens de sa décision, ni que celui-ci aurait porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux objectifs poursuivis, ni qu'il aurait, par conséquent, méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
8. Les circonstances de fait développées par Mme D relativement à sa vie privée et familiale, exposées au point 6, notamment sa durée de présence sur le territoire français et sa relation de concubinage avec un compatriote congolais, ne constituent ni des considérations humanitaires, ni des motifs exceptionnels. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Morbihan aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne la régularisant pas sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 6, notamment dès lors que la décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de l'éloigner du territoire français ou de ses trois derniers enfants, Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté contesté aurait été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 juin 2021 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme D doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. L'État n'étant pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, il ne peut être mis à sa charge une somme au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Gosselin, président,
Mme Gourmelon, première conseillère,
M. Desbourdes, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.
Le rapporteur,
signé
W. HLe président,
signé
O. Gosselin
La greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026