vendredi 8 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2104278 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 23 août 2021, le 27 février 2024 et le 28 mars 2024, sous le n° 2104278, l'exploitation agricole à responsabilité limitée (G) C, Mme E C et M. A C, représentés par la SELARL Lexcap, demandent au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir les décisions implicites par lesquelles le maire de la commune de Plouvien a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction concernant les travaux réalisés par M. et Mme D et B F et de mettre en œuvre les pouvoir qu'il détient au titre des dispositions des articles L. 481-1 et suivants du code de l'urbanisme ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Plouvien :
- de dresser un procès-verbal des infractions commises par M. et Mme F, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
- d'adresser une copie de ce procès-verbal au procureur de la République près du tribunal judiciaire de Brest, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de sa rédaction ;
- de mettre en demeure M. et Mme F de procéder aux opérations nécessaires à la mise en conformité de la construction irrégulièrement édifiée, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat et de la commune de Plouvien le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ne s'appliquent qu'aux recours dirigés contre une autorisation d'urbanisme ; ils apportent en tout état de cause la preuve de leur occupation régulière de leur bien ;
- les dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ne s'appliquent qu'aux recours dirigés contre une autorisation d'urbanisme ; ils disposent en tout état de cause d'un intérêt à agir ;
- le maire devait dresser un procès-verbal d'infraction dès lors que :
- le permis de construire a été délivré par fraude ;
- les prescriptions du permis de construire délivré n'ont pas été respectées ;
- une démolition a été réalisée sans permis de démolir ;
- l'article 1er du règlement en zone A2020 du plan local d'urbanisme intercommunal du Pays des Abers a été méconnu ;
- le refus du maire de mettre en œuvre les pouvoirs de police qu'il détient de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 10 juin 2022 et 15 mars 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les requérants n'ont pas intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par deux mémoires, enregistrés les 17 janvier 2024 et 7 mars 2024, la commune de Plouvien, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge des requérants le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 29 janvier 2024, M. et Mme F, représentés par Me Vallantin, concluent au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge des requérants le versement de la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- les requérants n'apportent pas la preuve du caractère régulier de l'occupation ou de la détention de leurs biens ;
- il n'est pas démontré que le représentant légal de G C a été autorisé à agir en justice ;
- les requérants n'ont pas intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
II. Par une requête et trois mémoires, enregistrés le 23 août 2021, le 29 janvier 2024, le 12 mars 2024 et le 29 mars 2024, sous le n° 2104279, G C et M. et Mme C, représentés par la SELARL Lexcap, demandent au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 12 janvier 2021 par lequel le maire de la commune de Plouvien a délivré à M. et Mme F le permis de construire n° PC 029 209 20 00044 en vue de la construction d'une extension de leur maison individuelle pour une surface de 45 m² sur un terrain situé au lieu-dit Kergaraoc cadastré section C n° 3178 ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Plouvien a rejeté leur demande tendant à ce que l'arrêté du 12 janvier 2021 soit retiré du fait d'une fraude ;
3°) d'enjoindre à la commune de Plouvien de procéder au retrait de l'arrêté du 12 janvier 2021 dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Plouvien le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils disposent d'un intérêt à agir ;
- leur requête n'est pas tardive ;
- ils justifient de la détention régulière de leurs biens ;
- il n'est pas démontré que la signataire de l'arrêté litigieux était compétente ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article 1er du règlement en zone A2020 du plan local d'urbanisme intercommunal du Pays des Abers relatives à l'interdiction de l'aggravation de la distance au regard des règles de réciprocité ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article 1er du règlement en zone A2020 du plan local d'urbanisme intercommunal du Pays des Abers relatives à la superficie des emprises au sol créées ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article 1er du règlement en zone A2020 du plan local d'urbanisme intercommunal du Pays des Abers approuvé le 23 juin 2022 relatives à l'interdiction des constructions compromettant l'activité agricole ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article 1er du règlement en zone A2020 du plan local d'urbanisme intercommunal du Pays des Abers approuvé le 23 juin 2022 relatives à la superficie de l'emprise au sol des extensions horizontales ;
- le permis litigieux a été obtenu par fraude ;
- le refus de procéder au retrait du permis de construire litigieux en raison de la fraude est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par trois mémoires, enregistrés les 2 octobre 2023, 23 février 2024 et 18 mars 2024, M. et Mme F, représentés par Me Vallantin, concluent au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge des requérants le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- la requête est tardive ;
- les requérants ne justifient pas de l'occupation ou de la détention régulière de leurs biens ;
- les requérants n'ont pas intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 2 octobre 2023 et 14 février 2024, la commune de Plouvien, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge des requérants le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérants n'ont pas intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de l'urbanisme ;
- l'arrêté du 27 décembre 2013 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations relevant du régime de l'enregistrement au titre des rubriques nos 2101, 2102 et 2111 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Radureau,
- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,
- et les observations de Me Guégan, de la SELARL Lexcap, représentant G C et autres, de Me Tremouilles, de la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, représentant la commune de Plouvien, et de Me Halna du Fretay, représentant M. et Mme F.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de la délivrance d'un certificat d'urbanisme le 13 octobre 2020, M. F a déposé auprès des services de la commune de Plouvien, le 12 décembre suivant, une demande de permis de construire en vue de la création d'une extension d'une surface de plancher de 45 m² à son habitation sur un terrain, cadastré section OC n° 3178, situé lieu-dit Kergaraoc. Par un arrêté du 12 janvier 2021, le maire de la commune de Plouvien a délivré le permis de construire sollicité et l'a assorti de trois prescriptions. Par un courrier du 22 avril 2021 reçu le lendemain, les époux C et G C ont formé un recours gracieux contre cet arrêté et ont demandé au maire de dresser un procès-verbal d'infraction, de faire usage des pouvoirs qu'il détient de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme et de retirer cet arrêté en raison d'une fraude. Par la requête enregistrée sous le n° 2104278, les requérants demandent l'annulation des décisions implicites par lesquelles le maire de la commune de Plouvien a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction et de faire usage des dispositions de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme. Par la requête enregistrée sous le n° 2104279, les requérants demandent l'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2021 accordant un permis de construire et de la décision implicite par laquelle le maire a refusé de faire droit à leur demande de retrait de cet arrêté. Ces deux requêtes présentent à juger des questions connexes, concernent la même construction et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur la recevabilité :
En ce qui concerne la requête n° 2104278 :
S'agissant de la preuve du caractère régulier de l'occupation ou de la détention de leur bien par les requérants :
2. Aux termes de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme : " Les requêtes dirigées contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code doivent, à peine d'irrecevabilité, être accompagnées du titre de propriété, de la promesse de vente, du bail, du contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation , du contrat de bail, ou de tout autre acte de nature à établir le caractère régulier de l'occupation ou de la détention de son bien par le requérant. () "
3. Si les époux F soutiennent qu'il appartenait aux requérants d'apporter la preuve du caractère régulier de l'occupation ou de la détention de leur bien, le refus du maire de faire usage des pouvoirs qu'il détient tant de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, que de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme, ne constitue pas une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol au sens des dispositions précitées de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme. L'obligation de production d'une telle preuve ne trouve en conséquence pas à s'appliquer dans la présente instance de telle sorte qu'il y a lieu d'écarter la fin de non-recevoir opposée en défense.
S'agissant de la qualité pour agir des époux C au nom de G C :
4. Aux termes de l'article L. 324-1 du code rural et de la pêche maritime : " Une ou plusieurs personnes physiques peuvent instituer une société civile dénommée "exploitation agricole à responsabilité limitée", régie par les dispositions des chapitres Ier et II du titre IX du livre III du code civil, à l'exception de l'article 1844-5. () ". Aux termes de l'article 1849 du code civil situé au sein de la section 2 du chapitre II du titre IX du livre III : " Dans les rapports avec les tiers, le gérant engage la société par les actes entrant dans l'objet social. () ". Il résulte de ces dispositions que les gérants d'une G sont investis des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société et représentent la société dans ses rapports avec les tiers, que ces personnes ont de plein droit qualité pour agir en justice au nom de la société.
5. Il ressort des pièces du dossier, à savoir de l'article 15 des statuts de G C modifiés le 30 mars 2009 et enregistrés dans cette version au greffe du tribunal de commerce de Brest le lendemain, que les époux C ont été désignés gérants de cette société pour une durée indéterminée. Dans ces conditions, il résulte de ce qui a été exposé au point précédent que les époux C, représentants légaux de G C et qui ont présenté en son nom la requête visée ci-dessus, n'étaient pas tenus d'obtenir préalablement à cette action en justice une autorisation expresse. La fin de non-recevoir opposée par les époux F doit en conséquence être écartée.
S'agissant de l'intérêt à agir des requérants :
6. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. () ".
7. Le refus du maire de faire usage des pouvoirs qu'il détient tant de l'article L. 480-1 que de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme ne constituant pas une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol au sens des dispositions précitées ainsi qu'il a été exposé au point 3, les dispositions dérogatoires au droit commun ne trouvent pas à s'appliquer en l'espèce contrairement à ce que font valoir les époux F.
8. Il ressort de pièces du dossier que M. C est propriétaire de la parcelle cadastrée section OC n° 608 jouxtant le terrain d'assiette du projet, et que G C dont les époux C sont les gérants ainsi qu'il a été exposé au point 5 est propriétaire d'un terrain jouxtant également le terrain d'assiette du projet, composé des parcelles cadastrées section OC nos 611, 2236 et 3179, ainsi que d'un terrain composé des parcelles cadastrées section OC nos 3180, 3183, 3185 et 3186 situées à proximité du terrain d'assiette du projet dont il est seulement séparé par une route. En raison de la vue directe sur le projet litigieux existant depuis ces trois terrains, G et les époux C, dont il n'est pas contesté qu'ils exploitent tous deux effectivement les terrains appartenant à cette société, disposent d'un intérêt à agir, quand bien-même M. C n'occuperait pas effectivement la parcelle dont il est seul propriétaire et quand bien-même les statuts de G ne lui donneraient pas pour objet de présenter des recours en matière d'urbanisme. La fin de non-recevoir opposée en défense doit en conséquence être écartée.
En ce qui concerne la requête n° 2104279 :
S'agissant des conclusions dirigées à l'encontre de l'arrêté du 12 janvier 2021 :
9. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. " Aux termes de l'article R. 424-15 du même code dans sa version applicable au litige : " Mention du permis explicite ou tacite ou de la déclaration préalable doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite ou la décision de non-opposition à la déclaration préalable est acquis et pendant toute la durée du chantier. () Cet affichage mentionne également l'obligation, prévue à peine d'irrecevabilité par l'article R. 600-1, de notifier tout recours administratif ou tout recours contentieux à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis ou de la décision prise sur la déclaration préalable. () Un arrêté du ministre chargé de l'urbanisme règle le contenu et les formes de l'affichage. " Aux termes de l'article A. 424-16 du même code : " Le panneau prévu à l'article A. 424-15 indique le nom, la raison sociale ou la dénomination sociale du bénéficiaire, le nom de l'architecte auteur du projet architectural, la date de délivrance, le numéro du permis, la nature du projet et la superficie du terrain ainsi que l'adresse de la mairie où le dossier peut être consulté. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".
10. En imposant que figurent sur le panneau d'affichage du permis de construire diverses informations sur les caractéristiques de la construction projetée, les dispositions citées au point précédent ont pour objet de permettre aux tiers, à la seule lecture de ce panneau, d'apprécier l'importance et la consistance du projet, le délai de recours contentieux ne commençant à courir qu'à la date d'un affichage complet et régulier. Il s'ensuit que si les mentions prévues par l'article A. 424-16 doivent, en principe, obligatoirement figurer sur le panneau d'affichage, une erreur affectant l'une d'entre elles ne conduit à faire obstacle au déclenchement du délai de recours que dans le cas où cette erreur est de nature à empêcher les tiers d'apprécier l'importance et la consistance du projet. La circonstance qu'une telle erreur puisse affecter l'appréciation par les tiers de la légalité du permis est, en revanche, dépourvue d'incidence à cet égard, dans la mesure où l'objet de l'affichage n'est pas de permettre par lui-même d'apprécier la légalité de l'autorisation de construire.
11. S'il incombe au bénéficiaire d'un permis de construire de justifier qu'il a accompli les formalités d'affichage prescrites par les dispositions précitées, le juge doit apprécier la continuité de l'affichage en examinant l'ensemble des pièces qui figurent au dossier qui lui est soumis.
12. D'une part, s'il ressort des pièces du dossier, en particulier des photographies produites, que l'affichage du permis de construire sur le terrain d'assiette du projet comprenait une mention erronée de la superficie du terrain de 2 800 m² alors que cette superficie est de 1 060 m² selon le dossier de demande de permis de construire, cette erreur ne portait pas sur l'importance et la consistance du projet. Il ne ressort en outre pas des pièces du dossier que les autres mentions de cet affichage seraient erronées et il n'est pas contesté qu'il était visible depuis la voie publique et d'une taille régulière. Les tiers ayant ainsi été mis à mêmes d'apprécier l'importance et la consistance du projet, cet affichage était par suite de nature à faire courir le délai de recours contentieux à l'encontre de l'arrêté du 12 janvier 2021.
13. D'autre part, les époux F produisent deux photographies de cet affichage horodatées au 22 janvier 2021 et font valoir que le constat d'huissier établi le 19 avril 2021 et produit par les requérants atteste de l'existence à cette date de cet affichage dont une photographie a été annexée. Si les requérants soutiennent qu'il n'est pas prouvé que l'affichage aurait été continu entre ces deux dates, ils ne produisent, à l'appui de cette affirmation, aucun élément de nature à en établir la véracité. Ces pièces sont dès lors de nature à prouver l'existence d'un affichage continu sur le terrain d'assiette du projet au cours d'une période supérieure à deux mois. L'horodatage initial n'étant pas remis en cause, le délai de recours de deux mois doit être regardé comme ayant commencé à courir le 22 janvier 2021 et comme ayant expiré le 23 mars suivant. Le recours gracieux exercé le 22 avril 2021 et reçu le lendemain, soit postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux, n'a en conséquence pas été de nature à proroger ce délai. Dès lors, ainsi que le font valoir les époux F, les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2021 sont tardives et doivent être rejetées comme irrecevables.
S'agissant des conclusions dirigées à l'encontre de la décision de refus de retrait de l'arrêté du 12 janvier 2021 :
Quant à la preuve du caractère régulier de l'occupation ou de la détention de leur bien par les requérants :
14. À l'appui de leur requête, les requérants produisent l'acte notarié des 21 mars et 3 avril 2001 par lequel M. C a acquis la parcelle cadastrée section OC n° 608, l'acte notarié du 17 mai 2001 par lequel G C a acquis les parcelles cadastrées section OC nos 611, 2236, 3177, 3179, 3180, 3183, 3185 et 3186 ainsi que les statuts de G définissant, ainsi qu'il a été exposé plus haut, les époux C, exploitants agricoles, comme gérants de cette société pour une durée indéterminée. Ces documents établissent le caractère régulier de l'occupation ou de la détention des biens en cause par la société et ses deux gérants et par M. C à titre individuel. Les époux F ne sont en conséquent pas fondés à se prévaloir de l'irrecevabilité des conclusions sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme.
Quant à l'intérêt à agir :
15. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
16. Il est constant que M. C et G C, dont les propriétés sont exploitées par les époux C, sont des voisins immédiats du projet litigieux. Ils se prévalent du rapprochement de l'habitation des époux F, résultant de la construction d'une extension, non seulement du terrain dont M. C est propriétaires mais également des parcelles cadastrées section OC nos 3180, 3183, 3185 et 3186 situées au sud du terrain d'assiette du projet et appartenant à G. Les requérants se fondant donc sur des éléments relatifs à la localisation du projet, ils bénéficient d'un intérêt à agir à l'encontre de l'arrêté du 12 janvier 2021 accordant un permis de construire. Par extension, ces requérants doivent être regardés comme bénéficiant d'un intérêt à agir contre la décision de refus de retrait de cet arrêté. La fin de non-recevoir opposée en défense doit en conséquence être écartée.
Quant à la tardiveté :
17. Aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. () ". Aux termes de l'article L. 112-6 du même code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. () ". Aux termes de l'article L. 241-2 de ce code : " Par dérogation aux dispositions du présent titre, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré. " Enfin, aux termes de l'article L. 411-3 dudit code : " Les articles L. 112-3 et L. 112-6 relatifs à la délivrance des accusés de réception sont applicables au recours administratif adressé à une administration par le destinataire d'une décision. ".
18. D'une part, un tiers justifiant d'un intérêt à agir est recevable à demander, dans le délai du recours contentieux, l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, quelle que soit la date à laquelle il l'a saisie d'une demande à cette fin. Dans un tel cas, il incombe au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, d'une part, de vérifier la réalité de la fraude alléguée et, d'autre part, de contrôler que l'appréciation de l'administration sur l'opportunité de procéder ou non à l'abrogation ou au retrait n'est pas entachée d'erreur manifeste, compte tenu notamment de la gravité de la fraude et des atteintes aux divers intérêts publics ou privés en présence susceptibles de résulter, soit du maintien de l'acte litigieux, soit de son abrogation ou de son retrait.
19. D'autre part, les dispositions précitées de l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration s'appliquent uniquement aux recours formés par les personnes contestant une décision prise à leur égard par une autorité administrative et sont sans incidence sur les règles applicables aux recours administratifs formés par des tiers à l'encontre d'autorisations individuelles créant des droits au profit de leurs bénéficiaires. Par suite, en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du recours administratif formé par un tiers contre un permis de construire, résultant du silence gardé par l'administration pendant le délai de deux mois prévu à l'article R. 421-2 du code de justice administrative, le nouveau délai ouvert à l'auteur de ce recours pour saisir la juridiction court dès la naissance de cette décision implicite, qu'il ait été ou non accusé réception de ce recours.
20. Il ressort des pièces du dossier, à savoir de la capture d'écran produite par les requérants, que la demande du 22 avril 2021 tendant au retrait de l'arrêté du 12 janvier 2021 en raison d'une fraude dont ils se prévalent a été reçue par les services de la commune de Plouvien le 23 avril 2021. Une décision implicite de rejet est dès lors intervenue le 23 juin 2021, date à laquelle a commencé à courir le délai de recours contentieux de deux mois eu égard à ce qui a été exposé au point précédent. La requête visée ci-dessus ayant été enregistrée au greffe du tribunal le 23 août 2021, les conclusions aux fins d'annulation de cette décision implicite ne sont pas tardives. La fin de non-recevoir présentée en défense doit dès lors être écartée.
21. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer à nouveau sur les fins de non-recevoir tirées de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme et de l'absence d'intérêt à agir concernant les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2021 portant permis de construire, que les requérants sont seulement recevables à demander l'annulation des décisions implicites par lesquelles le maire de la commune de Plouvien a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction, de faire usage des pouvoirs qu'il détient de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme et de retirer l'arrêté du 12 janvier 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de retrait du permis de construire :
S'agissant de l'existence d'une fraude :
22. Le lexique du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal du Pays des Abers dans sa version applicable le 13 octobre 2020, date de délivrance d'un certificat d'urbanisme aux époux F, dispose que : " () Annexe : Il s'agit une construction secondaire, de dimensions réduites et inférieures à la construction principale, qui apporte un complément aux fonctionnalités de la construction principale. Elle peut être accolée ou non à la construction principale avec qui elle entretient un lien fonctionnel, sans disposer d'accès direct depuis la construction principale. () Construction principale : Toute construction hors annexe et [sic] est qualifiée de construction principale. () Extension : L'extension consiste en un agrandissement de la construction existante présentant des dimensions inférieures à celle-ci. L'extension peut être horizontale ou verticale (par surélévations, excavation ou agrandissement), et doit présenter un lien physique et fonctionnel avec la construction existante. () ". L'article 2 du règlement de ce plan, applicable en zone A2020, prévoit, concernant l'extension de constructions principales existantes à destination de logement non lié au siège d'une exploitation agricole, plusieurs conditions cumulatives parmi lesquelles une limitation de la surface de plancher créée à la plus favorable des valeurs entre 50 m² et 30 % de la surface de plancher existante à la date d'approbation de ce plan sans que la surface de plancher totale ne puisse dépasser 250 m² et une limitation de l'emprise au sol créée à la plus favorable des valeurs entre 40 m² et 30 % de l'emprise au sol existante à la date d'approbation de ce plan sans que l'emprise au sol du bâtiment principal sur l'unité foncière ne puisse dépasser 180 m².
23. Un permis de construire ne peut faire l'objet d'un retrait, une fois devenu définitif, qu'au vu d'éléments, dont l'administration a connaissance postérieurement à la délivrance du permis, établissant l'existence d'une fraude à la date où il a été délivré. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme.
24. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. F a présenté une demande de permis de construire une extension de deux niveaux à son habitation non liée à une exploitation agricole d'une surface de plancher de 45 m² sans création d'un nouveau logement. Il ressort également du dossier de cette demande, en particulier du plan de masse de l'existant et de la notice architecturale, que cette extension avait vocation à englober la " structure de remise " d'une emprise au sol de 25,16 m², qui devait être conservée " sans démolir sa structure de mur, ni de dalle " et comportant un mur pignon d'une hauteur de plus de trois mètres ainsi que cela résulte des photographies produites. Cependant le maintien de cette structure, choix architectural atypique et non justifié par la notice architecturale du dossier de demande ou par un plan de rez-de-chaussée, certes non obligatoire, n'apparaît pas compatible avec la construction d'une extension sur deux étages. Ainsi l'étage supérieur du projet s'avère, eu égard au positionnement des ouvertures tel qu'apparaissant sur le plan de façade sud du projet, situé à une hauteur inférieure à celle du sommet du mur pignon de la remise existante devant être conservée. Il ressort en outre des pièces du dossier, ainsi que le fait valoir le préfet en défense, que le mur nord du projet devait être en partie constitué par le mur de la remise. Une telle reprise du mur existant en pierre n'apparaît toutefois pas sur le plan de façade nord du projet où figure un mur totalement bardé de zinc avec une ouverture à l'emplacement du mur de la remise, ouverture dont l'existence antérieure à la réalisation de l'extension litigieuse ne ressort pas des pièces du dossier. Par suite, les pièces du dossier de demande de permis de construire laissent apparaître l'absence de volonté réelle du pétitionnaire de maintenir la structure de la remise malgré les mentions en ce sens sur le plan de masse de l'existant et la notice architecturale. Il ressort en outre des pièces du dossier, à savoir du constat d'huissier établi le 19 avril 2021 sur demande des époux C et de leur société, que postérieurement à la délivrance du permis de construire sollicité, cette remise a été totalement détruite et une semelle de béton a été coulée à son emplacement. La circonstance qu'un agent assermenté de la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) du Finistère a attesté par un constat du 28 mars 2022 la parfaite exécution du permis de construire n'est pas de nature à remettre en cause la réalité de cette destruction, l'agent ayant établi son constat depuis la voie publique alors que la constatation de la démolition ne pouvait être effectuée que depuis l'intérieur de l'extension litigieuse. S'il est établi par une attestation de l'artisan maçon en charge de la réalisation de l'extension litigieuse que la remise était affaissée, sans la moindre fondation et dangereuse en l'état, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette fragilité pourtant manifeste n'était pas déjà visible le 12 décembre 2020, date de dépôt de la demande de permis, espacée de seulement quelques mois du constat d'huissier attestant de la démolition, ni que la remise ne pouvait pas faire l'objet d'une restauration. En tout état de cause, alors que la conservation de la remise constituait un élément du permis de construire accordé, il ne ressort pas des pièces du dossier que le pétitionnaire a demandé aux services de la commune une modification de ce permis avant de réaliser les travaux. Au regard de l'ensemble de ces éléments, et en ne prenant en compte que les pièces du dossier de demande de permis de construire sur la base desquelles le permis de construire a été délivré, la démolition de la remise venant seulement conforter l'absence d'intention de la conserver, M. F doit être regardé comme ayant intentionnellement trompé l'administration sur la consistance réelle du projet d'extension de son habitation.
25. D'autre part, en l'absence d'accès direct entre l'habitation des époux F et la remise, ainsi que cela ressort en particulier de la photographie présentant la façade de la construction une fois cette remise détruite, elle doit être considérée, en application du lexique du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal du Pays des Abers, comme constituant une annexe à cette habitation. Les dispositions mentionnées plus haut de l'article 2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal du Pays des Abers applicables en zone A2020 limitant l'emprise au sol et la surface de plancher des extensions par rapport à un pourcentage de l'existant définissent comme base de calcul la seule construction principale sans prise en compte des annexes. Par suite, pour l'application de cet article à l'extension litigieuse, il n'y a pas lieu de prendre en compte l'emprise au sol et la surface de plancher de la remise. Il ressort des pièces du dossier, à savoir des plans de masse et du formulaire du dossier de demande de permis de construire, que l'emprise au sol de l'habitation des époux F doit être évaluée à 86,89 m² et que sa surface de plancher est de 148 m². Ces derniers pouvaient en conséquence obtenir une autorisation d'extension d'une emprise au sol de 40 m² et d'une surface de plancher de 50 m², valeurs supérieures à 30 % de la superficie de l'emprise au sol et de la surface plancher de cette habitation. Il ressort cependant d'abord des pièces du dossier et particulièrement du plan de masse du projet que l'emprise au sol de l'extension doit être mesurée, en intégrant celle de la remise qui aurait dû être conservée, à environ 65 m². Ainsi, la conservation de la structure de la remise d'une emprise au sol de 25,16 m² au sein de l'extension à construire permettait à cette dernière de ne pas dépasser le plafond de 40 m² de sorte qu'en construisant cette extension après avoir détruit cette remise, le pétitionnaire à méconnu le plafond prévu par le plan local d'urbanisme intercommunal. Il ressort en outre des pièces du dossier que si le dossier de demande de permis de construire prévoit la création d'une surface de plancher de 45 m², la surface de plancher réelle de l'extension litigieuse doit être regardée, en raison de la suppression de la remise, comme dépassant nécessairement le plafond de 50 m² eu égard à l'emprise au sol de l'extension dont la surface dépasse elle-même ce plafond et à la circonstance selon laquelle cette extension a été construite sur deux étages. Par suite, les manœuvres relevées au point précédent doivent être regardées comme ayant eu pour objet de contourner l'application des plafonds de création d'emprise au sol et de surface de plancher prévues par le plan local d'urbanisme intercommunal du Pays des Abers pour l'extension d'habitations non liées à des exploitations agricoles en zone A2020.
26. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à soutenir que le permis de construire litigieux a été obtenu à la suite de manœuvres frauduleuses.
S'agissant de l'erreur manifeste d'appréciation :
27. Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2013 visé ci-dessus : " I. - Les bâtiments d'élevage et leurs annexes sont implantés à une distance minimale de : / 100 mètres des habitations ou locaux habituellement occupés par des tiers () ".
28. Si les requérants soutiennent que la fraude établie est de nature à porter atteinte à leur exploitation en rapprochant l'habitation des époux F de leurs terrains, ce qui aura pour effet de les empêcher d'étendre cette exploitation, il ressort des pièces du dossier que la partie de cette exploitation se trouvant à l'est de cette habitation se trouvait déjà dans sa quasi-totalité à une distance de cent mètres de celle-ci. Par ailleurs, l'extension litigieuse n'a rapproché l'habitation des époux F que de quelques mètres de la partie de l'exploitation se trouvant au sud qui se trouvait déjà en partie dans une distance de cent mètres de celle-ci et dont aucun des espaces libres n'a été ainsi rendu inconstructible. En outre, la circonstance selon laquelle cette fraude serait de nature à accroître le risque de conflits de voisinage n'est pas de nature à établir l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation. En revanche, compte tenu de la nature de la construction en cause, à savoir une extension d'une habitation individuelle, et de la gravité de la fraude retenue plus haut en raison du détournement des dispositions permissives applicables en zone agricole et de l'intérêt qui s'attache à la protection d'une telle zone, et sans que soit opérante la circonstance que l'habitation en cause a été vendue notamment par M. C lui-même à des personnes n'exploitant pas un terrain agricole, le maire de Plouvien a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de retirer le permis de construire accordé aux époux F.
29. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler la décision implicite du 23 juin 2021 par laquelle le maire de la commune de Plouvien a refusé de retirer l'arrêté du 12 janvier 2021.
En ce qui concerne la décision de refus de dresser un procès-verbal d'infraction :
30. Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. / () / Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès verbal. () ". Aux termes de l'article L. 480-4 du même code dans sa rédaction applicable : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 610-1 de ce code : " En cas d'infraction aux dispositions des plans locaux d'urbanisme, les articles L. 480-1 à L. 480-9 sont applicables, les obligations mentionnées à l'article L. 480-4 s'entendant également de celles résultant des plans locaux d'urbanisme. () Sauf en cas de fraude, le présent article n'est pas applicable lorsque le bénéficiaire d'une autorisation définitive relative à l'occupation ou l'utilisation du sol, délivrée selon les règles du présent code, exécute des travaux conformément à cette autorisation. () ".
31. Il résulte de ces dispositions que le maire est tenu de dresser un procès-verbal en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme lorsqu'il a connaissance d'une infraction mentionnée à l'article L. 480-4, résultant soit de l'exécution de travaux sans les autorisations prescrites par le livre IV du code, soit de la méconnaissance des autorisations délivrées. En outre, le maire est également tenu de dresser un procès-verbal lorsqu'il a connaissance d'une infraction mentionnée à l'article L. 610-1 du même code, résultant de la méconnaissance des dispositions du plan local d'urbanisme.
32. D'une part, il résulte de ce qui a été explosé plus haut que malgré les mentions du dossier de demande de permis tendant au maintien de sa structure, la remise a été démolie dans le cadre de l'exécution de l'arrêté du 12 janvier 2021. Si, comme le fait valoir la défense, la construction correspond parfaitement au projet tel que présenté par le dossier de demande concernant son aspect extérieur ainsi qu'en a attesté l'agent assermenté de la DDTM du Finistère du 28 mars 2022, il résulte de ce qui a été exposé au point 25 que la légalité de ce permis de construire, au regard des dispositions de l'article 2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal du Pays des Abers applicable en zone A2020, impliquait le maintien de la structure de la remise. Par suite, contrairement à ce que fait valoir la défense, l'exécution du permis de construire accordé impliquait nécessairement de conserver cette remise. Cette dernière ayant été détruite, les époux F, qui n'ont pas sollicité de permis de construire modificatif, ont réalisé les travaux en méconnaissance du permis de construire du 12 janvier 2021 et ont donc commis une infraction mentionnée à l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme.
33. D'autre part, le permis de construire du 12 janvier 2021 ayant été accordé à la suite d'une fraude, les requérants peuvent utilement se prévaloir, par application des dispositions de l'article L. 610-1 du code de l'urbanisme, de ce que les travaux n'ont pas été réalisés conformément aux dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal du Pays des Abers. Il résulte en outre de ce qui a été exposé au point 25 qu'en raison de la démolition de la remise jouxtant l'habitation des époux F, les travaux ont été réalisés en méconnaissance des dispositions de l'article 2 de ce plan applicable en zone A2020 pour les extensions des habitations non liées à une exploitation agricole en ce que la construction dépasse les plafonds autorisés concernant l'emprise au sol et la surface de plancher créée. Par suite, ainsi que le soutiennent les requérants, les époux F ont commis une infraction mentionnée à l'article L. 610-1 du code de l'urbanisme.
34. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'apparaît, en l'état du dossier, de nature à justifier l'annulation de la décision portant refus de dresser un procès-verbal d'infraction.
35. Il résulte de ce qui précède qu'eu égard aux infractions commises, le maire de la commune de Plouvien était tenu de dresser un procès-verbal d'infraction. La décision implicite par laquelle le maire a refusé d'y procéder doit en conséquence être annulée.
En ce qui concerne la décision de refus de faire usage des dispositions de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme :
36. Aux termes de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme : " I.-Lorsque des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 ont été entrepris ou exécutés en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ainsi que des obligations mentionnées à l'article L. 610-1 ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable et qu'un procès-verbal a été dressé en application de l'article L. 480-1, indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées pour réprimer l'infraction constatée, l'autorité compétente mentionnée aux articles L. 422-1 à L. 422-3-1 peut, après avoir invité l'intéressé à présenter ses observations, le mettre en demeure, dans un délai qu'elle détermine, soit de procéder aux opérations nécessaires à la mise en conformité de la construction, de l'aménagement, de l'installation ou des travaux en cause aux dispositions dont la méconnaissance a été constatée, soit de déposer, selon le cas, une demande d'autorisation ou une déclaration préalable visant à leur régularisation. / II.-Le délai imparti par la mise en demeure est fonction de la nature de l'infraction constatée et des moyens d'y remédier. Il peut être prolongé par l'autorité compétente, pour une durée qui ne peut excéder un an, pour tenir compte des difficultés que rencontre l'intéressé pour s'exécuter. / III.-L'autorité compétente peut assortir la mise en demeure d'une astreinte d'un montant maximal de 500 € par jour de retard. / L'astreinte peut également être prononcée, à tout moment, après l'expiration du délai imparti par la mise en demeure, le cas échéant prolongé, s'il n'y a pas été satisfait, après que l'intéressé a été invité à présenter ses observations. / Son montant est modulé en tenant compte de l'ampleur des mesures et travaux prescrits et des conséquences de la non-exécution. / Le montant total des sommes résultant de l'astreinte ne peut excéder 25 000 €. ".
37. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires préalables à l'adoption de la loi du 27 décembre 2019 relative à l'engagement dans la vie locale et à la proximité de l'action publique dont elles sont issues, que, dans le but de renforcer le respect des règles d'utilisation des sols et des autorisations d'urbanisme, le législateur a entendu, que, lorsqu'a été dressé un procès-verbal constatant que des travaux soumis à permis de construire, permis d'aménager, permis de démolir ou déclaration préalable ou dispensés, à titre dérogatoire, d'une telle formalité ont été entrepris ou exécutés irrégulièrement, l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'urbanisme puisse, dans le cadre de ses pouvoirs de police spéciale et indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées pour réprimer l'infraction constatée, mettre en demeure l'intéressé, après avoir recueilli ses observations, selon la nature de l'irrégularité constatée et les moyens permettant d'y remédier, soit de solliciter l'autorisation ou la déclaration nécessaire, soit de mettre la construction, l'aménagement, l'installation ou les travaux en cause en conformité avec les dispositions dont la méconnaissance a été constatée, y compris, si la mise en conformité l'impose, en procédant aux démolitions nécessaires. Cette mise en demeure peut être assortie d'une astreinte, prononcée dès l'origine ou à tout moment après l'expiration du délai imparti par la mise en demeure, s'il n'y a pas été satisfait, en ce cas après que l'intéressé a de nouveau été invité à présenter ses observations.
38. En se bornant à soutenir qu'en raison des infractions relevées plus haut, le maire a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage des pouvoirs de l'article précité, les requérants n'ont pas assorti leur moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, ces dispositions n'accordant au maire qu'une faculté indépendante des poursuites pénales qu'il n'est pas tenu de mettre en œuvre pour l'ensemble des infractions qu'il constate. Ce moyen doit en conséquence être écarté.
39. Il résulte de ce qui précède que les conclusions des requérants dirigées contre la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Plouvien a refusé de faire usage des pouvoirs qu'il détient de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
40. L'exécution du présent jugement implique d'enjoindre au maire de la commune de Plouvien de retirer l'arrêté du 12 janvier 2021 dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
41. L'exécution du présent jugement implique également d'enjoindre au maire de Plouvien, agissant au nom de l'Etat, ou au préfet du Finistère en cas de carence de ce maire, de dresser un procès-verbal des infractions mentionnées aux points 32 et 33 et de transmettre ce procès-verbal au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Brest dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assorti cette injonction d'une astreinte.
42. Enfin, les conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite de refus de faire usage des dispositions de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme ayant été rejetées, il y a lieu de rejeter les conclusions des requérants tendant à ce qu'il soit enjoint au maire de Plouvien d'en faire usage sous astreinte.
Sur les frais liés au litige :
43. Il y a lieu, dans le cadre de l'instance n° 2104278 et dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement aux requérants de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font en revanche obstacle à ce que le versement d'une quelconque somme soit mis à la charge de la commune de Plouvien, la décision de refus de dresser un procès-verbal d'infraction ayant été prise par le maire au nom de l'Etat et la décision de refus d'application des dispositions de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme n'ayant pas été annulée.
44. À l'inverse, la commune étant uniquement défenderesse concernant les conclusions aux fins d'annulation du refus de dresser un procès-verbal, elle ne saurait être regardée comme une partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pour autant pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants le versement à cette commune d'une quelconque somme au titre de ces dispositions. Il n'y a pas plus lieu de mettre à la charge des requérants le versement d'une somme à ce titre aux époux F.
45. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacles, dans le cadre de l'instance n° 2104279, à ce que le versement aux époux F et à la commune de Plouvien d'une quelconque somme soit mis à la charge des requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Plouvien le versement aux requérants d'une somme de 1 000 euros à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions implicites par lesquelles le maire de la commune de Plouvien a refusé de retirer l'arrêté du 12 janvier 2021 et a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Plouvien de retirer l'arrêté du 12 janvier 2021 dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : Il est enjoint au maire de la commune de Plouvien, ou au préfet du Finistère en cas de carence de ce dernier, de faire dresser un procès-verbal des infractions retenues aux points 32 et 33 du présent jugement et de transmettre ce procès-verbal au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Brest dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera aux requérants la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : La commune de Plouvien versera aux requérants la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à l'exploitation agricole à responsabilité limitée C, première dénommée, désignée représentante unique des requérants dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à M. et Mme D et B F, à la commune de Plouvien, et au préfet du Finistère.
Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Brest en application des dispositions de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Grondin, premier conseiller,
Mme Villebesseix, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.
Le président-rapporteur,
signé
C. Radureau
L'assesseur le plus ancien,
signé
T. Grondin
Le greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2104278, 2104279
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026