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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2104532

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2104532

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2104532
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2021, Mme C B, représentée par Me Le Bras (selarl LBS) demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis de sommes à payer émis le 8 juillet 2021 par lequel la commune de Plogonnec a mis à sa charge la somme de 1 457,49 euros au titre du remboursement des frais de l'expertise réalisée sur un bâtiment qui lui appartient situé 3, rue de la voie Romaine, parcelle cadastrée ZB n° 53, à Plogonnec ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Plogonnec la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'avis de sommes à payer en litige est entaché d'une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 511-17 du code de la construction et de l'habitation, dès lors qu'ayant exécuté les mesures prescrites par l'arrêté municipal du 8 février 2021 visant à garantir la sûreté et la sécurité des personnes au droit de l'immeuble situé au lieu-dit Landibilic, parcelle cadastrée ZB n°53, elle n'a pas été défaillante et la commune de Plogonnec n'a pas été contrainte de se substituer à sa personne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2022, la commune de Plogonnec, représentée par Me Gourvennec et Me Cugny-Larrey (selarl Le Roy, Gourvennec, Prieur), conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le moyen de la requête n'est pas fondé.

La requête a été communiquée à la direction départementale des finances publiques du Finistère qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- l'ordonnance n° 2100578 du 4 février 2021 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Rennes a désigné M. A en qualité d'expert ;

- l'ordonnance n° 2100578 du 10 février 2021 par laquelle le président du tribunal administratif de Rennes a taxé et liquidé les frais et honoraires de l'expertise réalisée par M. A, expert ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin,

- les conclusions de Mme Thalabard, rapporteure publique,

- et les observations de Me Leduc substituant la selarl Le Roy, Gourvennec, Prieur, représentant la commune de Plogonnec.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B est propriétaire d'un bien immobilier situé 3, rue de la voie Romaine, parcelle cadastrée ZB n° 53, au lieudit Landibilic à Plogonnec. A la suite d'une visite sur site au cours de laquelle ont été constatés des désordres affectant l'état de cet immeuble, le maire de de la commune de Plogonnec, par un courrier du 23 décembre 2020, a informé

Mme B de ce qu'il envisageait de mettre en œuvre les pouvoirs de police de la sécurité et de la salubrité des immeubles et a invité l'intéressée à présenter ses observations dans un délai d'un mois. Estimant que Mme B n'avait pas donné suite à cette mise en demeure, le maire de Plogonnec, par une requête enregistrée le 3 février 2021, a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Rennes de prescrire une expertise en vue de déterminer le niveau du risque présenté par l'état du bâtiment. Par une ordonnance du 4 février 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Rennes a désigné M. A, architecte, en qualité d'expert. A la suite du rapport de l'expert du 7 février 2021, le maire de Plogonnec, constatant le danger imminent, a, par un arrêté de mise en sécurité du 8 février 2021, mis en demeure Mme B de réaliser dans un délai d'un mois les travaux préconisés par l'expert. Par une ordonnance du 10 février 2021, le président du tribunal administratif de Rennes a liquidé et taxé à la somme de 1 457,49 euros les frais et honoraires de l'expertise confiée à M. A. Par un avis de sommes à payer émis le

8 juillet 2021, dont Mme B demande l'annulation, la commune de Plogonnec a mis à la charge de Mme B la somme de 1 457,49 euros. Mme B doit être regardée comme demandant la décharge de l'obligation de payer mise à sa charge.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation : " La police de la sécurité et de la salubrité des immeubles, locaux et installations est exercée dans les conditions fixées par le présent chapitre et précisées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article L. 511-2 du même code : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : /

1° Les risques présentés par les murs, bâtiments ou édifices quelconques qui n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité des occupants et des tiers ; / (). ". Selon l'article L. 511-4 du même code : " L'autorité compétente pour exercer les pouvoirs de police est : / 1° Le maire dans les cas mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 511-2 (). ". Aux termes de l'article L. 511-9 de ce code : " Préalablement à l'adoption de l'arrêté de mise en sécurité, l'autorité compétente peut demander à la juridiction administrative la désignation d'un expert afin qu'il examine les bâtiments, dresse constat de leur état y compris celui des bâtiments mitoyens et propose des mesures de nature à mettre fin au danger. / L'expert se prononce dans un délai de vingt-quatre heures à compter de sa désignation. / Si le rapport de l'expert conclut à l'existence d'un danger imminent, l'autorité compétente fait application des pouvoirs prévus par la section 3 du présent chapitre. ". Selon l'article L. 511-19 du même code : " En cas de danger imminent, manifeste ou constaté par le rapport mentionné à l'article L. 511-8 ou par l'expert désigné en application de l'article L. 511-9, l'autorité compétente ordonne par arrêté et sans procédure contradictoire préalable les mesures indispensables pour faire cesser ce danger dans un délai qu'elle fixe. / () ". L'article L. 511-20 du même code énonce que : " Dans le cas où les mesures prescrites en application de l'article L. 511-19 n'ont pas été exécutées dans le délai imparti, l'autorité compétente les fait exécuter d'office dans les conditions prévues par l'article

L. 511-16. Les dispositions de l'article L. 511-15 ne sont pas applicables. ". Selon l'article

L. 511-16 du même code : " Lorsque les prescriptions de l'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité n'ont pas été mises en œuvre dans le délai fixé, l'autorité compétente peut, par décision motivée, faire procéder d'office à leur exécution, aux frais du propriétaire. Elle peut prendre toute mesure nécessaire à celle-ci. () / Lorsque l'autorité compétente se substitue aux propriétaires défaillants et fait usage des pouvoirs d'exécution d'office qui lui sont reconnus, elle agit en leur lieu et place, pour leur compte et à leurs frais (). ". Enfin, en vertu des dispositions de l'article L. 511-17 du même code, les frais de toute nature avancés par la commune substituée au propriétaire défaillant sont recouvrés comme en matière de contributions directes conformément aux dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales. Aux termes de l'article R. 511-9 du même code : " La créance sur les personnes tenues de réaliser les mesures prescrites et née de l'exécution d'office de celles-ci en application des articles

L. 511-16 et L. 511-20 comprend le coût de l'ensemble des mesures que cette exécution a rendu nécessaires, notamment celui des travaux destinés à assurer la sécurité de l'ouvrage ou celle des bâtiments mitoyens, les frais exposés par la commune ou l'Etat agissant en qualité de maître d'ouvrage public et, le cas échéant, les frais d'expertise. ".

3. Il résulte de ce qui précède que le maire qui, s'étant substitué au propriétaire ou aux copropriétaires défaillants, a fait usage des pouvoirs d'exécution d'office qui lui sont reconnus par les dispositions de l'article L. 511-20 du code de la construction et de l'habitation, est alors en droit de rendre débitrice de la créance que la collectivité détient la personne qui a la qualité de propriétaire ou de copropriétaire de l'immeuble à la date d'expiration du délai imparti par la mise en demeure d'exécuter les travaux. En revanche, si le propriétaire de l'immeuble a réalisé les mesures prescrites par l'arrêté de mise en sécurité, les dispositions précitées n'autorisent pas la collectivité à procéder au recouvrement sur celui-ci d'une somme correspondant aux frais d'expertise et elle supporte donc définitivement les frais d'expertise mis à sa charge par la juridiction qui l'a ordonnée.

4. Mme B fait valoir, sans que cela ne soit contesté en défense, qu'elle a exécuté les travaux de mise en sécurité de l'immeuble situé 3, rue de la voie Romaine à Plogonnec qui étaient prescrits par l'arrêté municipal du 8 février 2021. La commune de Plogonnec n'allègue ni n'établit que ces travaux n'auraient pas été réalisés dans le délai d'un mois imparti par cet arrêté. Ainsi, Mme B a exécuté les mesures provisoires nécessaires pour garantir la sécurité de l'immeuble dans le délai imparti par l'arrêté du 8 février 2021, sans que la commune n'ait eu à les faire exécuter d'office. Alors même que la commune de Plogonnec fait valoir que, par un courrier du 23 décembre 2020, le maire a mis Mme B en demeure de prendre des mesures de sécurité du bâtiment dans un délai d'un mois et lui a indiqué, qu'à défaut, il serait susceptible d'engager la procédure de péril alors prévue par l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation, ce courrier, qui constitue la mesure d'information dans le cadre de la procédure contradictoire prévue par l'article L. 511-2 de ce code, dans sa rédaction alors applicable, désormais repris par l'article L. 511-10 du même code, ne constitue pas une mise en demeure adressée à Mme B d'exécuter les travaux permettant, en cas d'exécution d'office des mesures prescrites, de rendre la propriétaire débitrice de la créance de la collectivité. Dans ces conditions, en l'absence de substitution de la commune à Mme B, la commune de Plogonnec ne pouvait pas, par l'avis de sommes à payer en litige, mettre à la charge de Mme B les frais d'expertise. Par suite, cette dernière est fondée à demander l'annulation de l'avis de sommes à payer d'un montant de 1 457,49 euros au titre des frais d'expertise.

5. Il résulte de ce qui précède que l'avis de sommes à payer du 8 juillet 2021 d'un montant de 1 457,49 euros doit être annulé.

Sur la décharge de l'obligation de payer la somme mise à la charge de Mme B :

6. Le motif de l'annulation prononcée au point précédent implique nécessairement que Mme B soit déchargée de l'obligation de payer la somme de 1 457,49 euros mise à sa charge.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la commune de Plogonnec au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Plogonnec la somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre des mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : L'avis de sommes à payer émis le 8 juillet 2021 à l'encontre de Mme B par la commune de Plogonnec est annulé.

Article 2 : Mme B est déchargée de l'obligation de payer la somme de de 1 457,49 euros.

Article 3 : La commune de Plogonnec versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Plogonnec au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la commune de Plogonnec.

Une copie du présent jugement sera adressée au directeur régional des finances publiques du Finistère.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Plumerault, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

La rapporteure,

signé

C. Pellerin

La présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet du Finistère, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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