vendredi 13 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2104615 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | COIRIER |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2104615, les 10 septembre 2021, 22 septembre 2022 et 6 novembre 2024, Mme A B, représentée par Me Coirier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet opposée par le directeur du centre hospitalier Guillaume Régnier à sa demande d'ouverture d'un compte épargne-temps, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier Guillaume Régnier :
- dans un délai d'un mois à compter du jugement, de " lui ouvrir rétroactivement un compte épargne-temps et d'y placer les congés légalement et réglementairement reportés depuis 2019 " ;
- dans un délai de quinze jours à compter du jugement, de lui délivrer une information précise et détaillée quant à son compte épargne-temps ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Guillaume Régnier la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le litige n'a pas perdu son objet dès lors qu'elle n'a jamais été informée de l'ouverture d'un compte épargne-temps à son profit dont elle n'a découvert l'existence qu'en cours d'instance ;
- sa requête n'est pas tardive et est recevable ;
- les conclusions de sa requête tendent à l'annulation de la décision de rejet de sa demande d'ouverture d'un compte épargne-temps et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux ; elles sont recevables et aucun recours administratif préalable obligatoire n'avait à être exercé ;
- les décisions attaquées méconnaissent son droit à l'ouverture d'un compte épargne-temps ;
- les décisions attaquées méconnaissent son droit au report des congés annuels qu'elle n'a pas pu prendre en raison de son placement en congé de maladie ;
- elle n'a jamais été informée des droits épargnés et consommés sur son compte épargne-temps contrairement à ce prévoit l'article 1er du décret du 3 mai 2022, ce qui constitue un vice de procédure substantiel dès lors qu'elle s'est trouvée empêché de faire valoir ses droits, notamment à indemnisation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, le centre hospitalier Guillaume Régnier, représenté par Me Lesné, conclut au rejet de la requête, ou subsidiairement au non-lieu à statuer et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les conclusions de la requête aux fins d'annulation sont tardives et donc irrecevables ;
- les conclusions de la requête à fin de communication d'informations n'ont pas été précédées d'une demande préalable ;
- le litige a perdu son objet dès lors que la requérante a été radiée des cadres au 30 avril 2022 et a bénéficié d'un compte épargne-temps, ouvert le 28 décembre 2016, lequel présentait, à la date de son départ, un solde de 22 jours qui a donné lieu à indemnisation.
La clôture de l'instruction a été fixée, par ordonnance du 7 novembre 2024, au 22 novembre 2024 à 12h00.
II. Par une requête et des mémoires enregistrés, sous le n° 2202672, les 23 mai et 22 septembre 2022 et le 6 novembre 2024, Mme A B, représentée par Me Coirier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 28 janvier 2022 portant sur la somme de 1 324,25 euros, l'avis des sommes à payer émis le 11 avril 2022 portant sur la somme de 105,51 euros et l'avis à tiers détenteur émis le 4 mai 2022 portant sur la somme de 1 429,76 euros ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer les sommes réclamées ;
3°) d'enjoindre au centre hospitalier Guillaume Régnier et à la trésorerie hospitalière de Rennes de suspendre toute mesure de recouvrement et de lui verser la somme de 1 324,25 euros prélevée illégalement, avec intérêts au taux légal à compter de la date de prélèvement ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier Guillaume Régnier la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- l'opposition au titre exécutoire du 28 janvier 2022 est recevable ; l'opposition à l'avis à tiers détenteur est portée devant une juridiction compétente et recevable ;
- à titre principal, les créances sont mal fondées : elles méconnaissent son droit à maintien à demi-traitement reconnu par la décision du 4 janvier 2022 qui l'a placée en disponibilité d'office dans l'attente de l'avis du comité médical ;
- à titre subsidiaire, les titres exécutoires contestés ne précisent pas les bases de liquidation des créances en méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 ;
- à supposer que la créance réclamée par le titre exécutoire du 11 avril 2022 trouve son origine dans son traitement du mois de janvier 2022, ce titre méconnait le principe de sécurité juridique en ce que les indus relatifs à un même mois font l'objet de plusieurs actes distincts ;
- l'avis à tiers détenteur du 4 mai 2022 est illégal en raison de l'illégalité des titres exécutoires des 28 janvier et 11 avril 2022 ; il ne précise pas les bases de liquidation de la créance ; il méconnait les règles relatives à la quotité saisissable ;
- le caractère suspensif de son recours en opposition à exécution des titres contestés a été méconnu.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, le centre hospitalier Guillaume Régnier, représenté par Me Lesné, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les conclusions dirigées contre le titre du 28 janvier 2022 sont tardives et donc irrecevables ;
- l'examen des conclusions dirigées contre l'avis à tiers détenteur du 4 mai 2022 ne relève pas de la compétence du juge administratif ; elles sont irrecevables faute d'exercice du recours administratif préalable prévu par l'article L. 281 du livre des procédures fiscales ;
- les bases de liquidation des créances ont été portées à la connaissance de la requérante ;
- les créances dont le paiement est réclamé sont bien fondées ; la décision de placement en congé de maladie ordinaire n'a pas été régulièrement contestée et est toujours en vigueur.
La clôture de l'instruction a été fixée, par ordonnance du 7 novembre 2024, au 22 novembre 2024 à 12h00.
III. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2203386, les 4 juillet et 22 septembre 2022 et le 6 novembre 2024, Mme A B, représentée par Me Coirier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 janvier 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier Guillaume Régnier l'a placée en disponibilité d'office, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 3 mars 2022 formé contre cette décision ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier Guillaume Régnier de reconstituer rétroactivement sa carrière avec toutes les conséquences de droit ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Guillaume Régnier la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions aux fins d'annulation de sa requête sont recevables, la décision ayant été produite en cours d'instance ;
- son placement en disponibilité d'office méconnait les dispositions de l'article 29 du décret du 13 octobre 1988 et de l'article 17 du décret du 19 avril 1988 dans la mesure où aucune procédure de reclassement n'a été mise en œuvre et que son aptitude à une reprise à temps partiel thérapeutique et sur un poste aménagé a été reconnue ;
- elle n'a pas bénéficié du maintien d'un demi-traitement contrairement à ce que prévoit l'article 17 du 19 avril 1988, ce que révèlent ses bulletins de paie, lesquels, de surcroît, ne sont pas conformes aux versements dont elle a effectivement bénéficié.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, le centre hospitalier Guillaume Régnier, représenté par Me Lesné, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la requête est irrecevable faute de production de la décision attaquée et que les moyens ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée, par ordonnance du 7 novembre 2024, au 22 novembre 2024 à 12h00.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;
- le décret n° 90-841 du 21 septembre 1990 ;
- le décret n° 2002-8 du 4 janvier 2002 ;
- le décret n° 2002-788 du 3 mai 2002 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- les rapports de M. Bouju,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- et les observations de Me Coirier, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes visées ci-dessus présentent à juger des questions semblables, communes à la situation d'une même agente, et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Assistante médico-administrative du centre hospitalier Guillaume Régnier, Mme A B a fait l'objet, à compter du 14 juin 2018, d'arrêts de travail. Par deux décisions du 17 mai 2019, elle a été placée en congé de longue maladie du 14 juin 2018 au 13 juin 2019. Après un premier avis du 14 mai 2020 au terme duquel il a estimé qu'une prolongation de congé de longue durée était justifiée jusqu'au 13 mai 2020 et que l'agente était ensuite apte à reprendre à temps partiel thérapeutique à 50 %, le comité médical a, par un second avis du 17 septembre 2020, estimé qu'une prolongation de congé de longue durée n'était pas justifiée au-delà-du 14 juin 2020, date à laquelle l'intéressée était apte une reprise à temps partiel thérapeutique. Mme B a alors saisi le comité médical supérieur. Par une décision du 8 mars 2021, le directeur du centre hospitalier Guillaume Régnier a prolongé son congé de longue maladie du 14 décembre 2019 au 13 juin 2020. Par une décision du 2 août 2021, il a retiré les décisions la plaçant en congé de longue maladie et l'a placée, dans l'attente de l'avis du comité médical supérieur, en congé de longue durée du 14 juin 2018 au 13 juin 2020. Le 28 septembre 2021, le comité médical supérieur, confirmant la position du comité médical, s'est prononcé en défaveur d'une prolongation du congé de longue durée au-delà du 14 juin 2020 et en faveur d'une reprise à temps partiel thérapeutique à compter de cette date. Le 10 novembre 2021, le directeur du centre hospitalier Guillaume Régnier a indiqué à Mme B qu'il avait décidé de suivre cet avis.
3. A compter du 14 juin 2020, Mme B n'a jamais repris effectivement ses fonctions. Le 14 décembre 2020, elle a transmis un nouvel arrêt de travail initial, qui a, par la suite, été prolongé sans interruption. Le directeur de l'établissement, qui, par décision du 5 mars 2021, a rejeté sa demande de congé de longue durée pour la période du 14 juin 2020 au 13 juin 2021, l'a placée en position d'activité à compter du 14 juin 2020, puis, en vertu d'une décision du 8 mars 2021, en congé de maladie ordinaire du 14 décembre 2020 au 26 mars 2021, placement dont il n'est pas contesté qu'il a été prolongé jusqu'au 13 décembre 2021. Par une décision du 4 janvier 2022, le directeur du centre hospitalier Guillaume Régnier a placé l'intéressée en disponibilité d'office à compter du 14 décembre 2021, " dans l'attente du comité médical ", avec maintien d'un demi-traitement. Saisi pour avis sur le placement en disponibilité d'office, le président de cette instance a, le 2 mars 2022, refusé de donner suite à cette saisine. Mme B a exercé, le 3 mars 2022, un recours gracieux contre la décision du 4 janvier 2022, lequel a été implicitement rejeté.
4. Au terme d'une procédure de rupture conventionnelle, Mme B a été radiée des cadres à compter du 30 avril 2022.
5. Par deux titres exécutoires émis les 28 janvier 2022 et 11 avril 2022, le directeur du centre hospitalier Guillaume Régnier a rendu Mme B redevable respectivement d'une créance de 1 324,25 euros et d'une créance de 105,51 euros. Le 4 mai 2022, un avis de saisie à tiers détenteur a été émis pour montant de 1 429,76 euros, correspondant à la somme de ces deux créances.
6. Par ailleurs, par un courrier du 10 mars 2021 adressé au directeur du centre hospitalier Guillaume Régnier, Mme B a demandé l'ouverture d'un compte épargne-temps. Le 7 mai 2021, elle a exercé un recours gracieux contre la décision implicite de rejet de cette demande.
7. Aux termes de ses requêtes, Mme B sollicite, d'une part l'annulation de la décision du 4 janvier 2022 la plaçant en disponibilité d'office ainsi que du rejet de son recours gracieux du 3 mars 2022, d'autre part l'annulation des avis des sommes à payer des 28 janvier 2022 et 11 avril 2022 et de l'avis à tiers détenteur du 4 mai suivant ainsi que la décharge de l'obligation de payer les sommes réclamées, enfin l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande d'ouverture d'un compte épargne-temps et du rejet de son recours gracieux contre cette décision.
Sur l'instance n° 2203386 :
8. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 : " Le fonctionnaire a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence() " Aux termes de l'article 62 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son établissement, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite () La disponibilité est prononcée soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 41 () ".
9. Aux termes de l'article 7 du décret du 14 mars 1986 : " Les comités médicaux sont chargés de donner un avis à l'autorité compétente sur les contestations d'ordre médical qui peuvent s'élever à propos de l'admission des candidats aux emplois de la fonction publique hospitalière, de l'octroi et du renouvellement des congés de maladie et de la réintégration à l'issue de ces congés. Ils sont consultés obligatoirement en ce qui concerne : ; () 2. L'octroi des congés de longue maladie et de longue durée ; () 6. La mise en disponibilité d'office pour raisons de santé, son renouvellement et l'aménagement des conditions de travail après la fin de la mise en disponibilité () ". Aux termes de l'article 17 du décret du 19 avril 1988 : " Lorsque le fonctionnaire est dans l'incapacité de reprendre son service à l'expiration de la première période de six mois consécutifs de congé de maladie, le comité médical est saisi pour avis de toute demande de prolongation de ce congé dans la limite des six mois restant à courir. / Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service qu'après l'avis favorable du comité médical. / Si l'avis du comité médical est défavorable, le fonctionnaire est soit mis en disponibilité, soit, s'il le demande, reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme des agents des collectivités locales. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite ".
10. Lorsque l'agent a épuisé ses droits à un congé de maladie ordinaire, il appartient à l'établissement qui l'emploie, d'une part, de saisir le comité médical, qui doit se prononcer sur son éventuelle reprise de fonctions ou sur sa mise en disponibilité, son reclassement dans un autre emploi ou son admission à la retraite, et, d'autre part, de verser à l'agent un demi-traitement dans l'attente de la décision du comité médical. Il appartient à l'autorité territoriale, tenue de placer le fonctionnaire dans une position statutaire régulière, dans l'attente de l'avis du comité médical départemental, et à titre provisoire, de placer le fonctionnaire qui a épuisé ses droits à congé de maladie ordinaire, et sous réserve de régularisation ultérieure, en disponibilité d'office.
11. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit aux points 2 et 3 du présent jugement, il ressort des pièces du dossier que Mme B a bénéficié d'un congé de longue durée du 14 juin 2018 au 13 juin 2020. Alors qu'elle n'était plus en congé de maladie depuis le 14 juin 2020, elle a bénéficié de nouveaux arrêts de travail à compter du 14 décembre 2020 qui ont entrainé son placement en congé de maladie ordinaire, de manière ininterrompue, jusqu'au 13 décembre 2021. A cette date, ses droits à congé de maladie ordinaire se sont ainsi trouvés épuisés. Les avis émis par le comité médical les 14 mai et 17 septembre 2020 et par le comité médical supérieur le 18 septembre 2021, dont le sens était défavorable à la prolongation d'un congé de longue durée au-delà du 14 juin 2020 et favorable à une reprise à temps partiel thérapeutique à compter de cette même date, n'ont porté que sur sa situation antérieure au 14 décembre 2020 et à son nouveau placement en congé de maladie ordinaire consécutif à son nouvel arrêt de travail. Par conséquent, le centre hospitalier Guillaume Régnier n'avait d'autre choix, à l'épuisement de ses droits à congé de maladie ordinaire le 13 décembre 2021, que de saisir le comité médical pour qu'il se prononce sur son éventuelle reprise de fonctions ou sur sa mise en disponibilité, son reclassement dans un autre emploi ou son admission à la retraite. Par la décision litigieuse du 4 janvier 2022, et sans méconnaître la règle rappelée au point 10 du présent jugement, le directeur de l'établissement l'a placée, à titre provisoire et avec maintien d'un demi-traitement, en disponibilité d'office à compter du 14 décembre 2021 dans l'attente de l'avis du comité médical, instance qui a été saisie par l'établissement suite à demande de la requérante du 9 février 2022. Compte-tenu du caractère provisoire de cette décision prise dans l'attente de l'avis du comité médical sur son aptitude à une reprise du travail, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse aurait dû être précédée de la mise en œuvre d'une procédure de reclassement, ni à se prévaloir des précédents avis du comité médical et du comité supérieur qui s'étaient prononcés en faveur de sa reprise à temps partiel thérapeutique à compter du 14 juin 2020, soit avant et indépendamment de son nouvel arrêt de travail intervenu à partir du 14 décembre 2020.
12. En second lieu, conformément aux dispositions précitées du dernier alinéa de l'article 17 du décret du 19 avril 1988, la décision litigieuse a maintenu le bénéfice d'un demi-traitement à Mme B durant la période de son placement provisoire en disponibilité d'office. Les conditions dans lesquelles le centre hospitalier Guillaume Régnier a procédé, postérieurement à l'édiction de cette décision, aux calculs et à la liquidation de ses droits et aux versements de ses traitements ne sauraient être utilement invoquées pour contester la légalité de celle-ci, laquelle s'apprécie à la date de son édiction.
13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 4 janvier 2022, ainsi que celle tendant à l'annulation du rejet implicite du recours gracieux dirigé contre celle-ci doivent être rejetées. Il en va de même des conclusions aux fins d'injonction de reconstituer ses droits.
Sur l'instance n° 2202672 :
En ce qui concerne le titre exécutoire du 28 janvier 2022 :
14. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite () "
15. Le centre hospitalier Guillaume Régnier soulève une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions dirigées contre le titre exécutoire du 28 janvier 2022. Toutefois, celui-ci n'établit pas que ce titre a effectivement été notifié à la requérante plus de deux mois avant l'introduction de la requête, enregistrée au greffe du tribunal le 23 mai 2022. Par suite, la fin de non-recevoir ne peut qu'être écartée.
16. Il résulte de l'instruction, notamment du courrier du directeur du centre hospitalier Guillaume Régnier du 18 janvier 2022 et du mémoire en défense, que la créance de 1 324,25 euros dont le recouvrement est poursuivi par le titre litigieux correspond à la rémunération versée à Mme B pour la période du 15 au 31 décembre 2021, l'administration estimant que celle-ci n'était pas due dès lors que l'intéressée n'avait aucun droit au maintien d'un traitement à l'expiration des droits à congé de maladie ordinaire. Toutefois, ainsi qu'il a déjà été dit au point 11, par sa décision du 4 janvier 2022, le directeur du centre hospitalier Guillaume Régnier a placé, à compter du 14 décembre 2022, Mme B en disponibilité d'office dans l'attente de l'avis du comité médical en lui maintenant un droit à demi-traitement, et ce conformément au dernier alinéa de l'article 17 du décret du 19 avril 1988. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que la créance est mal fondée et à solliciter, en conséquence, et sans qu'il soit besoin de statuer sur le moyen qu'elle invoque pour contester la régularité formelle du titre, tant l'annulation du titre exécutoire du 28 janvier 2022 que la décharge de la créance de 1 324,25 euros dont le règlement est réclamé par ce titre.
17. Les conclusions de la requête tendant à ce que soit enjoint la restitution de cette somme prélevée à tort ne peuvent qu'être rejetées dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que le centre hospitalier Guillaume Régnier ait effectivement procédé au recouvrement de cette créance.
En ce qui concerne le titre exécutoire du 11 avril 2022 :
18. En premier lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur.
19. L'avis des sommes à payer contesté se borne à indiquer, au titre de la " désignation " de la créance de 105,51 euros qu'il réclame, " BP 03/2022 - B AGNES / UF : 3300 SERVICE G03 G12 / BP 03/2022 - B AGNES ", sans aucune autre précision ou aucun renvoi explicite à un autre document permettant d'expliquer les bases et modalités de calcul de la créance. Si le centre hospitalier Guillaume Régnier soutient en défense avoir adressé à la requérante un courrier en date du 5 avril 2022 accompagné de son bulletin de salaire de mars 2022, il n'établit pas, alors que la requérante le conteste, que ce courrier lui aurait été notifié, soit avec le titre litigieux, soit antérieurement à la notification du titre. Par suite, Mme B est fondée à se prévaloir de l'irrégularité du titre exécutoire du 11 avril 2022.
20. En second lieu, Mme B s'est bornée à faire valoir, pour contester le bien-fondé de cette créance, qu'elle avait droit au maintien d'un demi-traitement au titre du mois de mars 2022. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment du courrier du directeur du centre hospitalier Guillaume Régnier en date du 5 avril 2022 et des écritures en défense, que la créance litigieuse correspond à l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires que l'établissement estime avoir indûment versée à Mme B après le 14 décembre 2021, date de son placement en disponibilité d'office. La requérante n'a développé, au soutien de ses conclusions, aucune argumentation pour contester le fondement ainsi établi de la créance. Par suite, elle n'en a pas utilement remis en cause le bien-fondé.
21. Il résulte de ce qui précède que le titre exécutoire du 11 avril 2022 doit être annulé. En revanche, dès lors que cette annulation est prononcée au motif d'une irrégularité simplement formelle, les conclusions tendant à la décharge de la créance de 105,51 euros réclamée par ce titre doivent être rejetées.
22. Les conclusions de la requête tendant à ce que soit enjoint la restitution de cette somme prélevée à tort ne peuvent qu'être rejetées dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que le centre hospitalier Guillaume Régnier ait effectivement procédé au recouvrement de cette créance.
En ce qui concerne l'avis à tiers détenteur du 4 mai 2022 :
23. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé. 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / () / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. () ".
24. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / () c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".
25. Il résulte de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.
26. Les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'avis à tiers détenteur émis le 4 mai 2022 ressortissent à la compétence du juge judiciaire de l'exécution, y compris pour apprécier le moyen tiré de ce qu'aucun acte de poursuite ne pouvait intervenir en raison de sa saisine du juge du tribunal administratif compétent pour connaître du bien-fondé de la créance. Elles doivent donc être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur l'instance n° 2104615 :
27. Mme B demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande du 10 mai 2021 tendant à l'ouverture d'un compte épargne-temps ainsi que du rejet de son recours gracieux contre cette décision. Il ressort des pièces du dossier qu'un compte épargne-temps avait été ouvert au profit de Mme B à partir du 28 décembre 2016. Ainsi qu'elle l'indique dans ses écritures, Mme B n'en a découvert l'existence qu'à la suite de la réception de son bulletin de salaire de juin 2022, lequel faisait état de l'indemnisation à son profit de 22 jours épargnés sur son compte épargne-temps. En dépit de l'absence de toute information relative à ce compte antérieurement délivrée à la requérante par le centre hospitalier Guillaume Régnier, et pour regrettable que soit cette circonstance, celle-ci a bénéficié de l'ouverture d'un compte épargne-temps dont elle a appris l'existence en cours d'instance. Par conséquent, le litige, qui, au regard de la portée des décisions attaquées et des conclusions en annulation de la requête, n'a trait qu'à l'ouverture d'un compte épargne-temps, se trouve dépourvu d'objet. Ainsi, les conclusions tendant à l'annulation du rejet implicite de la demande d'ouverture d'un compte épargne-temps et du rejet implicite du recours gracieux contre cette décision sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction, présentées comme accessoires à ces conclusions aux fins d'annulation.
Sur les frais liés au litige non compris dans les dépens :
28. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des requêtes de Mme B présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ni à celles présentées par le centre hospitalier Guillaume Régnier sur ce même fondement dans chacune des instances.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête enregistrée sous le n° 2202672 tendant à l'annulation de l'avis à tiers détenteur du 4 mai 2022 sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Les titres émis et rendus exécutoires les 28 janvier et 14 avril 2022 au nom du centre hospitalier Guillaume Régnier sont annulés.
Article 3 : Mme B est déchargée de la somme de 1 324.25 euros dont le règlement est réclamé par le titre exécutoire du 28 janvier 2022.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme B est rejeté.
Article 5 : L'ensemble des conclusions présentées par le centre hospitalier Guillaume Régnier sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier Guillaume Régnier.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Labouysse, président,
M. Bouju, premier conseiller,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
D. Bouju
Le président,
signé
D. Labouysse
La greffière,
signé
É. Fournet
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2, 2202672, 2203386
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026