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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2104804

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2104804

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2104804
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantQUENTEL

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 septembre et 4 novembre 2021 sous le n° 2104804, M. A B, représenté par Me D, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du directeur du centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer du 26 juillet 2021 portant refus de lui accorder la protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer de lui accorder la protection fonctionnelle et de lui verser, en conséquence, la somme de 1 080 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 mai 2021 et de la capitalisation ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision portant refus d'octroi de la protection fonctionnelle méconnaît les dispositions de l'article 11 de la loi n° 83-634 du 11 juillet 1983.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2021, le centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'unique moyen de la requête n'est pas fondé.

II. Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 11 mars 2022, 9 novembre 2023 et 29 avril 2024 sous le n° 2201293, M. A et Mme E B, représentés par Me D, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer à verser la somme de 60 119,75 euros à M. B et la somme de 5 000 euros à Mme B, assorties des intérêts au taux légal à compter du 22 décembre 2021 et de la capitalisation ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les décisions dont a fait l'objet M. B, de suspension de fonction à titre provisoire à compter du 8 juin 2020, et de refus de réintégration dans les fonctions qui étaient les siennes après le classement sans suite de l'enquête pénale, sont de nature à engager la responsabilité sans faute du centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer, sur les terrains de la rupture d'égalité devant les charges publiques et de l'obligation qui incombe à l'employeur de garantir son agent contre les risques susceptibles d'être encourus dans le cadre de l'exercice de ses fonctions, dès lors que les troubles anxio-dépressifs dont il souffre sont imputables au service ;

- les préjudices doivent être indemnisés comme suit :

* 14 000 euros au titre des souffrances endurées par M. B ;

* 2 768,75 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

* 41 851 euros au titre de déficit fonctionnel permanent ;

* 1 500 euros au titre du préjudice sexuel ;

* 5 000 euros au titre du préjudice moral de Mme B.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 28 juillet 2023 et 3 avril et 14 juin 2024, le centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer, représenté par la Selarl Cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. et Mme B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les conditions d'engagement de la responsabilité sans faute ne sont pas satisfaites :

- M. B n'établit pas qu'il aurait subi un préjudice grave, anormal et spécial du fait de la mesure de suspension de fonction prise à son encontre le 8 juin 2020, à titre conservatoire et à la demande du procureur de la République, mesure qui a au demeurant pris fin dès le 15 juin 2020, date à laquelle il a été placé en congé de maladie ; les préjudices dont il est demandé réparation ne présentent pas de lien avec la mesure de suspension, M. B indiquant lui-même que la dégradation de son état de santé résulte des accusations dont il a fait l'objet ; aucun changement d'affectation n'est intervenu et M. B a en tout état de cause toujours indiqué qu'il ne souhaitait pas reprendre ses fonctions antérieures ;

- M. B n'a jamais demandé à ce que l'imputabilité au service de son état de santé et de ses arrêts maladie soit reconnue ; les troubles dont il souffre ne relèvent pas des maladies professionnelles présumées imputables au service et les conditions ne sont pas satisfaites pour que l'imputabilité soit reconnue ;

- M. B n'ayant subi aucun dommage corporel, son épouse ne peut prétendre à être indemnisée de son préjudice moral ;

- en toute hypothèse, les préjudices dont il est demandé réparation ne sont établis ni dans leur principe, ni dans leur quantum ; les modalités de calcul proposées sont contestables.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code civil ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 83-634 du 11 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thielen,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- et les observations de M. D, représentant M. et Mme B et F, représentant le centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté par le centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer le 1er avril 1999, titularisé le 1er février 2004. Il exerce ses fonctions en qualité d'aide-soignant au sein du foyer d'accueil médicalisé de l'établissement, depuis juillet 2011, en service de nuit depuis 2013. Mis en cause pour des faits de viols sur personnes vulnérables, en la personne de deux résidentes du foyer au sein duquel il exerce ses fonctions, M. B a été suspendu de ses fonctions à titre conservatoire par décision du 8 juin 2020, à la demande du procureur de la République dans le cadre de l'enquête de flagrance préliminaire, puis réintégré dans ses fonctions et placé en arrêt maladie par décision du 15 courant. Il a été placé en disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 15 juin 2021, par décision du 17 juillet suivant, puis en congé de longue durée, du 15 juin 2020 au 13 janvier 2023, date de prise d'effet de la rupture conventionnelle signée le 28 décembre 2022. L'enquête pénale a été classée sans suite par décision du procureur de la République du 26 janvier 2021, au motif d'une infraction insuffisamment caractérisée.

2. M. B a demandé au centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer, par courrier du 20 mai 2021, reçu le 26 courant, le bénéfice de la protection fonctionnelle et la prise en charge, à ce titre, de la somme de 1 080 euros, correspondant aux frais d'avocat exposés dans le cadre de la procédure pénale. Il a également demandé, ainsi que son épouse, par courrier du 21 décembre 2021, la réparation de leurs préjudices, au titre de la responsabilité sans faute de l'établissement, pour rupture d'égalité devant les charges publiques et pour risque professionnel.

3. Par les deux requêtes susvisées, qui concernent les mêmes parties et qui présentent des questions de droit et de fait connexes et qu'il y a donc lieu de joindre pour y statuer par un seul jugement, M. et Mme B demandent au tribunal, d'une part, d'annuler la décision du directeur du centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer du 26 juillet 2021 portant refus implicite d'octroi de la protection fonctionnelle et de prise en charge des frais d'avocat exposés dans le cadre de la procédure pénale, d'autre part, de condamner l'établissement à leur verser les sommes de 60 119,75 euros et 5 000 euros en réparation de leurs divers préjudices.

Sur les conclusions présentées dans le cadre de la requête n° 2104804 :

S'agissant des conclusions en annulation :

4. Aux termes du III de l'article 11 de la loi du 11 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais codifié à l'article L. 134-4 du code général de la fonction publique : " Lorsque l'agent public fait l'objet de poursuites pénales à raison de faits qui n'ont pas le caractère d'une faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions, la collectivité publique doit lui accorder sa protection. / L'agent public entendu en qualité de témoin assisté pour de tels faits bénéficie de cette protection. / La collectivité publique est également tenue de protéger l'agent public qui, à raison de tels faits, est placé en garde à vue ou se voit proposer une mesure de composition pénale ".

5. Les dispositions précitées, qui sont relatives à un droit statutaire à protection qui découle des liens particuliers qui unissent une collectivité publique à ses agents, instituent en leur faveur, lorsqu'ils font l'objet de poursuites pénales, une protection à laquelle il ne peut être dérogé, sous le contrôle du juge, que pour des motifs d'intérêt général ou si les faits en relation avec les poursuites ont le caractère d'une faute personnelle.

6. À cet égard, une faute commise par un agent public qui, eu égard à sa nature, aux conditions dans lesquelles elle a été commise, aux objectifs poursuivis par son auteur et aux fonctions exercées par celui-ci est d'une particulière gravité doit être regardée comme une faute personnelle justifiant que la protection fonctionnelle lui soit refusée, alors même que, commise à l'occasion de l'exercice des fonctions, elle n'est pas dépourvue de tout lien avec le service. L'autorité administrative se prononce au vu des éléments dont elle dispose à la date de sa décision en se fondant, notamment, sur ceux recueillis dans le cadre de la procédure pénale, dont elle n'est pas tenue d'attendre l'issue.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été placé en garde-à-vue le 2 juillet 2020, pour des faits de viols sur personnes vulnérables en la personne de deux résidentes du foyer au sein duquel il exerce ses fonctions, qui auraient été commis dans la nuit du 4 au 5 juin 2024 pour l'une et sur une période allant du 1er janvier au 5 juin 2024 pour l'autre. L'enquête pénale a cependant été classée sans suite par décision du procureur de la République du 26 janvier 2021, au motif que les infractions en cause n'étaient pas suffisamment caractérisées, ce dont le directeur de l'établissement hospitalier a eu connaissance au plus tard le 16 février 2021, date à laquelle la cadre supérieure de santé et le directeur délégué par intérim ont informé les équipes du foyer de ce classement sans suite. Eu égard aux éléments d'information dont il disposait à la date de la décision en litige et en l'absence de faute personnelle susceptible d'être reprochée à M. B, c'est en faisant une inexacte application des dispositions de l'article 11 précité de la loi du 11 juillet 1983 que le directeur délégué par intérim du centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer a refusé de faire droit à la demande de protection fonctionnelle dont il était saisi, sans qu'ait d'incidence la circonstance, d'une part, que celle-ci ait été présentée presque cinq mois après que soit intervenu le classement sans suite de l'enquête pénale et, d'autre part, que les faits en cause, s'ils avaient été matériellement établis, auraient présenté le caractère d'une faute personnelle.

8. Il résulte de ce qui précède que la décision du directeur du centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer portant refus implicite d'octroi de la protection fonctionnelle à M. B doit être annulée.

S'agissant des conclusions aux fins d'injonction :

9. L'exécution du présent jugement implique qu'il soit enjoint au directeur du centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer d'accorder à M. B la protection fonctionnelle à raison des poursuites pénales dont il a fait l'objet en 2020.

10. À cet égard, si la mise en œuvre de la protection fonctionnelle peut prendre la forme d'une prise en charge des frais, notamment des honoraires de l'avocat librement choisi par l'agent, engagés dans le cadre de poursuites judiciaires diligentées à son encontre en raison des faits qui lui sont reprochés, l'administration compétente n'est pas tenue de prendre à sa charge, dans tous les cas, l'intégralité de ces frais et peut décider, sous le contrôle du juge, de ne rembourser à son agent qu'une partie seulement des frais engagés lorsque le montant des honoraires réglés apparaît manifestement excessif au regard, notamment, des pratiques tarifaires généralement observées dans la profession, des prestations effectivement accomplies par le conseil pour le compte de son client ou encore de l'absence de complexité particulière du dossier.

11. En l'absence de contestation par le centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer du montant des honoraires d'avocat dont la prise en charge est demandée, ce montant n'apparaissant pas manifestement excessif au regard des caractéristiques du dossier traité, l'exécution du présent jugement implique qu'il soit également enjoint du directeur du centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer de prendre en charge la totalité des frais et honoraires d'avocat exposés dans le cadre de la procédure pénale et de verse à M. B la somme de 1 080 euros.

S'agissant des intérêts et de leur capitalisation :

12. En application de l'article 1231-6 du code civil, M. B a droit aux intérêts au taux légal sur la somme due de 1 080 euros, à compter du 26 mai 2021, date à laquelle le directeur du centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer a réceptionné sa demande de protection fonctionnelle et de remboursement de cette somme.

13. En application de l'article 1343-2 du code civil, M. B a droit à la capitalisation des intérêts à compter du 26 mai 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les conclusions de la requête n° 2201293 :

S'agissant de la responsabilité pour rupture d'égalité devant les charges publiques :

14. La responsabilité de la puissance publique peut se trouver engagée, même sans faute, sur le fondement du principe d'égalité des citoyens devant les charges publiques, lorsqu'une mesure légalement prise a pour effet d'entraîner, au détriment d'une personne physique ou morale, un préjudice grave et spécial, qui ne peut être regardé comme une charge lui incombant normalement.

15. La mesure de suspension à titre conservatoire dont a fait l'objet M. B, à compter du 8 juin 2020, a été prise à la demande du procureur de la République et dans l'intérêt du service. Cette mesure a été abrogée par décision du directeur du centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer du 17 juillet 2020, avec effet au 15 juin 2020, date à compter de laquelle l'intéressé a été placé en congé maladie.

16. Il ne résulte pas de l'instruction que les préjudices dont M. et Mme B demandent l'indemnisation puissent être regardés comme présentant un caractère d'anormalité suffisant pour ouvrir droit à responsabilité sur le terrain de la rupture d'égalité devant les charges publiques, les préjudices en cause ne présentant au demeurant aucun lien de causalité direct avec la mesure de suspension prononcée à l'encontre de M. B, la dégradation significative de son état de santé et les préjudices en découlant procédant directement et exclusivement, ainsi que l'intéressé l'indique lui-même, des accusations de viols sur personnes vulnérables dont il a fait l'objet.

S'agissant de la responsabilité pour risque :

17. Aux termes du II de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, désormais codifié l'article L. 822-18 du code général de la fonction publique : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ". Constitue un accident, au sens de ces dispositions, tout évènement, quelle qu'en soit la nature, survenu à une date certaine, dont il en est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Aux termes du IV de l'article 21 bis de cette même loi, désormais codifié à l'article L. 822-20 du même code : " Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / () / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'État ".

18. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions instituant ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font, en revanche, obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité. Ces actions peuvent être engagées alors même que l'imputabilité au service de l'accident ou le caractère professionnel de la maladie n'auraient jamais été reconnus par la collectivité publique, ni même sollicités par l'agent.

19. Il résulte de l'instruction que M. B, qui était suspendu de ses fonctions à titre conservatoire depuis le 8 juin 2020, a été placé en arrêt maladie pour troubles anxiodépressifs à compter du 15 juin 2020. Il n'est à cet égard pas sérieusement contesté que ces troubles, qui se manifestent par un syndrome anxiodépressif et un état de stress post-traumatique complexe associé à des troubles phobiques et qui ont justifié le placement de M. B en congé de longue durée jusqu'à la rupture conventionnelle, entrée en vigueur le 13 janvier 2023, trouvent leur origine dans les accusations portées à son encontre pour des faits de viols sur personnes vulnérables ainsi que dans les suites judiciaires et administratives qui leur ont été données, le docteur C, médecin expert psychiatre commis dans le cadre de l'instruction de la demande d'octroi d'un congé longue maladie ou longue durée excluant, dans son rapport du 22 septembre 2021, tout état antérieur.

20. Les troubles psychologiques présentés par M. B doivent, dans ces circonstances, être regardés comme étant en lien direct avec des événements survenus dans le cadre de l'exercice de ses fonctions et, par suite, comme étant imputables au service, sans qu'ait d'incidence le fait, opposé en défense, que les conditions de reconnaissance du caractère professionnel de la maladie dont souffre M. B, telles que fixées par les dispositions précitées du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, ne seraient pas satisfaites, au motif que le taux d'incapacité permanente présenté par l'intéressé ne serait pas supérieur à 25 %.

21. Dans ces conditions, il y a lieu de considérer que la responsabilité sans faute du centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer doit être engagée en application du principe énoncé au point 18 du présent jugement.

S'agissant des préjudices :

22. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport du docteur C, que l'état de M. B doit être regardé comme consolidé au 31 août 2021.

23. Ce médecin expert a évalué les souffrances endurées à 3/7, cotation que M. B ne remet pas utilement en cause en faisant valoir que le praticien ne disposait pas de la procédure pénale, alors même que celle-ci était achevée et que l'ensemble des troubles évoqués par l'intéressé avait pu être porté à sa connaissance. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'évaluer ce chef de préjudice à la somme de 3 500 euros.

24. Ce même médecin expert a conclu que M. B a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel de classe II, du 15 juin 2020 au 31 août 2021 et qu'il présente un déficit fonctionnel permanent qui peut être fixé, compte tenu de son état clinique, à 10 %. Il sera fait une juste appréciation de ces deux chefs de préjudice en les évaluant à la somme globale de 15 000 euros.

25. Il résulte de ce même rapport du médecin expert que M. B a subi un retentissement sur sa libido et il y a lieu de faire une juste appréciation de son préjudice sexuel en l'évaluant à la somme de 1 000 euros.

26. Il y a enfin lieu de faire une juste appréciation du préjudice moral subi par Mme B en l'évaluant à la somme de 2 000 euros.

27. Il résulte de ce qui a été dit aux points 23 à 26 que le centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer doit être condamné à verser à M. et Mme B la somme globale de 21 500 euros.

S'agissant des intérêts et de leur capitalisation :

28. En application de l'article 1231-6 du code civil, M. et Mme B ont droit aux intérêts au taux légal sur la somme due de 21 500 euros, à compter du 22 décembre 2021, date à laquelle le directeur du centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer a réceptionné leur demande indemnitaire préalable.

29. En application de l'article 1343-2 du code civil, M. B a droit à la capitalisation des intérêts à compter du 22 décembre 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés aux litiges :

30. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

31. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de M. et Mme B, qui ne sont pas partie perdante dans l'instance n° 2201293, la somme que le centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du directeur du centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer du 26 juillet 2021 portant refus implicite d'octroi de la protection fonctionnelle à M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur du centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer d'accorder la protection fonctionnelle à M. B et de lui verser, à ce titre, la somme de 1 080 euros, correspondant aux honoraires d'avocat exposés dans le cadre de la procédure pénale dont il a fait l'objet, avec intérêts au taux légal à compter du 26 mai 2021. Les intérêts échus à la date du 26 mai 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : Le centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer est condamné à verser à M. et Mme B la somme de 21 500 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 22 décembre 2021. Les intérêts échus à la date du 22 décembre 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 4 : Le centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer versera à M. et Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 6 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer dans l'instance n° 2201293 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A et Mme E B et au centre hospitalier de Belle-Île-en-Mer.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Thielen, première conseillère,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

O. Thielen

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière,

signé

E. Fournet

La République mande et ordonne au préfet du préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2104804,2201293

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