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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2104847

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2104847

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2104847
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS TATTEVIN - DERVEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 septembre 2021 et le 29 janvier 2024, Mme A C, représentée par la SCP Tattevin-Derveaux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 23 mars 2021 par laquelle le maire de la commune de Baden a décidé de préempter la parcelle cadastrée section AB n° 693, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux et la décision expresse de rejet de ce recours en date du 5 août 2021 ;

2°) à titre subsidiaire, de constater la caducité de la procédure de préemption en application de l'article L. 213-14 du code de l'urbanisme ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Baden la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision d'exercer le droit de préemption urbain est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance de l'article R. 213-6 du code de l'urbanisme ;

- elle ne correspond pas à un réel projet de la commune de Baden et la parcelle ne présente aucun intérêt stratégique.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 11 juillet 2023 et le 14 février 2024, le dernier n'ayant pas été communiqué, la commune de Baden, représentée par la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C la somme de 2 000 euros.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 février 2024.

Par un courrier du 13 août 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins de constatation de la caducité de la préemption.

Le 3 septembre 2024, Mme C a présenté des observations en réponse qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Villebesseix,

- les conclusions de M. Blanchard, rapporteur public,

- et les observations de Me Derveaux, de la SCP Tattevin-Derveaux, représentant Mme C, et de Me Messeant, de la SELARL Lexcap, représentant la commune de Baden.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, propriétaire de la parcelle cadastrée section AB n° 693 située rue du Poulfranc à Baden et incluse dans le périmètre du droit de préemption urbain, s'est engagé à la vendre à Mme C épouse B pour un prix de 12 000 euros. Une déclaration d'intention d'aliéner a été adressée et reçue par la commune de Baden le 5 mars 2021. Par une décision du 23 mars 2021, le maire de la commune de Baden a exercé le droit de préemption urbain sur ce terrain. Le 21 mai 2021, Mme C a sollicité le retrait de cette décision. Cette demande a été rejetée par une décision expresse du 5 août 2021. Mme C demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande d'un administré fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. En l'espèce, le maire de la commune de Baden a expressément rejeté le recours gracieux de Mme C par une décision du 5 août 2021. Par suite, les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet de son recours gracieux tendant au retrait de la décision de préemption doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse de rejet de ce recours gracieux du 5 août 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " () Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. Toutefois, lorsque le droit de préemption est exercé à des fins de réserves foncières dans le cadre d'une zone d'aménagement différé, la décision peut se référer aux motivations générales mentionnées dans l'acte créant la zone. () ". Aux termes de l'article L. 300-1 du même code dans sa version applicable : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, notamment en recherchant l'optimisation de l'utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser. L'aménagement, au sens du présent livre, désigne l'ensemble des actes des collectivités locales ou des établissements publics de coopération intercommunale qui visent, dans le cadre de leurs compétences, d'une part, à conduire ou à autoriser des actions ou des opérations définies dans l'alinéa précédent et, d'autre part, à assurer l'harmonisation de ces actions ou de ces opérations. ".

4. Il résulte des dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption.

5. La requérante qui fait valoir que le terrain préempté ne présente pas les caractéristiques pour la réalisation du projet allégué par la commune de Baden et qui conteste la " réelle motivation " de cette décision de préemption doit être regardée comme invoquant le moyen tiré de l'absence de réalité d'un projet justifiant la préemption du terrain litigieux.

6. En l'espèce, la décision litigieuse est motivée par la circonstance qu'elle se situe " dans un périmètre voué au renouvellement urbain permettant la mixité habitat-commerce-équipements, et présente donc un intérêt stratégique dans le cadre du renouvellement urbain du bourg ". La parcelle est préemptée afin de constituer " une réserve foncière pour permettre la mise en œuvre de ce projet à terme ". Toutefois, la commune n'apporte aucun élément justifiant de l'existence d'un projet de renouvellement urbain dans ce secteur. La consultation du plan local d'urbanisme applicable à la date de la décision litigieuse ne permet d'identifier aucun projet de renouvellement urbain que la commune aurait entendu mener dans cette zone. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune de Baden disposait, à la date à laquelle le droit de préemption a été exercé, d'un réel projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de l'absence de réalité du projet justifiant l'exercice du droit de préemption doit être accueilli.

7. Pour application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen de la requête n'est pas susceptible de fonder l'annulation des décisions en litige.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 23 mars 2021 par laquelle le maire de la commune de Baden a exercé le droit de préemption sur la parcelle cadastrée section AB n° 693 est annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision de rejet du recours gracieux de Mme C.

Sur les conclusions présentées à titre subsidiaire :

9. D'une part, lorsque, postérieurement à la clôture de l'instruction, le juge informe les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que sa décision est susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, cette information n'a pas par elle-même pour effet de rouvrir l'instruction. La communication par le juge, à l'ensemble des parties, des observations reçues sur ce moyen relevé d'office n'a pas non plus par elle-même pour effet de rouvrir l'instruction, y compris dans le cas où, par l'argumentation qu'elle développe, une partie doit être regardée comme ayant expressément repris le moyen énoncé par le juge et soulevé ainsi un nouveau moyen. La réception d'observations sur un moyen relevé d'office n'impose en effet au juge de rouvrir l'instruction, conformément à la règle applicable à tout mémoire reçu postérieurement à la clôture de l'instruction, que si ces observations contiennent l'exposé d'une circonstance de fait ou d'un élément de droit qui est susceptible d'exercer une influence sur le jugement de l'affaire et dont la partie qui l'invoque n'était pas en mesure de faire état avant la clôture de l'instruction.

10. D'autre part, le juge administratif est tenu de communiquer aux autres parties, même après la clôture de l'instruction, les observations présentées sur un moyen qu'il envisage de relever d'office, à la suite de l'information effectuée conformément aux dispositions de cet article.

11. En l'espèce, les conclusions de la requérante aux fins de constatation de la nullité de la procédure de préemption sont irrecevables dès lors qu'il ne relève pas de l'office du juge administratif de procéder à la constatation de l'existence de droits. En tout état de cause, les conclusions à fin d'annulation présentées à titre principal ayant été accueillies, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées à titre subsidiaire.

12. Par ailleurs, l'information des parties le 13 août 2024, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, selon laquelle la décision était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, n'a pas eu pour effet de rouvrir l'instruction. Par suite, la requérante ne pouvait présenter de nouvelles conclusions dans le cadre de ses observations sur le moyen d'ordre public alors que rien ne s'opposait à ce qu'elle le fasse avant la clôture de l'instruction. En tout état de cause, ces nouvelles conclusions n'ont été présentées qu'à titre subsidiaire et il n'y a donc pas lieu, non plus, de se prononcer sur celles-ci dès lors que les conclusions présentées à titre principal ont été accueillies.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Baden demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

14. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Baden une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 23 mars 2021 par laquelle le maire de Baden a exercé le droit de préemption sur la parcelle cadastrée section AB n° 693 et la décision de rejet du recours gracieux de Mme C sont annulées.

Article 2 : La commune de Baden versera à Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la commune de Baden.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Grondin, premier conseiller,

Mme Villebesseix, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

J. Villebesseix

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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