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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2104894

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2104894

lundi 12 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2104894
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS PAUL-AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 septembre 2021, Mme A B, représentée par Me Paul du cabinet Paul-Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 9 août 2021 par lesquelles la présidente de Rennes Métropole et le maire de Bruz ont implicitement rejeté son recours gracieux du 9 juin 2021 visant à obtenir l'évolution du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi), approuvé par délibération du conseil de Rennes Métropole en date du 19 décembre 2019 ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à Rennes Métropole et à la commune de Bruz de modifier le PLUi en procédant au classement de ses parcelles cadastrées BE 106, 107, 108, 109 et 110 en zone UD, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, de condamner Rennes Métropole et la commune de Bruz à lui verser la somme de 150 000 euros en réparation des préjudices subis ;

4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de Rennes Métropole et de la commune de Bruz le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le classement de ses parcelles en zone UE2 procède d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que ses terrains ne se situent ni dans un lotissement ni dans une opération d'habitat groupé ;

- la zone UD est la plus adaptée dès lors qu'elle correspond aux secteurs autorisant des immeubles collectifs sur voies structurantes ou de quartiers et que sa propriété qui se situe à proximité d'immeubles collectifs, se trouve également dans un environnement comportant une mixité de fonctions.

Par un mémoire enregistré le 26 juillet 2022, Rennes Métropole, représentée par Mes Mialot et Poulard de la SELARL Mialot Avocats, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mis à soit mis à la charge de la requérante le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la commune de Bruz doit être mise hors de cause dans le présent litige dès lors qu'elle n'est pas l'autorité compétente en matière de plan local d'urbanisme ;

- aucune erreur manifeste d'appréciation n'entache le zonage dès lors que les parcelles en litige se situent dans un tissu à caractère pavillonnaire, comme en témoigne la maison d'habitation de la requérante ;

- les immeubles collectifs cités par la requérante disséminés dans le quartier et pour la plupart à bonne distance ne suffisent pas à établir le contraire ;

- le moyen tiré de ce que le classement en zone UD était plus approprié est inopérant dès lors qu'il n'appartient pas au juge de se substituer aux auteurs du PLUi ;

- les allégations relatives à la faible mixité du quartier ne sont pas établies par le dossier.

Par un mémoire, enregistré le 17 août 2022, la commune de Bruz, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que l'élaboration et la modification des plans locaux d'urbanisme n'est plus une compétence communale.

Par un courrier du 15 janvier 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce qu'en répondant au fond à la demande de Mme B, la commune de Bruz a entaché sa décision d'incompétence.

Par un courrier du 19 janvier 2024, Rennes Métropole a produit des observations en réponse au courrier précité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le décret n° 2014-1602 du 23 décembre 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Terras, rapporteur ;

- et les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 19 décembre 2019, Rennes Métropole a approuvé son plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi), qui a notamment classé en zone UE2b les parcelles cadastrées BE 106, 107, 108, 109 et 110 appartenant à Mme B, habitante de la commune de Bruz. Estimant que ces parcelles devaient être classées en zone UD, elle a saisi le maire de Bruz, les 10 et 18 décembre 2020, de demandes de modification, en conséquence, de ce zonage qui ont été rejetées par un courrier du 12 avril 2021. Mme B a alors formé, le 9 juin 2021 un recours gracieux adressé tant au maire de Bruz qu'à la présidente de Rennes Métropole. Par sa requête, elle demande au tribunal d'annuler les décisions par lesquelles ces deux autorités ont implicitement rejeté ce recours.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision du maire de Bruz :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il résulte de ce qui précède que si Mme B s'est bornée, dans sa requête, à ne solliciter que l'annulation de la décision par laquelle le maire de Bruz a implicitement rejeté le recours gracieux qu'elle avait formé contre la décision du 12 avril 2021, elle doit être regardée comme ayant aussi sollicité l'annulation de cette dernière décision.

4. Aux termes du I de l'article L. 5217-2 du code général des collectivités territoriales : " La métropole exerce de plein droit, en lieu et place des communes membres, les compétences suivantes : () ; / 2° En matière d'aménagement de l'espace métropolitain : / a) () plan local d'urbanisme, document en tenant lieu ou carte communale () ".

5. Par un décret du 23 décembre 2014, publié au Journal officiel du 26 décembre 2014, l'établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre relevant de la catégorie des métropoles dénommé " Rennes Métropole " a été créé à compter du 1er janvier 2015, en application des articles L. 5217-1 et L. 5217-2 du code général des collectivités territoriales. Conformément à l'article 4 de ce décret, Rennes Métropole exerce depuis cette date les compétences prévues à l'article L. 5217-2 du code général des collectivités territoriales, dont la compétence en matière de plan local d'urbanisme.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il n'appartenait pas au maire de Bruz, qui ne pouvait que se déclarer incompétent sur la demande de Mme B et la transmettre à l'autorité compétente, de rejeter au fond cette demande ainsi qu'il l'a fait par sa décision du 12 avril 2021. Il s'en suit que cette décision tout comme la décision rejetant implicitement le recours gracieux formé contre elle, sont entachées d'incompétence et doivent être annulées.

En ce qui concerne la décision de la présidente de Rennes Métropole :

7. Aux termes de l'article R. 151-18 du code de l'urbanisme : " Les zones urbaines sont dites " zones U ". Peuvent être classés en zone urbaine, les secteurs déjà urbanisés et les secteurs où les équipements publics existants ou en cours de réalisation ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter ". Aux termes de l'article R. 151-21 du même code : " Dans les zones U et AU, le règlement peut, à l'intérieur d'une même zone, délimiter des secteurs dans lesquels les projets de constructions situés sur plusieurs unités foncières contiguës qui font l'objet d'une demande de permis de construire ou d'aménager conjointe sont appréciés comme un projet d'ensemble et auxquels il est fait application de règles alternatives édictées à leur bénéfice par le plan local d'urbanisme () ". Selon le règlement littéral du PLU de Rennes Métropole, la zone UE est une " zone urbaine essentiellement résidentielle composée principalement de forme urbaine d'habitat pavillonnaire, maison de ville, maison groupée ou isolée " et la zone UD est " une zone des secteurs d'extension du centre-ville ou centre bourg ou d'extension urbaine composés d'immeubles collectifs et individuels denses structurants l'espace public ". Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. S'ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, leur appréciation peut cependant être censurée par le juge administratif au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les parcelles en litige se situent au sein d'un vaste secteur constitué d'un habitat pavillonnaire dont l'implantation est hétérogène, comportant à la fois des constructions en milieu de parcelle et des constructions en limite séparative, mais majoritairement constitué de maisons individuelles dont l'une appartient d'ailleurs à la requérante. Dans ces conditions le classement de ces parcelles en zone urbaine résidentielle UE, tel que retenu par les auteurs du PLUi ne peut être regardé comme entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. D'autre part, et alors qu'il n'appartient pas au juge administratif de vérifier qu'un autre classement était possible mais seulement de s'assurer que le classement retenu n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation, il ne ressort, en tout état de cause, pas des pièces du dossier que les immeubles collectifs dont Mme B invoque la présence dans ce secteur pour revendiquer un classement en zone UD, se trouveraient effectivement, pour les deux qui correspondent à cette définition, situés comme elle le soutient à proximité de ses parcelles.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requérante tendant à l'annulation de la décision implicite de la présidente de Rennes Métropole rejetant sa demande de modification de classement doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de Mme B tendant à ce qu'il soit enjoint à l'autorité compétente de modifier le classement litigieux.

Sur les conclusions indemnitaires :

12. Le classement litigieux n'étant entaché d'aucune illégalité, les conclusions de Mme B tendant à l'indemnisation par Rennes Métropole du préjudice qu'elle subirait du fait de ce classement doivent être rejetées. Il en est de même s'agissant des conclusions tendant à la condamnation au même titre de la commune de Bruz et qui sont, ainsi qu'il a été dit, mal dirigées. A ce dernier égard, au surplus, Mme B n'établit pas ni même n'allègue l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice qu'elle invoque et la faute commise par le maire de Bruz en rejetant incompétemment sa demande.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à que soit mis à la charge de Rennes Métropole et de la commune de Bruz, qui ne sont pas parties perdantes dans la présente instance, le versement à Mme B de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme B, partie perdante à son égard, le versement à Rennes Métropole d'une somme de 1 000 euros au titre des mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 12 avril 2021 du maire de Bruz et sa décision implicite de rejet du recours gracieux du 9 juin 2021 sont annulées.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Mme B versera à Rennes Métropole une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Rennes Métropole et à la commune de Bruz.

Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kolbert, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.

Le rapporteur,

Signé

F. Terras

Le président,

Signé

E. Kolbert

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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