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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2105723

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2105723

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2105723
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEXCAP ANGERS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2021, M. B C, représenté par la SELARL Lexcap, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 septembre 2021 par laquelle le ministre des armées a rejeté sa demande tendant à être admis à la retraite anticipée au titre de travaux insalubres à compter du 1er juillet 2021 ;

2°) d'annuler la décision du 13 septembre 2021 par laquelle le ministre des armées l'a admis à la retraite en tant qu'elle intervient au titre de l'article 87 de la loi de financement 2013 après une cessation anticipée amiante et non au titre des travaux insalubres ;

3°) d'enjoindre au ministre des armées de l'admettre à la retraite après une cessation anticipée d'activité au titre des travaux insalubres qu'il a effectués, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que les décisions attaquées ont été prises par une autorité compétente ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- en se fondant sur l'article 87 de la loi de financement 2013 après une cessation anticipée amiante pour l'admettre à faire valoir ses droits à la retraite et en écartant ainsi son admission à la retraite au titre de services accomplis dans des travaux et emplois comportant des risques particuliers d'insalubrité, le ministre des armées a commis des erreurs de droit ;

- il ressort du relevé de travaux insalubres établi le 13 février 1997 qu'il a effectué 16 ans et 2 mois de travaux insalubres soit plus que les 15 ans exigés par l'article 21-II-1°) du décret du 5 octobre 2004 et qu'il a effectué plus de 300 heures de travaux insalubres entre 1994 et 1996 ;

- la décision du 13 septembre 2021 constitue une rupture de l'égalité devant les charges publiques ;

- la décision du 2 septembre 2021 est entachée d'erreur d'appréciation dans la mesure où elle écarte la période s'échelonnant de 1994 à 1996 au titre des services accomplis dans des travaux et emplois comportant des risques particuliers d'insalubrité ;

- la décision du 13 septembre 2021 est entachée d'erreur d'appréciation puisqu'elle retient comme fondement de son admission à la retraite l'article 87 de la loi de financement 2013 après une cessation anticipée amiante alors qu'il remplit la totalité des conditions pour bénéficier d'une retraite au titre de services accomplis dans des travaux et emplois comportant des risques particuliers d'insalubrité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- M. C a exercé des travaux insalubres rattachés aux rubriques XV et XIX mentionnées à l'annexe du décret du 18 août 1967 précité du 1 novembre 1980 au mois de mars 1994 en tant que chaudronnier spécialisé " tuyauterie " ;

- contrairement aux éléments figurant sur le relevé des travaux insalubres établi par la direction des constructions navales (DCN) de Lorient le 13 février 1997, il n'a pas été retenu une validation de 300 heures de travaux insalubres au titre de l'année 1980 dès lors que la profession de chaudronnier tuyauteur exercée par M. C n'a été réglementée qu'à compter du 1 novembre 1980, date à laquelle l'intéressé a été affilié au fonds spécial des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'État ; aussi, les 155 heures de travaux insalubres recensées au mois d'octobre 1980 n'ont pas été validées au titre de l'étude d'un départ anticipé à la retraite de l'intéressé pour travaux insalubres ;

- les années 1994 à 1996 ne peuvent pas être prises en compte dès lors que l'activité de M. C ne constituait pas une activité relevant de l'insalubrité alors qu'il occupait le poste d'ouvrier de prévention consistant en un travail de contrôle de l'activité et de vérification au sein de son établissement, sans toutefois l'exposer à un risque d'insalubrité ;

- ainsi, M. C ne peut se prévaloir que de 13 années pour lesquelles il a effectivement exercé des travaux insalubres pendant au moins 300 heures par an au titre des rubriques XV et XIX précitées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 67-711 du 18 août 1967 ;

- le décret n° 2004-1056 du 5 octobre 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tourre,

- les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public,

- et les observations de Me Cazo, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 10 juillet 1961, ouvrier de l'État au sein du ministère des armées, a exercé successivement les professions de chaudronnier spécialisé " tuyauterie " puis d'ouvrier de prévention entre les années 1979 et 1996. Par courrier du 25 janvier 2021, le ministre des armées, après examen de son dossier, l'a informé qu'il pouvait prétendre à un départ à la retraite à compter du 1er juillet 2021 au titre des services accomplis dans des travaux et emplois comportant des risques particuliers d'insalubrité. Le 1er février 2021, M. C a présenté une demande de départ à la retraite, à compter du 1er juillet 2021, au titre des travaux insalubres. Par une décision du 2 septembre 2021, le directeur du centre ministériel de gestion (CMG) de Lyon a rejeté cette demande. Par décision du 13 septembre 2021, M. C a été admis à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 10 juillet 2021 au titre de l'article 87 de la loi de financement 2013 après une cessation d'activité amiante. M. C demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les deux décisions attaquées ont été signées par Mme A D, attachée d'administration de l'État et cheffe par intérim de la division gestion administrative du centre ministériel de gestion de Lyon, en vertu d'une délégation qui lui a régulièrement été donnée par une décision du 25 août 2021, dûment publiée au bulletin officiel des armées le 1er septembre 2021, de signer au nom du ministre tous actes, arrêtés et décisions, à l'exclusion des décrets, dans la limite des attributions de la division. Par suite, les deux décisions attaquées ne sont pas entachées d'incompétence.

3. En deuxième lieu, la décision du 2 septembre 2021 détaille les conditions fixées par l'article 21 du décret n° 2004-1056 du 5 octobre 2004 pour bénéficier d'un départ à la retraite anticipé au titre des travaux insalubres et indique que l'une de ces conditions n'est pas remplie par M. C dès lors qu'il n'est pas possible de mettre en concordance les rubriques XV (travaux exécutés en air confiné par suite du volume très réduit de l'espace où ils sont exécutés, ou en air pollué, en l'absence de ventilation efficace) et XIX (travaux exposant de façon habituelle à l'action intensive des sons et vibrations, à celles des rayonnements ultra-violets ou infra-rouges) indiquées sur les états de travaux insalubres de l'intéressé et la profession exercée d'ouvrier de prévention hygiène, sécurité et conditions de travail (HSCT) pendant la période de 1994 à 1996. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquels le ministre des armées s'est fondé pour rejeter la demande de M. C de retraite anticipée au titre des travaux insalubres. La décision du 13 septembre 2021 portant admission à la retraite de M. C au titre de l'article 87 de la loi de financement 2013 vise quant à elle l'ensemble des textes applicables et est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 21 du décret du 5 octobre 2004 relatif au régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'État : " I. - La liquidation de la pension intervient : / 1° Lorsque l'intéressé est radié des contrôles par limite d'âge, ou s'il a atteint, à la date d'admission à la retraite, l'âge mentionné à l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale, ou de cinquante-sept ans s'il a effectivement accompli dix-sept ans de services dans des emplois comportant des risques particuliers d'insalubrité. Les catégories d'emplois comportant ces risques sont déterminées dans les conditions fixées au II. () / II.- La liquidation de la pension à cinquante-sept ans prévue au 1° du I du présent article est réservée aux intéressés accomplissant des travaux ou occupant des emplois dont la liste est fixée aux annexes du décret n° 67-711 du 18 août 1967 fixant les conditions d'application du régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'État. Les intéressés doivent avoir accompli, pendant chacune des dix-sept périodes annales exigées :/ 1° Soit trois cents heures de travail dans une des catégories de travaux insalubres () ".

5. D'autre part, aux termes du A du I de l'annexe du décret du 18 août 1967 fixant les conditions d'application du régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'État, parmi la liste des travaux et emplois comportant des risques particuliers s'agissant du ministère des armées (terre, air et marine), figurent : " () XV. - Travaux exécutés en air confiné par suite du volume très réduit de l'espace où ils sont exécutés, ou en air pollué, en l'absence de ventilation artificielle efficace : travaux exécutés à l'aide du scaphandre dans l'air comprimé ou en dépression. / Exemple : cellules de doubles fonds, collecteurs de chaudières à bateaux portés, fours non refroidis, caisses à huile et à hydrocarbures, tanks et réservoirs pétroliers. / () XIX. Travaux exposant de façon habituelle à l'action intensive des sons et vibrations à celle des rayonnements ultra-violets ou infrarouges dans les postes de travail fixés limitativement comme suit : Bancs d'essais, moteurs et réacteurs, souffleries, laboratoires d'engins spéciaux, travaux au pistolet ou marteau pneumatique, soudure à l'arc, découpage au chalumeau oxyacétylénique () ".

6. Il ressort de la décision du 2 septembre 2021 que, pour refuser à M. C le bénéfice d'un départ anticipé au titre des travaux insalubres auxquels il a été exposés, l'administration a estimé que son activité de 1994 à 1996 ne constituait pas une activité relevant de l'insalubrité alors qu'il occupait le poste d'ouvrier de prévention HSCT consistant en un travail de contrôle de l'activité et de vérification au sein de son établissement, sans toutefois l'exposer à un risque d'insalubrité au sens des rubriques XV et XIX du A du I de l'annexe du décret du 18 août 1967.

7. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. L'administration soutient désormais également que contrairement aux éléments figurant sur le relevé des travaux insalubres établi par la DCN de Lorient le 13 février 1997, il n'a pas été retenu une validation de 300 heures de travaux insalubres au titre de l'année 1980 dès lors que la profession de chaudronnier tuyauteur exercée par M. C n'a été réglementée qu'à compter du 1 novembre 1980, date à laquelle l'intéressé a été affilié au fonds spécial des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'État. L'administration indique ainsi que les 155 heures de travaux insalubres recensées au mois d'octobre 1980 n'ont pas été validées au titre de l'étude d'un départ anticipé à la retraite de l'intéressé pour travaux insalubres et qu'il ne peut donc se prévaloir que de 13 années pour lesquelles il a effectivement exercé des travaux insalubres pendant au moins 300 heures par an au titre des rubriques XV et XIX précitées.

9. Si le requérant conteste le refus de prendre en compte les années 1994 à 1996 en qualité d'ouvrier de prévention, il indique lui-même avoir effectué des travaux insalubres pendant 16 ans et 2 mois, ainsi qu'il ressort du relevé des travaux insalubres établi le 13 février 1997 par la DCN, qui précise pour l'année 1980 " réglementé le 1/11 - comptant pour deux mois ".

10. Il résulte de ce qui précède que M. C n'a pas accompli dix-sept années de services dans des emplois comportant des risques particuliers d'insalubrité à hauteur de trois cents heures de travail dans une des catégories de travaux insalubres. Dès lors, en refusant son départ anticipé à la retraite à compter du 1er juillet 2021, le ministre des armées n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation. Pour les mêmes motifs, M. C n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision du 13 septembre 2021 constitue une rupture d'égalité devant les charges publiques en ce qu'elle n'est pas intervenue au titre de services accomplis dans des travaux et emplois comportant des risques particuliers d'insalubrité alors qu'il remplissait les conditions légales et réglementaires pour en bénéficier.

11. Il suit de là que M. C n'est pas fondé, par les moyens qu'il invoque, à demander l'annulation de la décision du 2 septembre 2021 par laquelle le ministre des armées a rejeté sa demande tendant à être admis à la retraite anticipée au titre de travaux insalubres à compter du 1er juillet 2021 et la décision du 13 septembre 2021 le plaçant à la retraite au titre de l'article 87 de la loi de financement 2013.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

14. Les dispositions citées ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La rapporteure,

Signé

L. TourreLe président,

Signé

G. Descombes

La greffière,

Signé

E. Le Magoariec

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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