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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2105992

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2105992

lundi 18 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2105992
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEXCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 23 novembre 2021 et 27 novembre 2023, Mme C A, représentée par Me Leclercq, de la Selasu Vincent Leclercq avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2021 par lequel le maire de Plédran s'est opposé à la déclaration préalable qu'elle a déposée le 31 mars 2021 pour l'édification d'un mur de séparation de propriété sur un terrain situé 50 Le Rochay ;

2°) d'enjoindre à la commune de Plédran d'instruire à nouveau sa déclaration de travaux dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de délivrer une décision de non-opposition à sa déclaration préalable sous astreinte de 500 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai et durant trois mois ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Plédran le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- le maire a commis une erreur de droit en se fondant sur l'article A3 du règlement du Plan local d'urbanisme (PLU) ;

- le maire a commis une erreur manifeste d'appréciation en se prévalant d'une prétendue insuffisance des accès à la voie publique dès lors qu'elle dispose d'un droit de passage sur la parcelle voisine cadastrée section E n° 1224 laquelle débouche sur une voie communale ouverte à la circulation automobile et qui présente des caractéristiques suffisantes pour l'accès des véhicules de lutte contre l'incendie et qu'il n'y a pas non d'entrave à la circulation des riverains ;

- s'agissant de la demande de substitution de motifs, l'article A11 du règlement du PLU ne proscrit pas de construction de mur en parpaings puisqu'il impose alors d'y apposer un enduit ; cette demande ne peut donc être accueillie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2023, la commune de Plédran, représentée par Me Rouhaud, de la Selarl Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A le versement de la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé ;

- le cas échéant, elle est fondée à demander qu'aux motifs de l'arrêté attaqué soient substitués ceux tirés de la méconnaissance par le projet en litige des dispositions de l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Plédran.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55%) par décision du 23 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre,

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public,

- les observations de Me Leclercq, représentant Mme A, et les observations de Me Idlas, représentant la commune de Plédran.

Considérant ce qui suit :

1. Le 31 mars 2021, Mme B A a déposé une déclaration préalable en vue de l'édification d'un mur de séparation de propriété sur la parcelle cadastrée section E n° 746, d'une superficie de 234 m², située 50 lieu-dit Le Rochay sur le territoire de la commune de Plédran. Par un arrêté n° DP 02217621Q0060 en date du 29 avril 2021 dont Mme A demande l'annulation, le maire de cette commune s'est opposé à cette déclaration préalable au motif que le projet ne respectait pas les dispositions de l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en ce qu'il prévoyait l'édification d'une clôture sur une route suffisamment praticable pour être utilisée par les riverains et les services de secours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article A3 du règlement du PLU de la commune de Plédran : " Pour être constructible, un terrain doit avoir un accès à une voie ouverte à la circulation automobile et en bon état de viabilité ; cette voie avec ses carrefours devra présenter des caractéristiques suffisantes au regard de la circulation des engins de lutte contre l'incendie, de la sécurité des usagers de la voie publique et des engins agricoles ".

3. Contrairement à ce que soutient la commune, ces dispositions qui imposent seulement à un terrain, pour être constructible, d'être lui-même desservi par une voie ouverte à la circulation automobile en bon état de viabilité, n'imposent en revanche pas de s'assurer que le projet ne privera pas d'autres constructions ou installations existantes d'un tel accès. Le maire ne pouvait donc, pour prendre la décision attaquée, se fonder sur ce que la clôture projetée par Mme A serait implantée sur une route qui desservirait d'autres riverains et les services de secours et estimer en conséquence que le projet ne respectait pas les dispositions de l'article A3 du règlement du PLU. Mme A est fondée à soutenir que le maire a commis une erreur de droit.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

5. Si la commune soutient que la présence d'une clôture en parcelle cadastrée E n° 742 dont la décision d'opposition à déclaration préalable a été annulée par un précédemment jugement aurait pour conséquence à l'avenir d'enclaver les parcelles situées entre ces deux clôtures, il ressort des pièces du dossier, notamment des photographies produites par les parties, qu'à la date de la décision attaquée, les parcelles situées à l'ouest du lieudit restent desservies par la voie du Rochay, chemin communal dont il n'est pas démontré qu'il ne pourrait être emprunté par les riverains et par les engins de lutte contre l'incendie. Ainsi, le projet de clôture dont il est question n'est pas de nature à faire obstacle à l'intervention des secours. Mme A est dès lors fondée à soutenir que le maire de Plédran a procédé à une inexacte application de ces dispositions en se fondant également sur cet article pour prendre la décision attaquée.

6. Néanmoins, ainsi que le soutient la commune de Plédran, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie. Les dispositions de l'article de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme imposant à l'autorité administrative de faire figurer dans la décision de rejet d'une demande de permis de construire ou d'opposition à déclaration préalable l'intégralité des motifs justifiant sa décision ne fait pas obstacle à ce que d'autres motifs soient invoqués par l'administration en cours d'instance.

7. À cet égard, la commune de Plédran soutient, dans son mémoire en défense communiqué à la requérante, que la décision attaquée peut être légalement justifiée par le motif tiré de ce que le projet litigieux méconnait lesdispositions de l'article A11 du règlement du PLU.

8. Aux termes des dispositions de l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Plédran : " 2 - Clôtures / () Autour des parcelles destinées à l'habitation : / () En limite séparative : / La hauteur totale de la clôture ne dépassera pas 1,80 mètre. / Les clôtures seront constituées : / - Soit d'un mur en pierre apparente ou enduit ; / - Soit d'une haie végétale d'essences locales doublées ou non d'un grillage ; / - Soit de panneaux grillagés de couleur foncée ; / Soit des parois ou dispositifs à claire voie. () ".

9. Il ressort de la déclaration préalable déposée par Mme A que la clôture qu'elle envisage d'installer en limite séparative de la parcelle cadastrée section E n° 746 est un " mur de séparation de propriété de 6,4 mètres de long par 1,8 mètre de hauteur et 20 centimètres d'épaisseur en agglos (parpaings) ". Il n'est cependant pas fait état de l'aspect enduit ou non de ce mur. Dans ces conditions, les dispositions précitées n'imposaient pas à la commune de Plédran de s'opposer à la déclaration de travaux de Mme A. La commune était susceptible d'édicter une déclaration de non-opposition à cette déclaration préalable de travaux assortie d'une prescription concernant le caractère enduit du mur dont il est question. Dès lors, les dispositions précitées ne permettaient pas davantage à la commune de Plédran de s'opposer au projet de Mme A et il n'y a pas lieu, par suite, de faire droit à la substitution de motif qu'elle sollicite.

10. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme aucun autre moyen, en l'état du dossier, n'est susceptible de fonder l'annulation de la décision attaquée du 29 avril 2021.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le jugement implique seulement, eu égard aux motifs d'annulation retenus, qu'il soit enjoint au maire de Plédran de procéder à un nouvel examen de la déclaration préalable de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la requérante, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme demandée par la commune de Plédran.

14. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 55 p. 100 par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Rennes en date du 23 septembre 2021. D'une part, elle n'allègue pas avoir engagé d'autres frais que ceux partiellement pris en charge à ce titre. D'autre part, l'avocat de Mme A n'a pas demandé que lui soit versée par la commune de Plédran la somme correspondant aux frais exposés qu'il aurait réclamée à sa cliente si cette dernière n'avait pas bénéficié de l'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Plédran le remboursement à Mme A de la part des frais exposés par elle, non compris dans les dépens et laissés à sa charge par le bureau d'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 29 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Plédran s'est opposé à la déclaration préalable déposée par Mme A est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Plédran de procéder à un nouvel examen de la déclaration préalable de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : La commune de Plédran versera à Mme A la part des frais exposés par elle, non compris dans les dépens et laissés à sa charge par la décision du 23 septembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Rennes.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Plédran tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Leclercq et à la commune de Plédran.

Délibéré après l'audience du 4 décembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2023.

Le président-rapporteur,

signé

F. Etienvre

L'assesseur le plus ancien,

signé

F. Terras

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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