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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2106110

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2106110

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2106110
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLERAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires en réplique enregistrés les 29 novembre 2021,

27 mai et 7 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Lerat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de police de Paris du 16 juillet 2021 en ce qu'il le place en congé pour invalidité temporaire imputable au service pour la seule période du 6 janvier au

20 novembre 2018, ensemble la décision implicite née le 28 juillet 2021 du silence gardé par le préfet de police sur le recours gracieux formé à l'encontre de cette décision et portant rejet de recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de lui verser rétroactivement son traitement intégral, tirer les conséquences de la décision au regard de son régime indemnitaire, ainsi que de ses congés annuels du 6 octobre 2014 au 20 novembre 2018, de procéder à la bonification des points retraite, à la reconstitution de sa carrière ou à titre subsidiaire de procéder sans délai au réexamen de sa situation individuelle ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, représenté par le préfet de police et le préfet de zone de défense et de sécurité Ouest, à lui verser la somme de 2 040 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

4°) et en tout état de cause, si la juridiction était amenée à prononcer un non-lieu à statuer sur ses conclusions à fins d'annulation et d'injonction, de mettre à la charge de l'Etat les frais d'instance tels que définis au point 3°).

Il soutient que :

- l'arrêté du 16 juillet 2021 du préfet de police ainsi que les arrêtés du 29 octobre 2021 du préfet de la zone de défense et de sécurité Ouest sont entachés d'incompétence ;

- les arrêtés attaqués sont insuffisamment motivés ;

- ils sont entachés d'un vice de procédure en ce que la commission de réforme n'a pas été régulièrement consultée sur la détermination de la date de consolidation ;

- l'arrêté du 16 juillet 2021 du préfet de police méconnait l'autorité de la chose jugée du jugement du tribunal administratif de Paris du 3 avril 2020 ;

- il méconnait l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 et l'article 47-5 du décret du

14 mars 1986 ;

- le préfet de la zone de défense et de sécurité Ouest s'est cru lié par l'avis du comité médical en prenant les arrêtés du 29 octobre 2021 ;

- les arrêtés attaqués sont entachés d'une erreur d'appréciation en ce que les arrêtés du 29 octobre 2021 l'ont maintenu en congé de longue durée alors qu'il aurait dû être placé

en congé pour invalidité temporaire imputable au service, et en ce que la décision du

16 juillet 2021 l'a placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service seulement sur la période du 6 janvier eu 20 novembre 2018 alors qu'il aurait dû l'être sur la période du

6 octobre 2014 au 20 novembre 2018.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mars 2022, le préfet de la zone de défense et de sécurité Ouest conclut au non-lieu à statuer sur les arrêtés du 29 octobre 2021.

Il fait valoir que :

- la commission de réforme a émis un avis favorable le 18 janvier 2022 au placement de M. B au CITIS ;

- il a suivi cet avis en retirant les arrêtés du 29 octobre 2021 et a pris quatre nouveaux arrêtés portant prolongation du congé pour invalidité temporaire imputable au service ; les conclusions de M. B sont devenues sans objet.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2022, le préfet de police de Paris conclut au non-lieu à statuer sur la décision du 16 juillet 2021, ensemble la décision implicite née du silence gardé par l'administration sur le recours gracieux de M. B du 23 juillet 2021.

Il fait valoir que :

- l'arrêté du 19 avril 2022 annule l'arrêté du 16 juillet 2021 et satisfait aux prétentions du requérant tendant à ce qu'il soit placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service ;

- la requête de M. B est devenue sans objet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur,

- et les conclusions de M. C, rapporteur-public.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, gardien de la paix au sein du service territorial du renseignement des Hauts de Seine de la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris, après avoir été victime de souffrance au travail avec dégradation manifeste de son état de santé pour propos discriminatoires et faits de harcèlement sur son lieu de travail, a été placé en congé de maladie ordinaire du 18 septembre au 3 octobre 2014, et du 6 octobre au 19 septembre 2015, puis, ayant épuisé ses droits statutaires à congé de maladie ordinaire, a été placé en congé de disponibilité pour raisons de santé pour six mois à compter du 20 septembre 2015. Après avoir formé un recours hiérarchique à l'encontre de cette décision, le préfet de police de Paris a

placé M. B en congé de longue durée à compter du 6 octobre 2014 pour une durée

de 21 mois, lequel a fait l'objet de plusieurs prolongations jusqu'au 6 janvier 2018.

M. B a saisi le 5 mars 2018 le tribunal administratif de Paris contre les décisions du

2 et 15 janvier 2018 par lesquelles le préfet de police de Paris avait refusé de lui reconnaitre l'imputabilité au service de ses pathologies et l'avait maintenu en congé de longue durée.

Par un jugement du 3 avril 2020, le tribunal administratif de Paris a annulé ces décisions et a enjoint au préfet de police de reconnaitre l'imputabilité au service des pathologies subies. Par un arrêté du 16 juillet 2021 ce dernier a placé M. B en congé pour invalidité temporaire imputable au service du 6 janvier 2018 au 20 novembre 2018. Estimant qu'il aurait dû être placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service sur la période du 6 octobre 2014 au 20 novembre 2018, M. B a, par un courrier du 23 juillet 2021, formé un recours gracieux contre cette décision. Du silence gardé par l'administration sur sa demande est née une décision implicite de rejet. M. B demande l'annulation de cette décision, ensemble celle du 16 juillet 2021 ainsi que les arrêtés du 29 octobre 2021 par lesquels le préfet de la zone de défense et de sécurité Ouest a maintenu à plusieurs reprises M. B en congé de longue durée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Par quatre arrêtés du 29 octobre 2021, le préfet de la zone de défense et de sécurité Ouest a maintenu M. B en congé de longue durée du 12 au 14 février 2020 inclus, du 23 mai au 7 août 2020 inclus, du 9 au 20 septembre 2020 inclus, du 5 décembre 2020 au 4 juin 2021 inclus et du 5 juin 2021 au 4 décembre 2021 inclus. Par quatre nouveaux arrêtés du 27 janvier 2022, postérieure à l'introduction de la requête, le préfet de la zone de défense et de sécurité Ouest a retiré les arrêtés du 29 octobre 2021 et régularisé la situation du requérant en prolongeant son congé pour invalidité temporaire imputable au service pour ces mêmes périodes. M. B, qui ne conteste pas le retrait de ces arrêtés, doit être regardé comme ayant obtenu satisfaction. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés du

29 octobre 2021 sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

3. Par un arrêté du 16 juillet 2021, le préfet de police a placé M. B en

congé pour invalidité temporaire imputable au service pour la période du 6 janvier au

20 novembre 2018. Par un arrêté du 19 avril 2022, postérieur à l'introduction de la requête, le préfet de police a abrogé l'arrêté du 16 juillet 2021 en plaçant M. B en congé

pour invalidité temporaire imputable au service sur la période du 6 octobre 2014 au

20 novembre 2018. M. B, qui ne conteste pas l'abrogation de la décision du

16 juillet 2021, doit être regardé comme ayant obtenu satisfaction. Dans ces conditions, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 16 juillet 2021 sont devenues sans objet.

Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les frais liés au litige :

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 16 juillet 2021 et des arrêtés du préfet de la zone de défense et de sécurité Ouest du 29 octobre 2021.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à M. B en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de police de Paris et au préfet de la zone de défense et de sécurité Ouest.

Délibéré après l'audience du 2 mai2024, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

G. Descombes Le rapporteur le plus ancien,

Signé

P. Le Roux

Le greffier,

Signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris et au ministre de l'Intérieur et des outre-mer en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2106110

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