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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2106132

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2106132

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2106132
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 novembre 2021 et 5 septembre 2022, M. D C, Mme B A épouse C et M. F G, représentés par Me Matel, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2021 par lequel le maire de la commune du Palais a délivré à M. E un permis de construire une maison d'habitation, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune du Palais le versement de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir contre l'arrêté au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme, en leur qualité de voisins immédiats du projet ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet ;

- l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions de l'article UB3-1 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 2 août 2022 et 4 octobre 2022, la commune du Palais, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. et Mme C ainsi que M. G la somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.

La procédure a été communiquée à M. H E qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Radureau,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Guil, de la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, représentant la commune du Palais.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 11 août 2021, le maire de la commune du Palais a délivré à M. E un permis de construire une maison individuelle d'habitation sur une parcelle cadastrée section ZE n° 473 située village de Bellevue. M. et Mme C ainsi que M. G, voisins du pétitionnaire, ont effectué un recours gracieux contre cet arrêté, réceptionné le 23 septembre 2021 par la commune du Palais. Du silence gardé deux mois par la commune est née le 23 novembre 2021 une décision implicite de rejet. M. et Mme C ainsi que M. G demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 août 2021, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incomplétude du dossier :

2. Aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. / Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. / Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques, les cotes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan. ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".

3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que si les plans de façades produits ne sont pas cotés dans les trois dimensions, le plan de masse comporte les dimensions manquantes, à savoir les largeurs et longueurs de constructions, et a ainsi permis à l'autorité administrative de s'assurer de la conformité du projet à la réglementation applicable.

5. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire n'a produit lors de sa demande qu'un document d'insertion du projet dans son environnement proche dont il résulte que seul est visible le toit de la construction. Toutefois, les requérants ne démontrent pas utilement que ce document aurait été insuffisant pour permettre à l'autorité administrative d'apprécier la consistance du projet dès lors qu'il n'est pas contesté que le projet s'implante en recul de voie, derrière une construction présentant une hauteur importante ainsi qu'un mur masquant l'essentiel de la vue sur la construction depuis la voie publique, ce qui rend la construction faiblement visible dans son environnement proche et lointain. Au surplus, le dossier de demande de permis de construire comprend un plan de masse permettant de situer l'implantation de la construction sur la parcelle d'assiette du projet ainsi que des plans de situation plus larges permettant d'apprécier l'implantation du projet par rapport aux constructions avoisinantes. Par ailleurs, les plans de façade mentionnent la hauteur de la construction de sorte que l'autorité administrative a pu apprécier l'impact visuel de la construction par rapport à la hauteur des constructions avoisinantes.

6. Il résulte de ce qui précède que les insuffisances ainsi relevées entachant le dossier de demande de permis de construire n'ont pas été de nature à fausser l'appréciation de l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Dès lors, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB3-1 du règlement du plan local d'urbanisme :

7. Aux termes de l'article UB3-1 du plan local d'urbanisme de la commune du Palais, applicable à la zone UB correspondant au tissu pavillonnaire de la commune : " Tout terrain non desservi par des voies publiques ou privées est inconstructible à moins que son propriétaire n'obtienne un passage sur les fonds de ses voisins constitué dans les conditions fixées par l'article 682 du Code civil. () ".

8. Le permis de construire, qui est délivré sous la réserve des droits des tiers, a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'il autorise avec la réglementation d'urbanisme. Dès lors, si l'administration et, en cas de recours, le juge administratif doivent s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie, il ne leur appartient de vérifier ni la validité de cette servitude, ni l'existence d'un titre permettant l'utilisation de la voie qu'elle dessert, si elle est privée, dès lors que celle-ci est ouverte à la circulation publique.

9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des photographies et du croquis de bornage figurant dans le dossier de demande de permis de construire, que le terrain d'assiette du projet est desservi, depuis la voie publique route de Sauzon, par un chemin privé composé des parcelles cadastrées section ZE nos 474 et 476, desservant la parcelle cadastrée section ZE n° 472. Si ces deux premières parcelles appartiennent à l'indivision composée de M. G et d'une société civile immobilière (SCI) Bellevue Rennic, il ressort des pièces du dossier qu'il n'existe aucune barrière, aucun panneau de signalisation ou aucun autre obstacle limitant l'accès à cette voie. Cette dernière est donc accessible à tous les véhicules ou piétons qui l'empruntent et doit donc être regardée comme ouverte à la circulation publique. Dès lors, la circonstance, à la supposer établie, que M. E ne disposerait d'aucun titre pour utiliser cette voie privée est sans incidence sur la légalité du permis de construire, autorisation qui est délivrée sous la réserve des droits des tiers, comme il a été rappelé au point précédent. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB3-1 du règlement du plan local d'urbanisme doit donc être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :

10. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

11. Il ressort du dossier de demande de permis de construire que, pour assurer la gestion des eaux pluviales, est prévue sur le terrain d'assiette du projet une zone d'épandage des eaux pluviales. Les requérants se bornent à soutenir que ce dispositif serait insuffisant pour prévenir tout risque d'écoulement des eaux vers la propriété de M. G, compte tenu de la pente du terrain, et qu'en 2018 un refus de permis de construire avait été fondé sur l'absence d'aménagement d'un dispositif garantissant l'écoulement des eaux pluviales. Cependant, ils ne démontrent pas utilement en quoi le dispositif prévu par le pétitionnaire serait insuffisant pour permettre d'assurer la gestion des eaux pluviales, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la pente ainsi relevée présenterait un caractère prononcé. Il s'ensuit que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'insuffisance du dispositif de gestion des eaux pluviales serait de nature à présenter un risque pour la salubrité et la sécurité publiques, d'une telle importance que le maire aurait dû refuser le permis sollicité ou assortir l'arrêté litigieux de prescriptions spéciales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 11 août 2021 portant délivrance d'un permis de construire, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux des requérants, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune du Palais, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. et Mme C ainsi qu'à M. G la somme qu'ils demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

14. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire des requérants le versement d'une somme de 1 500 euros à la commune du Palais sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C et de M. G est rejetée.

Article 2 : M. C, Mme A épouse C et M. G verseront à la commune du Palais une somme totale de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D et B C, premiers dénommés, désignés représentants uniques des requérants en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune du Palais ainsi qu'à M. H E.

Délibéré après l'audience du 19 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller,

Mme Villebesseix, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.

Le président-rapporteur,

signé

C. Radureau

L'assesseur le plus ancien,

signé

F. Bozzi

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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