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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2106227

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2106227

vendredi 2 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2106227
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDELALANDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2021, l'association de l'impasse du Poteau Brandivy, Mme N P, M. I G, Mme J B, M. K H, Mme N H, Mme O F, M. D F, M. L A E et Mme M A E, représentés par Me Delalande, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2021 par lequel le maire de la commune de Brandivy a délivré à la SASU Terravia un permis d'aménager un lotissement de 17 lots sur un terrain situé lieudit Le Poteau ;

2°) d'annuler la décision rejetant leur recours gracieux ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Brandivy le versement de la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 441-1 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article R. 441-1 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 441-3 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles R. 441-6 et R. 431-16 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article 1AU3 du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article 1AU4 du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article 1AU11 du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté est illégal dès lors qu'il est fondé sur une opération d'aménagement et de programmation et un règlement de plan local d'urbanisme méconnaissant les dispositions de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté est illégal dès lors qu'il est fondé sur l'opération d'aménagement et de programmation " secteur du Poteau " et un classement du terrain d'assiette du projet en zone 1 AUc incohérents avec les objectifs fixés par le projet d'aménagement et de développement durables et le rapport de présentation ;

- l'arrêté est illégal dès lors que l'opération d'aménagement et de programmation " secteur du Poteau " et le règlement sont incompatibles avec le schéma de cohérence territoriale du Golfe du Morbihan ;

- le règlement du plan local d'urbanisme est illégal en tant qu'il a irrégulièrement déclassé une haie protégée, et le permis d'aménager porterait atteinte à cette haie en méconnaissance des dispositions de l'article L. 113-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2022, la commune de Brandivy, représentée par la SELARL Maire Tanguy Svitouxhkoff Huvelin Gourdin Nivault Gombaud, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants le versement de la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté résultant de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme ;

- la requête est irrecevable dès lors que l'association ne justifie pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 20 septembre 2023, la société Terravia, représentée par la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté résultant de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme ;

- la requête est irrecevable dès lors que l'association ne justifie pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bozzi,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Colas, de la SELARL Lexcap, représentant la société Terravia.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 2 août 2021, le maire de la commune de Brandivy a délivré à la société Terravia un permis d'aménager un lotissement de 17 lots à bâtir d'une surface de plancher maximale de 5 100 m² sur un terrain situé au lieudit Le Poteau. Le 22 septembre 2021, l'association de l'impasse du Poteau Brandivy, en la personne de sa présidente Mme P, a formé un recours gracieux contre ce permis. Ce recours gracieux a été rejeté par le maire de Brandivy le 6 octobre 2021, dont l'association a été avisée le 14 suivant. Les requérants demandent l'annulation de l'arrêté du 2 août 2021, ensemble la décision de rejet du recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R.* 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". Aux termes de l'article R.* 424-15 du même code : " Mention du permis explicite ou tacite ou de la déclaration préalable doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite ou la décision de non-opposition à la déclaration préalable est acquis et pendant toute la durée du chantier. () ".

3. L'exercice par un tiers d'un recours administratif ou contentieux contre un permis de construire montre qu'il a connaissance de cette décision et a, en conséquence, pour effet de faire courir à son égard le délai de recours contentieux, alors même que la publicité concernant ce permis n'aurait pas satisfait aux dispositions prévues en la matière par les dispositions précitées.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement de la lettre constituant le recours gracieux formé par l'association requérante le 22 septembre 2021, que le permis d'aménager litigieux accordé à la société Terravia a été affiché au plus tard sur le terrain d'implantation du projet le 4 août 2021 et le caractère continu de l'affichage n'est pas contesté. Le délai de recours contentieux contre cet arrêté expirait donc, au plus tard, le 5 octobre 2021. Ce recours gracieux doit ainsi être regardé comme ayant interrompu le délai de recours contentieux à l'égard de l'association requérante.

5. En revanche, ce recours gracieux a été présenté au seul nom de l'association ainsi qu'en atteste la copie de cette lettre et n'a donc pas eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux au bénéfice des autres particuliers requérants. Dès lors, à défaut d'avoir formé un recours distinct, gracieux ou contentieux, avant le 5 octobre 2021, date d'expiration du délai de contestation, la commune de Brandivy et la société Terravia sont fondées à soutenir que les conclusions aux fins d'annulation présentées dans la requête enregistrée au tribunal le 6 décembre 2021 par Mme P, M. G, Mme B, M. H, Mme H, M. F, Mme F et M. et Mme A E, sont tardives et, par suite, irrecevables.

6. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 600-1-1 du code de l'urbanisme : " Une association n'est recevable à agir contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation des sols que si le dépôt des statuts de l'association en préfecture est intervenu au moins un an avant l'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire ".

7. Pour apprécier l'intérêt à agir d'une association, seules les modifications de ses statuts déposées en préfecture avant l'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire sont prises en compte par le juge.

8. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment des statuts produits par l'association requérante, que celle-ci a été créée au cours de l'année 2013, et qu'à cette date, l'objet de l'association déclarée en préfecture du Morbihan concernait exclusivement un recours contre un projet d'aménagement dit " C des hortensias ", dont l'autorisation avait été délivrée le 24 juin 2013.

9. D'autre part, si de nouveaux statuts ont été adoptés le 4 août 2021, soit deux jours seulement après la délivrance du permis d'aménager en litige, par l'association dont la dénomination n'a pas été modifiée, ceux-ci ont été déposés en préfecture du même département le 21 septembre 2021.

10. Or, la commune de Brandivy fait valoir sans être contestée que la demande de permis d'aménager avait été affichée en mairie le 4 août 2021, ainsi qu'en attestent au demeurant les dates manuscrites inscrites sur la décision attaquée, s'agissant des mesures de publicité.

11. Il en résulte que les statuts de l'association modifiés n'ont pas été déposés en préfecture au moins un an avant l'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire. Par suite, il ne saurait être tenu compte de ces statuts modifiés, qui n'ont ainsi pu conférer à l'association un intérêt lui donnant qualité pour agir à l'encontre du permis d'aménager délivré à la société Terravia pour la réalisation d'un lotissement de 17 lots sur un terrain situé lieudit Le Poteau.

12. Certes, un précédent projet de 18 lots dénommé " C des hortensias ", porté par un autre pétitionnaire puis abandonné, avait fait l'objet d'une autorisation le 24 juin 2013 et avait été contesté par l'association. Mais, au regard de l'objet très précis des statuts déclarés le 7 août 2013, l'association doit être regardée comme ayant entendu contester exclusivement ce premier projet et non pas l'aménagement de la zone si bien que le nouveau projet, dont l'association ne démontre pas qu'il serait identique au premier, ne peut être regardé comme entrant nécessairement dans le champ de l'objet de l'association.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Brandivy et la société Terravia sont fondées à soutenir que la requête, en tant qu'elle est présentée par l'association de l'impasse du Poteau Brandivy, est également irrecevable et doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Brandivy, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse aux requérants une somme que ceux-ci demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire des requérants le paiement d'une somme de 500 euros à verser à la commune de Brandivy au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire des requérants le paiement d'une somme de 500 euros à verser à la société Terravia au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de l'association de l'impasse du Poteau Brandivy et autres est rejetée.

Article 2 : L'association de l'impasse du Poteau Brandivy et autres verseront solidairement à la commune de Brandivy la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : L'association de l'impasse du Poteau Brandivy et autres verseront solidairement à la société Terravia la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association de l'impasse du Poteau Brandivy, première dénommée, désignée représentante unique des requérants dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la société Terravia et à la commune de Brandivy.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller,

Mme Villebesseix, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.

Le rapporteur,

signé

F. Bozzi

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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