vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2106270 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LECLERCQ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2021, et des mémoires, enregistrés les 13 janvier 2023, 15 mars 2023 et 4 avril 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. A B, représenté par Me Leclercq, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 octobre 2021 par laquelle le maire de Saint-Brieuc lui a infligé la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour un durée de six mois dont trois mois avec sursis ;
2°) d'enjoindre au maire de Saint-Brieuc, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard, de procéder à la reconstitution de ses droits à traitement, à la retraite et à l'avancement, de lui verser une indemnité équivalente à la rémunération des congés payés dont il a été privé et d'effacer la sanction de son dossier administratif ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Brieuc la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la sanction est entachée de vices de procédure, la procédure disciplinaire s'étant révélée inéquitable, non-contradictoire et irrespectueuse des droits de la défense en raison de la non-comparution devant le conseil de discipline des témoins qu'il a cités, de son placement en arrêt de travail à la date du conseil de discipline et du refus qu'il soit assisté par son avocat lors d'un entretien avec le maire ; les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ;
- la sanction est entachée d'erreur dans la qualification juridique des faits ;
- la sanction est disproportionnée.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 novembre 2022 et 9 mars 2023, la commune de Saint-Brieuc, représentée par Me Bazin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.
Elle soutient que le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et que les autres moyens invoqués dans la requête sont infondés.
Par une ordonnance du 26 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au même jour en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouju,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- et les observations de Me Dagorn, substituant Me Leclercq, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Agent de maîtrise territorial exerçant des fonctions de menuisier au sein du service " patrimoine bâti " rattaché à la direction de la gestion technique de la ville de Saint-Brieuc, M. B a fait l'objet d'une procédure disciplinaire au terme de laquelle le maire de Saint-Brieuc, suivant l'avis émis par le conseil de discipline le 1er juin 2021, lui a infligé, par un arrêté du 4 octobre 2021, la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de 6 mois dont 3 mois avec sursis. M. B en demande l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, la procédure au terme de laquelle l'autorité administrative compétente exerce son pouvoir disciplinaire à l'encontre d'un de ses agents n'entre pas dans le champ d'application de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de cet article est inopérant.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 du décret du 18 septembre 1989 : " Le fonctionnaire poursuivi est convoqué par le président du conseil de discipline, quinze jours au moins avant la date de la réunion, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. Il peut présenter devant le conseil de discipline des observations écrites ou orales, citer des témoins et se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix. " Il appartient au conseil de discipline de décider s'il y a lieu de procéder à l'audition de témoins.
4. Il est constant que les trois témoins que M. B a entendu faire citer, sans que ni le conseil de discipline, ni la commune de Saint-Brieuc ne s'y opposent, ont été convoqués mais ne se sont pas présentés pour être auditionnés par le conseil de discipline. Contrairement à ce que soutient le requérant, le maire de Saint-Brieuc ne tirait d'aucune disposition, et notamment pas de l'article 28 de la loi du 13 juillet 1983 visée ci-dessus, le pouvoir de contraindre les témoins cités à se présenter, et ce même s'il s'agissait, par ailleurs, d'agents employés par la ville.
5. Si M. B fait valoir qu'il a été reçu par le maire de Saint-Brieuc le 20 septembre 2021, en présence d'un membre de la direction du service, sans pouvoir être assisté de son conseil, cette seule circonstance n'est pas de nature à entacher d'irrégularité la procédure, dès lors, d'une part que l'intéressé a comparu, assisté par son avocat, devant le conseil de discipline le 1er juin 2021, instance devant laquelle il a pu présenter ses observations écrites et orales, et d'autre part, qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la décision serait fondée sur un élément évoqué lors de cet entretien.
6. En admettant même qu'il aurait bénéficié, comme il le soutient, d'un arrêt de travail à la date de la réunion du conseil de discipline, il n'est pas établi par les pièces du dossier que l'état de santé de M. B ne lui aurait pas permis de comparaître utilement devant cette instance. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B, lorsqu'il s'est présenté devant le conseil de discipline assisté de son conseil, ait évoqué de tels problèmes de santé, ni qu'il ait sollicité le report de la séance. Par ailleurs, et en tout état de cause, la procédure disciplinaire et la procédure de mise en congé de maladie étant des procédures distinctes et indépendantes, la circonstance qu'un agent soit placé en congé de maladie ne fait pas obstacle à l'exercice de l'action disciplinaire à son égard ni, le cas échéant, à l'entrée en vigueur d'une décision de sanction pendant la période de son congé.
7. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que l'ensemble des moyens par lesquels M. B met en cause la régularité de la procédure à l'issue de laquelle a été prononcée la sanction en litige doivent être écartés.
En ce qui concerne la légalité interne :
8. Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 visée ci-dessus, alors en vigueur : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () Troisième groupe : la rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à un échelon correspondant à un indice égal ou immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; () L'exclusion temporaire de fonctions, qui est privative de toute rémunération, peut être assortie d'un sursis total ou partiel. Celui-ci ne peut avoir pour effet, dans le cas de l'exclusion temporaire de fonctions du troisième groupe, de ramener la durée de cette exclusion à moins de un mois () ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
9. Il ressort de la motivation de la sanction infligée à M. B que le maire de Saint-Brieuc lui a reproché d'avoir percé des faïences et/ou plâtre en dépit des procédures internes liées à la détection de la présence d'amiante et des consignes données en lien avec ces procédures ainsi que d'avoir refusé de prendre en compte les alertes qui lui ont été adressées.
10. Il est constant que M. B, qui s'était vu confier, en remplacement d'un collègue placé en congé de maladie à compter du 10 août 2020, la tâche d'installer des équipements sanitaires légers dans différentes écoles municipales en prévision de la rentrée scolaire, a procédé, entre le 18 et le 25 août 2020, au perçage de trente trous dans des plâtres ou des faïences sur des emplacements, situés dans sept écoles différentes, qui n'avaient pas préalablement fait l'objet du " diagnostic avant travaux " destiné à vérifier si de l'amiante était présente. Il ressort des pièces du dossier que M. B disposait de plans indiquant les endroits où les équipements devaient être installés, plans sur lesquels étaient précisément et clairement signalés les lieux n'ayant pas fait l'objet d'un " diagnostic avant travaux ". Les allégations du requérant selon lesquelles ces précisions auraient été insuffisantes et auraient été mentionnées sur les plans postérieurement aux faits ayant conduit au prononcé de la sanction en litige ne sont assorties d'aucun élément sérieux. Il ressort encore des pièces du dossier, notamment des rapports du responsable du service patrimoine bâti et du responsable de la menuiserie, que la consigne avait clairement été donnée de ne procéder à aucun perçage des matériaux des lieux n'ayant pas fait l'objet d'un diagnostic préalable établissant l'absence d'amiante. Cette problématique était d'autant plus sensible qu'au printemps 2020, des travaux réalisés par une entreprise privée avaient entrainé une potentielle exposition accidentelle à l'amiante conduisant à retarder la réouverture de plusieurs écoles après le confinement lié à la propagation de l'épidémie de la Covid-19, ce dont la presse locale s'était fait l'écho. A deux reprises et de manière distincte, deux agents ayant été amenés à collaborer avec M. B à l'occasion des travaux litigieux lui ont fait part de leurs interrogations et doutes quant à son choix de procéder à des perçages sur des emplacements n'ayant pas fait l'objet d'un diagnostic, sans que cela ne le conduise à remettre en cause sa pratique, ni même à interroger sa hiérarchie. Devant le conseil de discipline, M. B a reconnu qu'il avait suivi en 2018 une formation sur les risques liés à l'amiante, que des plans lui avaient bien été remis et qu'il savait qu'en l'absence de " diagnostic avant travaux ", il convenait d'utiliser de la colle ou des plaques pour l'installation des équipements sanitaires en question, tout en admettant avoir de lui-même décidé de percer dans les endroits qui, d'après lui, ne présentaient aucun risque. Les faits ainsi reprochés à M. B sont constitutifs de manquements à ses obligations et de nature à justifier une sanction disciplinaire.
11. Si les contrôles réalisés sur les écoles concernées n'ont finalement pas mis en évidence la présence d'amiante, cette circonstance n'est pas de nature à atténuer la gravité des manquements de M. B à des consignes de sécurité qui étaient susceptibles de faire courir un risque grave pour sa santé mais aussi celle de ses collègues, du personnel et des usagers des écoles. Ces manquements, commis à l'approche de la rentrée scolaire, ont entrainé d'importantes répercussions et porté atteinte à l'image de la commune de Saint-Brieuc, laquelle a dû notamment procéder en urgence aux mesures de contrôle relatives à la présence d'amiante dans les écoles concernées, envisager un dispositif alternatif pour l'accueil des élèves et informer les familles. Au regard de l'ensemble de ces éléments, quand bien même M. B est décrit dans ses comptes-rendus d'entretien professionnel, comme étant habituellement un agent travailleur, sérieux et efficace, la sanction infligée ne peut être regardée comme disproportionnée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 4 octobre 2021 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Saint-Brieuc, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais liés au litige exposés par le requérant.
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Saint-Brieuc tendant à ce que soit mise à la charge de M. B une somme au titre des frais liés au litige qu'elle a elle-même exposés.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Brieuc présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Saint-Brieuc.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Labouysse, président,
M. Bouju, premier conseiller,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
D. Bouju
Le président,
signé
D. LabouysseLa greffière,
signé
C. Salladain
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026