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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2106311

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2106311

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2106311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 décembre 2021 et 18 novembre 2024, l'association pour la sauvegarde du pays fouesnantais (ASPF) demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Fouesnant a accordé à cette commune un permis de construire en vue de rénover et d'étendre un bâtiment situé sur les parcelles cadastrées section BL nos 21 et 113 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Fouesnant une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ; notamment, elle n'est pas tardive et l'association a intérêt pour agir ;

- le permis de construire est illégal dès lors que :

- le dossier de demande de permis est incomplet au regard des dispositions des articles R. 431-7 et R. 431-8 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme alors que le projet litigieux n'entre pas dans le champ d'application des dispositions dérogatoires de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 10 et 14 octobre 2024, la commune de Fouesnant, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'association requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grondin,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Riou, de la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, représentant la commune de Fouesnant.

Considérant ce qui suit :

1. Le 19 mai 2021, la commune de Fouesnant a déposé une demande de permis de construire auprès de ses services, en vue de la rénovation et de l'extension d'un bâtiment situé sur les parcelles cadastrées section BL nos 21 et 113, devant servir à accueillir des enfants handicapés ainsi que leurs familles. Ce permis a été accordé par un arrêté du maire de cette commune du 23 juillet 2021. Le recours gracieux de l'association pour la sauvegarde du pays fouesnantais (ASPF) du 23 septembre 2021, réceptionné le lendemain, a été expressément rejeté le 6 octobre 2021. Par la présente requête, l'ASPF demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'affichage :

2. A supposer que l'ASPF soutienne que le panneau d'affichage du permis litigieux n'a pas été installé de façon visible et continu, l'absence d'affichage a pour seul effet de rendre inopposable les voies et délais de recours et est sans incidence sur la légalité du permis, dans la mesure où l'objet de l'affichage n'est pas de permettre par lui-même d'apprécier la légalité de l'autorisation litigieuse. Par suite, ce moyen doit être écarté comme étant inopérant.

En ce qui concerne le dossier de demande de permis de construire :

3. Aux termes des dispositions de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12 ". L'article R. 431-8 de ce code dispose que : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ".

4. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

5. D'une part, si l'association requérante fait valoir que les pièces du dossier de demande de permis de construire ne précisent aucunement que le terrain d'assiette du projet s'inscrit dans un espace naturel et agricole, dans la bande des 100 mètres du littoral, et n'est desservi que par une voie sans issue de faible largeur, elle ne se prévaut d'aucune réglementation applicable dont l'appréciation aurait été faussée par l'administration. Par ailleurs, les pièces du dossier de demande précisent expressément la section cadastrale des deux parcelles constituant le terrain d'assiette du projet litigieux, alors que le plan de situation permet d'apprécier leur emplacement à l'intérieur de la commune, et la distance par rapport au littoral au-delà de la bande des 100 mètres contrairement à ce que l'ASPF soutient. Enfin, la notice explicative fait clairement référence aux voies de dessertes et chemins d'accès existants, et fait précisément état de l'environnement agricole et naturel en indiquant que le terrain est situé entre les étangs de Penfoulic et le fond de l'anse, " dans un secteur naturel de qualité et protégé ".

6. D'autre part, en se bornant à soutenir que " la notice descriptive est totalement incomplète. La notice paysagère est absente et le dossier est donc irrégulier ", sans préciser les manquements reprochés, l'association requérante n'apporte pas d'éléments suffisamment précis pour établir que l'appréciation de l'administration par rapport à la réglementation applicable aurait été faussée.

En ce qui concerne la méconnaissance des articles du règlement national d'urbanisme :

S'agissant de l'application du règlement national d'urbanisme :

7. Aux termes des dispositions de l'article L. 600-12 du code de l'urbanisme : " Sous réserve de l'application des articles L. 600-12-1 et L. 442-14, l'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale a pour effet de remettre en vigueur le schéma de cohérence territoriale, le plan local d'urbanisme, le document d'urbanisme en tenant lieu ou la carte communale immédiatement antérieur ". L'article L. 600-12-1 de ce code dispose que : " L'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale sont par elles-mêmes sans incidence sur les décisions relatives à l'utilisation du sol ou à l'occupation des sols régies par le présent code délivrées antérieurement à leur prononcé dès lors que ces annulations ou déclarations d'illégalité reposent sur un motif étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet () ".

8. Il résulte de l'article L. 600-12-1 que l'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un document local d'urbanisme n'entraîne pas l'illégalité des autorisations d'urbanisme délivrées lorsque cette annulation ou déclaration d'illégalité repose sur un motif étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet en cause. Il appartient au juge, saisi d'un moyen tiré de l'illégalité du document local d'urbanisme à l'appui d'un recours contre une autorisation d'urbanisme, de vérifier d'abord si l'un au moins des motifs d'illégalité du document local d'urbanisme est en rapport direct avec les règles applicables à l'autorisation d'urbanisme. Un vice de légalité externe est étranger à ces règles, sauf s'il a été de nature à exercer une influence directe sur des règles d'urbanisme applicables au projet. En revanche, sauf s'il concerne des règles qui ne sont pas applicables au projet, un vice de légalité interne ne leur est pas étranger.

9. Lorsque le document local d'urbanisme sous l'empire duquel a été délivrée l'autorisation contestée est annulé ou déclaré illégal pour un ou plusieurs motifs non étrangers aux règles applicables au projet en cause, la détermination du document d'urbanisme au regard duquel doit être appréciée la légalité de cette autorisation obéit, eu égard aux effets de la règle posée à l'article L. 600-12 du code de l'urbanisme, aux règles suivantes : - dans le cas où ce ou ces motifs affectent la légalité de la totalité du document d'urbanisme, la légalité de l'autorisation contestée doit être appréciée au regard de l'ensemble du document immédiatement antérieur ainsi remis en vigueur ; - lorsque ce ou ces motifs affectent seulement une partie divisible du territoire que couvre le document local d'urbanisme, ce sont les dispositions du document immédiatement antérieur relatives à cette zone géographique qui sont remises en vigueur ; - si ce ou ces motifs n'affectent que certaines règles divisibles du document d'urbanisme, la légalité de l'autorisation contestée n'est appréciée au regard du document immédiatement antérieur que pour les seules règles équivalentes nécessaires pour assurer le caractère complet et cohérent du document.

10. S'agissant en particulier d'un plan local d'urbanisme, une disposition du règlement ou une partie du document graphique qui lui est associé ne peut être regardée comme étant divisible que si le reste du plan forme avec les éléments du document d'urbanisme immédiatement antérieur le cas échéant remis en vigueur, un ensemble complet et cohérent.

11. En outre, lorsqu'un motif d'illégalité non étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet est susceptible de conduire à remettre en vigueur tout ou partie du document local d'urbanisme immédiatement antérieur, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du document local d'urbanisme à l'appui d'un recours en annulation d'une autorisation d'urbanisme ne peut être utilement soulevé que si le requérant soutient également que cette autorisation méconnaît les dispositions pertinentes ainsi remises en vigueur.

12. D'une part, par un jugement du 4 décembre 2020, le tribunal administratif de Rennes a annulé la délibération du 26 février 2018 par laquelle le conseil municipal de la commune de Fouesnant a approuvé le plan local d'urbanisme de cette commune, ce qui a eu pour effet de remettre en vigueur le document d'urbanisme immédiatement antérieur, soit en l'espèce le règlement national d'urbanisme dès lors que le plan d'occupation des sols applicable à la commune de Fouesnant était devenu caduc depuis le 27 mars 2017.

13. D'autre part, pour annuler la délibération du 26 février 2018 par laquelle le conseil municipal de la commune de Fouesnant a approuvé le plan local d'urbanisme de cette commune le tribunal a retenu les moyens tirés de l'insuffisance du rapport de présentation, de l'incohérence du règlement du plan local d'urbanisme avec le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) visant une croissance démographique raisonnable, de la méconnaissance du principe d'équilibre de l'article L. 101-2, de la mauvaise délimitation des classements de parcelles, et enfin de la méconnaissance de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Ces vices d'illégalité interne ne peuvent être regardés comme étant étrangers aux règles applicables au projet d'aménagement autorisé par le permis litigieux, mis à part celui relatif aux classements erronés de parcelles dans des secteurs étrangers au terrain d'assiette du projet.

14. Il en résulte que les dispositions du règlement national d'urbanisme, codifiées aux articles L. 111-1 à L. 111-34 et R. 111-1 à R. 111-64 du code de l'urbanisme, sont bien opposables au permis de construire litigieux, délivré postérieurement à l'annulation du plan local d'urbanisme applicable à la commune de Fouesnant par le tribunal administratif de Rennes.

S'agissant de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme :

15. Aux termes des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ". L'article L. 111-4 du même code dispose que : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : 1° L'adaptation, le changement de destination, la réfection, l'extension des constructions existantes ou la construction de bâtiments nouveaux à usage d'habitation à l'intérieur du périmètre regroupant les bâtiments d'une ancienne exploitation agricole, dans le respect des traditions architecturales locales ; 2° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole, à des équipements collectifs dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées, à la réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, à la mise en valeur des ressources naturelles et à la réalisation d'opérations d'intérêt national ; 2° bis Les constructions et installations nécessaires à la transformation, au conditionnement et à la commercialisation des produits agricoles, lorsque ces activités constituent le prolongement de l'acte de production et dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées. Ces constructions et installations ne peuvent pas être autorisées dans les zones naturelles, ni porter atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages. L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers ; 3° Les constructions et installations incompatibles avec le voisinage des zones habitées et l'extension mesurée des constructions et installations existantes ; 4° Les constructions ou installations, sur délibération motivée du conseil municipal, si celui-ci considère que l'intérêt de la commune, en particulier pour éviter une diminution de la population communale, le justifie, dès lors qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, à la salubrité et à la sécurité publiques, qu'elles n'entraînent pas un surcroît important de dépenses publiques et que le projet n'est pas contraire aux objectifs visés à l'article L. 101-2 et aux dispositions des chapitres I et II du titre II du livre Ier ou aux directives territoriales d'aménagement précisant leurs modalités d'application () ".

16. Ces dispositions interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées en dehors des parties urbanisées de la commune, c'est-à-dire hors des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors du cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune, ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.

17. Si l'association requérante soutient que le terrain d'assiette du projet litigieux est situé dans une partie de la commune qui n'est pas urbanisée, il est constant que le permis litigieux ne porte en tout état de cause pas sur la construction d'un nouveau bâtiment, mais sur la rénovation et l'extension d'un bâtiment existant. Par ailleurs, les pièces du dossier attestent de ce que l'extension envisagée consiste en un prolongement du bâtiment existant par un rectangle de 9,81 mètres de long par 6 mètres de large, et présente ainsi des caractéristiques qui ne permettent pas de requalifier l'extension en nouvelle construction. Il en résulte que les travaux litigieux portent bien sur l'extension d'une construction existante et sont autorisés par les dispositions de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme.

18. De même, si le centre de vacances existant doit être transformé en bâtiment d'accueil pour les enfants en situation de handicap, ce qui implique un changement de destination du bâtiment d'ailleurs mentionné dans le formulaire Cerfa de demande de permis de construire, l'article L. 111-4 autorise de tels changements de destination. Enfin, si l'association requérante fait encore valoir que le projet implique nécessairement la création de places de parking, de cheminements ou de routes, les pièces du dossier attestent du contraire, le plan de masse faisant clairement apparaître qu'aucune place de stationnement ou chemin ne doit être créé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'application de la loi littorale :

19. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs () ". En adoptant ces dispositions, le législateur a entendu interdire en principe toute opération de construction isolée dans les communes du littoral. Toutefois, le simple agrandissement d'une construction existante, c'est-à-dire une extension présentant un caractère limité au regard de sa taille propre, de sa proportion par rapport à la construction et de la nature de la modification apportée, ne peut être regardé comme une extension de l'urbanisation prohibée par ces dispositions. Le caractère de l'agrandissement envisagé s'apprécie par comparaison avec l'état de la construction initiale, sans qu'il y ait lieu de tenir compte des éventuels agrandissements intervenus ultérieurement. S'agissant toutefois des constructions antérieures à la loi du 3 janvier 1986, le caractère de l'agrandissement envisagé s'apprécie par comparaison avec l'état de la construction à la date d'entrée en vigueur de cette loi.

20. Il résulte de ces dispositions que, dans les communes littorales, ne peuvent être autorisées que les constructions réalisées en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions ou, sous certaines conditions, au sein des secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, se distinguant des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. En revanche, aucune construction ne peut être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages ou de ces secteurs déjà urbanisés.

21. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 17, le projet litigieux consiste seulement en la rénovation et l'extension d'un bâtiment qui ne peut être regardé, compte tenu de ses caractéristiques, comme étant une nouvelle construction. Partant, il ne s'agit pas d'une extension de l'urbanisation mais d'une simple opération de construction. Par suite, l'ASPF n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

22. Par ailleurs, si l'association requérante soutient que la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF) devait être consultée compte tenu de la proximité d'exploitations agricoles qui seraient menacées par le projet, les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ne prévoient la consultation de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites (CDNPS) pour avis pour concernant les autorisations de construction dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale, et délimités par le plan local d'urbanisme. Par ailleurs, le projet litigieux consistant en une simple extension d'une construction existante avec changement de destination, il ne fait partie d'aucune des catégories visées par l'article L. 111-5 du code de l'urbanisme soumettant certains projets à l'avis préalable de la CDPENAF lorsqu'ils se situent en dehors des parties urbanisées de la commune.

23. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme : " L'extension limitée de l'urbanisation des espaces proches du rivage ou des rives des plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement est justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme, selon des critères liés à la configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau. Toutefois, ces critères ne sont pas applicables lorsque l'urbanisation est conforme aux dispositions d'un schéma de cohérence territoriale ou d'un schéma d'aménagement régional ou compatible avec celles d'un schéma de mise en valeur de la mer. En l'absence de ces documents, l'urbanisation peut être réalisée avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites appréciant l'impact de l'urbanisation sur la nature. Le plan local d'urbanisme respecte les dispositions de cet accord () ".

24. En se bornant à soutenir que le terrain d'assiette du projet est situé dans un espace proche du rivage et que " l'article L 121-13 du code de l'urbanisme s'applique ", l'ASPF n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes pour permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé, alors qu'en tout état de cause les travaux projetés ne sont pas constitutifs d'une extension de l'urbanisation ainsi qu'il a été dit aux points 17 et 21.

En ce qui concerne l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :

25. Aux termes des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

26. Les risques d'atteinte à la sécurité publique qui, en application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, justifient le refus d'un permis de construire ou son octroi sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants de la construction pour laquelle le permis est sollicité que ceux que l'opération projetée peut engendrer pour des tiers. Pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis d'aménager sur le fondement des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, il appartient à l'autorité compétente en matière d'urbanisme, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.

27. En l'espèce, si l'association requérante soutient que le permis litigieux a été délivré en méconnaissance de ces dispositions au motif que le chemin d'accès, régulièrement emprunté par des piétons et cyclistes, ne permet pas à deux véhicules de se croiser, ni à un camion de pompier d'intervenir en cas d'incendie, cette voie d'accès est toutefois bitumée, et comporte un aménagement dédié pour les piétons et cyclistes, ainsi qu'un accotement permettant des croisements en cas de besoin. Par ailleurs, ainsi que s'en prévaut la commune en défense, le chemin de la Digue ne supporte pas un trafic très dense, et ne dessert que quelques habitations peu densément implantées et le centre d'accueil des enfants, alors que les travaux litigieux ne prévoient qu'une augmentation des capacités d'hébergement de 8 places. Enfin, la commission consultative départementale de sécurité et d'accessibilité a émis un avis favorable au projet le 29 juin 2021. Dans ces conditions, les risques allégués par l'ASPF ne sont pas établis.

28. Il résulte de tout ce qui précède qu'il n'y a pas lieu d'annuler le permis de construire litigieux du 23 juillet 2021.

Sur les frais liés au litige :

29. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme de 2 000 euros sollicitée par l'ASPF au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Fouesnant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

30. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'ASPF, partie perdante dans la présente instance une somme de 500 euros au profit de la commune de Fouesnant au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association pour la sauvegarde du pays fouesnantais est rejetée.

Article 2 : L'association pour la sauvegarde du pays fouesnantais versera une somme de 500 euros à la commune de Fouesnant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association pour la sauvegarde du pays fouesnantais et à la commune de Fouesnant.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Grondin, premier conseiller,

M. Blanchard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

T. Grondin

Le président

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Finistère, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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