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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2106419

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2106419

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2106419
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBARDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 et 21 décembre 2021, 3 janvier et

1er mars 2024, la société Resina, représentée par Me Bardet, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire du 5 octobre 2021 par lequel la communauté d'agglomération Golfe du Morbihan Vannes agglomération a mis à sa charge la somme de 17 173,35 euros ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 17 173,35 euros mise à sa charge ;

3°) à titre subsidiaire, de condamner la communauté d'agglomération Golfe du Morbihan Vannes agglomération à lui payer la somme de 17 173,35 euros à titre de dommages et intérêts ;

4°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Golfe du Morbihan Vannes agglomération la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en procédant au paiement de la somme de 21 141,69 euros toutes taxes comprises correspondant à son projet de décompte général, rectifié par le maître d'œuvre en raison d'une erreur matérielle, la communauté d'agglomération a accepté son mémoire en réclamation et renoncé à mettre à sa charge les pénalités de retard, dont elle ne peut pas demander ultérieurement le paiement ;

- à défaut, la communauté d'agglomération aurait dû procéder à une compensation entre les sommes qu'elle lui devait et les pénalités de retard ;

- les retards dans l'exécution des travaux ne lui sont pas imputables mais sont liés aux travaux supplémentaires demandés et au retard dans certaines décisions techniques et dans le choix des matériaux et des procédés, ce qui justifie un délai d'exécution supplémentaire de 189 jours ;

- le contexte de pandémie lié au Covid-19 implique une certaine bienveillance ;

- à titre subsidiaire, le maître de l'ouvrage devra lui verser la somme de 17 173,35 euros en raison de ses manquements à ses obligations contractuelles à l'origine du décalage et des retards dans les travaux.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 mai 2023 et 12 février 2024, la communauté d'agglomération Golfe du Morbihan Vannes agglomération conclut :

1°) au rejet de la requête et à ce que la société Resina soit condamnée à lui verser la somme de 17 173,35 euros au titre des pénalités de retard, cette somme étant assortie des intérêts au taux légal à compter du 5 novembre 2021 ;

2°) à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la société Resina au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- elle n'a pas renoncé au paiement des pénalités ;

- elle ne pouvait pas procéder à une contraction entre les dépenses et les recettes en vertu du principe de l'universalité budgétaire ;

- le décompte général n'a pas acquis un caractère définitif, dès lors qu'elle a procédé au paiement de la somme qu'elle a admise et non au paiement de la somme demandée par la société Resina dans son décompte final et qu'en l'absence de décision motivée sur le mémoire en réclamation de la société requérante, une décision implicite de rejet est née le 12 juin 2021 ;

- l'avenant n° 1 relatif aux travaux supplémentaires et aux demandes de modification de la société Resina, signé sans aucune réserve, prend en compte les délais supplémentaires nécessaires à l'exécution de ces travaux qui ne font pas l'objet de pénalités ;

- les défauts dans l'exécution des travaux et l'organisation du chantier par la société Resina sont à l'origine des retards ;

- elle n'a commis aucune faute dans l'exécution du marché de nature à engager sa responsabilité contractuelle.

La procédure a été communiquée au directeur départemental des finances publiques du Morbihan qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grenier,

- les conclusions de Mme Thalabard, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bardet pour la société Resina et de Mme B pour la communauté d'agglomération Golfe du Morbihan Vannes agglomération.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement du 29 juin 2018, notifié le 22 août suivant, le syndicat intercommunal d'assainissement et d'eau potable (SIAEP) de la région de Vannes Ouest a attribué à la société Resina un marché public selon la procédure adaptée en vue de la réhabilitation des réservoirs sur tour de Kénéah à Plougoumelen et de Crafel à Baden pour un montant de

312 511,61 euros toutes taxes comprises (TTC) et une durée de quatre mois. Par un avenant n° 1 du 20 novembre 2019, des travaux supplémentaires pour un montant de 13 684,09 euros TTC et une durée d'exécution d'un mois et demi ont été attribués à la société Resina. Les travaux ont été réceptionnés le 26 janvier 2021 après levée des réserves. Le 28 février 2021, la société Resina a adressé son projet de décompte final pour ces travaux avec un solde en sa faveur de

17 627,08 euros hors taxes (HT), soit 21 152,50 euros TTC. Le 12 avril 2021, la communauté d'agglomération Golfe du Morbihan Vannes agglomération, qui a repris les compétences eau et assainissement du SIAEP de Vannes Ouest à compter du 1er janvier 2020, a adressé à la société Resina son projet de décompte général faisant apparaître une somme de 17 173,35 euros HT au titre des pénalités de retard, outre les sommes hors pénalités à mandater à la société Resina et à deux sous-traitants. La société Resina a refusé de signer ce projet de décompte général et a adressé au maître d'ouvrage, le 10 mai 2021, un mémoire en réclamation avec copie au maître d'œuvre. Le 23 août 2021, la société Resina a mis en demeure le maître d'ouvrage de lui régler la somme de 21 152,50 euros TTC au titre du solde du marché. Le 7 septembre 2021, Golfe du Morbihan Vannes agglomération a payé la somme de 9 871,73 euros TTC à la société Resina, celle de 8 767,96 euros TTC à la société Industrie eau et équipement, sous-traitante de la société Resina et celle de 2 502 euros TTC à la société SAUR également sous-traitante, soit la somme totale de

21 141,69 euros TTC. Le 5 octobre 2021, Golfe du Morbihan Vannes agglomération a émis un titre exécutoire mettant à la charge de la société Resina la somme de 17 173,35 euros au titre des pénalités de retard de ce marché. La société Resina demande, à titre principal, l'annulation de ce titre exécutoire et la décharge de l'obligation de payer la somme mise à sa charge et, à titre subsidiaire, de condamner Golfe du Morbihan Vannes agglomération à lui payer la somme de 17 173,35 euros à titre de dommages et intérêts.

Sur les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire :

2. L'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché public est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde arrêté lors de l'établissement du décompte général et définitif détermine les droits et obligations définitifs des parties. Toutes les conséquences financières de l'exécution du marché sont retracées dans ce décompte même lorsqu'elles ne correspondent pas aux prévisions initiales.

3. L'article 50.1 du cahier des clauses administratives générales et techniques (CCAG) Travaux de 2009, applicable au marché en litige, stipule que : " 50.1. Mémoire en réclamation : / 50.1.1. Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. / Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de quarante-cinq jours à compter de la notification du décompte général. / Le mémoire reprend, sous peine de forclusion, les réclamations formulées antérieurement à la notification du décompte général et qui n'ont pas fait l'objet d'un règlement définitif. / 50.1.2. Après avis du maître d'œuvre, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire sa décision motivée dans un délai de quarante-cinq jours à compter de la date de réception du mémoire en réclamation. / 50.1.3. L'absence de notification d'une décision dans ce délai équivaut à un rejet de la demande du titulaire. ".

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la société Resina a adressé, le

28 février 2021, son projet de décompte faisant apparaître un solde lui restant dû de

17 627,08 euros hors taxes (HT), soit 21 152,50 euros toutes taxes comprises (TTC). Le

8 avril 2021, Golfe du Morbihan Vannes agglomération lui a notifié le projet de décompte général faisant apparaître les sommes à verser à la société Resina et aux sociétés société Industrie eau et équipement et SAUR, sous-traitantes ainsi qu'un montant de 17 173,35 euros de pénalités de retard. La société Resina a refusé de signer ce décompte et a adressé à la communauté d'agglomération un mémoire en réclamation, le 10 mai 2021, reçu le 12 mai suivant. Le

23 août 2021, la société Resina a mis en demeure Golfe du Morbihan Vannes agglomération de lui payer, dans un délai de huit jours, la somme de 21 152,50 euros TTC résultant de son décompte final. Le 14 septembre 2021, la communauté d'agglomération a procédé au paiement de la somme de 9 871,73 euros TTC à la société Resina, de 8 767,96 euros TTC à la société I2E et celle de

2 502 euros TTC à la société SAUR, soit la somme totale de 21 141,69 euros TTC.

5. Il résulte de l'instruction que Golfe du Morbihan Vannes agglomération n'a pas adressé de décision motivée à la société Resina sur son mémoire en réclamation, qu'elle a ainsi nécessairement rejeté en application de l'article 50.1.3 du CCAG Travaux de 2009 cité au point 3. Cependant, les sommes versées à la société Resina et à deux de ses

sous-traitantes, le 14 septembre 2021, après mise en demeure adressée par la société Resina et postérieurement au délai de 45 jours dont disposait Golfe du Morbihan Vannes agglomération pour se prononcer sur le mémoire en réclamation de la société Resina, correspondent aux sommes admises par Golfe du Morbihan Vannes agglomération dans le projet de décompte général du 8 avril 2021 après rectification du décompte final établi par la société Resina.

6. En procédant au règlement du montant demandé par la société Resina après rectification d'une erreur matérielle, la communauté d'agglomération Golfe du Morbihan Vannes agglomération doit être regardée comme ayant entendu procéder au règlement du solde du marché, dès lors qu'aucun élément ne permet de démontrer qu'elle n'entendait pas procéder au règlement du solde du marché mais seulement à un règlement à titre d'acompte. La communauté d'agglomération Golfe du Morbihan Vannes agglomération a ainsi nécessairement renoncé à infliger des pénalités de retard à la société Resina. Elle ne pouvait, par suite, émettre un titre exécutoire, le 5 octobre 2021, pour mettre à la charge de la société Resina de telles pénalités.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, le titre exécutoire du 5 octobre 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer la somme de

17 173,35 euros :

8. Le motif de l'annulation du titre exécutoire du 5 octobre 2021 prononcée au point précédent implique nécessairement que la société Resina soit déchargée de l'obligation de payer la somme de 17 173,35 euros mise à sa charge.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Resina, qui n'est pas la partie perdante, la somme que demande la communauté d'agglomération Golfe du Morbihan Vannes agglomération au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Golfe du Morbihan Vannes agglomération la somme de 1 500 euros à verser à la société Resina sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Le titre exécutoire du 5 octobre 2021 est annulé.

Article 2 : La société Resina est déchargée de l'obligation de payer la somme de 17 173,35 euros mise à sa charge.

Article 3 : La communauté d'agglomération Golfe du Morbihan Vannes agglomération versera à la société Resina une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération Golfe du Morbihan Vannes agglomération au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Resina, à la communauté d'agglomération Golfe du Morbihan Vannes agglomération et au directeur départemental des finances publiques du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Grenier, présidente,

- Mme Pellerin, première conseillère,

- M. A, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 13 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

C. Grenier L'assesseure la plus ancienne

dans le grade,

signé

C. Pellerin

La greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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