vendredi 19 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2106504 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GOUACHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 décembre 2021 et 8 novembre 2023, M. A B, représenté par la SARL Poquet-Gouache Avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable tendant au versement d'une somme de 3 500 euros en réparation des préjudices résultant des fouilles intégrales dont il a fait l'objet sur la période courant de décembre 2020 à avril 2021 ;
2°) de condamner le garde des sceaux, ministre de la justice à lui verser une somme totale de 3 500 euros en réparation des préjudices résultant de l'illégalité des décisions portant fouille intégrale ;
3°) de mettre à la charge de l'État, une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les six décisions portant fouille intégrale des 2 décembre 2020, 29 décembre 2020, 9 février 2021, 25 février 2021, 15 avril 2021 et 22 avril 2021 sont illégales dès lors qu'elles ont été signées par une autorité incompétente, qu'elles ne sont pas signées et que leur auteur n'est pas identifié, qu'elles ne sont pas suffisamment motivées, qu'elles sont entachées d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation, et qu'elles sont disproportionnées ;
- il en résulte un préjudice de 500 euros par fouille illégale au titre de l'atteinte à son intégrité physique et morale, ainsi qu'à sa dignité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les fouilles litigieuses étaient justifiées, que l'administration n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité et qu'il y a lieu de réévaluer le montant du préjudice à de plus justes proportions.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code pénitentiaire ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le jugement de l'affaire a été renvoyé en formation collégiale.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Grondin,
- et les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est écroué depuis le 25 janvier 2017. En dernier lieu, il était détenu au centre pénitentiaire de Rennes. Il allègue qu'il a subi, entre décembre 2020 et avril 2021, six fouilles intégrales injustifiées, le conduisant à saisir le garde des sceaux, ministre de la justice d'une demande indemnitaire préalable en réparation des préjudices subis. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner le garde des sceaux, ministre de la justice à lui verser une somme de 3 500 euros en réparation des préjudices résultant des fouilles intégrales dont il a fait l'objet.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".
3. Ainsi que le fait valoir le requérant, les décisions litigieuses des 2 décembre 2020, 29 décembre 2020, 25 février 2021, 15 avril 2021 et 22 avril 2021 ne sont pas signées, ni ne font mention de la qualité de leur auteur. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que les cinq décisions par lesquelles le directeur du centre pénitentiaire de Rennes a décidé sa fouille individuelle méconnaissent les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens qui ne sont pas fondés. Les illégalités affectant ces décisions constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de l'État à son égard.
En ce qui concerne les préjudices :
4. D'une part, si l'illégalité d'une décision peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'administration, elle ne saurait donner lieu à réparation si, dans le cas d'une procédure régulière, la même décision aurait été prise à l'égard de l'intéressé. Il appartient au juge de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des pièces produites par les parties, si la même décision aurait pu légalement être prise dans le cadre d'une procédure régulière. Par ailleurs, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.
5. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". L'article 57 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009, désormais codifié à l'article R. 225-1 du code pénitentiaire dispose que : " () Les fouilles doivent être justifiées par la présomption d'une infraction ou par les risques que le comportement des personnes détenues fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l'établissement. Leur nature et leur fréquence sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues. / Lorsqu'il existe des raisons sérieuses de soupçonner l'introduction au sein de l'établissement pénitentiaire d'objets ou de substances interdits ou constituant une menace pour la sécurité des personnes ou des biens, le chef d'établissement peut également ordonner des fouilles dans des lieux et pour une période de temps déterminés, indépendamment de la personnalité des personnes détenues. Ces fouilles doivent être strictement nécessaires et proportionnées. Elles sont spécialement motivées et font l'objet d'un rapport circonstancié transmis au procureur de la République territorialement compétent et à la direction de l'administration pénitentiaire. / les fouilles intégrales ne sont possibles que si les fouilles par palpation ou l'utilisation des moyens de détection électronique sont insuffisantes. / Les investigations corporelles internes sont proscrites, sauf impératif spécialement motivé. Elles ne peuvent alors être réalisées que par un médecin n'exerçant pas au sein de l'établissement pénitentiaire et requis à cet effet par l'autorité judiciaire ". Et, aux termes de l'article R. 57-7-79 du code de procédure pénale, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article R. 225-1 du code pénitentiaire : " Les mesures de fouilles des personnes détenues, intégrales ou par palpation, sont mises en œuvre sur décision du chef d'établissement pour prévenir les risques mentionnés au premier alinéa de l'article 57 de la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009. Leur nature et leur fréquence sont décidées au vu de la personnalité des personnes intéressées, des circonstances de la vie en détention et de la spécificité de l'établissement. () ". Enfin, selon l'article R. 57-7-80 du même code, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article R. 225-2 du code pénitentiaire : " Les personnes détenues sont fouillées chaque fois qu'il existe des éléments permettant de suspecter un risque d'évasion, l'entrée, la sortie ou la circulation en détention d'objets ou substances prohibés ou dangereux pour la sécurité des personnes ou le bon ordre de l'établissement ".
6. Il résulte de ces dispositions que si les nécessités de l'ordre public et les contraintes du service public pénitentiaire peuvent légitimer l'application à un détenu de mesures de fouille, le cas échéant répétées, elles ne sauraient revêtir un caractère systématique et doivent être justifiées par l'un des motifs qu'elles prévoient, en tenant compte notamment du comportement de l'intéressé, de ses agissements antérieurs ou des contacts qu'il a pu avoir avec des tiers. Les fouilles intégrales revêtent un caractère subsidiaire par rapport aux fouilles par palpation ou à l'utilisation de moyens de détection électronique. Il appartient à l'administration pénitentiaire de veiller, d'une part, à ce que de telles fouilles soient, eu égard à leur caractère subsidiaire, nécessaires et proportionnées et, d'autre part, à ce que les conditions dans lesquelles elles sont effectuées ne soient pas, par elles-mêmes, attentatoires à la dignité de la personne.
7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. B a fait l'objet de cinq fouilles intégrales les 2 décembre 2020, 29 décembre 2020, 25 février 2021, 15 avril 2021 et 22 avril 2021, et non de six comme le requérant le soutient, la fouille prévue le 9 février 2021 n'ayant pas été exécutée, ainsi que cela résulte du document produit par le requérant. Il résulte également de l'instruction que les cinq fouilles litigieuses résultent du comportement du requérant en détention justifiant un placement en cellule disciplinaire à 11 reprises depuis mai 2018, et qui pouvait laisser craindre qu'il soit en possession d'objets prohibés. C'est ainsi que, outre de nombreuses insultes et menaces envers les gardiens, il a été trouvé en possession d'un smartphone le 24 novembre 2018 alors que, le 12 novembre 2019 il a été surpris en train de ramasser un colis projeté dans la cour de promenade depuis l'extérieur et de le camoufler dans son blouson. Si le requérant conteste ces derniers faits dans son mémoire en réplique, sa requête dirigée contre la sanction en résultant a toutefois été rejetée par un jugement n° 2005313 du tribunal administratif de Nantes qui a retenu que leur matérialité était établie. Par ailleurs, le 13 avril 2020, il a insulté et menacé des surveillants, et a provoqué un tapage. Le 15 avril suivant, il a refusé de changer de cellule. Le 21 juillet 2020, il a fait l'objet d'un compte-rendu d'incident pour avoir agressé un autre détenu en se saisissant d'une arme artisanale.
8. En l'espèce, les fouilles litigieuses ont été réalisées à la suite de situations où il existait des raisons de soupçonner l'introduction d'objets ou de substances interdits. Tel est le cas pour quatre des cinq fouilles litigieuses, réalisées à l'issue de parloirs, au cours desquels il est possible pour les détenus de récupérer des petits objets, tels que des téléphones, qui peuvent aisément échapper à la surveillance visuelle des gardiens, ce qui justifie la pratique de fouilles intégrales. Tel est également le cas de la dernière fouille réalisée à l'issue d'une promenade compte tenu des antécédents de l'intéressé, et notamment ceux des 24 novembre 2018 et 12 novembre 2019.
9. Enfin, les cinq fouilles litigieuses n'ont pas revêtu un caractère systématique, puisque l'une d'entre elles n'a pas été effectuée, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que les agents de l'administration pénitentiaire ont procédé à ces fouilles dans des conditions qui, par elles-mêmes, seraient attentatoires à la dignité humaine. Le caractère nécessaire et proportionné des cinq fouilles en litige est, par suite, établi.
10. Il résulte de ce qui a été dit aux points 7 à 9 que les décisions de procéder aux cinq fouilles litigieuses auraient pu légalement être prises dans le cadre d'une procédure régulière. En raison de l'absence de lien de causalité entre les préjudices allégués et le seul vice entachant les décisions litigieuses, M. B n'est pas fondé à solliciter à être indemnisé en raison de l'illégalité des décisions attaquées.
Sur les frais liés au litige :
11. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son conseil peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 500 euros que M. B sollicite au profit de son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 8 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Bozzi, premier conseiller,
M. Grondin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2024.
Le rapporteur,
signé
T. Grondin
Le président,
signé
C. Radureau
Le greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026