mardi 5 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2106596 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS TEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2021, M. A B, représentée par le cabinet d'avocats Teissonnière, Topaloff, Lafforgue, Andreu associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 20 octobre 2021 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de départ en retraite anticipée au titre des travaux insalubres ;
2°) d'enjoindre au ministre des armées de liquider sa pension retraite au titre des travaux insalubres, augmentée du coefficient de majoration conformément aux dispositions du décret n°02205-785 du 12 juillet 2005 ainsi que le paiement des indemnités de travaux insalubres pour la période de 1984 à 2019 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré les 20 avril 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 67-711 du 18 août 1967 ;
- le décret n° 2004-1056 du 5 octobre 2004 ;
- le code de justice administrative.
Les parties, régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Roux,
- les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public,
- et les observations de Me Bernard, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, technicien à statut ouvrier (TSO), régi par le statut des ouvriers de l'Etat au sein de Naval Group, a exercé successivement les fonctions de charpentier tôlier, à compter du 16 septembre 1981, puis de TSO à compter du 1er janvier 1985 successivement comme " traceur coque " puis préparateur technicien logistique. Depuis le 1er juillet 2019, il perçoit une allocation spécifique en raison de sa cessation anticipée d'activité au titre de l'exposition aux fibres d'amiante durant sa carrière professionnelle. M. B a formé une demande d'admission à la retraite à compter du 1er novembre 2021 au titre des travaux insalubres qui a fait l'objet d'une décision de rejet en date du 20 octobre 2021. Il demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 21 du décret du 5 octobre 2004 relatif au régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat : " I. - La liquidation de la pension intervient : / 1° Lorsque l'intéressé est radié des contrôles par limite d'âge, ou s'il a atteint, à la date d'admission à la retraite, l'âge mentionné à l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale, ou de cinquante-sept ans s'il a effectivement accompli dix-sept ans de services dans des emplois comportant des risques particuliers d'insalubrité. Les catégories d'emplois comportant ces risques sont déterminées dans les conditions fixées au II () / II.- La liquidation de la pension à cinquante-sept ans prévue au 1° du I du présent article est réservée aux intéressés accomplissant des travaux ou occupant des emplois dont la liste est fixée aux annexes du décret n° 67-711 du 18 août 1967 fixant les conditions d'application du régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat. Les intéressés doivent avoir accompli, pendant chacune des dix-sept périodes annales exigées : / 1° Soit trois cents heures de travail dans une des catégories de travaux insalubres ; / 2° Soit deux cents jours de services dans un des emplois insalubres pour les services effectués jusqu'au 31 décembre 2001 et de cent quatre-vingt jours de services dans un des emplois insalubres pour les services effectués à compter du 1er janvier 2002 () ".
3. D'autre part, aux termes du A du I de l'annexe du décret du 18 août 1967 fixant les conditions d'application du régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat, parmi la liste des travaux et emplois comportant des risques particuliers s'agissant du ministère des armées (terre, air et marine), figurent : " () VII. - Manipulation du chlore et des produits organiques chlorés et bromés, y compris le phosgène (dérivés halogénés des hydrocarbures, des carbures d'hydrogène et des carbures cycliques, fréon). () XI. - Manipulation du benzène et de ses homologues ainsi que de leurs composés, en l'absence de ventilation efficace. Exemples : peintures bitumineuses, dégraissage, stabilisants des poudres, bois à résines benzéniques. () XV. - Travaux exécutés en air confiné par suite du volume très réduit de l'espace où ils sont exécutés, ou en air pollué, en l'absence de ventilation artificielle efficace : travaux exécutés à l'aide du scaphandre dans l'air comprimé ou en dépression. Exemple : cellules de doubles fonds, collecteurs de chaudières à bateaux portés, fours non refroidis, caisses à huile et à hydrocarbures, tanks et réservoirs pétroliers. XVI. - Travaux exposant à l'inhalation de poussières susceptibles d'entraîner des pneumoconioses, en l'absence de ventilation artificielle efficace. Exemple : sablage autrement qu'en vase clos, retaillage de meules en l'absence d'aspirateurs de poussières, ébarbage à l'air comprimé, fabrication de charbon absorbant, isolation à la laine de verre, travaux à l'air comprimé, meulage à l'air libre. / () XIX. - Travaux exposant de façon habituelle à l'action intensive des sons et vibrations à celle des rayonnements ultra-violets ou infrarouges dans les postes de travail fixés limitativement comme suit : Bancs d'essais, moteurs et réacteurs, souffleries, laboratoires d'engins spéciaux, travaux au pistolet ou marteau pneumatique, soudure à l'arc, découpage au chalumeau oxyacétylénique. XX. - Travaux exposant à l'intoxication par les produits agressifs spéciaux. ".
4. Il ressort de la décision attaquée que, pour refuser à M. B bénéfice d'un départ anticipé au titre des travaux insalubres auxquels il a été exposés, l'administration a estimé qu'" il n'est pas possible de mettre en concordance les rubriques XI (manipulation du benzène et ses homologues ainsi que leurs composés en l'absence de ventilation efficace), XV (travaux exécutés en air confiné par suite du volume très réduit de l'espace où ils sont exécutés, ou en air pollué, en l'absence de ventilation efficace), XVI (travaux exposant à l'inhalation des poussières susceptibles d'entraîner des pneumoconioses en l'absence de ventilation artificielle efficace) et XIX (travaux exposant de façon habituelle à l'action intensive des sons et vibrations, à celles des rayonnements ultra-violets ou infra¬ rouges) indiquées sur vos états de travaux insalubres et la profession de préparateur technicien logistique exercée pendant la période considérée. ".
5. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
6. En l'espèce, l'administration soutient désormais que de 1982 à 1999, le lien entre les activités de M. B qui fut charpentier-tôlier puis traceur de coque à compter de 1984 et les rubriques VII, XI, XVI et XX mentionnées sur les relevés annuels n'est pas établi, qu'il n'est pas davantage établi de 1999 à 2005, lorsque M. B exerçait en qualité de technicien deviseur, qu'en outre, de 2005 à 2015, lorsque M. B occupait le poste de responsable des marchés déchets, les visites de contrôle, les expertises, les analyses de l'air et les recettes de travaux qu'il effectuait à ce titre à bord des navires ne constituaient pas des activités relevant de l'insalubrité définie à la rubrique XIX et qu'enfin de de 2015 à 2019, la référence à la rubrique XIX sur les états annuels de cette période ne peut pas être prise en compte dès lors que les fonctions de M. B qui assurait la surveillance de travaux d'infrastructure et de génie civil ne constituait pas une activité relevant de l'insalubrité définie à la rubrique XIX.
7. En premier lieu, il ressort de l'attestation en date du 9 septembre 2021, produite par M. B et émanant de la société Naval Group, que l'intéressé a, de 1999 à 2019, occupé successivement, en qualité de TSO, les postes de technicien deviseur au chantier réparation (CHR) situé au bâtiment de la Grande Rivière dans l'arsenal de Brest (Finistère) durant la période de 1999 à 2005, puis de responsable des marchés déchets au service soutien de 2005 à 2015 et enfin, de surveillant des travaux d'infrastructure et tous types de travaux de génie civil de 2015 à 2019. Le descriptif des fonctions occupées par M. B durant ces trois périodes, détaillées par cette même attestation, ne permet pas considérer qu'il réalisait lui-même des travaux, dont la liste est limitativement détaillée par le point XIX de l'annexe rappelée au
point 4. L'administration était donc fondée à refuser de prendre en compte les périodes relevées au titre de ce point durant la période de 1999 à 2019.
8. En second lieu, contrairement à ce que soutient l'administration, aucune mention de l'attestation du 9 septembre 2021 n'est susceptible d'établir que M. B qui occupait des fonctions de charpentier-tôlier de 1982 à 1984 n'effectuait pas des travaux relevant des rubriques XVI et XX. Par ailleurs, alors que de 1985 à 1999 M. B était affecté à l'atelier des bâtiments en fer (BF) en tant que " traceur coque ", fonctions qui l'amenaient, selon l'attestation du 9 septembre 2021, d'une part, à réaliser des gabarits et des moules de formage en bois nécessitant notamment des travaux de menuiserie consistant en des opérations de sciage, rabotage, ponçage du bois, l'utilisation de peinture cellulosique et diluant cellulosique et, d'autre part, à effectuer ponctuellement des travaux de tôlerie comprenant des opérations de soudage, meulage, découpe au chalumeau, il ne peut pas être soutenu que ces travaux étaient sans rapport avec les rubriques VII, XI, et XVI. Il ressort également de l'attestation du 9 septembre 2021, qu'alors que M. B était en poste au CHR en qualité de technicien deviseur de 1999 à 2005, ses tâches consistaient à réaliser des devis après examen à bord des navires, à effectuer
des travaux d'expertise dans les soutes, dans les cales et dans divers locaux subissant quotidiennement les nuisances dues aux travaux bord, au confinement, au bruit et aux poussières il ne donc peut pas être soutenu que ces travaux étaient sans rapport avec les rubriques XV et XVI.
9. Il résulte du point 8 que M. B a effectivement accompli dix-neuf années de services (1984, 1986, 1987, 1988, 1989, 1990, 1991, 1992, 1993, 1994, 1995, 1998, 1999, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004 et 2005) dans des emplois comportant des risques particuliers d'insalubrité à hauteur trois cents heures de travail dans une des catégories de travaux insalubres. Dès lors, en refusant le départ anticipé à la retraite de M. B, à compter du 1er novembre 2021, le ministre des armées a commis une erreur d'appréciation.
10. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Eu égard au motif d'annulation exposé au point 9, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le ministre des armées, dans un délai de deux mois, admette rétroactivement M. B à la retraite à compter du 1er novembre 2021 au titre des services accomplis dans des travaux et emplois portant des risques particuliers d'insalubrité et fasse procéder à la régularisation, au regard des dispositions relatives à la liquidation anticipée des pensions au titre des travaux insalubres, de sa situation, sans pouvoir cumuler, à compter de cette date l'allocation spécifique de cessation anticipée d'activité due à son exposition à l'amiante et la pension de retraite. En revanche l'exécution du présent jugement n'implique pas le paiement des indemnités de travaux insalubres pour la période de 1984 à 2019.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, une somme totale de 1 500 euros au profit de M. B au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 20 octobre 2021 de la ministre des armées est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre des armées, dans un délai de deux mois, d'admettre rétroactivement M. B à la retraite à compter du 1er novembre 2021 au titre des services accomplis dans des travaux et emplois portant des risques particuliers d'insalubrité et fasse procéder à la régularisation, au regard des dispositions relatives à la liquidation anticipée des pensions au titre des travaux insalubres, de sa situation, sans pouvoir cumuler, à compter de cette date l'allocation spécifique de cessation anticipée d'activité due à son exposition à l'amiante et sa pension de retraite.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros en application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
Mme Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.
Le rapporteur,
Signé
P. Le Roux Le président,
Signé
G. Descombes
Le greffier,
Signé
J-M. Riaud
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026