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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2200065

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2200065

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2200065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantGERNEZ PHILIPPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 6 janvier 2022 et 9 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Gernez, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2021 par lequel le ministre de l'Intérieur a décidé qu'il perdait le bénéfice du montant forfaitaire mensuel de la part fonctionnelle de l'indemnité de responsabilité et de performance à compter du 1er septembre 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 7 septembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'Intérieur de lui verser, à compter du 1er septembre 2021, le montant forfaitaire mensuel de la part fonctionnelle de l'indemnité de responsabilité et de performance prévue par l'article 4 du décret n° 2013-1144 du 11 décembre 2013 ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 4 août 2021, qui supprime un droit qui lui avait été alloué par l'arrêté du 17 juillet 2018, n'est pas motivé alors qu'il retire une décision créatrice de droit au sens du point 4 de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'en l'absence de nouvel arrêté d'affectation, il est toujours chef du service d'ordre public et de soutien (SOPS) et n'a pu bénéficier des dispositions de l'article 62 bis de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 applicable au moment de la restructuration de la direction départementale de sécurité publique d'Ille-et-Vilaine intervenue le 11 février 2021 ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la suppression du montant forfaitaire mensuel est un acte arbitraire qui ne repose sur aucun critère lié à la nature du poste occupé, lequel n'a pas été modifié mais dont la charge a été augmentée ; cette suppression constitue une sanction injustifiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2023, le ministre de l'Intérieur et des Outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'étant en situation de compétence liée pour retirer le bénéfice de la majoration de la part fonctionnelle de l'indemnité de responsabilité et de performance de M. A, les moyens soulevés sont inopérants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2013-1144 du 11 décembre 2013 modifié ;

- l'arrêté du 2 juin 2020 modifié fixant la liste des postes de chef de circonscription de sécurité publique et de chef de service ou d'unité organique bénéficiant du montant forfaitaire de la part fonctionnelle de l'indemnité de responsabilité et de performance allouée aux fonctionnaires du corps de commandement de la police nationale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tourre,

- les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, commandant de police, est affecté depuis le 1er décembre 2018 au sein de la direction départementale de sécurité publique d'Ille-et-Vilaine. Par un arrêté du 17 juillet 2018, il a été nommé chef du service d'ordre public et de soutien (SOPS) à compter du 3 septembre 2018 et s'est vu attribuer le bénéfice du montant forfaitaire mensuel de la part fonctionnelle de l'indemnité de responsabilité et de performance allouée aux fonctionnaires du corps de commandement de la police nationale prévue par l'article 4 du décret n° 2013-1144 du 11 décembre 2013. Par un arrêté du 4 août 2021, notifié le 30 août 2021, le ministre de l'Intérieur a décidé que M. A ne bénéficierait plus du montant forfaitaire mensuel de la part fonctionnelle de l'indemnité de responsabilité et de performance à compter du 1er septembre 2021. Par un courrier du 7 septembre 2021, l'intéressé a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté. En l'absence de réponse, l'administration a implicitement rejeté sa demande. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 août 2021 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté du 4 août 2021 indique que M. A est affecté à la direction départementale de sécurité publique d'Ille-et-Vilaine en qualité de chef du service d'ordre public et de soutien (SOPS). Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'en l'absence de nouvel arrêté d'affectation, il était toujours chef du service d'ordre public et de soutien et n'a pu bénéficier des dispositions de l'article 62 bis de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 applicable au moment de la restructuration de la direction départementale de sécurité publique d'Ille-et-Vilaine intervenue le 11 février 2021.

3. En second lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 11 décembre 2013 portant création d'une indemnité de responsabilité et de performance allouée aux fonctionnaires du corps de commandement de la police nationale : " En raison des responsabilités particulières qu'ils assument et des contraintes inhérentes à leurs fonctions ainsi que des résultats qu'ils obtiennent, une indemnité de responsabilité et de performance est allouée aux fonctionnaires du corps de commandement de la police nationale () ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " Par dérogation à l'article précédent, les responsabilités particulières inhérentes aux postes de chef de circonscription de sécurité publique ou de certains services ou unités organiques ouvrent, pour leurs titulaires, le bénéfice d'un montant forfaitaire, indépendant du grade du titulaire du poste, fixé par arrêté conjoint du ministre de l'intérieur, du ministre chargé du budget et du ministre chargé de la fonction publique (). Un arrêté conjoint du ministre de l'intérieur, du ministre chargé du budget et du ministre chargé de la fonction publique fixe le nombre de postes concernés. Dans la limite de ce contingent, un arrêté du ministre de l'intérieur en fixe la liste ".

4. Le poste de chef du service d'ordre public et de soutien (SOPS) affecté au sein de la direction départementale de sécurité publique d'Ille-et-Vilaine de M. A ne figure pas à l'annexe de l'arrêté du 2 juin 2020 fixant la liste des postes de chef de circonscription de sécurité publique et de chef de service ou d'unité organique bénéficiant du montant forfaitaire de la part fonctionnelle de l'indemnité de responsabilité et de performance allouée aux fonctionnaires du corps de commandement de la police nationale, dans sa version applicable au litige.

5. Par suite, M. A ne remplissant pas les conditions réglementaires lui permettant de prétendre au bénéfice du montant forfaitaire mensuel de la part fonctionnelle de l'indemnité de responsabilité et de performance prévue par l'article 4 du décret précité du 11 décembre 2013, le ministre était tenu de lui retirer le bénéfice de cette indemnité.

6. Eu égard à la situation de compétence liée dans laquelle se trouvait l'administration pour retirer à M. A le bénéfice du montant forfaitaire mensuel de la part fonctionnelle de l'indemnité de responsabilité et de performance à compter du 1er septembre 2021, les moyens tirés de la violation de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, de la sanction déguisée et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La rapporteure,

Signé

L. TourreLe président,

Signé

G. Descombes

La greffière,

Signé

E. Le Magoariec

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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