mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2200119 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 8 janvier 2022, le 30 octobre 2022 et le 14 janvier 2024, le dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. F D et Mme G E demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté n° DP 029091 21 00073 du 30 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Kerlouan ne s'est pas opposé à la déclaration préalable présentée par M. C en vue du changement de destination d'un local commercial en habitation, de la création d'une cuisine et d'une douche ainsi que de la pose d'un compteur d'eau sur un terrain situé 10 rue du Général de Gaulle ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Kerlouan la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté ne respecte pas le règlement de copropriété ;
- les travaux autorisés sont irréalisables compte-tenu de la configuration des lieux ;
- la division des lots de la copropriété n'a jamais été réalisée dans les règles ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article 9 du règlement du plan local d'urbanisme de 2017 applicables à la zone UHa et relatives à la réalisation d'aires de stationnement ;
- l'arrêté est entaché d'erreur de droit en autorisant le changement de destination du local commercial en habitation.
Par un mémoire, enregistré le 2 mars 2022, M. et Mme B et A C déclarent qu'ils ne sont plus propriétaires du bien ayant fait l'objet de la déclaration préalable litigieuse et qu'ils n'ont exécuté aucun des travaux autorisés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2023, la commune de Kerlouan, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. D et Mme E la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par une lettre du 23 janvier 2024, le tribunal a informé les parties, sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des moyens nouveaux invoqués dans le mémoire enregistré le 30/10/22 compte tenu de la cristallisation des moyens intervenue en application du premier alinéa de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () / 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; / 5º Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; () / 7°rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. () ".
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque les constructions, aménagements, installations et travaux font l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à leur exécution ou imposer des prescriptions lorsque les conditions prévues à l'article L. 421-6 ne sont pas réunies. ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique ".
3. Si M. D et Mme E soutiennent que l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable litigieux ne respecte pas le règlement de copropriété et est irréalisable compte-tenu de la configuration des lieux, les règles édictées par ledit règlement de copropriété ne sont pas au nombre des dispositions applicables aux autorisations d'urbanisme en vertu du principe d'indépendance des législations. Par suite, ce moyen présente le caractère d'un moyen inopérant au sens des dispositions du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
4. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. ".
5. Les moyens tirés de ce que la division des lots de la copropriété n'a jamais été réalisée dans les règles, de ce que l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions de l'article 9 du règlement du plan local d'urbanisme de 2017 applicables à la zone UHa et relatives à la réalisation d'aires de stationnement et de ce qu'il est entaché d'erreur de droit en autorisant le changement de destination du local commercial en habitation, ont été invoqués pour la première fois par M. D et Mme E dans leur mémoire enregistré au greffe du tribunal le 30 octobre 2022, soit plus de deux mois après la communication du premier mémoire en défense des pétitionnaires, laquelle est intervenue, en application de l'article R. 611-8-6 du code de justice administrative, le 3 mars 2022. Dès lors, ces moyens nouveaux sont tardifs et ne peuvent qu'être écartés comme irrecevables en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D et Mme E, qui ne comporte que des moyens inopérants et des moyens irrecevables, doit être rejetée en application des 4° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Kerlouan en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. D et Mme E est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Kerlouan en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F D, désigné représentant unique des requérants dans les conditions prévues par le dernier alinéa des articles R. 411-5 et R. 751-3 du code de justice administrative, à M. B C et à la commune de Kerlouan.
Fait à Rennes, le 3 décembre 2024.
Le président de la 1ère chambre,
signé
C. Radureau
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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