vendredi 21 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2200197 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS COUDRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 janvier et le 4 mai 2022, M. D B, représenté par Me Guirriec, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2021 par lequel le maire de la commune de Quiberon a accordé à la société civile immobilière (SCI) Bilt un permis de construire une maison individuelle sur un terrain situé 1 rue du Menhir Couché, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Quiberon le versement de la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- la décision est entachée d'une insuffisante motivation ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article Ub3 du plan local d'urbanisme ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article Ub6 du plan local d'urbanisme.
Par un mémoire, enregistré le 10 mars 2022, la SCI Bilt, représentée par le cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, la commune de Quiberon, représentée par la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bozzi,
- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,
- et les observations de Me Guirriec, représentant M. B, de Me Colas, de la SELARL Lexcap, représentant la commune de Quiberon, et de Me Chevet, substituant le cabinet Coudray, représentant la SCI Bilt.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Bilt est propriétaire sur le territoire de la commune de Quiberon des parcelles cadastrées section AW nos 104, 393, 395 et 397, situées 1 rue du Menhir Couché. La SCI Bilt a présenté à la mairie de Quiberon le 28 juillet 2021, une demande de permis de construire une maison d'habitation valant permis de démolir. Par un arrêté en date du 22 septembre 2021, le maire de la commune de Quiberon a accordé l'autorisation sollicitée. M. B, propriétaire de la parcelle voisine a alors saisi le maire de Quiberon d'un recours gracieux tendant au retrait du permis de construire délivré. Le maire de la commune a rejeté expressément ce recours par une lettre en date du 5 janvier 2022. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 22 septembre 2021, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence du signataire :
2. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 6 juillet 2020, le maire de Quiberon a expressément accordé à Mme A C, signataire de la décision en litige, une " délégation de fonction pour l'ensemble des questions relatives à l'urbanisme, ce qui comprend () les autorisations d'occuper le sol. ". L'article 2 de ce même arrêté dispose en outre que cette délégation concerne notamment " Les actes relatifs au domaine de l'urbanisme : permis de construire (). ". En outre, l'arrêté de délégation du 6 juillet 2020 est devenu exécutoire le 12 octobre 2020 après avoir été transmis au contrôle de légalité le 6 juillet 2020 et publié au recueil des actes administratifs de la commune de Quiberon le 12 octobre 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 22 septembre 2021 doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme :
3. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables. ".
4. Si les articles L. 424-3 et R. 424-5 du code de l'urbanisme prévoient la motivation des prescriptions assortissant la délivrance d'un permis de construire, la motivation exigée peut résulter directement du contenu même des prescriptions.
5. Or, en l'espèce, l'article 3 du permis de construire en litige du 22 septembre 2021 dispose que " En application de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, l'importance des avants-toit en pignons et façades devra être réduite ". L'énoncé de ces prescriptions constitue une motivation suffisante dès lors que les dispositions applicables du code de l'urbanisme sont mentionnées et que les dimensions des avants-toits sont ainsi considérées comme étant trop importantes au regard de l'impact que ces éléments de la construction, compte tenu de leur nature et de leurs effets, pourraient avoir sur le site. Ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la création d'un lotissement non autorisé préalablement à la délivrance du permis de construire :
6. Aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ".
7. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique. ". Au nombre des dispositions, dont l'autorité qui délivre le permis de construire doit en vertu de ce texte assurer le respect, figurent celles qui concernent les lotissements. Il suit de là qu'un permis de construire ne peut être légalement délivré pour une construction à édifier sur un terrain compris dans un lotissement non autorisé ou autorisé dans des conditions irrégulières.
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la SCI Bilt est titulaire d'une décision de non-opposition à déclaration préalable portant sur une division en vue de construire accordée le 16 avril 2021 concernant notamment la parcelle cadastrée section AW n° 104 correspondant à l'emprise du projet en cause.
9. Enfin, la circonstance, au demeurant non établie par les pièces versées aux débats, que le lotissement autorisé par la décision du 16 avril 2021 n'aurait pas été encore achevé est sans incidence sur la légalité et l'opposabilité de la décision de non-opposition à la déclaration préalable de division. Au surplus, à supposer même que le permis de construire en litige concerne l'ensemble des parcelles cadastrées section AW nos 104, 393, 395 et 397, le requérant ne démontre pas que cette circonstance aurait pour conséquence une méconnaissance des dispositions du plan local d'urbanisme qu'il invoque.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :
10. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".
11. Les risques d'atteinte à la sécurité publique qui, en application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, justifient le refus d'un permis de construire ou son octroi sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants de la construction pour laquelle le permis est sollicité que ceux que l'opération projetée peut engendrer pour des tiers. Pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis d'aménager sur le fondement des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, il appartient à l'autorité compétente en matière d'urbanisme, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.
12. En premier lieu, le règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie du Morbihan, pris en application de l'article R. 2225-3 du code général des collectivités territoriales, dont se prévalent les requérants, relève d'une législation distincte du droit de l'urbanisme et ne s'impose pas aux autorisations d'utiliser ou d'occuper le sol en application du principe de l'indépendance des législations.
13. En second lieu, M. B n'apporte aucun élément de nature à caractériser l'existence, la probabilité ou la gravité d'un risque alors que le projet concerne la réalisation d'une maison d'habitation dans un secteur bâti. En tout état de cause, la commune fait valoir sans être contestée que le projet se situe à environ 240 mètres du Point d'Eau Incendie n° 35 disposant d'un débit maximal horaire de 120 m3, à 260 mètres du Point d'Eau Incendie n° 46 présentant un débit maximal horaire de 120 m3 et enfin à environ 180 mètres par la voie du Point d'Eau Incendie n° 95 dont le débit maximal horaire est de 107 m3. Le requérant ne démontre pas que ces points d'eau ne permettraient pas d'intervenir le cas échéant sur la propriété de la SCI Bilt. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article Ub3 du règlement du plan local d'urbanisme :
14. Aux termes de l'article Ub3 du règlement du plan local d'urbanisme de Quiberon : " Voirie : les dimensions, formes et caractéristiques techniques des voies publiques ou privées doivent être adaptées à l'opération et présenter une largeur d'emprise minimum de : / - 3,00 m pour une maison individuelle, / - 6,00 m pour un groupe d'habitations comportant 6 maisons maximum ou un collectif ne comportant pas plus de 6 logements, / - 8,00 m pour un groupe d'habitations comportant plus de 6 maisons ou un collectif comportant plus de 6 logements. / Toutefois, les largeurs ci-dessus peuvent être réduites si les conditions techniques, urbanistiques, de sécurité, de défense contre l'incendie, de la protection civile et de collecte des ordures ménagères le permettent, après avis des services compétents ". En outre, concernant les accès, le même article dispose que : " Pour être constructible, un terrain doit avoir accès à une voie publique ou privée : soit directement soit par l'intermédiaire d'un droit de passage acquis sur fonds voisin. / Les accès doivent être adaptés à l'opération et aménagés de façon à apporter la moindre gêne à la circulation publique. ".
15. Aux termes des définitions du plan local d'urbanisme, les voies correspondent aux " voies publiques ou privées (incluant les espaces réservés aux " deux roues ") ouvertes à la circulation publique (donc y compris les voies des lotissements privés ainsi que les chemins ruraux) " et comprennent, " la chaussée, les trottoirs et les accotements. ".
16. Ces dispositions ne s'appliquent qu'aux voies nouvelles et le projet ne comporte que l'utilisation en indivision d'une bande de terrain affectée notamment à l'accès de la parcelle d'emprise du projet, conformément à l'usage prévu par la déclaration préalable de division autorisée le 16 avril 2021. Ce moyen ne peut ainsi qu'être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article Ub6 du règlement du plan local d'urbanisme :
17. Aux termes de l'article Ub6 du règlement du plan local d'urbanisme de Quiberon relatif à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques : " En secteurs Uba, Ubb, Ubc, Ubf, Ubt et Ubv : Sauf indications contraires portées aux documents graphiques du présent P.L.U., les constructions doivent être implantées en retrait d'au moins 5,00 mètres des voies (publiques ou privées) et emprises publiques. / Toutefois, l'implantation de la construction à une distance inférieure ou supérieure peut être imposée pour des motifs d'ordre architectural, d'unité d'aspect et de sécurité (circulation automobile), en fonction des dispositions d'un plan d'ensemble ou des dimensions de la parcelle. () ".
18. Les dispositions générales du plan local d'urbanisme disposent en leur article 15 que la règle d'implantation ne s'applique qu'aux constructions principales, de premier rang, présentant une façade ou un pignon sur rue alors que la construction en litige se situe en second rang du front bâti par rapport à la rue du Menhir Couché. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Quiberon, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B une somme que celui-ci demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B le paiement d'une somme de 750 euros à verser à la commune de Quiberon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
22. Il y a également lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B le paiement d'une somme de 750 euros à verser à la SCI Bilt au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera à la commune de Quiberon la somme de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : M. B versera à la SCI Bilt la somme de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à la SCI Bilt et à la commune de Quiberon.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Bozzi, premier conseiller,
Mme Villebesseix, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.
Le rapporteur,
signé
F. Bozzi
Le président,
signé
C. Radureau
Le greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026