vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2200310 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2022, sous le n° 2200310, M. G F et Mme B F, représentés par la SELARL Valadou-Josselin et Associés, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° PC 029 101 19 00051 M01 du 20 août 2021 par lequel le maire de la commune de Landéda a refusé de délivrer un permis de construire modificatif à M. et Mme A, ainsi que la décision rejetant implicitement leur recours gracieux dirigé à l'encontre de cet arrêté ;
2°) d'enjoindre à la commune de Landéda, à titre principal, de délivrer le permis de construire modificatif sollicité par M. et Mme A dans un délai de 5 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de leur demande de permis de construire modificatif, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Landéda le versement de la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que l'arrêté litigieux :
- procède au retrait du permis de construire modificatif tacite dont bénéficient M. et Mme A, qui est une décision créatrice de droit, sans mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable ;
- est entaché d'erreur de droit dès lors que la demande de permis de construire modificatif ne constitue pas, eu égard au caractère limité des modifications apportées, une nouvelle demande de permis de construire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023, la commune de Landéda, représentée par la SELARL Le Roy, H, D, s'en remet à la sagesse du tribunal.
La procédure a été communiquée à et à M. et Mme A qui n'ont pas produit d'écritures.
II. Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2022, sous le n° 2200372, M. E A et Mme C A, représentés par la Cabinet Saout, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° PC 029 101 19 00051 M01 du 20 août 2021 par lequel le maire de la commune de Landéda a refusé de leur délivrer un permis de construire modificatif, ainsi que la décision rejetant implicitement leur recours gracieux dirigé à l'encontre de cet arrêté ;
2°) d'enjoindre à la commune de Landéda, à titre principal, de leur délivrer un certificat de permis de construire modificatif tacite dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, le cas échéant sous astreinte et, à titre subsidiaire, de leur délivrer le permis de construire modificatif sollicité ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Landéda le versement de la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que leur requête est recevable et que l'arrêté litigieux :
- procède au retrait du permis de construire modificatif tacite dont ils bénéficient, sans mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable ;
- est entaché d'erreur de droit dès lors que la demande de permis de construire modificatif ne constitue pas, eu égard au caractère limité des modifications apportées, une nouvelle demande de permis de construire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023, la commune de Landéda, représentée par la SELARL Le Roy, H, D, s'en remet à la sagesse du tribunal.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu l'ordonnance nos 2200313 et 2200373 du 8 février 2022 du juge des référés du tribunal ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Grondin,
- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,
- et les observations de Me Le Soudeer, substituant le Cabinet Saout, représentant M. et Mme A, et I, J, H, D, représentant la commune de Landéda.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme F sont respectivement nus-propriétaires et usufruitiers d'une maison d'habitation située sur la parcelle cadastrée section BI n° 137 sur le territoire de la commune de Landéda et classée en zone Uhc du règlement du plan local d'urbanisme. Cette parcelle jouxte la parcelle cadastrée section BI n° 138 appartenant à M. et Mme A, lesquels ont déposé, le 24 octobre 2019, une demande de permis de construire en vue de l'édification d'une maison d'habitation. Ce permis de construire leur a été délivré par un arrêté du maire de la commune de Landéda du 20 décembre 2019. A la suite de la signature d'un protocole d'accord transactionnel le 23 juin 2021, M. et Mme A ont déposé une demande de permis de construire modificatif, en vue notamment d'abaisser la hauteur du bâtiment construit et de modifier ses caractéristiques extérieures. Par un arrêté du 20 août 2021, le maire de la commune de Landéda a refusé de délivrer le permis de construire modificatif sollicité, conduisant M. et Mme F, d'une part, et M. et Mme A, d'autre part, à présenter un recours gracieux dirigé à l'encontre de ce refus.
2. Par une requête, enregistrée sous le n° 2200310, M. et Mme F demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 août 2021, ainsi que la décision rejetant implicitement leur recours gracieux. Par une requête, enregistrée sous le n° 2200372, M. et Mme A demandent au tribunal d'annuler ce même arrêté du 20 août 2021, ainsi que la décision rejetant implicitement leur recours gracieux.
3. Ces deux requêtes présentent à juger les mêmes questions de droit et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions d'annulation :
4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme : " À défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : () / b) Permis de construire () tacite. () ". Aux termes de son article R. 423-19 : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de son article R. 423-22 : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". Aux termes de son article R. 423-23 : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () / b) Deux mois pour () les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; () ". Aux termes de son article L. 424-5 : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de son article L. 211-2 : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ".
6. La décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée de la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dont le respect, par l'autorité administrative compétente, constitue une garantie pour le titulaire du permis de construire que cette autorité envisage de retirer. La décision de retrait d'un permis de construire est ainsi illégale s'il ressort des circonstances de l'espèce que le titulaire de ce permis a été effectivement privé de cette garantie.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme A ont déposé leur dossier de demande de permis de construire modificatif à la mairie de Landéda le 21 juin 2021. Conformément aux dispositions précitées du b) de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme, le délai d'instruction de cette demande était de deux mois. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que ce délai d'instruction de droit commun aurait été majoré, que le dossier de demande n'aurait pas été complet dès le 21 juin 2021, ou encore que le maire de la commune de Landéda aurait demandé aux époux A la production de pièces complémentaires, retardant le point de départ du délai d'instruction à compter de la réception de la demande par le service instructeur. Par ailleurs, si le maire de la commune de Landéda a signé l'arrêté litigieux de refus de permis de construire modificatif le 20 août 2021, soit dans le délai d'instruction, il est constant que cet acte n'a été posté que le 27 août suivant et notifié aux époux A le 30 août 2021. Dès lors qu'il résulte des termes mêmes de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme qu'à défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction les intéressés bénéficient de l'octroi d'un permis tacite, les époux A doivent être regardés comme étant devenus titulaires d'un permis de construire modificatif tacite à compter du 21 août 2021. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux du 20 août 2021 doit être regardé comme procédant au retrait de cette décision tacite en application de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme. Dès lors qu'il n'apparaît pas que l'arrêté litigieux aurait été précédé d'une procédure contradictoire, ce moyen doit être accueilli.
8. En second lieu, l'autorité compétente, saisie d'une demande en ce sens, peut délivrer au titulaire d'un permis de construire en cours de validité un permis modificatif, tant que la construction que ce permis autorise n'est pas achevée, dès lors que les modifications envisagées n'apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. À ce titre, la seule circonstance que les modifications portent sur des éléments tels que l'implantation de la construction projetée, ses dimensions ou son apparence ne fait pas, par elle-même, obstacle à ce qu'elles fassent l'objet d'un permis modificatif.
9. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire modificatif litigieuse porte sur le remplacement de la toiture en ardoise à double pan par une toiture monopente, en vue d'abaisser la hauteur de la construction de 8,66 mètres à 7,03 mètres afin de favoriser la vue sur mer de M. et Mme F, sur la création d'une terrasse au nord-ouest de la construction, toujours pour favoriser la vue sur mer des voisins, sur la création d'une nouvelle pièce sur pilotis au sud, dont la surface correspond à la surface habitable supprimée par la nouvelle terrasse, et, enfin, sur le remplacement d'une fenêtre coulissante au sud par une porte-fenêtre.
10. Ces modifications, qui ne portent que sur la hauteur de la construction, la forme de la toiture et la configuration d'une pièce de vie, d'une part, et qui laissent à l'identique l'implantation du bâtiment ainsi que sa surface plancher, d'autre part, présentent un caractère mineur et limité et n'apportent pas au projet autorisé par le permis initial un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Par suite, le maire de la commune de Landéda ne pouvait, sans erreur d'appréciation, opposer comme motif unique de refus à la demande de permis de construire modificatif dont il était saisi, celui tiré de ce que les modifications envisagées remettaient en cause la conception générale du projet et devaient donc faire l'objet d'une nouvelle demande de permis de construire.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté litigieux du 20 août 2021 du maire de la commune de Landéda, ainsi que de la décision rejetant implicitement leurs recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. Eu égard à ses motifs, le présent jugement d'annulation de l'arrêté du 20 août 2021 implique nécessairement que soit reconnue l'existence d'un certificat de permis de construire modificatif tacite au bénéfice de M. et Mme A. Toutefois, dès lors qu'il est constant qu'un certificat de permis tacite a été délivré aux époux A le 14 février 2022 en exécution de l'injonction prévue par l'ordonnance du 8 février 2022 prise par le juge du référé suspension, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions d'injonction et d'astreinte de M. et Mme F, d'une part, et de M. et Mme A, d'autre part.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Landéda, partie perdante dans la présente instance, une somme de 800 euros à verser à M. et Mme F au titre des frais qu'ils ont exposés et non compris dans les dépens.
14. Il y a également lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Landéda une somme de 800 euros, à verser à M. et Mme A au titre des mêmes dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de Landéda du 20 août 2021 est annulé.
Article 2 : La commune de Landéda versera à M. et Mme F une somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La commune de Landéda versera à M. et Mme A une somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus de l'ensemble des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. G F et Mme B F, à M. E A et Mme C A, et à la commune de Landéda.
Délibéré après l'audience du 2 février 2024 à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Grondin, premier conseiller,
Mme Villebesseix, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
Le rapporteur,
signé
T. Grondin
Le président,
signé
C. Radureau
Le greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2200310 et 220037
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026