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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2200387

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2200387

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2200387
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTONNERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 20 janvier 2022, 5 janvier 2024 et 7 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Tonnerre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel le maire de la commune de Groix l'a mise en demeure de procéder au retrait de la clôture installée sur la parcelle cadastrée AE n° 376 sous huit jours ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Groix la somme de 2 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée ne lui a pas été notifiée ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée, notamment au regard des dispositions du code du patrimoine dont elle fait application ;

- elle méconnaît les articles L. 480-1 et L. 481-1 du code de l'urbanisme dès lors qu'aucun procès-verbal de constat d'une infraction n'a été dressé préalablement à l'édiction de l'arrêté du 8 décembre 2021 ;

- elle n'a pas été invitée à présenter ses observations avant l'édiction de cet arrêté ;

- c'est à tort que l'arrêté mentionne qu'il pourra faire l'objet d'une exécution forcée dans le cas où la mise en demeure resterait sans effet ;

- aucun mise en demeure ne pouvait être édictée dès lors que la clôture litigieuse a été édifiée sans méconnaître les règles du plan local d'urbanisme et qu'elle relève donc des constructions dispensées de toute formalité entrant dans le champ de l'article R. 421-2 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de droit dès lors que le motif tiré du risque de conflit de voisinage est étranger à la police de l'urbanisme ;

- il est entaché de détournement de pouvoir.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 14 décembre 2023 et 2 février 2024, la commune de Groix, représentée par la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme B de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blanchard,

- les conclusions de M. Grondin, rapporteur public,

- et les observations de Me Tonnerre, représentant Mme B, et de Me Colas, de la SELARL Lexcap, représentant la commune de Groix.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a déposé en juillet 2019 une déclaration préalable en vue de l'installation d'une clôture sur la parcelle cadastrée section AE n° 376, située dans le village de Locmaria à Groix. Cette parcelle supporte un espace non bâti qui permet le passage entre la rue du Large et la rue de Liaker. Par un arrêté du 5 août 2019, le maire de la commune de Groix a décidé de surseoir à statuer sur cette déclaration préalable. Mme B maintenant son souhait de clôturer ce terrain a procédé à l'installation de bacs à fleurs, de claustras et de palettes sur le bord de la parcelle située du côté de la rue du Large, de manière à entraver le passage depuis cette rue. Le maire de Groix, par un arrêté du 8 décembre 2021, a mis en demeure Mme B de procéder au retrait de cette clôture sous 8 jours faute de quoi il y serait procédé d'office et à ses frais. Le 20 décembre 2021, les services techniques de la commune de Groix ont démantelé la clôture litigieuse.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés () ".

3. L'article L. 481-1 du même code dispose : " I.-Lorsque des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 () ont été entrepris ou exécutés en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application () et qu'un procès-verbal a été dressé en application de l'article L. 480-1, indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées pour réprimer l'infraction constatée, l'autorité compétente mentionnée aux articles L. 422-1 à L. 422-3-1 peut, après avoir invité l'intéressé à présenter ses observations, le mettre en demeure, dans un délai qu'elle détermine, soit de procéder aux opérations nécessaires à la mise en conformité de la construction, de l'aménagement, de l'installation ou des travaux en cause aux dispositions dont la méconnaissance a été constatée, soit de déposer, selon le cas, une demande d'autorisation ou une déclaration préalable visant à leur régularisation. () IV.-Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque les travaux entrepris et exécutés mentionnés au I du présent article ont produit des installations qui présentent un risque certain pour la sécurité ou pour la santé et lorsque la mise en demeure est restée sans effet au terme du délai imparti, l'autorité compétente peut procéder d'office à la réalisation des mesures prescrites, aux frais de l'intéressé. ". L'article R. 421-12 du code de l'urbanisme, auquel renvoie l'article L. 421-4 du même code, prévoit que l'édification d'une clôture est soumise à déclaration préalable lorsque, notamment, elle est située dans une commune ou partie de commune où le conseil municipal a décidé de soumettre les clôtures à déclaration. Les dispositions relatives aux déclarations préalables figurent au titre II du livre IV du code de l'urbanisme, visé aux articles L. 480-1 et L. 481-1 précités. Le maire, dans la commune dotée d'un plan local d'urbanisme, compte au nombre des autorités compétentes mentionnées aux articles L. 422-1 à L. 422-3-1 du code de l'urbanisme.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations de la requérante lorsqu'elle a déposé une plainte à la gendarmerie le 22 décembre 2021, que la clôture située sur la limite entre la rue du Large et la parcelle cadastrée section AE n° 376 a été édifiée durant l'été 2021, soit après la délibération du 5 décembre 2019, par laquelle le conseil municipal de Groix a adopté le règlement du plan local d'urbanisme imposant la présentation d'une déclaration préalable avant toute installation de clôture. Il est constant que Mme B ne bénéficiait pas, à la date de mise en place de la clôture litigieuse, d'une décision de non-opposition à déclaration préalable.

5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, préalablement à l'adoption de l'arrêté du 8 décembre 2021 la mettant en demeure de retirer la clôture litigieuse, la requérante n'a pas été invitée à présenter ses observations. En outre, aucun procès-verbal de constat d'une infraction n'a été dressé sur le fondement de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme. A cet égard, si la commune se prévaut de l'existence d'un procès-verbal de la police municipale en date du 20 décembre 2021, ce procès-verbal se borne à constater que le retrait de la clôture n'est pas intervenu au terme de la mise en demeure et à relever que son démantèlement a été réalisé par les services techniques municipaux. Il est en tout état de cause postérieur à la décision attaquée. Enfin, dès lors que la clôture litigieuse ne présentait pas de risque certain pour la sécurité ou pour la santé, c'est à tort que l'arrêté attaqué a prévu qu'il pourrait faire l'objet d'une exécution forcée au terme du délai de mise en demeure. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 8 décembre 2021 méconnaît l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme.

6. En second lieu, le motif de l'arrêté, tiré du fait que la clôture entrave le passage des riverains entre la rue du Large et la rue de Lieker et qu'il est de nature à susciter un conflit de voisinage, est étranger aux règles d'urbanisme dont l'article L. 481-1 précité vise à assurer le respect. Le moyen tiré de ce que l'arrêté est entaché d'erreur de droit en ce qu'il se fonde sur ces motifs doit, par suite, être accueilli.

7. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel le maire de Groix a mis en demeure Mme B de procéder au retrait de la clôture installée sur la parcelle AE n° 376 sous huit jours doit être annulé. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B, qui n'a pas la qualité de partie perdante, une somme au titre des frais exposés par la commune de Groix et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Groix, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le versement d'une somme quelconque à Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel le maire de Groix a mis en demeure Mme B de procéder au retrait de la clôture installée sur la parcelle AE n° 376 sous huit jours est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Groix.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Blanchard, premier conseiller,

Mme Villebesseix, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

A. Blanchard

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2200387

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