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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2200414

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2200414

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2200414
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCOLLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 janvier 2022 et 15 novembre 2024, M. F E, M. G E, Mme H D, M. B C et M. A C, représentés par Me Collet, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Névez a implicitement refusé de modifier le règlement du plan local d'urbanisme ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Névez a implicitement refusé d'abroger la délibération du 29 septembre 2017 approuvant le règlement du plan local d'urbanisme, en tant qu'elle classe les parcelles cadastrées section AN nos 81, 82, 83 et 94 en zone Ns ;

3°) d'enjoindre à la commune de Névez d'abroger de règlement du plan local d'urbanisme en tant qu'il classe ces parcelles en zone Ns et qu'il maintient l'emplacement réservé n° 9 sur la parcelle cadastrée section AN n° 83, dans un délai de six mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Névez le versement de la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que leur requête est recevable et que :

- l'administration est tenue d'abroger un acte règlementaire illégal ;

- les décisions implicites de rejet de leurs demandes ne sont pas motivées ;

- la délibération approuvant le règlement du plan local d'urbanisme est entachée d'incompétence dès lors que la communauté d'agglomération Concarneau Cornouaille Agglomération est compétente en la matière conformément aux dispositions de l'article L. 5216-5 du code général des collectivités territoriales ;

- la délibération approuvant le règlement du plan local d'urbanisme est entachée d'erreur de droit en ce qu'elle classe les parcelles cadastrées section AN nos 81, 82, 83 et 94 en zone Ns ; ces parcelles ne constituent pas un espace remarquable au sens de l'article R. 121-4 du code de l'urbanisme ; le rapport de présentation du règlement du plan local d'urbanisme les situe dans l'enveloppe urbanisé de la commune ;

- la délibération approuvant le règlement du plan local d'urbanisme est entachée d'erreur manifeste d'appréciation s'agissant du maintien de l'emplacement réservé n° 9 sur la parcelle cadastrée section AN n° 83.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2024, la commune de Névez, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce que les requérants lui versent la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable ; les requérants n'ont pas intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivité territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grondin,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Collet, représentant M. E et autres, et de Me Riou, de la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, représentant la commune de Névez.

Considérant ce qui suit :

1. Les consorts E, C et Mme D sont propriétaires des parcelles cadastrées section AN nos 81, 82, 83 et 94 situées rue Hent Sabl sur le territoire de la commune de Névez, et classées en zone NAb puis NDs par l'ancien plan d'occupation des sols. Le règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Névez, approuvé par délibération du 29 septembre 2017, a classé ces quatre parcelles en zone Ns, correspondant aux espaces remarquables du littoral, et a grevé la parcelle cadastrée section AN n° 83 d'un emplacement réservé. Par courrier du 9 novembre 2020, et dans le cadre d'une volonté de la commune d'acquérir les parcelles de M. F E en vue d'un projet d'utilité publique, ils ont demandé à la commune de procéder à une modification du règlement du plan local d'urbanisme et de classer leurs parcelles en zone urbanisée. Par courrier du 9 mars 2021, ils ont demandé à la commune d'abroger la délibération du 29 septembre 2017, en tant qu'elle classe les parcelles cadastrées section AN nos 81, 82, 83 et 94 en zone Ns, et qu'elle grève la parcelle cadastrée section AN n° 83 d'un emplacement réservé. Par la présente requête, les consorts E, C et Mme D demandent au tribunal d'annuler les deux décisions par lesquelles le maire de la commune de Névez a implicitement rejeté ces deux demandes.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. La commune de Névez soutient en défense que les requérants sont dépourvus de tout intérêt pour agir, dès lors que le courrier du 9 novembre 2020 a été présenté au nom d'un collectif, et non par les requérants eux-mêmes, et qu'ils ne peuvent donc se prévaloir d'aucune décision implicite de rejet à leur encontre. Toutefois, les termes même de ce courrier attestent de ce que leur demande a été directement adressée au maire de la commune de Névez par les cinq requérants à titre individuel, et non pour le compte d'un collectif. D'autre part, la demande d'abrogation partielle du règlement écrit du plan local d'urbanisme du 9 mars 2021 a été faite par M. F E au nom de tous les auteurs de la première demande. Par suite, cette fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique :

3. Le contrôle exercé par le juge administratif sur un acte qui présente un caractère réglementaire, comme c'est le cas des délibération approuvant les plans locaux d'urbanisme, porte sur la compétence de son auteur, les conditions de forme et de procédure dans lesquelles il a été édicté, l'existence d'un détournement de pouvoir et la légalité des règles générales et impersonnelles qu'il énonce, lesquelles ont vocation à s'appliquer de façon permanente à toutes les situations entrant dans son champ d'application tant qu'il n'a pas été décidé de les modifier ou de les abroger. Le juge administratif exerce un tel contrôle lorsqu'il est saisi, par la voie de l'action, dans le délai de recours contentieux. En outre, en raison de la permanence de l'acte réglementaire, la légalité des règles qu'il fixe, comme la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir doivent pouvoir être mises en cause à tout moment, de telle sorte que puissent toujours être sanctionnées les atteintes illégales que cet acte est susceptible de porter à l'ordre juridique.

4. Après l'expiration du délai de recours contentieux, une telle contestation peut être formée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure prise pour l'application de l'acte réglementaire ou dont ce dernier constitue la base légale. Elle peut aussi prendre la forme d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision refusant d'abroger l'acte réglementaire, comme l'exprime l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration aux termes duquel : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé () ". Si, dans le cadre de ces deux contestations, la légalité des règles fixées par l'acte réglementaire, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n'en va pas de même des conditions d'édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché, ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre du recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte réglementaire lui-même et introduit avant l'expiration du délai de recours contentieux.

En ce qui concerne le vice d'incompétence entachant la délibération approuvant le règlement écrit du règlement du plan local d'urbanisme :

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 5216-5 du code général des collectivités territoriales : " I.- La communauté d'agglomération exerce de plein droit au lieu et place des communes membres les compétences suivantes : / () 2° En matière d'aménagement de l'espace communautaire : schéma de cohérence territoriale et schéma de secteur ; plan local d'urbanisme, document d'urbanisme en tenant lieu et carte communale () ". Selon le II de l'article 136 de la loi n° 2004-366 du 24 mars 2014 d'accès au logement et à un urbanisme rénové (ALUR) : " La communauté de communes ou la communauté d'agglomération existant à la date de publication de la présente loi, ou celle créée ou issue d'une fusion après la date de publication de cette même loi, et qui n'est pas compétente en matière de plan local d'urbanisme, de documents d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale le devient le lendemain de l'expiration d'un délai de trois ans à compter de la publication de ladite loi. Si, dans les trois mois précédant le terme du délai de trois ans mentionné précédemment, au moins 25 % des communes représentant au moins 20 % de la population s'y opposent, ce transfert de compétences n'a pas lieu. / Si, à l'expiration d'un délai de trois ans à compter de la publication de la présente loi, la communauté de communes ou la communauté d'agglomération n'est pas devenue compétente en matière de plan local d'urbanisme, de documents d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, elle le devient de plein droit le premier jour de l'année suivant l'élection du président de la communauté consécutive au renouvellement général des conseils municipaux et communautaires, sauf si les communes s'y opposent dans les conditions prévues au premier alinéa du présent II. / Si, à l'expiration d'un délai de trois ans à compter de la publication de la présente loi, la communauté de communes ou la communauté d'agglomération n'est pas devenue compétente en matière de plan local d'urbanisme, de documents d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale peut également à tout moment se prononcer par un vote sur le transfert de cette compétence à la communauté. S'il se prononce en faveur du transfert, cette compétence est transférée à la communauté, sauf si les communes-membres s'y opposent dans les conditions prévues au premier alinéa du présent II, dans les trois mois suivant le vote de l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre ". Il résulte de ces dispositions que, sauf si au moins 25 % des communes représentant au moins 20 % de la population s'y opposent, la compétence en matière de plan local d'urbanisme est automatiquement transférée à l'établissement public de coopération intercommunale pour les intercommunalités préexistantes à la loi, comme c'est le cas en l'espèce, à l'issue d'un délai de trois ans maximum à compter de la publication de la loi, soit au plus tard le 27 mars 2017 compte tenu de sa publication dans le Journal officiel de la république française n° 0072 du 26 mars 2014.

6. En l'espèce, il résulte tant de la consultation librement accessible aux parties du site internet de la communauté d'agglomération Concarneau Cornouaille Agglomération, qui ne fait pas état d'un transfert de compétence en matière plan local d'urbanisme ni ne contient aucun plan local d'urbanisme intercommunal, que des statuts de l'intercommunalité qui ne font pas plus état d'un tel transfert, que les communes de la communauté d'agglomération Concarneau Cornouaille Agglomération se sont opposées au transfert de compétence, la communauté d'agglomération Concarneau Cornouaille Agglomération, comme le permettent les dispositions précitées du II de l'article 136 de cette loi. Par suite, le conseil municipal avait bien compétence, le 29 septembre 2017, pour délibérer sur l'approbation du règlement écrit du plan local d'urbanisme litigieuse.

En ce qui concerne la motivation des décisions implicites de rejet :

7. Aux termes des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande ". Il résulte de ces dispositions qu'une décision implicite, par nature dépourvue de motivation, n'est pas illégale de ce seul fait, sauf lorsque la demande de communication des motifs de cette décision par son destinataire est restée sans réponse de l'administration dans le délai d'un mois à compter de la réception d'une telle demande.

8. Si les requérants soutiennent que les décisions litigieuses sont insuffisamment motivées, un règlement écrit d'un plan local d'urbanisme présente un caractère réglementaire. Par suite, les décisions rejetant implicitement les demandes d'abrogation de la délibération adoptant le règlement du plan local d'urbanisme et de modification du règlement du plan local d'urbanisme n'entrent pas dans le champ des décisions devant être motivées en application des articles L. 211-2 et suivants et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. En tout état de cause, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les requérants auraient demandé à la commune de Névez de leur communiquer les motifs de ces décisions implicites de rejet. Par suite, ils ne peuvent utilement soutenir que ces décisions implicites litigieuses sont insuffisamment motivées.

En ce qui concerne le classement des parcelles cadastrées section AN nos 81, 82, 83 et 94 en zone Ns :

9. D'une part, aux termes de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme : " Les documents et décisions relatifs à la vocation des zones ou à l'occupation et à l'utilisation des sols préservent les espaces terrestres et marins, sites et paysages remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral, et les milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques ". Aux termes de l'article R. 121-4 du code de l'urbanisme : " En application de l'article L. 121-23, sont préservés, dès lors qu'ils constituent un site ou un paysage remarquable ou caractéristique du patrimoine naturel et culturel du littoral et sont nécessaires au maintien des équilibres biologiques ou présentent un intérêt écologique : 1° Les dunes, les landes côtières, les plages et les lidos, les estrans, les falaises et les abords de celles-ci ; 2° Les forêts et zones boisées proches du rivage de la mer et des plans d'eau intérieurs d'une superficie supérieure à 1 000 hectares ; 3° Les îlots inhabités ; 4° Les parties naturelles des estuaires, des rias ou abers et des caps ; 5° Les marais, les vasières, les tourbières, les plans d'eau, les zones humides et milieux temporairement immergés ; 6° Les milieux abritant des concentrations naturelles d'espèces animales ou végétales telles que les herbiers, les frayères, les nourriceries et les gisements naturels de coquillages vivants, ainsi que les espaces délimités pour conserver les espèces en application de l'article L. 411-2 du code de l'environnement et les zones de repos, de nidification et de gagnage de l'avifaune désignée par la directive 2009/147/CE du Parlement européen et du Conseil du 30 novembre 2009 concernant la conservation des oiseaux sauvages ; 7° Les parties naturelles des sites inscrits ou classés en application des articles L. 341-1 et L. 341-2 du code de l'environnement, des parcs nationaux créés en application de l'article L. 331-1 du code de l'environnement et des réserves naturelles instituées en application de l'article L. 332-1 du code de l'environnement ; 8° Les formations géologiques telles que les gisements de minéraux ou de fossiles, les stratotypes, les grottes ou les accidents géologiques remarquables ".

10. Si ces dispositions tendent à préserver les parties naturelles des sites inscrits ou classés qui doivent être présumées constituer un paysage remarquable ou caractéristique eu égard à l'objet des procédures de classement et d'inscription prévues par la loi du 2 mai 1930 désormais codifiée aux articles L. 341-1 du code de l'environnement, elles ne font pas obstacle à ce qu'un permis de construire soit délivré sur un terrain déjà urbanisé ou déjà altéré par l'activité humaine situé dans un site inscrit ou classé.

11. D'autre part, conformément à l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme, le règlement du plan local d'urbanisme défini un zone naturelle comme étant : " La zone naturelle et forestière est destinée aux secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison soit de la qualité des sites, des milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique, soit de l'existence d'une exploitation forestière, soit de leur caractère d'espaces naturels () ", alors que " le secteur zone Ns correspond aux espaces littoraux à préserver en application de l'article L.121-23 du code de l'urbanisme (Espaces Remarquables au titre de la loi Littoral) ".

12. Le document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale de Concarneau Cornouaille Agglomération prescrit que les espaces remarquables du littoral doivent être protégés et il cartographie, dans une trame de couleur jaune, ces espaces remarquables des communes qu'il couvre, tout en indiquant que les plans locaux d'urbanisme précisent, à leur échelle, la délimitation des espaces remarquables du littoral, au sein des enveloppes proposées, justifient leur caractère remarquable, et définissent leur périmètre et leur niveau de protection. Il est dès lors compatible avec les dispositions précitées des articles L. 121-23 et R. 121-4 du code de l'urbanisme en ce qu'elles imposent d'identifier les espaces remarquables.

13. En l'espèce, le schéma de cohérence territoriale de Concarneau Cornouaille Agglomération localise dans le secteur de Raguenez des espaces remarquables présumés le long du Dourveil, dont les rives sont boisées jusqu'à l'embouchure de ce fleuve. Toutefois, la carte des espaces remarquables jointe au schéma de cohérence territoriale atteste de ce que la limite sud de ces espaces remarquable se situe sur la rue de Dourveil, qui longe au sud la parcelle 91 et au nord les parcelles nos 81, 82 et 83. Il en résulte que seule la parcelle cadastrée section AN n° 93 est inclue dans ces espaces.

14. Par ailleurs, si le rapport de présentation du règlement du plan local d'urbanisme identifie le littoral atlantique du Dourveil à Port-Manec'h, incluant les parcelles cadastrées section AN nos 81, 82 et 83 des requérants, comme étant situé dans un espace remarquable, il ne ressort également pas des pièces du dossier qu'elles constitueraient des dunes ou plages, des forêts ou zones boisées, des zones humides ou des milieux abritant des espèces à protéger. Ainsi, ces deux parcelles n'apparaissent pas présenter les caractéristiques d'un site ou un paysage remarquable ou caractéristique du patrimoine naturel et culturel du littoral et il n'est pas établi qu'elles seraient nécessaires au maintien des équilibres biologiques ou présentent un intérêt écologique au sens de l'article R. 121-4 du code de l'urbanisme. Par ailleurs, il est constant que ces parcelles sont situées à Raguenez, au sein d'une zone urbanisée de la commune classée en tant que village. A ce titre, le rapport de présentation du règlement du plan local d'urbanisme précise que " l'enveloppe bâtie de Raguenez, qui constitue une véritable agglomération, est logiquement délimitée en zonage urbain UHd, englobant ainsi des zonages 1NAc du POS aujourd'hui construits. Il existe encore un potentiel de densification important au sein de ces espaces (5,6 ha), ce qui en fait le second pôle urbanisable de la Commune après le Bourg () ". Le rapport précise encore que le secteur de Raneguez constitue un village au motif que " l'urbanisation () s'étire aujourd'hui depuis Feunteun Vihan au Nord-Est jusqu'à Kerguillaouët / Kerscalen au Sud-Est, et jusqu'à Dourveil au Nord-Ouest et Raguenez au Sud-Ouest. Elle est délimitée au Nord par Kervaillet et Kerhoren. C'est pourquoi aujourd'hui tous ces lieux-dits constituent une seule agglomération ". Enfin, les trois parcelles litigieuses sont physiquement séparées des espaces boisés et dunaires proches du littoral par des terrains bâtis à l'est et au sud, faisant partie du village de Raguenez, ainsi que par la voie publique au nord. Il en résulte qu'elles ne forment pas, avec le ou les terrains qui les jouxtent, une unité paysagère pouvant justifier dans son ensemble la qualification de site ou paysage remarquable à préserver. Dans ces conditions, le classement des trois parcelles cadastrées section AN nos 81, 82 et 83 en zone Ns par le plan local d'urbanisme est entaché d'erreur d'appréciation, alors même qu'elles sont intégrées dans le périmètre d'une ZNIEFF, circonstance qui est insuffisante à elle seule pour qualifier un espace de remarquable.

15. En revanche, la parcelle cadastrée section AN n° 94 se situe au sein des espaces remarquables ainsi qu'il a été dit, et au nord de la rue de Dourveil. Elle jouxte l'espace boisé bordant le Dourveil et comporte elle-même des boisements sur sa partie ouest, le surplus étant entièrement végétalisé. En tout état de cause, indépendamment même de ses propres caractéristiques, son inclusion dans l'unité paysagère classée en zone Ns n'est pas entaché d'erreur d'appréciation.

16. Il résulte de ce qui a été dit aux points 9 à 15 qu'il y a uniquement lieu de retenir que le règlement écrit du plan local d'urbanisme est entaché d'erreur d'appréciation en tant qu'il classe les parcelles cadastrées section AN nos 81, 82 et 83 en zone Ns.

En ce qui concerne l'emplacement réservé n° 9 sur la parcelle cadastrée section AN n° 83 :

17. Aux termes de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : / 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques ; / 2° Des emplacements réservés aux installations d'intérêt général à créer ou à modifier ; / 3° Des emplacements réservés aux espaces verts à créer ou à modifier ou aux espaces nécessaires aux continuités écologiques () ".

18. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs d'un plan local d'urbanisme lorsqu'ils décident de créer des emplacements réservés ne peut être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir que si elle repose sur des faits matériellement inexacts, si elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ou si elle procède d'un détournement de pouvoir. En outre, l'intention d'une commune de réaliser un aménagement sur une parcelle suffit à justifier légalement son classement en tant qu'emplacement réservé sans qu'il soit besoin pour la commune de faire état d'un projet précisément défini. Enfin, il n'appartient pas au juge d'apprécier l'opportunité du choix de la localisation d'un emplacement réservé par rapport à d'autres localisations possibles.

19. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que si, lors de l'approbation du règlement du plan local d'urbanisme, la commune avait bien l'intention de réaliser une aire naturelle de parking et de pique-nique sur la parcelle litigieuse, elle a renoncé à ce projet ainsi qu'elle l'a expressément mentionné dans un courrier adressé au propriétaire de la parcelle le 5 février 2021. Par ailleurs, aucune pièce au dossier n'atteste de ce que la commune aurait l'intention de soutenir un nouveau projet sur cette parcelle. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le refus implicite opposé par le maire de la commune de de Névez de modifier le règlement du plan local d'urbanisme est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, en tant qu'il maintient l'emplacement réservé n° 9 sur la parcelle cadastrée section AN n° 83.

20. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler les décisions du maire de la commune de Névez refusant implicitement d'abroger et de modifier le règlement du plan local d'urbanisme, qu'en tant seulement qu'elles classent les parcelles cadastrées section AN nos 81, 82 et 83 en zone Ns, et qu'elles maintiennent l'emplacement réservé n° 9 sur la parcelle cadastrée section AN n° 83.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

21. L'exécution du présent jugement implique nécessairement d'enjoindre à la commune de Névez d'abroger le règlement du plan local d'urbanisme en tant qu'il classe les parcelles cadastrées section AN nos 81, 82 et 83 en zone Ns, et qu'il maintient l'emplacement réservé n° 9 sur la parcelle cadastrée section AN n° 83. Il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Névez d'inscrire cette question à l'ordre du jour du conseil municipal, seul compétent pour prononcer l'abrogation des dispositions illégales, et d'y procéder dans un délai de six mois à compter de la notification du jugement à intervenir. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

22. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Névez, partie perdante dans la présente instance, une somme totale de 1 500 euros au profit des requérants au titre des frais qu'ils a exposés et non compris dans les dépens.

23. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme de 3 000 euros sollicitée par la commune de Névez au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du maire de la commune de Névez refusant implicitement d'abroger et de modifier le règlement du plan local d'urbanisme sont annulées, en tant qu'elles classent les parcelles cadastrées section AN nos 81, 82 et 83 en zone Ns, et qu'elles maintiennent l'emplacement réservé n° 9 sur la parcelle cadastrée section AN n° 83.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Névez d'abroger le règlement du plan local d'urbanisme en tant qu'il classe les parcelles cadastrées section AN nos 81, 82 et 83 en zone Ns, et qu'il maintient l'emplacement réservé n° 9 sur la parcelle cadastrée section AN n° 83. Le maire inscrira cette question à l'ordre du jour du conseil municipal dans un délai de six mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : La commune de Névez versera une somme totale de 1 500 euros aux requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, premier dénommé, désigné représentant unique des requérants dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et à la commune de Névez.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Grondin, premier conseiller,

M. Blanchard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

T. Grondin

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2200414

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Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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