mercredi 3 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2200418 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS CASSEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 janvier et 9 mars 2022, M. A B, représenté par la société d'exercice libéral à forme anonyme Cabinet Cassel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire tendant à l'annulation de la décision du 2 juin 2021 rejetant sa demande de maintien en activité d'un an au-delà de la limite d'âge, ainsi que la décision du 2 juin 2021 ;
2°) d'annuler la décision du 12 février 2022, par laquelle la ministre des armées a rejeté explicitement son recours administratif préalable obligatoire tendant à l'annulation de la décision du 2 juin 2021 rejetant sa demande de maintien en activité d'un an au-delà de la limite d'âge ;
3°) d'enjoindre au ministre des armées de réexaminer sa situation ;
4°) d'assortir cette injonction d'une astreinte de 200 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la compétence du signataire des décisions attaquées n'est pas établie ;
- la matérialité des faits invoqués pour fonder le rejet de sa demande n'est pas établie et ces faits sont erronés ;
- la décision lui refusant le maintien en activité pour une période d'un an au-delà de la limite d'âge est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de l'intérêt du service et a été prise dans un contexte de harcèlement moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2023 le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense,
- la loi n° 2020-734 du 17 juin 2020,
- la loi n° 2020-1379 du 14 novembre 2020,
- l'ordonnance n° 2021-112 du 3 février 2021,
- le décret n° 2020-1257 du 14 octobre 2020,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Albouy,
- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 1er octobre 1962, a intégré la marine nationale le 1er juin 1979 en qualité de militaire du rang des équipages. Il a ensuite intégré le corps de officiers mariniers de maistrance. Il a été promu au grade de major au 1er janvier 2013 et était affecté, en dernier lieu, à l'école des fusiliers marins de Lorient. Le 19 avril 2021, il a été informé par le délégué administratif de l'école des fusiliers marins de ce qu'il était au nombre des officiers mariniers recensés par le bureau du personnel militaire " équipages de la flotte et marins des ports " de la direction du personnel militaire de la marine (DPMM) comme officier marinier dont la limite d'âge devait intervenir au plus tard le 1er décembre 2021, qu'il était ainsi susceptible de servir sur demande agréée au-delà de cette limite d'âge pendant une durée maximale d'un an, en application des dispositions législatives adoptées dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire décrété en raison de la pandémie de Covid-19. Le 11 mai 2021, M. B a sollicité son maintien en activité en application de ce dispositif en déposant un formulaire unique de demande. Le commandant de l'école des fusiliers marins de Lorient, en sa qualité de commandant de formation, a coché, sur ce document, à la fois la case " avis favorable " et la case " avis très défavorable " et a indiqué les motifs justifiant son avis très défavorable. Le 2 juin 2021, le capitaine de vaisseau, chef du bureau du personnel militaire " équipages de la flotte et marins des ports " de la DPMM, a rejeté la demande de maintien en activité de M. B. Le 27 juillet 2021, le requérant a formé un recours administratif préalable obligatoire, qui a été enregistré le 3 août 2021 par la commission des recours des militaires. Constatant que le délai de quatre mois à l'expiration duquel un tel recours doit être regardé comme implicitement rejeté, était parvenu à son terme M. B a, par la requête visée ci-dessus, formé un recours pour excès de pouvoir à l'encontre de la décision du 2 juin 2021 ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire. Toutefois, par une décision du 12 février 2022, intervenue en cours d'instance, la ministre des armées a rejeté explicitement ce recours administratif. Dans son mémoire enregistré le 9 mars 2022, M. B sollicite également l'annulation de cette dernière décision.
2. Aux termes du I de l'article R. 4125-1 du code de la défense : " I-Tout recours contentieux formé par un militaire à l'encontre d'actes relatifs à sa situation personnelle est précédé d'un recours administratif préalable, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. / Ce recours administratif préalable est examiné par la commission des recours des militaires, placée auprès du ministre de la défense () Le recours administratif formé auprès de la commission conserve le délai de recours contentieux jusqu'à l'intervention de la décision prévue à l'article R. 4125-10. Sous réserve des dispositions de l'article L. 213-6 du code de justice administrative, tout autre recours administratif, gracieux ou hiérarchique, formé antérieurement ou postérieurement au recours introduit devant la commission, demeure sans incidence sur le délai de recours contentieux () ". Aux termes de l'article R. 4125-9 du même code : " La commission recommande au ministre compétent ou, le cas échéant, aux ministres conjointement compétents au sens du II de l'article R. 4125-4, soit de rejeter le recours, soit de l'agréer totalement ou partiellement. Son avis ne lie pas le ministre compétent ou, le cas échéant, les ministres conjointement compétents () ".
3. Aux termes de l'article R. 4125-10 dudit code : " Dans un délai de quatre mois à compter de sa saisine, la commission notifie à l'intéressé la décision du ministre compétent, ou le cas échéant, des ministres conjointement compétents. La décision prise sur son recours, qui est motivée en cas de rejet, se substitue à la décision initiale. Cette notification, effectuée par tout moyen conférant date certaine de réception, fait mention de la faculté d'exercer, dans le délai de recours contentieux, un recours contre cette décision devant la juridiction compétente à l'égard de l'acte initialement contesté devant la commission. L'absence de décision notifiée à l'expiration du délai de quatre mois vaut décision de rejet du recours formé devant la commission ".
4. L'institution, par ces dispositions, d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser au ministre compétent pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite de ce recours se substitue nécessairement à la décision initiale et est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Lorsqu'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge de l'excès de pouvoir qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et lorsque la décision à laquelle il a donné lieu est portée à sa connaissance, le juge de l'excès de pouvoir doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent, être regardées comme dirigées, uniquement contre la décision de rejet explicite du 12 février 2022 qui s'est substituée, à la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire qui elle-même s'était substituée à la décision initiale du 2 juin 2021 rejetant la demande de maintien en activité formulée par le requérant.
Sur la légalité externe de la décision du 12 février 2022 :
6. Par un arrêté du 15 janvier 2021, régulièrement publié au Journal officiel du 19 janvier 2021, la ministre des armées a donné délégation de signature à M. C D, directeur adjoint du cabinet civil et militaire et signataire de la décision du 12 février 2022, à l'effet de signer, tous actes, à l'exclusion des décrets, en ce qui concerne les affaires pour lesquelles délégation n'est pas donnée aux personnes mentionnées à l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 12 février 2022 doit être écarté.
Sur la légalité interne de la décision du 12 février 2022 :
7. Aux termes de l'article L. 4139-12 du code de la défense : " L'état militaire cesse, pour le militaire de carrière, lorsque l'intéressé est radié des cadres, pour le militaire servant en vertu d'un contrat, lorsque l'intéressé est rayé des contrôles. " ; Aux termes de l'article L. 4139-14 du même code : " La cessation de l'état militaire intervient d'office dans les cas suivants : / 1° Dès l'atteinte de la limite d'âge ou de la limite de durée de service pour l'admission obligatoire à la retraite, dans les conditions prévues aux articles L. 4139-16 et L. 4141-5 ; / () " En vertu de l'article L. 4139-16 du code de la défense la limite d'âge des majors, sous-officiers de carrière de la marine, est de 59 ans.
8. Aux termes du I de l'article 47 de la loi du 17 juin 2020 relative à diverses dispositions liées à la crise sanitaire, à d'autres mesures urgentes ainsi qu'au retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne : " I. - Par dérogation au 1° de l'article L. 4139-14 du code de la défense, les militaires sous contrat, commissionnés ou de carrière, en activité de service dans les forces armées et les formations rattachées, dont la limite d'âge ou de durée de service intervient pendant la période de l'état d'urgence sanitaire déclaré par l'article 4 de la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19 et prorogé dans les conditions prévues à l'article L. 3131-14 du code de la santé publique, ou dans les six mois à compter de son terme, peuvent, sur demande agréée, être maintenus en service pendant une période qui ne peut excéder une année. / () ". Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 3 février 2021 portant rétablissement et adaptation de diverses dispositions visant à préserver les effectifs et les compétences du personnel militaire pour faire face à l'épidémie de covid-19 : " Les dispositions du II et du III de l'article 45 et des articles 47 et 48 de la loi du 17 juin 2020 susvisée sont rétablies à compter de la date d'entrée en vigueur de la présente ordonnance. Pour leur application, les périodes mentionnées par ces dispositions sont celles comprises entre cette date et la fin de la période de l'état d'urgence sanitaire déclaré par le décret du 14 octobre 2020 susvisé et prorogé dans les conditions prévues à l'article L. 3131-14 du code de la santé publique augmentée d'une durée de six mois. ". Ces dispositions n'ont pas créé un droit à être maintenu au service pour les militaires dont la limite d'âge ou de durée de service intervenait pendant la période d'état d'urgence sanitaire et l'agrément prévu par ces dispositions devait être donné ou refusé en fonction de l'intérêt du service.
9. Aux termes de l'article 1er du décret du 14 octobre 2020 déclarant l'état d'urgence sanitaire : " L'état d'urgence sanitaire est déclaré à compter du 17 octobre 2020 à 0 heure sur l'ensemble du territoire de la République. ".
10. Aux termes de l'article 1er de la loi du 14 novembre 2020 autorisant la prorogation de l'état d'urgence sanitaire et portant diverses mesures de gestion de la crise sanitaire : " L'état d'urgence sanitaire déclaré par le décret n° 2020-1257 du 14 octobre 2020 déclarant l'état d'urgence sanitaire est prorogé jusqu'au 1er juin 2021 inclus. ".
11. Le ministre des armées a rejeté le recours administratif préalable obligatoire de M. B et, par suite, refusé de faire droit à sa demande de maintien en service pour une durée d'un an au-delà de la limite d'âge, au motif que le commandant de son unité avait mentionné sur le formulaire unique de demande que sa manière de servir, et plus particulièrement son sens des relations humaines, ne permettait pas d'envisager sereinement son maintien au sein de l'école des fusiliers et a écarté comme sans incidence sur cette appréciation la circonstance qu'elle serait incohérente avec les appréciations de son notateur au premier degré au titre de l'année 2021 et comme, non établi, les agissements de harcèlement moral invoqués par M. B dans son recours administratif.
12. M. B conteste le bien-fondé de l'appréciation du commandant de l'école des fusiliers marins de Lorient sur laquelle le ministre s'est fondé en faisant valoir qu'elle repose sur des faits qui ne sont pas établis et qu'elle est contredite par son bulletin de notation annuelle de l'année 2021.
13. Toutefois, cette appréciation, qui doit être regardée comme " très défavorable " alors même que son auteur a également coché, par inadvertance, la case " favorable ", apparaît conforme à ce bulletin de notation, lequel évalue certes, ainsi que le requérant le relève, comme " forte ", son adhésion à l'institution, mais présente comme " perfectibles " sa capacité de remise en cause, son aisance relationnelle et sa maîtrise de soi, alors qu'il était alors en fin de carrière. Ce bulletin précise également que M. B est sujet à des excès de tempérament qu'il doit canaliser.
14. Par ailleurs, si M. B produit des attestations de collègues qui lui sont globalement favorables et qui pour certaines d'entre elles comportent des appréciations négatives sur sa hiérarchie, ces attestations, qui présentent un caractère amical, relèvent également que M. B a un " caractère bien trempé " et ne privent donc pas de pertinence l'appréciation portée par le commandant de l'école des fusiliers marins de Lorient.
15. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette appréciation serait intervenue dans le cadre d'un contexte de harcèlement moral dont aurait été victime M. B de la part du commandant et du commandant en second de l'école des fusiliers marins de Lorient, les éléments avancés par le requérant étant trop imprécis et n'étant pas suffisamment circonstanciés pour caractériser un tel contexte.
16. Il résulte des points 11 à 15 que le moyen tiré de l'existence d'une erreur de fait doit être écarté.
17. À défaut de tout autre élément qui aurait été de nature à faire regarder le maintien en service de M. B comme satisfaisant à l'intérêt du service, malgré l'appréciation portée par le commandant de l'école des fusiliers marins de Lorient, le moyen tiré de l'existence d'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte :
18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. B présentées aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
19. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 20 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Ambert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
E. AlbouyLe président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026