lundi 12 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2200664 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | KWEMO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 février 2022, M. F A B, représenté par Me Kwemo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2021 par laquelle le préfet du Morbihan a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et un titre de séjour temporaire ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande, l'ensemble dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation concernant son état de santé ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2022, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.
M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant somalien, est entré en France en novembre 2017 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 août 2021 et par la Cour nationale du droit d'asile le 21 décembre 2021. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raison de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 novembre 2021, le préfet du Morbihan a rejeté sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Par un arrêté du 7 juin 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Morbihan, le préfet du Morbihan a donné délégation à Mme E D, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité, à l'effet de signer notamment les refus de titre de séjour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.
3. Le refus du préfet de délivrer un titre de séjour vise les articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne notamment l'avis en date du 8 novembre 2021 du service médical de l'Office français de l'Immigration et de l'Intégration. L'arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui les justifient. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a retenu que l'état de santé de M. A B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité. En se bornant à indiquer qu'il souffre de douleurs lombalgiques rendant difficile la station debout prolongée ainsi que la marche et nécessitant un traitement médicamenteux régulier, et à produire les résultats d'une imagerie par résonance magnétique du 19 février 2021, des ordonnances médicales et un certificat médical d'un rhumatologue du 10 juin 2021, l'intéressé n'établit pas que le défaut d'une prise en charge pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation concernant son état de santé et aurait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
7. Il ressort des pièces du dossier, compte tenu de ce qui est dit au point 5, que M. A B n'établit pas que la dégradation de son état de santé serait telle que le défaut de soins dans son pays d'origine aurait des effets néfastes sur sa situation personnelle au point d'emporter une violation des droits garantis par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi, en tout état de cause, être écarté.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, (). "
9. M. A B ne fait état d'aucun liens familiaux et n'établit pas l'existence de liens amicaux en France. Il dispose par contre d'importants liens familiaux dans son pays d'origine où résident ses six enfants. La décision attaquée n'a donc pas porté pas atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 novembre 2021 par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
Sur les conclusions à fin d'injonction
11. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de M. A B à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentées sur ce fondement.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A B et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gosselin, président,
Mme Pottier, première conseillère,
Mme Gourmelon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
signé
O. C
L'assesseur le plus ancien,
signé
F. Pottier
La greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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