vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2200669 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | PEIGNARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 février 2022, M. B A C et Mme F A C, représentés par Me Matel, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2021 par lequel le maire de la commune de Noyal-Muzillac a délivré à M. E un permis de construire pour l'édification d'un garage, ainsi que la décision de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Noyal-Muzillac la somme de 2 000 euros à leur verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté attaqué méconnaît les articles R. 431-7 à R. 431-10 du code de l'urbanisme dès lors qu'il est impossible, avec les pièces du dossier de demande, de se figurer l'implantation du projet et son insertion dans son environnement ;
- le projet méconnaît l'article A2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Noyal-Muzillac dès lors qu'il dépasse la hauteur maximale des constructions ;
- il méconnaît l'article A2.2 du même règlement dès lors, d'une part, qu'il ne prévoit pas un toit à double pente et, d'autre part, que l'habillage du bâtiment n'est pas conforme aux prescriptions de cet article.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2023, la commune de Noyal-Muzillac, représentée par Me Peignard, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à M. D E, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Blanchard,
- et les conclusions de M. Grondin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
1. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12 ". L'article R. 431-8 prévoit : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ".
2. L'article R. 431-9 du même code dispose : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".
3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
4. En l'espèce, le dossier de demande du permis de construire attaqué comporte le plan de situation visé à l'article R. 431-7 précité, la notice du projet architectural mentionnée à l'article R. 431-8, le plan de masse prévu à l'article R. 431-9, ainsi que, pour ce qui concerne les pièces énumérées à l'article R. 431-10, les plans des façades et des toitures, le plan en coupe, le document graphique et les documents photographiques qui y sont mentionnés. Si le plan de masse ne comprend pas les cotes dans les trois dimensions, cette imprécision n'est pas de nature à avoir faussé l'appréciation du service instructeur, dès lors que les dimensions manquantes se retrouvent aisément dans les plans de façades. Par ailleurs, contrairement à ce que soutiennent M. et Mme A C, les pièces du dossier, et notamment le document graphique visé au c de l'article R. 431-10 précité, suffisent pour apprécier l'insertion du projet dans son environnement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles R. 431-7 à R. 431-10 du code de l'urbanisme doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'article A2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Noyal-Muzillac prévoit que la hauteur maximale des constructions par rapport au niveau moyen du terrain avant travaux, dans l'emprise de la construction, est limitée à 3,5 mètres en sommet de façade pour les bâtiments annexes.
6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan en coupe et des plans de façades, que le niveau moyen du terrain avant travaux dans l'emprise du garage à édifier est indiqué par la cote 0 sur ces plans, et que le sommet de la façade se trouve à une hauteur de 3,35 mètres par rapport à cette cote 0. Si les plans font également apparaître une cote - 0,85 mètres, cette cote correspond au niveau de la voirie publique, située plus bas que le niveau du terrain naturel du pétitionnaire, et non comprise dans l'emprise de la construction litigieuse, qui se situe en recul de 2 mètres par rapport à la limite de la voirie publique. Les requérants ne sont donc pas fondés à soutenir que la hauteur maximale du garage devait être calculée en ajoutant cette cote de - 0,85 à la hauteur de 3,35 mètres séparant la cote 0 du sommet de la façade. Par ailleurs, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le soubassement maçonné, prévu au-dessus du niveau du terrain naturel, a été pris en compte pour le calcul de la hauteur maximale. Dès lors que la hauteur maximale du projet est inférieure à la limite de 3,5 mètres fixée par l'article A2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Noyal-Muzillac, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté.
7. En troisième lieu, d'une part, l'article A2.2 du règlement du plan local d'urbanisme dispose : " Les constructions peuvent présenter trois types de volumes : Le "volume principal" d'une ou de plusieurs constructions formant un ensemble architectural, constitue celui qui est le plus important et qui, généralement, a le faîte le plus haut. () Le "volume annexe" est constitué de toute construction non attenante au volume principal ou secondaire mais implantée sur le même fonds parcellaire et présentant des hauteurs sous gouttière et sous faîtage inférieures à celles du volume principal ". Cet article prévoit que le volume principal d'une construction doit être couvert d'une toiture à deux pentes. Il ne fixe aucune règle s'agissant du nombre de pentes de la toiture des volumes annexes. Par ailleurs, aux termes du même article : " Les bâtiments annexes seront habillés en bois traité ou utiliseront des matériaux identiques à ceux de la construction principale. () ".
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'une maison d'habitation est déjà présente sur le fonds sur lequel le garage doit s'implanter et que le garage, bien que non attenant à la maison, présente un lien fonctionnel avec cette dernière dès lors qu'il a vocation à abriter le camping-car et la voiture des occupants de la maison. Il n'est pas contesté par ailleurs que le garage présente des hauteurs sous gouttière et sous faîtage inférieures à celles de la maison. Ainsi, la maison d'habitation ayant le caractère d'un volume principal au sens de l'article A2.2 précité, et le garage constituant aux termes de ce même article un volume annexe, la règle prévoyant une couverture par une toiture à double pente n'est pas applicable au garage. Par suite, contrairement à ce que soutiennent les requérants le projet litigieux ne méconnaît pas l'article A2.2 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qu'il ne prévoit qu'un toit à simple pente.
9. D'autre part, le garage doit être recouvert, sur ses quatre façades, d'un bardage en tôle. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas soutenu, que ce matériau est identique à celui utilisé sur la maison d'habitation. Dès lors, faute de prévoir un habillage en bois traité ou dans un matériau identique à celui de la construction principale, le projet litigieux méconnaît l'article A2.2 précité du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Noyal-Muzillac en ce qui concerne l'habillage extérieur du projet.
10. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette
partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ".
11. Il résulte des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme que le juge administratif peut procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme dans le cas où une illégalité affecte une partie identifiable du projet et où cette illégalité est susceptible d'être régularisée, sans qu'il soit nécessaire que la partie illégale du projet soit divisible du reste de ce projet. Le juge peut, le cas échéant, s'il l'estime nécessaire, assortir sa décision d'un délai pour que le pétitionnaire dépose une demande d'autorisation modificative afin de régulariser l'autorisation subsistante, partiellement annulée.
12. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux méconnaît l'article A2.2 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne l'habillage extérieur du projet. Il y a lieu en conséquence d'annuler l'arrêté du maire de la commune en tant seulement qu'il autorise un bardage extérieur en tôle et de fixer à trois mois, à compter de la notification du présent jugement, le délai dans lequel M. E pourra demander à la commune de Noyal-Muzillac la régularisation du vice constaté.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. et Mme A C, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Noyal-Muzillac demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Noyal-Muzillac une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. et Mme A C et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 22 octobre 2021 du maire de Noyal-Muzillac est annulé en tant seulement que l'habillage extérieur du garage autorisé par le permis de construire est en bardage de tôle.
Article 2 : Le délai dans lequel M. E pourra demander la régularisation de cet arrêté est fixé à trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Noyal-Muzillac versera à M. et Mme A C une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et Mme F A C, à la commune de Noyal-Muzillac et à M. D E.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Blanchard, premier conseiller,
Mme Villebesseix, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
A. Blanchard
Le président,
signé
C. Radureau
Le greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2200669
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606980
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante camerounaise, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Norvège, responsable de sa demande d'asile en vertu du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, le préfet ayant visé le règlement et indiqué que Mme B... détenait un visa norvégien périmé depuis moins de six mois. Il a également estimé que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation, incluant sa vulnérabilité, et que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606981
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. C..., un ressortissant libyen, qui contestait le refus de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant la décision suffisamment fondée en droit et en fait. Il a également estimé que l'OFII n'avait pas commis d'erreur de droit en refusant l'accueil au seul motif que M. C... avait présenté une demande de réexamen, et que le requérant n'avait pas démontré que sa vulnérabilité ou la dignité humaine avaient été méconnues. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 551-15, et la directive 2013/33/UE.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606983
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante burkinabée, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Belgique pour l'examen de sa demande d'asile. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a écarté les moyens tirés de la méconnaissance des articles 4, 5, 21 et 3 du règlement (UE) n°604/2013. La solution retenue confirme la légalité de la procédure de détermination de l'État responsable, fondée sur le visa délivré par les autorités belges.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606985
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. E..., ressortissant érythréen, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Suisse, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile en application du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation, la violation des droits à l'information et à l'entretien individuel, ainsi que l'existence de défaillances systémiques en Suisse. Il a jugé que la décision était suffisamment motivée et que la situation personnelle de l'intéressé ne justifiait pas l'application de la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement. En conséquence, la demande d'annulation et les conclusions accessoires ont été rejetées.
01/06/2026